Les Pussy Riot ont été jugées en appel ce 10 octobre ; l’occasion de revenir sur cette affaire qui a secoué notre été.
- Article initialement publié le 18 septembre 2012
Màj du 10 octobre – Le procès en appel a repris et nous savons désormais que l’une des trois Pussy Riot a été libérée et a vu sa peine muter en condamnation avec sursis. En effet, Ekaterina Samoutsevitch n’était pas sur les lieux au moment de la prière punk puisqu’elle avait été interpellée quelques instants avant le début du happening. Maria Alekhina et Nadejda Tolokonnikova restent quant à elles condamnées sans changement dans leur peine.
Edit, le 1er octobre - Alors que le procès en appel des Pussy Riots a débuté ce matin, il a finalement été reporté au 10 octobre prochain. En cause, la volonté d’Ekaterina Samoutsevitch – l’une des militantes condamnées – de changer d’avocat.
Article initial – Les Pussy Riot, c’est avant tout un collectif composé en tout d’une petite trentaine de personnes (une partie s’occupant de l’aspect artistique, une autre de la logistique) qui a organisé des performances non autorisées visant à promouvoir les droits des femmes. En 2012, à l’occasion des élections en Russie, le groupe organise des happenings pour s’opposer à la réélection de Vladimir Poutine, participant alors à leur manière au mouvement de protestation contre le symbole du régime que représente l’homme d’État.
S’inspirant du groupe Bikini Kill et du mouvement Riot Grrrl dont Lady Dylan vous a parlé cet été, les Pussy Riot, vêtues de robes et de cagoules colorées qui cachent leur visage, font principalement passer leurs messages au travers de chansons punk aux paroles simples.
En 2012, trois membres des Pussy Riot sont placées en détention provisoire pour avoir chanté une prière anti-Poutine dans la Cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou. Quelques mois plus tard, le 17 août, Nadejda Tolokonnikova, Ekaterina Samoutsevitch et Maria Alekhina sont condamnées à 2 ans de rétention dans un camp de travail et décident de faire appel dix jours plus tard. Retour sur cette affaire dont les rebondissements ont rythmé l’été.
Le jour où tout a basculé
L’histoire a véritablement commencé le 21 février 2012 dans la cathédrale du Christ-Sauveur. Cagoulées, cinq membres des Pussy Riot entonnent une prière anti-Poutine :
Comme une poignée de lectrices parle russe et que moi-même maîtrise cette langue à peu près aussi bien que la recette du pot-au-feu, disons que l’essentiel des paroles du morceau peut se résumer en ces quelques mots :
« Sainte-Marie mère de Dieu, deviens féministe ». « Sainte-Marie mère de Dieu, chasse Poutine. » « Merde, merde, merde du Seigneur (ad lib) »
Deux des membres des Pussy Riot s’étant enfuies à la suite de ce happening afin d’échapper aux poursuites judiciaires, seules trois d’entre elles sont arrêtées et risquent jusqu’à 7 ans d’emprisonnement pour « incitation à la haine religieuse » et « hooliganisme ». Leur procès, très médiatisé de par le monde, débute fin juillet. Cette affaire devient un évènement majeur dans la Russie d’aujourd’hui : une action en apparence purement provocatrice, un mouvement d’opposition au régime aussi disparat et mal organisé que la répression est féroce, un happening que les plus croyants jugent totalement blasphématoire, une mobilisation internationale et une peine jugée disproportionnée. Tous les éléments sont réunis pour faire de cette affaire judiciaire un carton médiatique.
En Russie, l’opinion publique est alors divisée ; d’un côté, la ferveur religieuse dans un pays où 60% de la population déclare faire confiance à l’église orthodoxe (selon une étude de Public Opinion Foundation) amène bon nombre de citoyens à s’insurger contre la prière punk des Pussy Riot qu’ils jugent être purement blasphématoire. De l’autre, les opposants au régime de Poutine, les anti-corruption et de nombreuses personnalités jugent leur maintien en détention disproportionné par rapport à leur(s) action(s). Le chef de l’État lui-même déclare lors d’une visite à Londres que s’il n’y avait « rien de bon » dans le happening des Pussy Riot, elles ne devaient pourtant pas être jugées trop sévèrement. À l’international, de nombreuses stars et personnalités du milieu politique se sont insurgées contre cette condamnation : des associations des droits de l’homme à nombre de gouvernements occidentaux, des Red Hot Chili Peppers à Madonna en passant par Najat Vallaud-Belkacem, notre ministre des droits des femmes qui déclare le 17 août sur son compte Twitter que « l’impertinence ne devrait jamais amener en prison« , les personnalités publiques n’ont pas hésité à donner leur avis sur la question. De part le monde, des manifestations de soutien au Pussy Riot ont été organisées, ce qui n’a pas fait céder la justice russe qui a condamné les trois jeunes femmes à deux ans de camp de travail pour vandalisme motivé par la haine religieuse le 17 août dernier.
Le 8 août dernier, un texte écrit par Maria Alekhina prouvait à la communauté internationale que quelques mois d’emprisonnement ne sont pas venus à bout de la conviction des Pussy Riot (certains passages sont disponibles sur les Inrocks grâce à la traduction d’Helmut Brent) :
« Et je n’ai pas peur de vous. Je n’ai pas peur du mensonge, je n’ai pas peur de la fiction, je n’ai pas peur de cette mystification mal fagotée, je n’ai pas peur du verdict de ce prétendu tribunal. Parce que vous ne pouvez me priver que d’une prétendue liberté. C’est la seule qui existe sur le territoire de la Fédération de Russie. Ma liberté intérieure, personne ne pourra me l’enlever. »
Le procès en appel : à quoi peuvent-elles s’attendre ?
Dix jours après l’issue de leur procès, les trois Pussy Riot ont refusé de réclamer la grâce présidentielle (on comprend en effet que ce serait tout à fait éloigné de leur combat contre le régime de Vladimir Poutine). En revanche, elles ont fait appel au jugement et le procès démarrera le 1er octobre prochain. Mais peuvent-elles s’attendre à un allègement de leur peine ?
Le 12 septembre dernier, Dmitri Medvedev, ancien président russe et actuel premier ministre, s’est prononcé en faveur d’une libération des trois jeunes femmes lors d’une conférence de presse, et ce malgré tout le mal qu’il pense de leur happening. Le Nouvel Observateur le cite :
« La prolongation de l’incarcération (des trois jeunes femmes) (…) me semble improductive. Une condamnation à un emprisonnement avec sursis (…) serait entièrement suffisante. »
Pour approfondir le sujet
Si vous souhaitez en savoir encore un peu plus sur l’affaire Pussy Riot, voici une petite sélection d’articles ou de billets de blog parfois partiaux mais dont les points de vue sont particulièrement intéressants à prendre en compte.
- Pour Le Plus, Frédéric Debaumy – auteur de l’essai Résistance. Pour une Birmanie libre – liste trois leçons à tirer de l’affaire des Pussy Riot,
- Ce papier d’Ilya Boutraïskis (traduit du russe par Mathilde Dugauquier) apporte un autre point de vue sur le même sujet,
- Un décryptage d’Alexandre Latsa, blogueur résidant en Russie qui se demande si L’Occident n’est pas trop indulgent vis-à-vis des trois membres des Pussy Riot.








Le 01 octobre 2012 à 10:56
Je crois que tu parles du collectif Voina, et non pas du Pussy Riot (même si les deux collectifs sont proches).
Mais le PR n'a jamais utilisé de poulet, à ma connaissance. C'est plutôt gros son saturé et balaclavas.
Le 01 octobre 2012 à 11:45
Je suis parfaitement d'accord avec toi. Il y a des façons bien plus intelligentes qui existent pour se faire entendre que de forniquer dans un musée moscovite ou de chantonner une prière punk dans une cathédrale quand on sait qu'on est dans un pays où "60% de la population déclare faire confiance à l’église orthodoxe".
Le 01 octobre 2012 à 11:58
C'est sûr que ce n'est pas très malin de s'exhiber inutilement dans des lieux de prière, mais ce n'est tout de même pas une raison de les emprisonner pendant 2 ans dans un camp de travail "juste" pour ça. Le régime de la Fédération de Russie a un sérieux problème de liberté d'expression et je pense que c'est surtout là qu'il faut s'insurger. Elles n'ont pas (à ma connaissance) hurlé des incitations à la haine ou au racisme et censurer la liberté d'expression d'une telle façon est assez inadmissible. Quand on voit que la main du pouvoir passe successivement de Vladimir Poutine à Dmitri Medvediev d'année en année, y'a de quoi se poser des questions.Je ne cautionne pas non plus ce genre de protestation mais y'a un minimum de liberté d'expression à respecter. 2 ans pour une chanson, c'est vraiment exagéré.
Le 01 octobre 2012 à 13:01
Faire cette performance dans une église, c'était au contraire très cohérent et très symbolique : le Pussy Riot protestait contre les liens entre l'Eglise orthodoxe et le gouvernement, et plus particulièrement contre les déclarations du chef de l'Eglise, le patriarche Kirill, qui soutient ouvertement Vladimir Poutine.Cette prière punk dans un lieu saint était lourde de sens, si on replace les choses dans leur contexte.
Evidemment, ce n'est "pas très malin". Mais c'est punk, justement.
Et parfois, c'est ce qu'il faut pour réveiller les gens, et les tirer de leur petit confort et de leur aveuglement.
Le 01 octobre 2012 à 18:32
Ce n'était en effet pas "très malin" mais il faut aussi voir que cette action leur assurait une portée médiatique majeur. Il est évident que ce collectif supposait avec raison que cet évènement aurait des retombées médiatiques importantes. Chanter cette chanson sur une place de Moscou, habillé en doudoune serait passer plus inaperçu.Le 02 octobre 2012 à 10:41
Ah bin tu m'as devancée, c'est ce que j'allais écrire. Effectivement, certains voient ça comme un blasphème, c'est au contraire pour montrer comment l'Eglise se souille elle-même de l'intérieur, en soutenant ce pouvoir liberticide et cette organisation semi-mafieuse.
Sinon j'aimerai juste soulever un point à débattre, notamment avec les madz qui pensent que ce n'est pas super futée de provoquer de cette manière. N'oubliez pas qu'en Russie, des journalistes meurent "mystérieusement" (et assez violemment d'ailleurs) pour avoir exercer leur droit de parole, via leurs écrits, leurs reportages, leurs investigations, sans provoquer de manière puérile, juste en exposant des faits. Quand un état commence à bâillonner ces personnes, qui ne font que leur travail, de manière neutre, comment réagir alors ?! En continuant à faire passer de gentils petits tracts ?! En faisant signer des pétitions ?! Il arrive un moment où les actions chocs sont nécessaires, dans la mesure où elles sont portées avec intelligence. Selon moi, les Pussy Riots n'ont pas fait leur happening en toute inconscience, ce travail était réfléchi, fort et lourd de sens, et il est très facile de juger de cette action dans un pays où l'on peut s'exprimer (presque) librement (je dis "presque", car malheureusement la France n'est pas dans le top 10 des pays où la liberté de la presse est totale)