Porno VS Vraie vie : pourquoi le X n’est pas un mode d’emploi

Par  |  | 16 Commentaires

Dans la vraie vie, le sexe ne ressemble pas vraiment au porno hardcore. Le X formerait-il des générations de mauvais baiseurs ?

Porno VS Vraie vie : pourquoi le X n’est pas un mode d’emploi

Ce serait chouette quand même… On regarde un film de cul, on prend deux-trois notes, voire quelques schémas, et voilà ! On est une déesse universelle du sexe.

Comme si tu matais Top Chef, bim t’arrives dans ta cuisine : t’es Philippe Etchebest.

Est-ce que ce serait vraiment chouette en fait ? En cuisine, clairement oui. Au lit, pas sûr…

Porno partout, éducation nulle part

De quel porno parle-t-on ? Il faut distinguer les différents genres de porno, puisqu’aujourd’hui l’offre tend à se diversifier timidement, de la vidéo amateur aux films « pour femmes » tournés par des femmes, en passant par les camgirls.

Ici, je parle du porno hardcore, celui qui a envahi Internet depuis le milieu des années 2000. À la suite de PornoTube, les plateformes de streaming du X ont fleuri et sont devenues LA façon de consommer du porno.

À mon époque, on « tombait » sur une cassette de Marc Dorcel dans l’armoire de Papa et on la rembobinait ensuite pour rester discret (#vieillepeau).

Bref, aujourd’hui l’offre est pléthorique et l’accès à du porno gratuit n’a jamais été aussi facile.

Le genre est réputé violent, sexiste, uniquement axé sur le plaisir masculin. Il est si répandu qu’en fait, il constitue la quasi totalité du X sur Internet. Si bien qu’on l’appelle aussi « porno mainstream ».

En fait, dans la pornographie d’Internet, le hardcore est la norme. Et c’est lorsque ce porno hardcore devient l’unique source d’information des curieux·ses que ça commence à piquer.

Je ne peux pas reprocher aux novices de vouloir s’informer et je ne juge personne qui souhaite consommer du porno, hardcore ou pas.

C’est juste dommage de n’avoir que le porno d’Internet pour répondre à des questions pratiques. Les actrices porno ne sont pas là pour faire l’éducation des gosses.

Le porno n’a rien à voir avec de l’éducation sexuelle parce qu’il est déconnecté de la réalité. C’est un spectacle, un divertissement, une véritable industrie, pas un service public.

Et puisque l’éducation sexuelle se contente souvent de faire de la prévention autour des IST, on est livré à soi-même face au porno, qu’on mate d’ailleurs bien souvent seul·es devant l’écran.

Personne pour nous aider à avoir une approche réfléchie des contenus et à être des consommateurs critiques. Le serpent se mord la queue, si vous me passez l’expression.

Le porno, c’est pas la vraie vie

Entendons-nous bien, la pornographie peut être une vraie source d’inspiration.

Sans forcément transposer ce que l’on voit à l’écran à notre propre vie sexuelle, le porno peut influencer les fantasmes, permettre d’explorer ses envies et s’ouvrir à de nouveaux horizons.

C’est même le propre des films X. Le porno est un spectacle, un outil essentiellement masturbatoire, et par définition, on fantasme sur ce que l’on a pas, sur ce qui diffère du quotidien.

Le souci c’est qu’en ces temps troublés où l’éducation sexuelle se réduit à peau de zobi, le porno hard menace de devenir l’unique référence sexo des ados, si jamais ce n’était pas encore le cas (tu vois la petite flamme d’espoir que j’essaie d’entretenir ?)

Pour certains, comme la publicitaire Cindy Gallop, le constat est clair : la pornographie hardcore est devenue l’éducation sexuelle. Woops.

La génération qui débarque,  comme ceux qui ont pris le train des tubes X en route, courent un risque simple : penser que le porno mainstream reflète la façon dont on baise dans la vie. 

Le léger problème que cela pose, c’est que le porno hardcore n’a à peu près RIEN à voir avec la réalité du sexe de la vraie vie.

Au lit encore plus qu’ailleurs, tout le monde n’aime pas les mêmes choses. Le sexe est par définition le lieu d’exploration de la vastitude des sensibilités et donc des possibles.

Avec les multiples tags et catégories que proposent les plateformes de cul en streaming, on pourrait penser que l’offre est assez diversifiée.

Mais que les meufs soient noires, grosses, prises par 2, 3 ou 8 mecs, que ce soit du porno lesbien, BDSM ou fétichiste de la laine (ça existe), le principe est toujours le même : une imitation de sexe, un truc fake, pensé par les mecs pour les mecs, en mode brutal et irréaliste. 

Les conséquences touchent les hommes comme les femmes. Le porno n’apprend pas le consentement, l’écoute, la délicatesse, la créativité.

Ça fait des mauvais baiseurs et des gens mal baisés. Et ça, on n’aime pas.

La mort de l’imaginaire

Comment avoir un regard critique et distinguer le porno de la vraie vie lorsqu’on a encore aucune expérience ou si peu, je vous le demande ?

L’esprit du jeune en rut est comme colonisé par des catégories pré-établies et des schémas codés, parfois avant même le début de sa propre vie sexuelle.

C’est ce que montre une récente étude de Bénédicte de Soultrait, conseillère conjugale et diplômée de sexologie, menée en 2016/2017, auprès de 900 garçons et filles de 12 à 22 ans.

83,3% des jeunes interrogés déclarent avoir déjà vu des images pornographiques et près de la moitié des garçons interrogés estiment que le X influence leur vie sexuelle.

Le risque, pour Bénédicte de Soultrait, citée par l’Express, c’est la mort de l’imaginaire.

« Ces images empêchent les adolescents d’imaginer leur propre sexualité, alors que c’est précisément à cet âge que l’on commence à imaginer son propre désir, ses fantasmes.

« Dans ce sens, le X entrave la construction psycho-sexuelle des jeunes. Ils sont placés tout de suite dans la volonté d’agir — c’est la différence entre le porno, qui met à nu, et l’érotisme, qui dévoile peu à peu.»

En répétant toujours les mêmes schémas, en présentant comme normales ou incontournables certaines pratiques, l’industrie du porno nous vend une sexualité codée, uniformisée et partielle.

Il y a vraiment peu de chance de satisfaire un partenaire en imitant ce qu’on a maté sur YouPorn la veille. Je dis pas que c’est impossible, je dis que les chances sont minces.

Le sexe, c’est fait pour échanger, partager. Or faire appel à son ressenti et suivre un mode d’emploi sont deux choses bien différentes.

Et pour être une déesse du sexe, dézo mais il n’y a pas de recette. Ce n’est pas Philippe Etchebest qui me contredira.

Ceci étant dit, en avoir conscience ne nous empêchera pas d’être influencé·es. Le serpent qui se mord la queue, j’vous dis.

Est-ce que tu t’es déjà demandé ce qui est vrai dans le porno, et ce qui ne l’est pas ? Viens me poser tes questions dans les commentaires, je m’en inspirerai directement pour répondre dans de futurs articles ! 

Et si tu es trop timide, pas de souci, tu peux m’écrire à jaifaitca[at]madmoizelle.com, avec en objet : Porno vs vraie vie.

À lire aussi : Comment le porno a fait évoluer mes fantasmes

Valeur : + de 35€
18.90€ + 4€ de livraison

QueenCamille


Tous ses articles

Commentaires
  • AppleCokes
    AppleCokes, Le 7 mars 2018 à 17h04

    Je crois que le truc dans les pornos qui m'a le plus donné une vision biaisée de la sexualité c'est la sodomie.

    Ça paraît souvent easy et indolore, en général l'actrice a l'air d'adorer ça et le mec aussi.
    La réalité... c'est que j'ai voulu très jeune tenter avec un partenaire qui n'avait jamais essayé non plus. Influencés certainement par le porno où ça se passe instantanément, la "préparation" et la lubrification furent rapides voire inexistantes et on a galéré, on avait mal tous les deux, en fait. Mais on a persévéré, ça a finit par "marcher" et au final je n'ai pas du tout apprécié cette expérience. J'avais mal, j'étais pas confortable du tout... Le pire, c'est qu'en en reparlant avec ce partenaire plus tard, j'ai constaté que lui non plus n'avait pas pris son pied.

    Comme quoi les désirs et le plaisir de chacun sont différents !

    Pour finir ce micro-témoignage : j'ai retenté quelques fois, mais je me suis rendue compte que ce n'était pas une pratique pour moi. Et, alors que plus jeune je me culpabilisais en me disant que je n'arriverai pas à satisfaire mes partenaires à cause de ça, maintenant je l'assume :).

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Désactive ton bloqueur de pub ou soutiens-nous financièrement!

Gestion des cookies

Partages sur les réseaux sociaux

Grâce à ces cookies, nos articles peuvent être directement partagé sur les réseaux sociaux via des boutons de partages. Ces cookies sont gérés par l'éditeur de chaque réseau social.

Facebook, Twitter, Pinterest, Whatsapp
facebook
twitter
pinterest
whatsapp

Mesures d'audience

Nous mesurons les visites de manière anonyme sur les différents articles pour comprendre les intérêts de nos lectrices.

_ga, _gaq, _gid,
_ga, _gaq, _gid
cb

Stream

Nous faisons parfois des lives sur Youtube ou Facebook. On utilise ce cookie pour ne pas afficher les streams si tu ne souhaites pas les voir sur le site.

hideStream

Publicitaires

Ces cookies sont déposés par Smart AdServer et DFP, les outils que nous utilisons pour afficher des publicités sur le site. Ces publicités servent au financement de madmoiZelle et sa rédaction.

smartadserver, doubleclick
smartadserver
doubleclick

Close your account?

Your account will be closed and all data will be permanently deleted and cannot be recovered. Are you sure?