The Legend of Korra, ou la frustration version dessin animé

The Legend of Korra, le spin-off d'Avatar : The Last Airbender, commence à faire grincer des dents LadyDandy... Et c'est bien dommage !

The Legend of Korra, ou la frustration version dessin animé

The Legend of Korra est un de ces bons dessins animés américains qui redonnent foi en l’humanité et occupent agréablement nos soirées d’automne… Qui plus est, il met en scène Korra, une héroïne forte, courageuse et impétueuse, souvent citée comme un exemple de personnage féminin badass (hello Mar_Lard et Anita Sarkeesian).

Mais il n’empêche que la série me court carrément sur le haricot ces temps-ci, ce qui prouve bien qu’un truc globalement progressiste n’est pas nécessairement d’une qualité constante.

Alors allons-y, pourquoi Avatar : The Legend of Korra me plonge dans la frustration, c’est parti !

Avatar : The Legend of Korra vient après Avatar : The Last Airbender

Oui c’est mal de comparer les suites et les spin-off. N’empêche que si les bons spin-off sont d’une qualité telle qu’on oublie derechef les séries dont ils sont issus (Daria pour Beavis et Butthead, Xena pour Hercules…), les spin-off « mouais », même s’ils restent de bonne séries au demeurant, font un peu pleurer quand on les compare au matériau source.

Et quand on compare The Legend of Korra avec la série dont elle est issue, The Last Airbender, on ne peut pas s’empêcher de constater que même si ce sont globalement les mêmes personnes qui bossent sur les deux séries, Korra demeure quand même largement en-deçà de son illustre prédécesseur.

Ce qui me dérange, ce n’est pas que The Legend of Korra se démarque de The Last Airbender, choisisse un autre univers, de nouveaux personnages et pose une nouvelle ambiance, non, ce qui m’embête c’est disons… une grosse baisse dans la qualité de l’écriture.

Pour faire court : par rapport à The Legend of Korra, The Last Airbender a des héros plus jeunes mais ils ont des réactions plus matures, des enjeux moins complexes mais traités avec beaucoup plus de maturité.

Je vous ai fait un schéma, c’est plus clair.

C’est moche hein ? Je ne parle pas de mon graphique — qui est de toute beauté — mais de ce qu’il illustre !

Là où la première série Avatar mettait en scène des enfants et préados dans une quête ultra-classique pour sauver le monde avec des graphismes colorés et ronds, Legend of Korra a pris un parti pris graphique plus anguleux, met en scène des jeunes adultes et propose des thèmes comme la montée du capitalisme, la perte des traditions spirituelles, les inégalités sociales, la mafia, les sectes, etc.

Mais là où Avatar partait d’une base simple mais traitait vraiment bien les tenants et aboutissants en refusant tout manichéisme (on nous montrait les implications de la guerre sur les civils, les responsabilités liées au pouvoir, le bien-fondé de la vengeance et la possibilité de la rédemption — sérieusement, Avatar traite de toutes ces thématiques bien mieux que les Batman de Nolan !), Legend of Korra a une base compliquée mais se perd dans des atermoiements autour d’un triangle amoureux débile et injustifié, et ne donne jamais un début de réponse ou de piste aux problématiques posées, en usant à la place d’un grand méchant (ascendant deus ex machina).

Bref, si vous voulez de la maturité, regardez Avatar : The Last Airbender et essayez de passer outre les blagues nulles de la saison 1 (même si elles me font rire quand même).

The Legend of Korra a des thématiques géniales… mais ne les exploite jamais à fond

Comme dit plus haut, The Legend of Korra met vraiment en place des thématiques ambitieuses. Petit résumé pour les profanes : Avatar se situe dans un univers où, suivant les pays où ils se trouvent, certains peuvent développer une « maîtrise » (bending) d’un des quatre éléments.

Certains habitants du pays de la terre maîtrisent donc… la terre et peuvent envoyer valser des rochers de quatre fois leur taille, ceux du pays de l’eau peuvent transformer leur sueur en pics à glace, etc.

Et pour apporter l’harmonie à ce monde, on a l’Avatar (Aang dans la première série et Korra dans la seconde), une entité qui se réincarne et peut maîtriser les quatre éléments. Pas trop perdus ?

La saison 1 de Legend of Korra s’ouvre en temps de paix alors que l’implication des « maîtres » (benders) n’est pas capitale ou nécessaire à une victoire militaire comme c’est le cas dans la première série ; on voit même certains benders désoeuvrés mettre leurs talents au service de la mafia et terroriser les civils qui ne maîtrisent pas d’élément.

Ces abus de pouvoir sont remis en question : apparaissent les « égalitaristes » qui voudraient carrément retirer leur pouvoir aux maîtres afin d’éviter tout abus de leur part. Leur combat est quand même un peu légitime sachant que les hasards de la génétique te donnent dans cet univers la capacité de tuer ta famille par accident en claquant des doigts…

Mais Legend of Korra va complètement zapper ça et son héroïne (première de la catégorie « j’abuse de mes pouvoirs avec condescendance pour faire ce que je pense être le bien ») ne se remettra jamais en question. Le chef des égalitaristes, Amon, est méchant. C’est tout.

Notons qu’à côté de ça, on voit des séries qui pourraient être beaucoup plus patriotes et garantes des privilèges et du statu quo, type La Ligue des Justiciers, aller beaucoup plus loin dans le questionnement des privilèges.

Saison 2, rebelote pour le moment (j’ai un vague espoir que ça s’arrange : la série est en cours et Korra commence enfin à recevoir un petit retour de bâton après ses conneries) : on commence à questionner vaguement le fait que le capitalisme pourrit un peu le contact avec la nature et l’harmonie, mais en fait les capitalistes sont plutôt gentils (et fun… le simili-Howard Hughes est à tomber) et les traditionnalistes sont plus chiants qu’un dimanche de pluie chez Mémé. Et en plus ils sont méchants.

Adieu questionnements profonds, bonjour manichéisme !

The Legend of Korra a une héroïne insupportable

Ce qu’il y a de cool chez Korra, c’est qu’elle est le complet opposé de l’avatar précédent, Aang, héros de la première série et dont elle est la réincarnation.

Aang était un jeune moine posé, pacifiste qui cherchait à éviter le combat avec intelligence, vivacité et humour, et Korra est une jeune femme orgueilleuse, tête brûlée, hyperactive, surpuissante et qui n’a pas peur d’en découdre.

Le personnage est tête à claques mais reste moderne et crédible et, surtout, doté d’un caractère très original pour un personnage féminin (ce qui n’est pas si étonnant au vu de la variété et la qualité des rôles féminins de la première série : rien de nouveau, les créateurs d’Avatar gèrent de ce côté-là).

Le problème, donc, ce n’est pas la base qui est bonne et bien pensée, le problème, c’est l’évolution de Korra parce qu’en fait… Elle n’évolue jamais, et on a souvent l’impression que tout lui tombe tout cuit dans le bec sans qu’elle ait à se remettre en question. Et ça, c’est vraiment insupportable !

Pour résumer, elle passe son temps à foncer tête baissée sans réfléchir — et si ça lui attire parfois des ennuis, ça ne dure jamais. La fin de la saison 1 en est un exemple flagrant : elle perd énormément, et là où j’aurais aimé qu’elle apprenne à se redéfinir, à repartir sur de nouvelles bases, elle se tape juste un trip emo et pif paf pouf, on lui rend ce qu’elle a perdu et tout le monde est content.

NON, je ne suis pas contente !

Le pire, c’est qu’avec ça, j’aurais presque l’impression qu’on lui mâche le travail JUSTEMENT parce que c’est une femme et donc que les créateurs ont peur qu’on leur tombe dessus si on la fait trop culpabiliser ou se remettre en question.

Je ne sais pas si c’est vraiment ça mais j’y pense de plus en plus, et du coup j’ai envie de citer George R. R. Martin, qui maltraite ses personnages féminins comme masculins et leur permet d’évoluer (même si à côté, la série s’obstine à mettre constamment les nanas à poil) :

Vers 12 minutes 40 : yeah George R. R. Martin !

Revenons à Korra : un bon personnage, qu’il soit homme ou femme, doit être défié, bousculé, réagir à ça et évoluer — sauf peut-être dans certains contextes comiques : on aime aussi les gamins de South Park parce qu’ils ne changent pas, mais l’intérêt vient plus de leurs réactions décalées et extrêmes à une situation satirique qui se renouvelle, elle, à chaque épisode.

Tous les personnages de Daria, Game of Thrones, L’Attaque des Titans évoluent constamment et, de fait, on les AIME ! Et on peut même changer d’avis sur eux et passer de « quel-le crétin-e pleurnichard-e » à « ce-tte badass me met des étoiles dans les yeux ».

C’était le bon temps.

Korra ne bouge pas. Après ce qu’elle a traversé au cours de la saison 1, elle continue de cogner avant de penser (« Oh, un portail SPIRITUEL… pour l’ouvrir, il faut sûrement que je tape dessus comme une grosse brutasse bourrée qui a perdu ses clefs ! »), et c’est insupportable !

Parce que tous les personnages secondaires évoluent, eux — et plus ça va, plus le décalage se marque entre cet espèce de bloc borné de Korra et ses petits camarades qui continuent à la soutenir de façon totalement incompréhensible.

Mais allez, j’ai bon espoir : le dernier épisode était mou du genou mais on commençait à voir Korra se prendre la réalité en pleine face. Qui sait, ça s’améliorera peut-être.

Parce qu’à côté, la série présente un univers original, des personnages travaillés (notamment des femmes dans des rôles non stéréotypés), de grandes qualités graphiques, un bon doublage original, une bande-son démente et de l’humour qui fait souvent mouche.

Donc je regarde, je m’ébaubis, je bave devant la voix débordante de sex-appeal de Dante Basco (Rufio de Hook). Mais… je suis frustrée !

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Viens apporter ta pierre aux 22 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

Lire l'intégralité des 22 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)