Ode au bac d’arts appliqués (ou « bac STD2A »)

Après s'être beaucoup ennuyée au collège et en seconde, Yaël a enfin trouvé ce qui lui convenait et s'est épanouie en faisant un bac d'arts appliqués : le bac STD2A.

Ode au bac d’arts appliqués (ou « bac STD2A »)

Je n’ai rencontré aucune grosse difficulté pendant ma scolarité, mis à part avec mes camarades. Je passais mon temps à dessiner, aux cours des Beaux-Arts ou dans ma petite chambre.

Mais j’ai eu le « malheur » d’être très bonne élève, et cela se traduit bien souvent pour les parents comme pour les professeurs par de longues études dans les domaines scientifiques.

Pour moi aussi, donc, il était clair que je ferais un bac S, étant excellente dans les matières scientifiques.

Une orientation subie

Me voici donc en troisième, avec une fiche listant tous les enseignements d’exploration de seconde en main. Une catégorie m’attire particulièrement ; c’est l’enseignement « culture et création design » de six heures par semaine. Après avoir interrogé la conseillère d’orientation de mon collège, j’apprends que cet enseignement « est très rare, et de toute façon il n’y en a pas ici ».

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Dépitée, je me tourne tout de même vers l’enseignement des arts visuels, comprenant le cinéma et les arts plastiques mais ne durant que deux heures par semaine.

Arrive donc la seconde. L’année se déroule bien, nous allons au cinéma chaque semaine et je fais même l’affiche d’une exposition au musée. Tout va bien dans les matières artistiques et littéraires, mais je ne supporte plus les matières scientifiques.

Avec plus de 18 de moyenne dans des matières comme la chimie ou les maths, je m’ennuie profondément. Pendant ces longues heures où j’attends que le reste de ma classe ait fini les exercices demandés, je dessine. Tout le temps. Je dessine tellement que je me dis que je ne peux pas faire autre chose de ma vie : il faut que mes études soient artistiques, ou alors je ne pourrai pas être heureuse.

J’entreprends quelques recherches : il existe une seule école dans ma région proposant le bac « arts appliqués », à 2h30 de chez moi. Ni une ni deux, je réclame à mes parents une visite dans cette école. En effet, le temps presse : nous sommes déjà presque au troisième trimestre !

J’apprends que ce bac s’appelle STD2A pour sciences et technologies du design et des arts appliqués. Il suit une seconde spécialisée en « culture et création design » qui m’avait déjà fait de l’œil. Aux portes ouvertes, je découvre qu’il est quasiment impossible de rentrer directement en première, et que je devrai soit redoubler ma seconde, soit faire une MANAA après un bac S.

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Je m’effondre totalement à ce moment-là. En effet, pour rentrer en première STD2A, il faut que des élèves de seconde décident de ne plus rester dans cette filière. Consciente de n’avoir pratiquement aucune chance d’y arriver, je demande tout de même un « stage » d’une journée dans une classe de cette école.

C’est un vrai coup de cœur ! La salle pleine de peintures, de planches de dessin, les rires des uns et des autres, les pinceaux qui volent et le joyeux bordel artistique me séduisent directement. Je m’y sens parfaitement bien.

On m’explique que les arts appliqués sont des arts, oui, mais appliqués à l’industrie. On n’est pas là pour faire de l’art plastique, me précise-t-on. Pas de gribouillis, mais du réfléchi ! On conçoit des meubles, des vêtements, des bijoux, des ordinateurs, des bâtiments. Je suis partante, mais il me faut attendre mi-juillet pour avoir la réponse du lycée. En attendant, ma place est réservée en première S.

Et là, le coup de fil salvateur ! Je suis priiise !

Il n’y avait que deux places, et j’enchaîne danse de la joie et trémoussage de fesses. J’embrasserais presque mes profs de maths pour m’avoir aidée à obtenir cette place !

Le bac STD2A

Après ces vacances tourmentées, la rentrée arrive.

Internat oblige, je pars avec ma petite valise. Je suis pleine d’appréhension et de préjugés. Je me dis que les gens vont être habillés de plein de couleurs, qu’on va me demander de faire des choses abstraites, que tout le monde doit être un Léonard de Vinci en dessin…

Yé vois dou flou, dé la passion !

J’arrive dans une classe de 36 élèves de première, qui se connaissent déjà depuis la seconde. Nous sommes deux nouvelles qui rejoignons donc les 6 garçons et 28 filles déjà présents. Tout le monde est gentil et nous aide. Certains de mes préjugés se confirment, mais ce sont les plus chouettes !

J’entre dans une classe et un établissement où chacun est libre de porter ce qu’il veut comme il l’entend, de clamer à voix hautes ses opinions sans obtenir des rires gras en retour. Les gens s’habillent en effet de plein de couleurs, mais c’est si joli et ça met de la joie dans les yeux.

Les profs prennent des cafés avec toi en parlant de Paul Klee, les autres t’aident à créer cette fameuse « planche tendance » dont tu n’as jamais entendu parler. Tu l’auras compris, l’ambiance est détendue du slip, et l’enseignement complètement différent des autres sections. On y est très libres, les profs nous font confiance et nous sommes vraiment leurs égaux.

Peu importe si tu n’es pas dans la salle de cours durant les heures inscrites sur ton emploi du temps, tant que tu rends quelque chose d’intéressant à la fin. Peu importe si tu as les cheveux bleus et l’envie de créer uniquement des monochromes. Peu importe si ta passion c’est les poneys et que ta chaise possède des sabots. Si tu peux expliquer pourquoi tu fais cela et pas ceci, c’est bon ! On nous apprend à être critique, à être curieux et à aimer ce que l’on fait.

Vous allez me dire : « Mais du coup, tu fais que des pâtés de peinture » : QUE NENNI, JEUNE ENFANT ! Nous apprenons la « démarche créative », un gros mot pour expliquer comment créer un objet selon une demande.

Au tout début, tu as en effet une demande (« Salut, je suis Jean Paul Gaultier et j’aimerais un objet pour promouvoir ma collection dans des magazines comme Elle »). Tu commences par décortiquer la requête : il va falloir analyser la collection de Jipé (ouais, on est potes, du coup on se file des petits surnoms), puis étudier les contraintes liées à un objet placé dans un magazine, etc.

À partir de là, tu fais ton petit cahier des charges (même si en vrai, les clients savent déjà à peu près ce qu’ils veulent, pas comme Jipé) (pardon), et après tu fais des recherches de graphisme, d’objets… Quand tu en as PLEIN, tu développes un peu ceux qui te paraissent intéressants, et normalement tu les montres à ton client vite fait pour leur demander si ça-va-j’suis-bien-là-?

Après, tu foooonces et tu pousses à fond ton petit objet en pensant à toutes les possibilités pour l’améliorer. Voilà. Bravo, tu sais démarcher créativement. Ensuite, il faudra bien justifier tes petits choix en montrant pourquoi tu as choisi un bleu bondi et pas un bleu denim.

Ça, c’est la grosse partie des arts appliqués, et la plus importante. Voilà ce que tu apprendras à (bien) faire pendant ces trois ans, jeune padawan du pinceau. On rigole moins, hein ?

Sans compter qu’à tout cela s’ajoutent les matières générales (maths, physique, français, histoire-géo, EPS, anglais, seconde langue…). Il faut savoir qu’on te demande un bon niveau dans TOUTES ces matières. Mais ce qui est bien dans ce bac, c’est que tout sert à l’art : les maths sont tournés vers la géométrie, en physique tu parles couleur et photos, les oraux de bac se feront en anglais pour certain-e-s… Avec ceci, il y a un peu d’histoire des arts et de dessin « pur » où, par exemple, on pose chacun notre tour devant les yeux de nos camarades.

Reste tranquille, Marie-Josette.

Vous l’aurez compris, on nous demande d’être bons dans à peu près tout, car même si ce bac est technologique et donc spécialisé, il reste très ouvert et ne fait l’impasse sur aucune facette de la culture G ! On te demandera probablement d’aller régulièrement au cinéma, de voir des expos, de lire des bouquins sur l’art…

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Tout cela est fait pour que tu sois une personne cultivée, avec un bagage personnel fort et de l’inspiration à foison. Car oui : il faut que tu voies le plus de choses possibles pour être un bon designer.

L’envers du tableau (huhu)

Je ne vais pas te mentir : c’est dur. J’adore mes études, je les aime d’amour et j’ai envie de leur faire des bisous, mais il y aussi de mauvais côtés. Par exemple, tu travailles beaucoup. Oui, on a fait des nuits blanches pour boucler un projet. Oui, tes profs t’enverront parfois trente mails par nuit parce qu’il faut rendre ton projet de bac. Oui, tu auras envie de pleurer quand ton dessin sera descendu par un prof parce qu’il est trop « illustratif » et pas « descriptif ».

Je peux te dire que oui, tu vas morfler si tu prends trop à cœur les remarques sur ton travail (et Dieu sait qu’on s’implique dans nos dessins et nos idées, c’est pas des lignes de calculs…) (je vous aime aussi les matheux).

Mais n’oublie pas que les remarques sont là pour te faire progresser et t’aider. Les profs ne s’attaquent pas à toi, ils ne font que critiquer ton travail pour le rendre meilleur. Alors accroche-toi et donne toujours le meilleur de toi-même ! Il ne faut jamais baisser les bras face à une critique.

Et après ?

Mais du coup, Barnabé, tu vas me demander à quoi ça peut te servir, ce bac ? Ben après, du coup, tu peux faire un peu ce que tu veux. Evidemment, tout le monde ou presque se tourne vers des études d’arts. Mais certains partent en fac ou changent totalement de direction !

Enfin, si tu choisis des études d’arts, là, t’as le choix. En vrac, cela peut mener à un BTS design graphique, un BTS design d’espace, un BTS design de produit, une prépa artistique, les Beaux-Arts, un BTS photo, un DMA en tout genre (joaillerie, ébénisterie…), une fac d’art et des écoles privées.

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Moi j’ai décidé de faire un BTS design graphique option communications et médias imprimés (ne fuis pas, je sais c’est long). Peut-être qu’après, je ferai un master aux Beaux-Arts, ou peut-être pas. Pour le moment, je pense à mes études actuelles !

Je sais que dans le domaine de l’art, il existe de moins en moins d’emplois. En plus, maintenant, tout le monde a un PC et peut donc s’improviser graphiste. Comme ma prof actuelle le dit : « C’est d’ailleurs pour ça qu’il y a tant de publicités nulles ». Alors peut-être que je trouverai du travail, peut-être pas, peut-être que ce sera dans un tout autre domaine, mais je m’en fiche ! Je fais ce qui me plaît le plus pour le moment, et je trouve ça génial.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Pomme-soleil-passion
    Pomme-soleil-passion, Le 10 août 2016 à 16h23

    aah je suis trop contente que Madmoizelle ai fait un article sur le sujet !

    J'ai fait une seconde AA cette année et je vais en première std2a l'année prochaine. A la fin de l'année j'étais plutôt convaincue d'aller en L parce que je ne supportais plus l'art appliqué, mais j'ai changé la dernière semaine. Pourquoi ? Je ne sais pas vraiment, c'est repartir vers cette filière de souffrance avec énormément de pression, recommencer les 2h de trajet par jour, retrouver les même camardes hautains et désagréable (et oui comme plusieurs madz l'ont dit plus haut, tout n'est pas rose en art appliqué) mais c'est comme si mon instinct m'avait crié de rester parce que si je partais maintenant ça n'aurait été qu'un demi sacrifice, et puis j'avais super peur que mes anciens camarades fassent les projets intéressants que j'ai attendu toute l'année de faire.

    Mon année de seconde à été véritablement abominable, surtout avec mon problème de fatigue (je me fatigue très facilement depuis le début de mon adolescence, je ne sais pas vraiment d’où ça vient mais bon) entre les profs qui nous font comprendre qu'on est les meilleurs du monde et qu'ils attendent des résultats en conséquence, les camarades qui se sont fait complètement lavé le cerveau et dont certains se sont mis à dire que les généraux était stupides, les rumeurs à la con sur nous, les consignes tellement peut précises que t'étais sûre à 99% de faire de la merde, une prof minable la moitié de l'année que même les premières et terminales détestaient, le trajet, les planches que je mettais des heurs à faire sans savoir si ce que je faisait était bon ou pas... C'était vraiment pas simple ! Je me suis sentie inférieure aux autres, mise à l'écart, nulle, rabaissée. Cette année a juste anéantie la maigre confiance en moi que je possédais, que ce soit concernant le travail, l'endurance, la motivation, les relations avec les autres (oui j'ai réussis à me faire plein de copines super chouette, mais bizarrement dans ma classe ça coince, comme ça a toujours était le cas...) Je sais que je pars loin dans l'expression de mes sentiments, mais cette année je l'ai ressentie comme un rouleau compresseur sur ma vie et sur mes espoirs. Dans mon lycée, ils faisaient énormément de forcing pour qu'on aille à l'internat, c'était du harcèlement : toutes les semaines j'étais convoquée par la cpe donc au final j'y ai passé un mois avant de partir parce que je n'arrivais pas à m'intégrer... Quand j'y pense, je suis vraiment dingue de continuer, mais faut croire que c'est mon côté maso et "casse-cou" qui l'a voulu, dans l'espoir que je puisse atteindre un meilleur niveaux que le "moyen" sur mon dernier bulletin de notes. Et un peu l'envie de faire un métier artistique, même si je dessine presque pas, paradoxalement... Aaalala tout ce que j'espère c'est qu'un jour je trouverai ma voie ! que ce soit l'std2a ou ailleurs. Comme il y a pas mal de camarades qui sont partis de l'AA à la fin d'année, j'espère de tout mon petit cœur écrabouillé et ensanglanté que les nouveaux qui intégreront la section seront moins pourris que ceux qui y sont déjà et que je pourrai créer des liens. Y en a bien besoin dans cette enseignement version battle royale ! Je suis rongée par la peur de ce qui va se passer l'année prochaine. Au final, j'avais refait une demande d'internat mais elle à été vite refusée, donc je réfléchie à ce que je pourrais faire pour mieux vivre les trajets, afin que l'année à venir ne soit pas aussi destructrice que celle qui m'a traumatisée. J'ai peur de pas avoir les bon profs, les bon camarades, j'ai peur de pas m'en sortir, j'ai peur de souffrir et je ne peux m'empêcher d'angoisser affreusement. Mais bon, on verra hein... Qu'est-ce que j'y peux ? j'ai signer, y a plus qu'a garder la foi. Pour l'instant, je dois me concentrer sur le carnet de voyage à rendre à la rentrée et dont je n'ai pas la moindre idée de comment réaliser (je pars pas en voyage...) c'est ma principale source de stress en ce moment mais bon, je vais y aller à l'instinct, et si ça leur convient pas, au moins j'aurais fait de mon mieux.

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