Peut-on guérir de la peur de décevoir ?

La peur de décevoir est terriblement contraignante dans la vie. Mais a-t-elle au moins lieu d'être ? Et peut-on en guérir ? Sophie Riche n'a pas la réponse, mais elle a un avis sur la question.

Peut-on guérir de la peur de décevoir ?

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J’ai remarqué que dans la recherche de l’épanouissement, il y a souvent des trucs qui nous paralysaient.

P’tain, pire début d’article, on dirait à ma tournure de phrase que je pense avoir inventé un truc dingue alors que je parle de quelque chose que tout le monde sait. Genre, c’est un peu comme si je disais :

« OH MON DIEU ! JE VIENS DE DÉCOUVRIR QUE QUAND ON MET DES SPAGHETTIS CRUS DANS L’EAU CHAUDE ET QU’ON ATTEND 9 MINUTES ILS EN RESSORTENT PLUS MOUS ET DÉLICIEUX ! VOUS DEVRIEZ TOUS ESSAYER ! ÇA VA TRÈS BIEN AVEC LA SAUCE TOMATE ! »

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Il y a plein de choses qui empêchent d’avancer dans sa vie, et la plupart deviennent bien moins handicapantes quand on réussit enfin à mettre le doigt dessus. La peur de décevoir est probablement un des meilleurs exemples que j’ai en tête. Ça empêche d’avancer, mais une fois qu’on a compris à quel point c’était nocif, on ne peut que faire en sorte que ça aille mieux.

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Nos vies et les attentes des autres

Tiens, prenons mon exemple (et c’est plutôt raccord parce que je suis une ancienne terrifiée à l’idée de décevoir tout le monde) : à plusieurs reprises, j’ai refoulé des envies scolaires ou professionnelles pour ne pas décevoir mes parents. Ça me paraissait au-dessus de mes forces d’aller à l’encontre de leurs attentes et de les inquiéter avec mes souhaits marginaux quand ils me rêvaient avec un job stable.

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Alors effectivement, je pense que mon entourage n’espérait probablement pas me voir, à 27 ans, devenir comédienne et auteure avec toutes les galères financières inhérentes à une reconversion professionnelle. Est-ce que ça fait d’eux de mauvaises personnes ? Trop pas. Mille fois pas.

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Moi si tu t’aventures à dire du mal de ma mif. (En vrai c’est Bruce Willis dans Die Hard mais t’as l’idée)

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Je ne suis pas sûre que je rêverais de ça pour mes potentiels futurs enfants. Je suis même complètement certaine que j’aurais un peu le seum si ceux-ci étaient dans ma situation au même âge. Pas par mépris du métier qu’ils auraient choisi, loin de là, mais parce que oui, je leur souhaiterais d’être stables financièrement et sereins professionnellement.

Oui, mais… Je ne pourrais pas être déçue PAR eux. Je pourrais être déçue par leurs choix, mais c’est parce que je transposerais mes attentes à moi sur eux, qui seraient d’autres êtres humains.

Il y a une nette différence entre être déçue par quelqu’un et être déçue pour lui… Parce que selon moi, dans ce second cas de figure, on peut prendre (on doit prendre, j’oserais même dire) conscience qu’on ne devrait pas. Parce que ça signifierait qu’on collerait nos attentes de vie sur quelqu’un d’autre.

Il y a une nette différence entre être déçue par quelqu’un et être déçue pour lui…

J’ai la chance d’avoir des parents super, ouverts d’esprit et aimants. En ayant peur de les décevoir et donc en leur cachant mes réelles ambitions et mes rêves professionnels, je les ai sous-estimés, et j’ai sous-estimé notre relation.

Je partais du principe que si je leur disais ce que je voulais vraiment de ma vie, j’allais les décevoir, et non pas entamer une discussion construite avec des parents inquiets mais prêts à m’écouter parler de mes envies.

Tout a fini par s’arranger, parce qu’à chaque fois on a réussi à entamer un dialogue sain, serein et constructif tous les trois. Mais j’ai des parents formidables et je sais que tout le monde n’est pas dans cette situation. Ce n’est donc peut-être pas ton cas à toi qui me lis, et je t’envoie déjà des bisous et puis aussi plein de force.

J’ai envie de te dire un truc, que tu sais peut-être déjà au fond de toi : tu construis ta vie pour toi, pas pour que ta mère ou ton père soit saucé•e en racontant ce que tu fais à ses amis.

J’ai envie de te dire un truc, que tu sais peut-être déjà au fond de toi : tu construis ta vie pour toi, pas pour que ta famille soit saucée en racontant ce que tu fais à ses amis. Je crois qu’à partir du moment où on a ça en tête, ça peut aider à ne plus laisser cette peur de décevoir nous encombrer et nous faire culpabiliser.

Être déçu n’est pas la même chose qu’être déçu par quelqu’un

Si tu es dans une situation où tu as envie d’un truc ou si tu vis quelque chose (professionnellement ou pas) qui pourrait déplaire ou qui déplaît déjà à ton entourage, je pense que c’est évidemment important de lui en parler et de l’écouter en retour. Après, il y a plusieurs types de sujet à aborder selon moi :

  • les envies que tu as que ta famille ne trouve peut-être pas à son goût — et ça ne peut pas être totalement inintéressant d’argumenter avec elle,
  • ce que tu es, et là, il n’y a pas d’argumentation à avoir. Des discussions, oui, s’il le faut, si tu en as envie, mais là pour le coup, ton entourage n’a pas à essayer de te faire changer d’avis. Exemple : si tu annonces à tes parents que tu es homosexuelle. Ou que tu ne veux pas d’enfants. S’ils sont déçus parce que ce n’est pas la vie qu’ils t’imaginaient avoir, ils ont le droit de le dire, et c’est important d’en discuter ensemble, mais tu ne peux toi pas changer la personne que tu es. J’ai alors envie de dire « ¯\_(ツ)_/¯ », même si je sais que c’est rarement aussi simple.

À part si t’as la même famille que Lorelai Gilmore, ce n’est pas décevoir tes parents de comprendre qui tu es et ce que tu souhaites vraiment faire de ta vie, et leur faire suffisamment confiance pour en discuter avec eux si leurs attentes ne sont, de base, pas les mêmes.

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Nan parce qu’ils ont l’air complices, les Gilmore, mais au début ouloulou.

J’ai peur de ne pas être bien claire, alors j’insiste avec un exemple : si j’annonçais à mes parents que je veux partir vivre à New York, soit à des milliers de kilomètres d’eux, ils seraient sûrement tristes, et peut-être déçus parce que ça impliquerait de ne plus me voir qu’une à deux fois par an.

Mais ils ne seraient pas déçus PAR MOI. Et le comprendre, ça fait toute la différence, je trouve. (Papa, maman, c’est un pur exemple, aucun déménagement aux États-Unis n’est en projet pour l’instant, PROMIS.)

Je parle principalement de la peur de décevoir ses parents et sa famille, parce que j’ai le sentiment que c’est la crainte le plus entendue autour de moi, mais ça marche vraiment avec tout le monde !

Si les gens ont suffisamment envie de te savoir heureuse pour qu’ils aient des attentes pour toi, si tu es suffisamment proche d’eux pour avoir peur de les décevoir, alors c’est mettre un prisme négatif sur votre relation que de se focaliser sur l’idée que tu pourrais les contrarier.

Fais ta vie. Écoute les conseils, prends-les en compte, réfléchis dessus, fais-toi un avis… Mais débarrasse-toi de cette peur de décevoir !

Fais ta vie. Écoute les conseils, prends-les en compte, réfléchis dessus, fais-toi un avis… Communique avec ton entourage, sincèrement, en ne lui mentant pas ou en n’omettant rien volontairement. Mais débarrasse-toi de cette peur de décevoir !

Elle est contre-productive, elle n’apporte rien de bien avec elle. Ce n’est pas une crainte qui protège, contrairement à, par exemple, la peur de traverser l’autoroute en courant qui nous préserve d’un accident. C’est une peur qui empêche d’avancer.

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Alors qu’avancer, c’est bien.

Le droit de décevoir

Il existe bien sûr d’autres types de déception encore plus concrets : faire des erreurs, ou mal agir, et décevoir un proche pour de vrai. Une amie à qui on a menti, un pote à qui on a mal parlé, une sœur blessée qu’on l’ait poukave aux parents… Ça arrive de décevoir, parce que ça arrive de faire des erreurs.

Ça ne veut pas dire qu’on en a rien à péter et qu’on peut faire n’importe quoi avec le cœur de n’importe qui. S’excuser et retenir la leçon est très important à mes yeux dans ce type de cas de figure. Mais ce sont deux choses vraiment très différentes, pour moi, de décevoir par les actes ou par ce qu’on est, par qui on est.

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Penser qu’il y a des gens que l’on n’a pas le droit de décevoir, j’ai le sentiment que c’est comme se refuser le droit à l’erreur (alors qu’elle est hyper formatrice) ou d’être soi-même. C’est se mettre tout un tas d’obstacles à son propre épanouissement.

C’est perdre plein d’énergie à se poser des questions qui, selon moi, n’ont pas toujours lieu d’être.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Lifaë
    Lifaë, Le 24 octobre 2016 à 22h39

    Mais, mais.. je n'avais pas vu cet article :hesite:

    Pourtant, c'est tellement moi :lunette: J'ai mis du temps à m'en rendre compte, mais je suis devenue une pro pour faire ce que les autres attendent de moi à la place de ce que moi je veux faire... parce que j'ai toujours super peur qu'ils soient déçus, ou pas d'accord avec ce que je veux/suis. Et c'est con, mais je crois qu'avant de lire cet article, je n'avais jamais vraiment pris le temps de faire la différence entre les deux... :dunno:

    Et du coup, aujourd'hui j'ai un peu l'impression que mon entourage ne me connaît pas réellement, parce que j'ai toujours agi "comme ils pensent que j'agirais" (ou plutôt comme je pense qu'ils pensent que j'agirais, vous avez saisi l'idée), toujours fait ce que je suis "censée" faire, comme si je n'avais pas changé depuis genre mes 10-12 ans, de peur d'entendre le fameux et redouté "mais enfin, ça ne te ressemble pas..!" :erf: (Ce qui est con, on va pas se le cacher, j'ai beaucoup changé depuis le temps, et je ne parle pas seulement de la puberté :lunette:)

    Enfin en tout cas, merci pour cet article, je ne m'étais jamais penchée sur cette histoire d'être déçu par et pour... Et en fait, au fond, j'ai plus peur qu'ils soient déçus par "qui je suis" que "ce que je fais", réellement. Et du coup, je crois bien qu'il y a moyen que je travaille avec ça. Enfin, je ne dis pas que d'ici demain j'aurai réussi à me débarrasser de mes mauvaises habitudes, mais ça devrait déjà bien m'aider à tenter plus de dialogue avec ma famille :nod:

    Merci :highfive:

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