Qandeel Baloch, la « Kim Kardashian du Pakistan », assassinée « pour l’honneur » de sa famille

Qandeel Baloch était une star pakistanaise connue notamment via les réseaux sociaux. Son frère l'a assassinée pour la punir d'avoir « sali l'honneur » de sa famille.

Qandeel Baloch, la « Kim Kardashian du Pakistan », assassinée « pour l’honneur » de sa famille

Avant ce week-end, je ne connaissais pas Qandeel Baloch. Sa popularité n’avait pas encore atteint mon coin des Internets, malgré ses 60 000 abonné•es Instagram et ses 780 000 fans Facebook.

Je connais Qandeel Baloch à présent parce qu’elle a été la victime d’un crime odieux issu du sexisme, du patriarcat, des inégalités de genre. Un féminicide, en d’autres termes.

Qui était Qandeel Baloch ?

Star des réseaux sociaux, elle a été surnommée la « Kim Kardashian du Pakistan ». De son vrai nom Fouzia Azeem, Qandeel Baloch s’est fait connaître via des vlogs et une présence accrue sur les réseaux sociaux.

Elle a atteint la notoriété en auditionnant pour Pakistan Idol, la version nationale de Nouvelle Star. Elle n’a pas été retenue par le jury, mais a marqué les esprits.

Que ce soit sur Instagram ou Facebook, Qandeel Baloch cultivait un savant mélange entre vie de tous les jours, vidéos qui buzzent et réflexions sur la société pakistanaise, dont elle critiquait notamment le sexisme. Sa promesse de faire un strip-tease si le Pakistan battait l’Inde au cricket en mars 2016 avait fait couler beaucoup d’encre.

Elle a tout récemment sorti Ban, une chanson au clip sulfureux qui ironise sur la misogynie régnant au Pakistan.

Qandeel Baloch, assassinée pour ses envies de liberté

Qandeel Baloch a été étranglée dans son sommeil par son frère le 15 juillet 2016. Elle avait vingt-six ans. Trois semaines auparavant, elle avait contacté la police, craignant pour sa vie après des menaces de mort.

Le meurtrier, Wasseem, a avoué son crime. Il a déclaré :

« Elle discréditait l’honneur de notre famille et je ne pouvais plus le tolérer. Je l’ai tuée aux alentours de 23h30, vendredi, pendant que tout le monde dormait. »

Une jeune femme qui avait su fédérer des centaines de milliers de personnes et élevait la voix contre les inégalités régnant autour d’elle, tuée pour avoir osé dire ce qu’elle pense. Les médias pakistanais regorgent d’articles sur le sujet, pendant que le pays se déchire autour de la notion archaïque de « crime d’honneur ».

L’assassinat de Qandeel Baloch, reflet d’un sexisme meurtrier

C’est en partie à cause de son genre que Qandeel Baloch a été assassinée. « Salir l’honneur de sa famille », ça voulait dire ne pas être ce qu’une partie de la société pakistanaise attend des femmes — discrète, soumise, silencieuse, en accord avec les sacro-saintes « traditions ».

Al Jazeera a interviewé divers•es Pakistanais•es afin de recueillir leurs avis, et fort heureusement, personne dans cet échantillon n’excuse le crime commis.

« C’est mal, ce qu’a fait son frère. S’il s’était agi de ma sœur, j’aurais tenté de lui expliquer pourquoi ses actions étaient mauvaises… Je n’en serais pas venu au meurtre. Tuer une personne, c’est comme tuer l’humanité entière, et c’est mal. C’est ce que dit notre religion. Quiconque commet ce crime est un•e infidèle. »

« Baloch était la preuve incarnée que les femmes, au Pakistan, ne sont pas libres. Peu importe la profession qu’elle exerce, une femme peut être assassinée pour s’être montrée forte et indépendante.

Je ne cautionne pas le comportement que Qandeel dans ses photos et ses vidéos, mais j’évitais tout simplement de parcourir sa page Facebook.

Qui sommes-nous pour juger ? Tout le monde a un libre arbitre, et la possibilité de choisir son propre chemin. »

La misogynie tue

Qandeel Baloch n’est ni la première, ni malheureusement la dernière victime de la misogynie. Elle avait déjà échappé à la violence conjugale en quittant un mari abusif, mais c’est dans sa propre famille qu’est né son meurtrier.

Courrier International rappelle qu’environ un millier de femmes sont tuées chaque année au Pakistan, et que la société tend généralement à trouver dans leur comportement ou leurs actions des « excuses » à leurs assassins. La loi autorise toujours, dans ce pays, les crimes d’honneur.

N’oublions pas Qandeel Baloch, n’oublions pas toutes ces femmes assassinées pour avoir eu des envies de liberté. Lutter contre le sexisme, c’est aussi sauver des vies.

big-sexiste-epuise

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Voici le dernier commentaire en date :

  • MidoriNoHikari
    MidoriNoHikari, Le 3 août 2016 à 11h09

    Théophane
    "Au Pakistan, les hommes ayant tué une femme de leur famille peuvent invoquer le crime d'honneur pour échapper à toute condamnation si les proches acceptent de pardonner moyennant finance"
    Et bien ce ne sera probablement pas le cas pour le meurtre Quandeel. Waseem Baloch a drogué toute sa famille avant de tuer sa sœur mais ses parents ne sont pas du tout "fiers" ou "soulagés" par ce geste, bien au contraire, ils étaient très fier de leur fille et de ce qu'elle accomplissait. Donc ça m'étonnerais beaucoup qu'il s'en sorte indemne.
    http://www.independent.co.uk/news/p...r-says-he-wants-to-seek-revenge-a7154416.html

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