Chaque semaine, Myriam H. viendra vous parler littérature, vous faire découvrir un auteur ou un bouquin qui mettra du soleil dans vos petits cœurs. Aujourd’hui, elle vous parle du premier roman d’une jeune écrivaine, Les Grimaces.
Sorti début juin 2012, Les Grimaces est le premier roman de Jennifer Murzeau, une journaliste de 28 ans qui vit et travaille à Paris. On y suit les parcours croisés d’Alain, Angelica et Marie, trois employés d’une chaîne de télévision qui s’y sentent mal, pour diverses raisons, et s’ignorent mutuellement.
Alain, le lien invisible
Alain Hussard est le personnage, quasi-invisible, qui ouvre et clôt Les Grimaces. Employé de bureau terne et banal, qui n’inspire que l’indifférence, il se méprise sans grande conviction et éprouve principalement une lassitude intense à l’idée que sa vie restera toujours telle qu’elle est, sans remous, sans changement, dans la grisaille parisienne. Salarié anonyme d’une grande chaîne de télé, loin des combats d’ego et des promotions arrachées à coups de couteau dans le dos, il suit son petit bonhomme de chemin sans enthousiasme, sans désir, ne rêvant que d’avoir un ami, peut-être, un jour. C’est James McAvoy au début de Wanted, c’est ce fantôme grisâtre des open spaces qui ne sera jamais mis en valeur, jamais dans la lumière, sauf le jour du pot de départ peut-être, quand il y aura du Coca tiède et des petits fours surgelés.
Angelica, la fureur sous-marine
Angelica est la vraie héroïne des Grimaces, celle qu’on suit le plus longtemps, celle sur laquelle on en apprend le plus. Chargée de production pour une émission similaire à Toute une histoire, elle subit sans cesse les remontrances de sa collègue aux dents longues, est ignorée par tous les autres employés, trop préoccupés par leurs luttes intestines et leurs soirées mondaines. Elle vit seule, mange seule, dort seule, mais la lassitude qui prévaut chez Alain laisse place, chez elle, à une fureur proche de la démence.
Énervée contre ses parents incapables de l’aimer, contre sa soeur qui réussit mieux qu’elle, contre sa solitude et le mépris dont elle est victime, Angelica focalise sa haine et sa frustration contre Marie, belle et élancée, séductrice et intelligente, cette collègue à qui tout réussit, qui ne lui accorde jamais un regard, qui possède tout ce qu’elle n’a pas. Elle sombre lentement dans une obsession dangereuse, exorcisant sa douleur dans des fantasmes de violence qui pourraient bien prendre corps si Angelica lâche prise.
Marie, l’inattendue complexité
Marie, justement, la belle plante qui n’a aucune raison de se plaindre, complète de façon inattendue ce triptyque de losers sur la corde raide. Car si elle sait jouer de sa plastique et séduire sans franchir le pas du « coucher pour réussir », Marie est lassée de n’être vue que comme des seins, de longues jambes, un ventre plat, des cheveux soyeux. En charge d’une émission littéraire menacée, l’idée de s’avilir à nouveau devant le patron de la chaîne la révulse, et elle comprend, étrangement, la détresse d’Angelica sans se douter de la haine que celle-ci lui porte.
Une violence sourde, mais omniprésente
À travers ces trois âmes perdues, Jennifer Murzeau parle sans douceur de la violence omniprésente dans certaines entreprises, particulièrement intense dans le monde du spectacle et de l’audiovisuel. Ce qui déprime Alain, ce qui rend Angelica à moitié folle, ce qui force Marie à jouer de ses charmes, c’est cette course au « meilleur », au plus occupé, au plus juteux contrat, avec les luttes ridicules, les mesquineries, le mépris de chaque personne ayant un peu de pouvoir et l’utilisant pour rabaisser, écraser, épuiser ceux qui en ont moins. Un roman très mature et prometteur, qui fait réfléchir sur l’attitude que tout un chacun peut avoir au travail et en dehors, et sur la souffrance silencieuse de ces « invisibles » que nous croisons quotidiennement.








Le 19 juillet 2012 à 19:18
Sympa ces présentations de livresCelui ci m'a fait pensé à "Les heures souterraines" de Delphine de Vigan. Un livre que j'avais trouvé à la caisse de la fnac et qui m'avait d'abord attiré par sa couverture. Il s'agit également d'histoire de travail. De deux personnages sans liens apparents, si ce n'est leur mal être.
J'ai aimé lire ce livre même si la fin m'a semblée arriver trop vite, comme si l'auteur n'avait pas tout a fait pris le temps d'amener les personnages là où ils devaient finir.
Du coup je garde un souvenir assez frustré de cette lecture.
Le 19 juillet 2012 à 19:33
Dans le genre "mesquinerie du monde de l'audiovisuel" j'ai "The Second Coming" de John Niven, qui est une pure merveille, plein d'humour, de clin d'oeils, mais aussi très réaliste sur certains points (pour cause, l'auteur a bossé dans le milieu). c'est l'histoire d'un Jesus qui retourne sur terre essayer de raisonner les hommes parce que son père péte un câble sur l'évolution là haut. Et il essaie de faire ça via un truc genre American IdolC'est très drôle, en tout cas.
Il a aussi écrit Kill your friends qui traite du même sujet en version moins loufoque apparemment, mais qu eje n'ai pas (encore) lu.
Le 19 juillet 2012 à 21:15
Ah The Second Coming a l'air génial
Le 19 juillet 2012 à 22:59
Hem.. non
Mais je pense que si, le contraire m'étonnerait.