La « Maison Barbie » fait polémique à Berlin — Le Petit Reportage

Du rose partout. Le 16 mai, une « Maison Barbie » a ouvert ses portes à Berlin, dans le quartier d'Alexanderplatz. Une inauguration qui révolte les féministes allemandes.

La « Maison Barbie » fait polémique à Berlin — Le Petit Reportage

Une maison Barbie à taille humaine : certaines petites filles en rêvaient, Mattel l’a fait. Investissant pas loin de 2 500 mètres carrés, l’empire de la mythique poupée filiforme a posé ses valises dans une zone industrielle de Berlin Est, entre une voie ferrée et des anciens blocs de logements soviétiques. Un coup marketing qui n’est pas sans hérisser le poil des féministes locales, qui voient en cet événement l’occasion pour la multinationale américaine d’annihiler un peu plus les petites têtes blondes du pays.

En effet, c’est la ville de Berlin qui a été choisie pour la première reconstitution à échelle humaine de la maison de Barbie. Selon le directeur de l’agence EMS Entertainment, organisatrice de l’évènement, l’idée est de pouvoir rendre réel le rêve de nombreuses fans : vivre dans le monde fantastique et imaginaire de Barbie.

Au programme : des activités estampillées « girly »

Après s’être acquittés d’un billet d’entrée à 12 euros (pour les moins de 14 ans) ou 15 euros (pour les plus de 14 ans), les fans de 7 à 77 ans sont invité-e-s à déambuler dans un espace entièrement dédié à l’univers de Barbie. Sans grande surprise, le rose est donc la couleur dominante.

Essayage de vêtements dans un dressing qui ferait pâlir de jalousie Carrie Bradshaw, passage en cuisine pour cuire des (faux) cupcakes géants, relooking en (attention le choix est grand) soit chanteuse, soit mannequin… La promotion de ces activités 100% cliché choque les féministes locales, qui regrettent qu’un univers aussi genré aille jusqu’à bousculer l’urbanisme de la ville et faire sa publicité à taille humaine.

Si la critique de la poupée Barbie n’est pas nouvelle, c’est le jusqu’au-boutisme mercantile de la franchise Mattel qui choque cette fois. Claire, expatriée française à Berlin, se désole :

« Impossible de rater cette maison Barbie quand on traîne dans le quartier. Toujours plus de strass et de paillettes : Mattel est très cynique à ce petit jeu. La marque a tout à fait compris que vendre du rêve auprès des petites filles, c’est vendre (tout court) auprès des parents. Mais à quel prix ? Les enfants sont trop jeunes pour comprendre que Barbie, c’est avant tout une jeune femme beaucoup trop maigre pour être réelle. »

Au milieu des nombreuses activités décrites plus haut, les visiteurs auront également le loisir d’admirer de nombreux croquis de Barbie et plus de 300 poupées exposées en vitrines. Une mise en scène savamment imaginée pour rassasier l’œil des petites filles fascinées. En effet, des lustres coquets au plafond au sol satiné, rien n’a été laissé au hasard pour séduire le visiteur.

L’apparence extérieure posée sur un piédestal

Que nous enseigne exactement ce charmant programme, tout de mode et d’activités domestiques composé, sur l’univers de la marque ? Le problème n’est pas qu’une fille peut s’intéresser aux vêtements ou à la pâtisserie, bien évidemment. Le malaise, plus exactement, réside dans le constat que chez Mattel, une fille se résume à être bien pomponnée et savoir faire la cuisine.

Stevie Schmiedel est une militante entrée en guerre contre les jouets genrés (relire Le Petit Reportage sur le marketing genré) et la systématique attribution du « rose pour les filles » et du « bleu pour les garçons ». Sur les ondes de la Deutschlandadio Kultur, la fondatrice du groupe « Pinpstinks » (en français, « le rose ça pue ») a ainsi déclaré :

« La Maison de rêve Barbie représente l’apogée de tout ce que l’industrie du jouet a réussi à faire de la couleur rose sur ces vingt dernières années… Le rose rime avec séduction, beauté, longs cils et surtout apparence extérieure. »

Mais elle n’est pas la seule à être affligée par l’opération marketing de choc. Affilié au parti de gauche Die Linke, le collectif « Occupy Dreamhouse Barbie » (dont la page Facebook réunit plus de 2000 fans) s’est constitué en réaction au projet de Mattel. Le groupe a appelé à manifester jeudi 16 mai, le jour de l’inauguration de la maison.

Une manifestation contre le sexisme de Barbie

Hier, 300 personnes se sont donc réunies aux abords de la maison de la discorde.

Le mouvement dont l’intitulé s’inspire de celui d’« Occupy Wall Street » a martelé :

 « Pour 15 €, vous avez le choix entre deux professions : top model ou pop star ! Quelle image ce message véhicule-t-il ? […] C’est triste de voir que la majorité des jeunes filles jouent avec une poupée qui, si elle était réelle, serait anorexique, et dont la vie se résume à attendre Ken dans la voiture. »

Les FEMEN allemandes, elles aussi, étaient au rendez-vous. Sur plusieurs de leurs pancartes a -t-on pu lire « Life in plastic is not fantastic » (« La vie en plastique n’est pas fantastique »), en référence aux paroles du titre I’m a Barbie Girl du groupe Aqua.

« Nous protestons parce que Barbie ne pourrait pas survivre avec une telle physionomie. Elle est devenue un modèle pour de nombreuses fillettes et cela n’est pas sain », a expliqué l’une des FEMEN. « On insiste trop sur le fait d’être toujours plus belle et cela met une pression affreuse sur les filles. Du coup, elles gâchent les capacités dont elles disposent pour être heureuses ou pour réussir à l’école », a-t-elle ajouté.

Les activistes féministes en ont également profité pour procéder à la crucifixion d’une poupée Barbie, à laquelle elles ont ensuite mis feu.

Mattel se défend de promouvoir un jouet rétrograde

Or, selon la marque, Barbie se serait très largement modernisée au fil du temps. Depuis maintenant plusieurs années, Barbie subit les foudres des féministes, qui reprochent à la mythique poupée ses cheveux longs et blonds, ses proportions « trop parfaites » et ses loisirs matérialistes (attendre Ken dans un coupé cabriolet, se coiffer entre amies, promener son chien…)

Pour se défendre de toute accusation de conservatisme, les fabricants clament que l’image de la poupée a beaucoup évolué récemment. En effet, la poupée Barbie s’est élargie et ses professions se sont diversifiées pour aller jusqu‘à être chirurgienne et candidate à la présidentielle.

Les supporters de la maison Barbie, eux, s’emploient à rappeler qu’en attirant de nombreux touristes, l’attraction permettra de relancer l’économie locale. Philipp Lengsfeld, militant du parti Chrétien-Démocrate régional, affirme par exemple dans The Guardian que les contestations sont « une expression de l‘étroitesse d’esprit des radicaux de gauche » et ajoute :

« C’est une intolérance agressive à laquelle il ne faut surtout pas céder. »

Dans la vraie vie, une silhouette comme celle de Barbie serait impossible

Pourtant, les reproches faits à Barbie sont difficilement contestables. Pour Rue89 qui explique que la poupée est « raciste, irréaliste, esclavagiste », il faut « jeter Barbie à la poubelle ».  Ainsi, la journaliste Sophie Gourion rappelle que même si les professions exercées se sont effectivement diversifiées, Barbie reste « inégalitaire » :

« Savez-vous qu’une Barbie ingénieure en informatique coûte environ 10 euros plus cher qu’une Barbie fée ou gardienne de zoo ? »

Cette différence de prix s’expliquerait par le « Barbie Paradox », avancé par l’économiste Matthew J. Notowidigdo :

« Les gens aux revenus élevés dépenseront davantage pour une Barbie. En partant de ce constat, les distributeurs, de leur côté, baseront le prix des Barbie sur le revenu des clients. Les Barbie les plus chères sont en général celles qui occupent un poste avec des revenus élevés : docteur, ingénieure en informatique […].

Dans mes yeux de néophyte, Barbie docteur et Barbie magicienne étaient les mêmes. La seule chose, c’est que vous payez un bonus de dix euros pour éviter que votre enfant aspire à une carrière dans la magie. »

Par ailleurs, une infographie présente une comparaison entre les proportions impossibles dans la vraie vie de Barbie et une silhouette lambda.

On y apprend que le cou trop fin de Barbie lui empêcherait en réalité de supporter le poids de sa tête, que sa taille trop étroite ne permettrait pas de loger tous ses organes, et que ses jambes sont 50% plus longues que ses bras tandis que le rapport moyen devrait se situer autour de 20%.

En attendant, la « Maison de Barbie » a officiellement ouvert ses portes hier. La controversée « Barbie Dream House » restera cinq mois dans la capitale allemande avant de s’installer dans d’autres villes. Les rumeurs parlent d’une prochaine étape à Paris.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • LaFlo
    LaFlo, Le 21 mai 2013 à 21h02

    Pour moi ce n'est pas seulement un "jouet", symboliquement c'est bien plus que ca !

    Alors certes, on peut très bien jouer à la Barbie en étant petite sans que ca influence négativement notre vie d'adulte... Mais bon franchement ca "impose des codes" dans l'esprit des petites filles...

    Pendant que les filles jouent avec leur barbie dans la maison de barbie à faussement préparer le diner pour Ken, les petits garçons jouent avec leur voiture téléguidée ou leur camion de pompiers dans le garage...

    Je trouve que les jouets "sexués" c'est un moyen de conserver la différence entre les sexes et de bien intégrer ca dans l'esprit des gamins, histoire que la parité entre les sexes ne s'améliorent pas ...

    Donc oui je trouve cette maison barbie grandeur nature complètement puérile de par ce qu'elle représente

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