Lamentations d’une rongeuse d’ongles

Amélie se ronge les ongles. Depuis toujours, et tout le temps. Et ce n'est pas la joie tous les jours...

Lamentations d’une rongeuse d’ongles

— Publié le 4 mars 2013

Depuis toujours, je me ronge les ongles. Je n’ai aucun souvenir de moi avec un doigt qui ressemble à un vrai doigt. Vous savez, long, fin, et surtout terminé par un ongle court mais sexy, peint d’un joli vernis. Jamais. Les miens semblent avoir fait un arrêt à Tchernobyl. Des cuticules de dix centimètres et cinq millimètres de kératine, tout est inversé. Et pour cause, comme si j’allais mourir de faim à chaque instant, je mange mes ongles frénétiquement. Encore et toujours je grignote entre les repas.

Outre l’aspect inesthétique évident, un autre problème découle de cette manie bien enquiquinante. Se ronger les ongles ça fait super mal, comme le prouve la fois où tu es arrivée à arracher le petit bout que tu te gardais goûlument pour la pause de dix heure et que, Ô rage Ô désespoir, tu as tiré un peu trop fort et que tu es allée jusqu’à la base de ton ongle. Pire qu’un remake d’Hostel. Soudain j’y pense et j’ai du mal à taper sur mon clavier. Déjà il y a du sang qui coule, mais en plus ton doigt ne peut plus toucher quoi que ce soit avant trois jours. Je ne parle même pas des petites peaux qui se retrouvent soudainement à vif : je pressens déjà les cris d’horreur.

« Un acte auto-agressif dérivé de la pulsion sadique orale » : WTF ?

En plus voilà, tu ronges tes ongles donc tu es une maniacodépressive qui préfère torturer les mouches plutôt que de bouger ton booty en boîte. Et je parle pas d’aller faire du shopping. Chez Sephora, quand tu arrives, ils appuient direct sur le bouton rouge dans un tonnerre de hurlements stridents (pas toujours, certes). Mais toi tu ne comprends pas. On a beau te dire que c’est parce que tu es stressée, pour toi c’est juste une (mauvaise) habitude.

Là, je vais te faire flipper un peu en t’apprenant que les médecins appellent ça « l’onychophagie ». Pire, il le définissent comme « un acte auto-agressif dérivé de la pulsion sadique orale retournée contre le corps propre du sujet et manifestant une forme d’anxiété dont elle constitue partiellement un remède » (et c’est à lire sans éternuer). Bref, cache-toi ou tu vas bientôt te retrouver à l’asile avec un entonnoir sur la tête.

Nan mais sérieusement. Tu te drogues ? Tu noies ta vie déchue dans un fond de vodka tout les soirs ? Non, alors tu n’as rien à te reprocher, ronger ses cuticules au final c’est économique et naturel. Et puis l’avis de Brigitte l’esthéticienne, de ta belle-mère qui vit chez les mormons ou du vieux mec que t’as rencontré au Macumba, on s’en fout un peu. T’as bien le droit de pas être parfaite partout, tout le temps.

Guérir pour avoir droit au nail-art

Après si tu trouves ta condition insupportable, il y a quand même des méthodes qui sont censées aider à provoquer le miracle. Le vernis amer, par exemple, c’est vraiment le traumatisme de toute une vie. En appliquant une fine couche de produit tu transformes tes ongles en machines de guerre qui ont le don de faire de toute nourriture un truc vraiment dégueulasse. Parce que, même si c’est seulement sur tes ongles que tu mets le vernis, le goût finit TOUJOURS dans ta bouche. Alors, oui, tu ne ronges plus tes ongles, mais ta langue s’effrite, alors bon, c’est pas mieux.

Deuxième méthode : poser des faux ongles et attendre que les tiens repoussent. Si tu es sceptique, tu verras que le plastique c’est beaucoup moins tentant. Le problème c’est qu’ils ne tiennent pas aussi longtemps les uns que les autres. Alors se retrouver avec un pouce knacki et le reste des doigts façon Lana Del Rey c’est pas hyper chic.

Mais je crois que le plus efficace est encore de mater des tutos de nail-art mignon, d’acheter un kit de manucure caviar hors de prix et de pleurer un peu. Ensuite il suffit de penser à ce que tu pourras te faire une fois que tu auras enfin ces foutus excroissances.

Pas mal.

La possibilité d’un ongle

Sinon tu peux aussi te remémorer les trois utopies de ta vie quotidienne :

  • Te gratter. Le sentiment divin du soulagement intense d’une démangeaison libérée est une chimère. Tu as beau frotter vigoureusement tes dix petits moignons contre la zone X, rien n’y fait. Alors tu laisses tomber et souffre en silence comme le Christ en mode ninja. Deuxième solution, utiliser tout ce qui se trouve à portée de main : stylo, coin de livre, fourchette, griffe de ton chat et autre objets qui incluent un angle de moins de 30°.
  • Décoller les autocollants. Depuis toujours. TOUJOURS. Tu n’as jamais pu retirer un autocollant de sa plaquette. Quand tu collais des étoiles sur les fesses de l’équidé sur ton carnet Mon Petit Poney, et maintenant, quand tu tentes de fashioniser ta chambre avec les stickers de ton amie qui maroufle, tu n’as jamais réussi à décoller le coin. Ce foutu bout de papier que tu es obligée de plier pour qu’un bout se décolle, mais qui plie également l’autocollant devenant ensuite impossible à appliquer sans bulles, ça tu connais. Ce fait s’adapte à toutes les petites choses de la vie qui nécessitent une micro-pression par le dessous pour être retirées. Par exemple les vignettes du jeu Monopoly Mac Do, que tu préfèrerais arracher avec les dents, des fois que tout d’un coup tu te retrouves à hurler « UNE MINIIII ». On ne sait jamais.
  • Faire du bruit sur un coin de table. Ça paraît futile. Mais faire claquer ses griffes comme une biatch agacée façon « la chevauchée des ongles manucurés » ça doit être kiffant. Mais toi, comme moi, tu as déjà des contusions au bouts des doigts à force d’essayer. Alors stop au masochisme.

Bref, t’as bien compris, ne pas avoir d’ongles c’est un peu la lose, mais c’est pas la mort non plus. À défaut, il y a les ongles des pieds, ceux qui trouent tes chaussettes parce qu’eux, tu les laisses bien longs comme il faut (histoire de compenser). Allez hop, un peu de motivation, de durcisseur, et silence ça pousse.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Serapene
    Serapene, Le 18 août 2015 à 11h21

    Bonjour,

    Je me suis rongé les ongles pendant des années et des années. Moi aussi j'ai connu la période moignons et douleurs quand on ronge trop bas... Avec la honte de montrer mes mains sur les barres de métro et lors des entretiens d'embauche!

    Voici comment j'ai arrêté:

    - Pose d'ongles au gel UV. Impossibles à ronger ou triturer car hyper solides et le fait d'avoir de beaux ongles motive à fond! Je les ai gardés pendant environ une année à raison d'une retouche tous les mois. Le jour où j'ai abandonné le gel UV, mes ongles avaient bien repoussé dessous.
    - Une fois mes ongles naturels retrouvés, je n'ai pas lâché l'affaire. J'ai continué à mettre régulièrement du vernis normal (couleur, transparent), pour toujours pouvoir admirer mes jolis ongles et ne pas replonger... Ce pendant plusieurs mois.
    - Un allié qui fut et est toujours primordial pour moi : la lime à ongle. Quand un de mes ongles est un peu écorché ou pas régulier, je sens mes mauvais travers qui reviennent. J'ai envie de le ronger pour enlever l'irrégularité et hop, le risque de rechuter revient. Donc à chaque fois qu'un de mes ongles n'est pas régulier, hop, je sors la lime et le refais tout joli.

    Aujourd'hui, j'arrive à me passer de vernis et de lime. En général, j'en ai toujours une dans mon sac à main, au cas où...

    Il m'arrive très rarement dans un moment de nervosité de me ronger un ongle... Mais dorénavant, je sais me contenir et stopper le "rongeage" à temps... et en règle général, j'ai de jolis ongles.

    Pour moi, le vernis amer n'a jamais été efficace sur le long terme.

    Bon courage les filles!

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