Allô Matou bobo — Le Carnet d’un Pompier

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Aujourd'hui, le Matou a une petite histoire à vous raconter, feat. Florent Pagny (enfin presque), des policiers nerveux et Jon Snow. Rien que ça.

Allô Matou bobo — Le Carnet d’un Pompier

Vous l’aurez sans doute remarqué depuis le temps que vous lisez mes aventures, je vous parle presque à chaque fois de la police. Car les forces de l’ordre sont indissociables de nos procédures, et elles sont la plupart du temps essentielles sur les lieux d’un accident.

Pour constater les faits et rédiger les procès-verbaux, pour prendre les plaintes, pour nous couvrir, et pour couvrir les victimes en cas de pépin… Enfin, encore faut-il savoir qui est la victime.

Ce soir-là j’abandonne mon épisode de Game of Thrones pour me rendre sur une rixe. Oui, je ramène mon petit ordinateur à la caserne pour passer le temps quand les interventions se font attendre. Et oui, j’aime Game Of Thrones, vous allez tout savoir de ma petite intimité si ça continue, alors je ne vous en dis pas plus.

Bon ok, j’ai un chien aussi. Et il est trop mignon.

Bref, je m’égare. Une rixe disais-je, c’est une bagarre sur la voie publique, avec ou sans arme. Le genre d’interventions que je n’aime pas trop, car on ne sait jamais comment cela va tourner. Par contre nos amis les flics, eux, ils aiment bien les rixes. Bizarrement pour ça ils rappliquent fissa. Alors que pour une grand-mère qui s’est cassé la binette sur le trottoir, il leur faut une heure.

Question de priorités sans doute.

Quand on arrive sur les lieux de l’intervention, les agresseurs ne sont plus là. Il ne reste que le type qui a appelé les secours et la victime :

– Je vous préviens il est remué, nous informe le bon samaritain. Et je crois qu’il a un peu bu…
– Merci beaucoup, vous avez vu la scène ?
– Non, quand je suis arrivé ils ont pris la fuite…
– Ok, restez ici alors, la police va prendre votre déposition en arrivant. Merci pour lui !

Sur le banc de l’arrêt de bus, la victime, une espèce de Florent Pagny époque dreadlocks, se tient en position fœtale. Caché dans sa veste en poil de chameau, il pleure toutes les larmes de son corps, visiblement en état de choc. Il me rendrait presque triste.

– Ne vous inquiétez pas monsieur, c’est les pompiers, on va s’occuper de vous…

Poil de Chameau lève vers moi un regard humide où on peut lire toute la détresse du monde :

– Ils me sont tombés dessus, je sais même pas pourquoi…
– On va voir ça avec la police dès qu’elle arrivera. D’abord on va regarder si tout va bien, ok ?
– Mais pourquoi ils ont fait ça ? Je suis un mec bien moi. Je travaille dans le social !
– Heu… Oui, oui. Vous avez mal quelque part ?
– Mais vous ne m’écoutez pas ou quoi ? Je suis triiiiiiiste ! lance-t-il en fondant en sanglots.

Ok, sa veste pue le vomi et son haleine sent la bière, encore une intervention qui va être sympa. On va ausculter le bonhomme, le refourguer aux urgences si quelque chose cloche et on rentre à la casa. J’ai un épisode de Game Of Thrones à finir, moi. Par contre si les flics s’attendent à avoir de la bagarre en arrivant, ils vont être déçus : notre Florent Pagny est plus pacifiste que le sari de Gandhi.

Avec mon collègue on commence donc à palper Poil de Chameau alors qu’il se morfond :
« Pourquoi moooooooooooi ? J’écoute les gens ! Je suis toujours là pour eux ! ». Rien en visuel, pas d’hématomes, pas de fracture… Et le gaillard a encore de la voix !

Apparemment, plus de peur que de mal donc, c’est bien parti pour un retour à la caserne sans passer par la case hosto. En plus la cavalerie arrive dans un crissement de pneus digne de Taxi : voilà une intervention qui va être vite pliée.

Trois flics sautent en marche de la fourgonnette, dans une arrivée triomphale qui me rappelle bizarrement celle des Power Rangers (ne me jetez pas la pierre, Pierre ! On a tous regardé des séries pourries quand on était gamins). Deux armoires à glace encadrent un gnome à l’air pas commode, et ils ont l’air tout déçus de trouver une scène d’intervention complètement apaisée. « Alors, qu’est ce qu’on a ? » lance celui du milieu.

Mains sur le ceinturon, nos cow-boys écoutent le débrief de mon collègue, mais on sent que le cœur n’y est pas. Ils comptaient sans doute sur cette intervention pour mettre un peu d’action dans leur soirée…

Leur chef, le petit revêche, entreprend de questionner Poil de Chameau tandis que nous effectuons les derniers tests. On dirait Chicken Little qui parle à Chewbacca. Mais visiblement fatigué de se faire tâter le crâne en répondant au policier, ce dernier commence à grogner, accentuant encore plus sa ressemblance avec le Wookie. « Personne ne m’aime de toute façon… Vous en avez rien à foutre ! ».

Chicken Little se tourne vers moi l’air interrogateur :

– Qu’est ce qu’il veut le socialo ?
– Je sais pas trop, je pense qu’il a besoin d’amour. Comme Lorie vous voyez.

Le petit poulet ne goûte pas trop à mon humour. Ou ne le comprend pas. Mais en tout cas Poil de Chameau lui a tout suivi à notre conversation :

– J’sais pas moi… Vous me posez des questions, vous voulez tout savoir sur l’agression, mais personne ne se demande si je vais bien !
– …
– Eh bah j’vais pas bien, voilà ! Je veux un câlin !!!
– ?!?

C’est ce moment que choisit un des deux costauds pour intervenir :

– Bah oui chef, faites-lui un câlin, soyez chic.
– … (Regard rageur du petit flic au grand flic.)
– Heu, j’veux dire… Ça se voit qu’il est pas bien, quoi.

Lui, il va passer un mauvais quart d’heure en rentrant. C’est à ce moment là que le témoin, qu’on avait complètement oublié dans son coin, décide de « prendre les choses en mains » et de rassurer la victime en l’entourant de ses bras :

– Vous inquiétez pas m’sieur ça va aller. Je vous écoute moi, je suis là.

Sauf que Florent Pagny, il est pas de cet avis. Agrippant son bon samaritain par le col, il beugle : « Y a personne qui m’aiiiiiiime ! » et commence à le secouer comme un prunier.

Face à l’incongruité de la situation, je dois admettre que l’incompréhension la plus totale m’habite soudain. Et une grande fatigue aussi. Du genre à vous donner une de ces expression de désespoir profond dont Alexandre Astier a le secret… Vous voyez ?

Mais le roquet qui sommeille en Chicken Little, lui c’est le genre de situation qui le réveille. Le poulet contre-attaque donc. Un coup de pied dans la tronche plus tard, notre Chewbacca dépressif rencontre le sol avec violence. La face écrabouillée contre la vitre de l’abribus, il a plus envie de câlin du tout et se met à couiner.

Je me dis direct : « Ho bah noooon, c’est mal parti pour que je finisse mon épisode de Game Of Thrones ce soir… Avec leurs conneries il va finir aux urgences ! ». Et ni une, ni deux, mon collègue et moi nous jetons sur le pauvre Poil de Chameau que Chicken Little maintient au sol avec ses rangers. Mais heureusement pour tout le monde, le bougre n’a rien. Dans cette histoire, seule sa foi en l’humanité aura été endommagée.

Épilogue

Pendant que les flics ont embarqué notre Chewbacca menotté, on a remballé notre matériel. Leur mission était accomplie et la nôtre aussi. Mais alors qu’on allait démarrer, j’entends une petite voix qui nous interpelle depuis le trottoir :

– Heu… La police est partie sans me questionner…

C’était le témoin, tout le monde l’avait oublié. Et lui avait visiblement été secoué par ce soudain emballement de testostérone.

– Bah c’est qu’ils n’avaient pas besoin de votre déposition alors… Merci pour tout, hein !
– Ha bon… Et du coup je fais quoi maintenant ?
– Vous je sais pas, mais moi j’ai sacrément envie de savoir ce qui arrive à Jon Snow !

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Commentaires
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  • Pyu
    Pyu, Le 4 janvier 2014 à 1h39

    Maintenant, quand je verrais florent pagny, je penserai automatiquement à cette histoire (et à sa transformation en choubaka) :domokun:
    Et ce petit chef policier entourés pas ses deux colosses... digne d'un film de mafioso:popcorn:

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