Rougir, ce phénomène incontrôlable (et exaspérant)

Pondu par Sophie-Pierre Pernaut le 2 novembre 2012     

Sophie-Pierre Pernaut a tendance à rougir facilement. Si ce n’est pas un gros handicap, c’est pour elle une petite humiliation du quotidien et elle revient avec vous sur ce léger problème corporel.

Très vite, j’ai compris que mon corps allait me troller. Entre pertes d’équilibre multiples, manque de coordination qui m’a toujours fait perdre en premier à la balle au prisonnier et incapacité à faire une roulade, j’ai réussi à faire avec et à l’aimer avec le temps et beaucoup, beaucoup de patience. Pourtant, il y a bien une chose que je déteste et que je détesterai toujours chez lui : la facilité et la rapidité avec lesquelles mes joues rosissent.

Il fut un temps lointain, j’étais maladivement timide. Je ne sais plus comment j’ai réussi à me sortir les doigts des fesses pour cesser d’avoir peur des gens, mais toujours est-il qu’aujourd’hui, ça va grandement mieux. Pourtant, j’ai gardé une caractéristique propre aux timides, histoire de ne jamais oublier d’où je viens : je rougis. Pour rien, tout le temps, dans certaines circonstances plus que d’autres. Ça peut être parce que j’ai mis trop de tabasco dans mon omelette, parce que je suis surprise, parce que je manque de répartie ou parce que j’ai bu trop de punch.

Et si ça ne me pose aucun problème en terrain conquis (personne ne s’étonne de me voir virer rubiconde dans ma vie quotidienne car tout le monde connaît l’amour de mes joues pour le rouge vif), cela peut, dans certaines circonstances pendant lesquelles je suis entourée d’inconnus, me porter préjudice (mais surtout me briser les ovaires).

Le rougissement en quelques mots

Les plus chanceuses ne savent pas vraiment ce qu’on ressent quand on rougit. C’est aussi simple que désagréable : on sent une légère chaleur sur le visage et dans le cou, assortie d’un accroissement de la sudation si on est sujette à mouiller les aisselles et le creux du dos. Ça peut arriver à n’importe quel moment, selon les faiblesses de chacun. Pire, ça arrive toujours quand il ne faut pas. Un exemple simple : tu es dans le train et quelqu’un qui a abusé des flageolets n’a pu réprimer une éructation intestinale. Tout le monde se regarde pour désigner mentalement le fautif. Dans ta tête, tout va très vite : en plus de jouer de ton nez pour décider de quel côté vient le larcin olfactif, tu te dis inconsciemment qu’on pensera qu’il s’agit de toi si tu rougis. Si tu es faite sur le même modèle que moi, ça ne manquera pas : tes joues deviendront légèrement chaudes et se coloreront un peu. Si un des usagers du train te regarde à cet instant précis, tu deviendras écarlate au point qu’on pourrait faire un tartare poêlé avec ton front en guise de plaque électrique. Immanquablement, on pensera alors que c’est toi qui a mangé plus de cassoulet que ton corps ne pouvait le supporter. Ce n’est pas un drame, certes, et tu as ta conscience gastrique pour toi. N’empêche que c’est pénible.

Mais ce genre de désagrément n’est qu’un exemple parmi toutes les petites situations du quotidien pouvant amener à un rougissement du visage : compliments, effet de surprise, chutes, jeu de mots qui ne fait rire personne, exposé à faire devant une centaine de personnes, reproches, abus de vin bon marché… Il y a autant de raisons de rougir que d’inconvénients à rougir. Ce qui nous amène à la partie suivante.

Les inconvénients du rougissement

Rougir n’est pas une maladie ; c’est pénible, mais ce n’est pas pathologique. Contrairement à un autre type de rougissement, tu ne peux même pas t’en servir pour éviter le cours de sport. Pourtant, ce phénomène corporel comporte bon nombre de désagréments. En premier lieu je mettrais personnellement le fait que ça me donne un petit côté chose fragile qu’il ne faut pas secouer. Or, je ne suis pas à prendre avec des pincettes et je n’ai pas peur du ridicule, tant que ça ne me fait pas passer pour plus faible que je ne le suis.

Rougir, ce phénomène incontrôlable (et exaspérant) abus de blusghJ’ai déjà envisagé cette solution au quotidien.

Le principal problème à mes yeux, c’est le sentiment que mon corps me trahit et expose aux regards d’inconnus un signe extérieur de faiblesse. Les gens essaient parfois de me rassurer en me disant que c’est mignon et que ça prouve que je ne peux pas mentir, que mon enveloppe corporelle décide de parler pour moi. C’est un peu faux : il y a tant de raisons de rougir que le dégradé sur ma face peut être mal interprété. On peut par exemple estimer que je suis rouge parce que je suis gênée alors que je viens de recevoir un message de ma banque. On peut penser que je suis impressionnée alors que je viens de faire un bruit de pet avec ma bouche. On peut penser que je suis traumatisée par ce que je viens d’entendre alors que je ne supporte tout simplement pas d’avoir le dernier mot. Si mon corps décidait de parler pour moi, il serait fourni avec une notice. Tout ce qu’il fait dans ces cas-là, c’est de signifier aux gens qui m’entourent que je suis en train de ressentir un truc sans pour autant dire quoi. Nous voilà bien avancés.

Rougir, ce phénomène incontrôlable (et exaspérant) perleRougir ou projeter de l’encre, même combat.

Il n’existe aucune solution à ce souci (les philosophes du dimanche argueront alors que ce n’est donc pas un problème). Si je n’avais qu’un conseil à donner – un conseil que j’arrive moi-même à suivre, disons, 9 fois sur 10 – ce serait de désamorcer la lose par l’humour en étalant le fait qu’on est en train de rougir. Parce qu’il vaut mieux le dire soi-même plutôt que de laisser quelqu’un d’autre le remarquer, et parce qu’on n’est, finalement, jamais mieux défendu que par soi-même.

Personnellement, j’ai réussi à prendre du recul sur mes joues qui rosissent comme si on me mettait un péni’ sous le nez quand je ne m’y attends pas, mais je sais que c’est plus compliqué pour beaucoup d’autres personnes. Je me dis que j’ai mes failles, qu’on en a tous, et qu’il faut juste apprendre à faire avec quand elles ne sont pas réparables. Si tu as cinq minutes, tapes donc « rougir »  sur Google et tu réaliseras que l’angoisse de chauffer de la joue en public n’est pas anecdotique. Ça peut même virer à la phobie – qui a par ailleurs un nom, l’éreutophobie – qui touche environ 10% de la population. C’est dire l’ampleur du phénomène.

Et toi, qu’est-ce que tu trouves de plus pénible dans le fait de rougir ?

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Sophie-Pierre Pernaut (dite SPP, dite Sophie) écrit pour madmoiZelle depuis l'an 2011. Elle s'est donnée pour mission de vous informer, de vous divertir et d'éventuellement vous faire rigoler avec son humour somme toute assez crétin. Elle aime la tartiflette et les chèques en blanc.

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Les 10 dernières réactions à cet article sur le forum

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  1. Newme2014Newme2014

    Le 05 novembre 2012 à 12:46

    hihihihihi cet article parle de moi (encore), vous écrivez sur moi ou bien? Ca serait normal vu la trépidance de ma vie géniale mais enfin…
    Moi je rougis et de plus en plus et j'ai aussi les symptomes de la sudation extrême. Avant mes 16 ans ça ne m'arrivait pas ou alors personne ne me l'avait fait remarqué puis depuis… Je le vis bien, ça fait rire tout le monde, perso j'aime bien car ça me sort souvent de situations délicates : si je fais une petite connerie mon rougissement total va désamorcer l'adversaire qui voit dans cette pigmentation éclaire la preuve de ma culpabilité et de mon regret. Et il trouve ça mignon.
    La ou ça m'ennuie plus c'est sur le terrain sentimental. Si un garçon qui me plait vient me parler, je rougis, normal, ça ne me dérange pas, autant qu'il le sache.
    Ce qui est plus ennuyeux c'est quand il s'agit d'émois dissimulés, ou de choses au dela du domaine sentimental dont je ne veux pas parler. Alors je met mes cheveux devant mon visage, ou je fais semblant de chercher un truc par terre, ou je me tire en racontant n'importe quoi.
    Je me souviens de ces vacances chez ma mere ou desireuse de deserter le domicile matriarcale une nuit pour aller pieuter chez quelqu'un qui m'avait déjà fait perdre 150 litres d'eau et pigmenté de manière irréversible les joues, j'avais évoqué très vaguement ma soirée "chez un pote".
    La mère, en bonne mère, a simplement désiré se renseigner sur la nature de l'individu. J'ai réitéré le simple "Oh un pote, on va faire une soirée" mais la rougeur caractéristique a totalement descrédibilisé la chose, la mère de famille a pensé (a juste titre d'ailleurs) que je me rendais chez un amant et m'a servit un discours qui a duré trois plombes sur les bienfaits de la contraceptions et les relations sexuelles entre les hommes et les femmes. Moment difficile.
    Ceci n'est qu'un exemple parmis d'autres, mais au final ça me fait rire. Même si des fois je rougis TOUTE SEULE juste en pensant à des trucs!!! ALLOOOOO!!!! Puis aussi quand je suis stressée et que quelqu'un me fait du mal ou me met en colère… Ou en cas de stress. Tout le temps en fait.
    Puis souvent y a des trucs que je voudrais dire et que je n'ose pas de peur de déranger, alors je rougis, ça le dit a ma place mais "ce n'est pas ma faute j'y peux rien ;)"
  2. minibulletteminibullette

    Le 05 novembre 2012 à 12:48

    Le correcteur vert est une solution pas trop mal … mais encore faut il se maquiller tous les jours …

    le truc le plus humiliant pour ma part, en plus du fait que je rougis super vite en toutes circonstances, c'est quand je bois un coup tranquilou le vendredi soir avec les copains, je deviens rouge comme une vieille alcoolo dès la seconde bière… alors là je suis obligée de sortir le mythique "non mais il fait super chaud dans ce bar vous trouvez pas??!" "ben non la porte est ouverte et il fait -12 dehors…" avec cet air suspicieux qui veut dire "tu crois qu'elle à un problème avec l'alcool?" envie de disparaitre dans ces moments là ….:ninja:
  3. Pink BubblePink Bubble

    Le 05 novembre 2012 à 16:54

    Non mais déjà que c'est dur de rougir pour que dalle mais en plus on passe pour de grosses schizos :yawn: Parce que comme dit dans l'article si quelqu'un pète, faut trouver le coupable mais même si tu sais que c'est pas toi ben les gens ne savent pas que c'est pas toi et du coup faut que tu fasses comme si de rien n'était mais de toute façon RIEN N'EST! (mais ça y est c'est trop tard t'es déjà rouge tomate alors que t'avais rien à te reprocher à la base :stare:)
  4. Newme2014Newme2014

    Le 05 novembre 2012 à 16:57

    Posted by minibullette
    Le correcteur vert est une solution pas trop mal … mais encore faut il se maquiller tous les jours …

    le truc le plus humiliant pour ma part, en plus du fait que je rougis super vite en toutes circonstances, c'est quand je bois un coup tranquilou le vendredi soir avec les copains, je deviens rouge comme une vieille alcoolo dès la seconde bière… alors là je suis obligée de sortir le mythique "non mais il fait super chaud dans ce bar vous trouvez pas??!" "ben non la porte est ouverte et il fait -12 dehors…" avec cet air suspicieux qui veut dire "tu crois qu'elle à un problème avec l'alcool?" envie de disparaitre dans ces moments là ….:ninja:


    Merci pour le coup de la bière (ou du verre de blanc). Moi c'est PAREIL! Et je te raconte pas la loose pendant les (fréquents) apéro au boulot alors que je n'ai bu qu'un verre.
  5. ElwennaElwenna

    Le 05 novembre 2012 à 20:46

    Ahah merci pour cet article ! Je rougis souvent aussi même si ça va mieux qu'avant. Enfin je crois que c'est surtout depuis que je ne vais plus à l'école. Dès que je devais lire ou présenter un truc oral devant la classe, je devenais rouge comme une tomate. J'ai des plaques rouges sur le coup aussi, la totale :hot:
  6. MAMABNMAMABN

    Le 06 novembre 2012 à 00:56

    Je suis noire (enfin métisse), et je rougis…mais que du nez ! Donc en fait c'est pareil, ça arrive assez souvent pour pas grand chose, mais comme ça touche uniquement le nez ben ça me donne un air super bête quoi. Ce qui me vaut le mignon surnom du clown, hin-hin-hin… :stare:
  7. starly29starly29

    Le 05 mai 2013 à 11:11

    Je rougis également TOUT le temps  …
    "Tout inconnu" te juges négativement des la première rencontre, j'ai l'impression de ne pas être moi-même car cela m'empêche d'être celle que je suis vraiment, j'en peux plus des petites remarques et tout ce qui va avec..

    Contente de remarquer que je ne suis pas la seule dans ce cas, et espère arriver à bout de ce complexe!
  8. Katouuu1301Katouuu1301

    Le 06 mai 2013 à 00:05

    Merciiiii enfin je me rends compte que je ne suis pas seule ! Je pensais vraiment que j'étais une des seules dans ce cas là .. ça en devient insupportable ! surtout que je suis une fille plutot sociable, et pourtant je rougis toujours pour un rien, meme avec mes amis et ma famille des fois ! Je me demande vraiment d'où ça nous vient, et pourquoi si rouge ? Personnellement  je deviens également écarlate quand je fais du sport, mais pareil que quand je rougis, c'est vraiment très rouge et sur TOUT le visage ! Et aloes si quelqu'un m'accoste dans la rue, pas toujours mais souvent je deviens écarlate :( c'est vraiment la loose!  J’essayerai d'utiliser la technique de la respiration :)
    En tout cas merci madmoizelle de m'avoir montrer que je ne suis pas seule et qu'on est beaucoup à vivre cet horrible problème!
  9. GoatsyGoatsy

    Le 04 juillet 2013 à 03:22

    Haaa, moi je peux remercier la génétique, j'ai hérité ça de ma maman, faut croire…

    Dieu merci ça ne le fait pas avec l'alcool (déjà qu'on m'appelle le Pilier…), mais pour peu que je fasse un peu de sport, qu'il fasse un peu chaud dans une salle OU pour toute autre situation (chute, s'adresser à un(e) inconnu(e), oral devant la classe, se tromper et s'en rendre compte, RIGOLER, etc.).

    Dans ces occasions-là, je sais que je n'y peux rien, et que ça passera tout seul, donc je n'y fais pas attention.

    Mais ce qui m'agacera toujours le plus, c'est de rougir face aux garçons. N'importe lesquels. Quand je commence à les connaître un peu, je rougis moins, mais il suffit qu'il y en ait un pour me complimenter/me regarder dans les yeux/me sortir une blague salace, et je me remplis d'eau bouillante à la vitesse grand V. Et le problème, c'est que c'est souvent mal interprété. Certains ont plus de tact que d'autres, et ne me disent rien à ce sujet, tandis que d'autres se font des films, ou l'annoncent à tous ceux qu'ils rencontrent en mode "breaking news". S'ils me plaisent, c'est encore pire. Parce que là, je sens que je rougis et qu'il ne faut pas, et c'est toujours dix fois pire.

    J'ai longtemps été très complexée par ça, et j'évitais au maximum toute situation qui me faisait rougir.

    Maintenant, j'ai bien compris que je ne peux rien y faire, avec la génétique et ma peau de rousse, j'y suis contrainte à vie. Je fais ce que je peux pour le faire passer au mieux : rester indifférente, tourner à la dérision, et je vais même faire du théâtre l'année prochaine, en espérant que ça aide mon corps à comprendre qu'il n'y a pas besoin de rougir pour un rien et tout le temps.

    Bref, rougir, c'est vraiment la guerre entre mon corps et ma tête, mais ça va, on commence à hisser les drapeaux blancs.
  10. MadzelleRougeMadzelleRouge

    Le 17 juillet 2013 à 23:43

    Haha, je ne suis plus seule !!
    J'ai toujours eu tendance à rougir tout le temps et pour un rien… La chaleur qui augmente très (très) légèrement, un peu d'alcool dans le sang, un inconnu qui me parle, quand je dois parler en public, quand je suis en colère… TOUT.
    J'étais le genre de fille ultra timide pendant mon adolescence, et du coup même devant des gens que je connaissais un peu je bégayais, je rougissais et je partais presque en courant…
    Ça s'est un peu arrangé. Quand même. Tant mieux parce que sachant que je fais des études de théâtre, rougir en plein milieu d'une scène c'est moyen… Mais ça revient parfois au pire moment. Sans raison.
    Mais bien sûr, comme si c'était pas déjà assez gênant que comme ça… je pleure. Aussi. Quand je suis contente, triste, en colère, surprise…
    Bref, BIG UP à vous qui supportez la même chose !

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