Live test : quel rapport entretient-on avec les villes où l’on vit ?

Mes fifrelines, penchons-nous aujourd’hui sur le rapport qui nous lie avec nos lieux de vie, nos villes, nos villages, nos métropoles… Prenez vos plus beaux claviers, remplacez tous les « X » par le nom de la ville où vous résidez et évaluez les questions suivantes sur une échelle de 1 à 6 – comme […]

Live test : quel rapport entretient-on avec les villes où l’on vit ?

Mes fifrelines, penchons-nous aujourd’hui sur le rapport qui nous lie avec nos lieux de vie, nos villes, nos villages, nos métropoles… Prenez vos plus beaux claviers, remplacez tous les « X » par le nom de la ville où vous résidez et évaluez les questions suivantes sur une échelle de 1 à 6 – comme d’habitude, le plus spontanément possible…

Partie 1

1 – A l’extérieur, on voit « X » comme une ville de prestige.
Pas du tout d’accord  1  /  2 /  3 /  4 /  5 /  6  Tout à fait d’accord

2 – Je me sens vraiment chez moi à « X ».
Pas du tout d’accord  1  /  2 /  3 /  4 /  5 /  6  Tout à fait d’accord

3 – Cette ville est comme une partie de moi-même.
Pas du tout d’accord  1  /  2 /  3 /  4 /  5 /  6  Tout à fait d’accord

4 – J’ai vécu tellement de choses à « X » que je suis devenu intimement lié à la ville.
Pas du tout d’accord  1  /  2 /  3 /  4 /  5 /  6  Tout à fait d’accord

5 – Cette ville m’est très familière.
Pas du tout d’accord  1  /  2 /  3 /  4 /  5 /  6  Tout à fait d’accord

6 – Je connais tellement bien « X » que je reconnaîtrais la ville sur une photographie prise à n’importe quel moment.
Pas du tout d’accord  1  /  2 /  3 /  4 /  5 /  6  Tout à fait d’accord

7 – « X » joue une part importante dans mes projets d’avenir.
Pas du tout d’accord  1  /  2 /  3 /  4 /  5 /  6  Tout à fait d’accord

Partie 2

Dans votre vie quotidienne, lorsque vous marchez dans votre ville, vous pourriez rencontrer :
1 – des vitres brisées,
Jamais  1  /  2 /  3 /  4 /  5 /  6  Systématiquement

2 – des personnes qui urinent,
Jamais  1  /  2 /  3 /  4 /  5 /  6  Systématiquement

3 – des ordures et détritus,
Jamais  1  /  2 /  3 /  4 /  5 /  6  Systématiquement

4 – des personnes qui bousculent,
Jamais  1  /  2 /  3 /  4 /  5 /  6  Systématiquement

5 – du vandalisme,
Jamais  1  /  2 /  3 /  4 /  5 /  6  Systématiquement

6 – des personnes buvant de l’alcool.
Jamais  1  /  2 /  3 /  4 /  5 /  6  Systématiquement

Résultats et explications

Vous venez de répondre de répondre à quelques items tirés dans la première partie d’une échelle d’identité urbaine (construite par Lalli – 1992, et adaptée par M.L. Félonneau – 2004) et dans la seconde d’une échelle de perception de saillance des incivilités (Félonneau, 2004).

>> Objectifs
– La partie 1 devrait mesurer votre « identité de lieu », c’est-à-dire l’attachement que vous
portez à votre lieu de vie : plus votre score est élevé, plus vous auriez une identité spatiale forte…
– La partie 2 devrait évaluer la perception que vous avez des « incivilités » : de la même
manière, plus votre score est élevé, plus vous percevez les incivilités présentes dans votre ville. Selon quelques chercheurs, plus nous serions attachés à notre ville, moins nous en percevrions les incivilités… Plus de détails dans l’article ci-dessous :)

« L’environnement, avec l’ensemble des éléments naturels ou artificiellement créés par l’homme, constitue le cadre de vie de l’individu. En tant qu’acteur l’individu perçoit, ressent, se représente et se projette dans « son » environnement. C’est aussi le cadre de vie de l’individu avec ses particularités, la manière dont il est investi et façonné par l’homme, qui participe de l’identité de l’individu et donne signification à son comportement »
(Moser, 2003, p 12).

Comme disait mon copain Edouard, nous sommes des êtres drôlement sociaux. Et même que nous vivons dans des villes (ou villages, ou métropoles) qui nous forcent à prendre part à un incessant ballet de rencontres et d’échanges. Pour Sébastien Roché (1996), l’urbanité nous impose de nous approcher en permanence d’individus « que nous n’avons pas choisi, dont nous ne nous sentons ni proches ni éloignés, et en ce sens qui sont pour nous des étrangers ».

Mais alors, de quelle façon appréhende-t-on l’espace ? Quelles interactions ont lieu entre nous, nos pairs et notre environnement physique ?

Nos lieux de vie feraient partie de notre identité…

Selon la psychologie environnementale, les villes (ou villages, ou métropoles,… vous m’avez comprise) sont des lieux où s’expriment des relations sociales, où nous nous soumettons à des normes de civilités, … Comme nous l’avions dit dans un précédent article, au sens de Goffman la ville et l’espace seraient le reflet d’une scène de théâtre où chacun d’entre nous serait un comédien, enfilant différents masques selon la situation que nous jouons.

L’espace serait ainsi un contenant organisé par son contenu : il y aurait une réciprocité dans l’interaction homme-environnement. En d’autres termes, l’espace où nous évoluons aurait une influence sur nos façons d’être et nos comportements, mais nous aurions également un impact sur lui…

Pire, si l’on met vraiment les mains dans le cambouis, nous pourrions même dire qu’il existe une identité de lieu, une « conscience émotionnelle d’appartenance à la fois à un lieu et à un groupe localisé » (Félonneau, 2003) – donc des relations réciproques entre un individu, son groupe d’appartenance et un espace donné. Vous et moi, nous aurions donc une identité socio-spatiale, c’est-à-dire un sentiment d’appartenance à un lieu (à un pays, « je suis française, à une ville, « je suis bordelaise », à un quartier, parfois même à une rue).

Cette identité-là relèverait à la fois d’une construction individuelle (liée à notre expérience directe de l’environnement, à nos « parcours résidentiels »… On pourra imaginer qu’une personne ayant vécu dans de nombreux endroits s’attache moins à son lieu de vie que quelqu’un ayant habité dans la même ville la majeure partie de son temps) et d’une construction sociale (liée au relations sociales que nous expérimentons).

Pour Lalli (1992), notre identité de lieu aurait 5 dimensions (et vous retrouvez-là les items auxquels vous avez répondu en « partie 1 ») :

l’évaluation externe, qui est liée à la façon dont on s’imagine que les autres perçoivent le lieu où nous vivons (« À l’extérieur, on voit Bordeaux/Nice/Strasbourg/Autre comme une ville de prestige »),
l’attachement global, c’est-à-dire le sentiment d’attachement général à notre lieu de vie (« Je me sens vraiment chez moi à Bordeaux/Nice/Strasbourg/Autre », « cette ville est comme une partie de moi-même »),
la continuité avec le passé, qui lie étroitement un lieu avec notre passé (« J’ai vécu tellement de choses à Bordeaux/Nice/Strasbourg/Autre que je suis devenu intimement lié à la ville »),
la perception de la familiarité, autrement dit notre sensation de connaître intimement la ville (« Cette ville m’est très familière », « Je connais tellement bien Bordeaux/Nice/Strasbourg/Autre que je reconnaîtrais la ville sur une photographie prise à n’importe quel moment »),
et l’intention de maintenir des liens, aka notre souhait de rester lié à ce lieu
(« Bordeaux/Nice/Strasbourg/Autre joue une part importante dans mes projets d’avenir »).

Tout cela serait défini et modulé au fur et à mesure de nos expériences, et nous verrions
« l’environnement du moment, les chambres, le lit, la routine d’un foyer sous un éclairage différent à chaque changement de situation de vie » (Lewin, 1936).

… et pourraient bien être les scènes privilégiées des incivilités

Aimé ou détesté, partie intégrante de notre identité ou non, l’espace urbain se retrouve de fait au centre de nos préoccupations. Le problème, c’est que nous sommes obligés de vivre ensemble, de partager l’espace… Et parfois de faire face à des incivilités, à des actes d’irrespect ou d’agression envers autrui ou l’environnement, à des ruptures de l’ordre de la vie quotidienne (Félonneau, 2004 ; Roché, 1996). Si un petit margoulin impose le dernier Booba grésillant depuis son téléphone à tout un bus, c’est une incivilité. Si votre voisin de train vous fait subir une délicate odeur de vinasse, c’est également une incivilité. Si la voisine du dessus chante à tue-tête qu’elle a foundé le love dans une hopeless place, c’est aussi une incivilité.

Vous voyez le truc : tout ce qui « ne se fait pas » peut constituer une incivilité, ça peut aller d’un manque de politesse à des dégradations de mobilier urbain, en passant par des graffitis, nuisances sonores, etc…

Roché propose trois lectures de ces incivilités : éthologique (les apparences « normales » sont rompues, des marqueurs de désordre apparaissent et l’individu peut se sentir en insécurité), culturelle (les signes du désordre seraient des élaborations sociales) et politique (l’ordre serait la résultant d’un rapport de force).

Évidemment, les villes – et notamment les grandes villes, seraient des lieux privilégiés pour l’apparition de désordres civils. Si ceux-ci persistent, ils pourraient alors devenir des marqueurs trop prononcés de domination de l’autre sur le territoire, et les individus pourraient ne plus se sentir à l’aise chez eux.

Dès lors, tout va dépendre de la perception que nous aurons de ces incivilités : si j’ai une
représentation négative d’un quartier X, je vais peut-être finir par l’éviter, le contourner, ce qui ne sera peut-être pas le cas pour une autre personne.

Les perceptions des incivilités sont donc hétérogènes, nous n’avons pas tous la même tolérance (ou intolérance) à ces phénomènes, nous ne les considérons pas tous de la même façon. Pour certains, la vision d’ordures dégoulinant des poubelles pourra être insupportable, lorsque d’autres ne les remarqueront même pas.

Pour prendre un exemple, les jeunes percevraient plus fréquemment les incivilités que les adultes (Félonneau & Lannegrand-Willems, 2005) : les adolescents constituant un groupe « dominé » par rapport à celui des adultes, ils pourraient être plus attentifs à ces indices, ou encore être angoissé face à un « dominé » qui transgresserait la norme…
Notre regard sur ces transgressions variera également en fonction de différents facteurs : le sentiment d’insécurité augmentera avec l’âge, diminuera avec nos habitudes de fréquentation (lorsque nous connaissons un lieu, nous aurions tendance à en être moins effrayé), sera modulé par nos cultures d’appartenance (les perceptions environnementales ne sont pas les mêmes d’un pays à l’autre), … et pourra être minimisé par l’affection que l’on porte à la ville.

Est-ce le cas pour vous ? Quel rôle joue le lieu où vous habitez dans votre vie ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Dig_a_pony
    Dig_a_pony, Le 17 novembre 2011 à 17h53

    5,28 pour la première partie et 4,12 pour la deuxième :cretin:
    J'aime Paris, c'est pour moi la ville de mon indépendance (la ville où j'ai habité seule pour la première fois, où je me suis détachée de mes parents, qui ne sont pas dans cette ville, où j'ai appris l'autonomie). Celle où je construis tous les fondamentaux pour ma vie d'adulte (oui bon, je suis déjà une adulte légalement, mais bon je reste une adulescente dans la tête :P). Un espace plein de possibles et que j'estime encore connaître assez peu, même si ça fait des années que j'y suis.
    Pour autant, j'ai l'impression d'être lucide sur ses mauvais côtés, mais sans les exagérer. Comme d'autres l'ont dit, il y a des problèmes dans toutes les villes/villages/bourgades.

    Article intéressant, je me suis souvent interrogée sur mon rapport affectif à la ville. ^^

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