Marc Jacobs, Kidult et la dénonciation du consumérisme : qui gagne ?

Le graffeur Kidult a taggé la vitrine d'une boutique Marc Jacobs. Le créateur lui a rendu la monnaie en sortant un t-shirt, et Kidult y répond en sortant un autre t-shirt. Vous suivez ?

Marc Jacobs, Kidult et la dénonciation du consumérisme : qui gagne ?

Ahh, les querelles entre gens connus ! Comme on n’est jamais rassasié de ceux que propose le rap game, heureusement qu’il y en a plein d’autres dans la vie : le beef entre Michel Onfray et Bernard-Henri Lévy, le beef entre Fillon et Copé, le beef entre des candidats de Secret Story dont-j’ignore-les-noms-parce-que-je-ne-regarde-pas l’émission, le Corned Beef… Et au milieu de tout ça, un nouveau beef est apparu. Entre un graffeur et un grand créateur. Oui oui. Oh, vous savez, la vie c’est comme une boîte de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber.

Kidult s’en prend à la devanture d’une boutique Marc Jacobs

Au commencement, il y a le tag de Kidult, graffeur un peu Robin des Bois qui milite contre le consumérisme, sur une boutique Marc Jacobs du quartier de SoHo, à New-York.

Kidult (dont je vous ai déjà parlé dans le papier Rap et graffiti : vendre ses oeuvres, c’est aussi vendre son âme ?) est ce que l’on pourrait appeler un street activist : il se sert de ses dégradations peinturlurées comme d’un médium pour dénoncer notre société de consommation. Kidult pense que nous sommes agressés au quotidien par la publicité. En taggant des vitrines, il se propose donc de nous offrir une nouvelle lecture de l’espace urbain et souhaite bousculer l’hégémonie des marques, en particulier celles de luxe.

Son oeuvre ne laisse pas indifférent : tour à tour saluée ou décriée, la démarche de Kidult est soit envisagée comme une ré-appropriation de notre champ visuel citadin, soit accusée de n’être qu’une dégradation qui s’enorgueillit de prétentions militantes. En observant les commentaires laissés à la suite d’articles parlant de Kidult, vous n’aurez aucun mal à constater qu’il est autant admiré que détesté. Ces deux réactions, ironiquement postées l’une après l’autre, en témoignent :

« – Arrêtez de prêter de l’attention à ce que ce bouffon fait.
– Ce que ce mec fait, c’est du graffiti au sens le plus pur ! »

Pour continuer à vous faire un avis sur ce mystérieux Kidult, je vous suggère d’aller voir ce reportage. Canal Street a réalisé une immersion dans une session nocturne du graffeur, c’est une des rares fois où on peut l’entendre parler dans les médias. Plutôt intéressant. Bon, et pour des raisons que je n’ai pas besoin de vous expliquer, il s’exprime à visage couvert.

Dans son militantisme anti-industrie de luxe, Kidult n’a épargné presque personne. Nombreuses sont les boutiques à avoir déjà fait les frais du vandale :

Kidult reproche à certaines de ces marques de jouer clairement avec l’imagerie tag en jouant avec l’esthétique vandale à des fins commerciales. Il dénonce une récupération bourgeoise du milieu de la rue par le grand capital, qui cherche à s’encanailler pour servir ses visées marketing.

La marque Kenzo reprend l'esthétique du tag pour vendre son parfum.

Marc Jacobs rétorque en sortant un t-shirt du tag

Certaines marques choisissent de ne pas se laisser faire. C’est le cas d’Agnès B., qui après avoir fait nettoyer sa boutique, a tenu à passer un petit message à Kidult :

Même réaction chez Marc Jacobs, qui plutôt que de « subir » les dégradations de Kidult, a préféré tourner l’incident à son avantage… en sortant un t-shirt cyniquement intitulé « Art by Marc Jacobs »…

… à un prix, lui aussi, très Marc Jacobs : 689 dollars.

Kidult, qui ambitionnait d’attaquer les marques symbolisant l’opulence, s’est donc retrouvé au coeur de la machine en voyant son tag être tout simplement… commercialisé.

Kidult propose un contre tee-shirt

Vous imaginez bien le cercle sans fin : Kidult, en dénonçant la réappropriation bobo du tag par les marques, se retrouve à servir lui-même une marque, et mécontent de s’être fait piéger, veut à nouveau répondre à l’affront de celle-ci.

Voici donc l’anti-t-shirt Marc Jacobs, imaginé par Kidult.

Le même que l’original, à 3 lettres près : NOT.

Et vous pouvez ironiquement l’acheter pour 6,89 dollars… (pour rappel, le tee-shirt de Marc Jacobs, lui, était commercialisé à 689 dollars – Kidult n’a fait qu’ajouter une virgule au prix).

Le clash Kidult – Marc Jacobs et la mise en abîme

En marge de ce petit jeu de l’arroseur arrosé qui essaye d’arroser à nouveau sa victime, certains ont décidé d’apporter eux-aussi leur pierre à l’édifice.

Voici donc le tee-shirt Art by Marc Jacobs, coincé dans un autre tee-shirt.

Et vous pouvez le commander pour 35 dollars, ce qui est moins cher que les 689 dollars demandés par Marc, mais toujours plus que les 6,89 symboliques de Kidult.

Bon, vous pariez sur qui ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Irma Bud
    Irma Bud, Le 7 juin 2012 à 0h25

    Jean Grey;3253069
    Une personne pauvre a autre chose à foutre que d'avoir un sac de marque au bras, parole de pauvre ;)
    ben oui oui je sais bien, mais là je te parle dans un cas où ce serait gratuit ? (enfin tout ça pour dire que je pense que ce qui a le plus de succès chez les marques de luxe ce ne sont pas les articles qui reprennent """""l'art des pauvres""""" pour se donner un peu de streetcred, mais bien LE truc emblématique de la marque (carré hermès, collier avec le sigle au bout chez chanel ... voilà quoi)

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