Le Surréalisme

Pondu par Flo le 25 juillet 2008  

Ce nouveau mouvement d’avant-garde succède en toute logique au mouvement Dada, dont il renouvelle les principales idées. Dans un premier temps c’est essentiellement une tendance littéraire (les surréalistes inventeront le cadavre-exquis*), mais rapidement le Surréalisme va s’étendre à d’autres domaines comme la peinture, la photographie ou encore le cinéma.

Le Surréalisme nait officiellement en 1924, à la publication du premier Manifeste Surréaliste par André Breton. Il définit ce mouvement comme un « automatisme psychique » : il s’agit pour les artistes de laisser s’exprimer leur inconscient, leurs rêves et leurs pulsions profondes. La technique préconisée est celle de l’écriture automatique (aussi appelée « pensée parlée » ou « Ã©criture de pensée ») : laisser s’exprimer sans tabou ce que dicte l’inconscient.

Pour se donner une idée de la traduction plastique du Surréalisme, on va jeter un p’tit coup d’œil sur les principaux protagonistes du mouvement :

Salvador DALI (1904-1989)

Certainement le plus excentrique des surréalistes, qui a élevé au rang de principe l’absurde et la « folie » Surréaliste. Il met en scène le rebutant et l’obscène ainsi que ses fantasmes sexuels et sadiques dans un réalisme absolu. Un exemple :

CLIQUE ICI POUR VOIR L’IMAGE SUR LE SITE DE SALVADOR DALI
Guillaume Tell, 1930, huile sur toile.
(Joue avec Salvador et compte les petits z’ozios cachés un peu partout :])

Il dit de son travail que c’est de la « paranoïa-critique » (petite définition par l’intéressé : « Une méthode spontanée de connaissance irrationnelle basée sur l’objectivation critique et systématique des associations et interprétations délirantes »). C’est dans ses travaux que l’on trouvera la plus grande richesse de références et d’allusions historiques et mythologiques. Un seul exemple suffit :

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La métamorphose de Narcisse, 1937, huile sur toile.

Petit rappel : Narcisse était un jeune homme tombé amoureux de son reflet après l’avoir vu dans l’eau d’une cascade. En voulant embrasser ce reflet, il tomba et se noya. Son corps ne fut jamais retrouvé, à la place, une fleur qui porte désormais son nom avait poussé.
Que voit-on sur le tableau de Dali (attention, c’est pas évident) ? A gauche, Narcisse recroquevillé sur lui-même et se regardant le nombril ; à droite, une main tenant un œuf craquelé d’où nait une Narcisse. Soit : l’avant et l’après chute de Narcisse dans l’eau. Les références artistiques sont également nombreuses : des statues antiques, le sol en damier en référence à la perspective académique et la technique picturale, léchée et brillante à souhait.

Max ERNST (1891-1967)

Cet artiste allemand va développer les idées proposées par Dada. Il va notamment intégrer quasi systématiquement le processus du hasard dicté par l’inconscient. Il réalisera des tableaux regroupant plusieurs éléments picturaux n’ayant aucun lien entre eux, comme le préconise le Comte de Lautréaumont dans Les chants de Maldoror : « Beau […] comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie ! ». Visualisez la chose.

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Oeudipus Rex, 1922, huile sur toile.

Max Ernst va ainsi créer dans son œuvre un monde à la fois étrange, gai, onirique, magique et grotesque. Il mettra en avant de nouvelles techniques, comme celle du grattage, du frottage ou de la décalcomanie : une couleur est déposée sur une toile, une deuxième sur une autre toile, puis l’artiste assemble ces deux toiles ; lorsqu’il les décolle, un fond fantastique voire irréel en résulte. Un exemple :

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La ville entière, 1935, huile sur toile.

René MAGRITTE (1898-1967)

Un artiste qui n’est plus à présenter : tout le monde sait que ce n’est pas une pipe (hinhin) !  L’artiste belge se complait à irriter le spectateur par l’association d’objets et d’idées contradictoires : il souhaite ainsi provoquer une réflexion sur la représentation et la réalité, sur l’art et sur les processus de perception. Outre l’inépuisable exemple de La trahison des images (ceci n’est pas une pipe), en voici un autre :

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Les vacances d’Hegel, 1958, huile sur toile, collection privée.

Il réalise de véritables énigmes picturales au sein de tableaux alliant monde magique, poésie et un humour parfois assez corrosif. La facture de ses tableaux est très académique, voire même scolaire parfois ; la géométrie dans l’espace est parfaite, reprenant avec précision la perspective établie à la Renaissance. Un autre exemple :

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Le temps percé, 1938, huile sur toile.

Joan MIRO (1894-1984)

L’artiste évolue dans un monde étrange, onirique, fantastique et magique, inspiré par l’art naïf et primitif. De ses tableaux se dégage une certaine fraîcheur (notamment grâce à la palette de couleurs vives qu’il utilise) ce qui fait de lui un « surréaliste modéré ».

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Intérieur hollandais, 1928, huile sur toile, MoMA New York.

Joan Miro opère une réduction dans tous ses tableaux, la réalité n’apparaît plus que sous forme fragmentaire : un tronc d’arbre devient un simple bâton par exemple. Il attribue ensuite un caractère fantastique à ces formes : des oreilles poussent à ce tronc d’arbre. La forme fétiche de Miro est le cercle, que l’on retrouve omniprésent dans la plupart de ses tableaux.

CLIQUE ICI POUR VOIR L’IMAGE SUR LE SITE DE LA GALLERY62
La poètesse, 1940, gouache et peinture à la térébenthine sur papier.

La sculpture Surréaliste

La sculpture a aussi sa place dans le Surréalisme. Salvador Dali va en faire de nombreuses, dans la lignée de Marcel Duchamp et de ses ready-made : il réalise des assemblages d’objets manufacturés aux nombreuses références. Un exemple :

CLIQUE ICI POUR VOIR L’IMAGE SUR LE SITE DU MoMA
Salvador Dali, Buste de femme rétrospective, 1933

On retrouve les fourmis, récurrentes dans l’œuvre de Dali, synonyme pour lui de mort et de pourrissement. L’encrier et la baguette de pain rappellent le tableau L’Angelus de jean-François Millet, à l’origine de la création de cette sculpture. Quant à la baguette de pain et aux maïs… leur forme phallique fait une nette référence au sexe masculin.

Hans Bellmer (1902-1975) est également un acteur de la sculpture Surréaliste. Il réalise des assemblages de poupées, à taille réelle. Petites chaussures vernies, chaussettes blanches, nÅ“uds dans les cheveux… mais nudité et caractères sexuels développés donnent à ses sculptures un côté pervers et un érotisme malsain.

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Hans Bellmer, Poupée.

Le cinéma Surréaliste

Le principal protagoniste du cinéma surréaliste est sans conteste Luis Buñuel (1900-1983). Il réalise le premier film surréaliste en 1928 : Un chien Andalou, en collaboration avec Salvador Dali (16 minutes, noir et blanc). Le scénario ayant été fait sur le principe du cadavre-exquis*, doutez-vous qu’il est assez complexe d’en faire un résumé clair… Inspiré d’un rêve de Dali, on y retrouve des éléments récurrents de son Å“uvre : les fourmis (toujours), l’érotisme, la mort… La scène la plus célèbre est celle où un personnage féminin se fait couper un Å“il avec un rasoir.

Le Surréalisme chien andalou

Buñuel réalise également l’Age d’or en 1930 (1h01, noir et blanc), toujours avec la participation de Dali : l’histoire d’un couple que les conventions sociales et familiales tentent de séparer. Un film à l’humour noir qui se verra interdit à l’époque. Petit détail, le film se termine sur une adaptation des 120 journées de Sodome du Marquis de Sade.

Le Surréalisme age or

Cette tendance surréaliste inspirera bien d’autres cinéastes, dont Jean Cocteau par exemple.

Voilà donc les basiques du mouvement Surréaliste ! Des choses à dire ? Un complément à ajouter ? Venez débattre sur le forum dédié de cet article !

* jeu littéraire inventé vers 1925 par le groupe surréaliste, il consiste à composer une phrase par plusieurs personnes sans qu’elles ne connaissent le mot précédent. Oui, toi aussi tu y as joué :]

A voir aussi :

- Une analyse du Manifeste Surréaliste.
- Exposition Hans Bellmer au Centre Pompidou, Paris.
- Exposition Joan Miro au Centre Pompidou, Paris.
- L’art Surréaliste, dossier pédagogique du Centre Pompidou, Paris.

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Les 10 dernières réactions à cet article

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  1. Zack Zack

    Le 04/08/2008 à 18h00

    Citation:
    Posté par Hayah Voir le message
    a ok j'avais pas compris que c'était surtout pour présenter des artistes, je pensais que c'était aussi pour expliquer le courant de ces artistes, désolée alors :o
    T'inquiète poulette, c'était juste pour te dire, comme l'a dit .Flo. après, qu' elle ne peut pas tout résumer, il y a tellement de choses à dire, effectivement sinon on aurait un mémoire par sujet. Mais vraiment, si t'as des trucs à rajouter, c'est cool de pouvoir s'enrichir les unes les autres. Surtout que ce que tu relevais serait très intéressant à apporter.
  2. Bord'Elle Bord'Elle

    Le 04/08/2008 à 19h04

    Etrangement, le mouvement surréaliste a un concept qui me plaît mais je n'en aime pas les artistes. Je n'ai jamais accroché ni à Dali ni à Magritte ni à Miro. En revanche, j'aime beaucoup Ernst pour une de ses citations qui m'a énormément servi: " Si ce sont les plumes qui font le plumage, ce n'est pas la colle qui fait le collage". Ou comment démarrer une dissert' d'Histoire de l'Art.
  3. Kosuko-Paï. Kosuko-Paï.

    Le 04/08/2008 à 21h34

    Mon premier coup de coeur "artistique" fût Magritte en classe de 5ème.:coeur2:
  4. Elfamelie Elfamelie

    Le 04/08/2008 à 21h52

    Encore un chouette article de la rubrique Arts !

    Je me tâte à ouvrir un sujet en rapport dans le forum livres ...
    J'avoue que je vois d'abord le surréalisme comme un mouvement littéraire, impulsé par des écrivains, parce que c'est par le biais de la littérature et de l'étude de Nadja d'André Breton que j'ai découvert ce courant. Cela dit, la poésie surréaliste ne se fonde que sur l'image, le rôle de l'image sous toutes ses formes (image habituelle, image subliminale, image à clefs, image détournée) est fondamental dans l' "esthétique" surréaliste. C'est donc très intéressant de se confronter aux différents genres artistiques expérimentés par les Surréalistes. Mais un peu comme Bord'Elle, les peintres surréalistes ne m'intéressent que moyennement, ou alors quand ils collaborent avec des écrivains, comme c'est le cas pour Mirò et André Breton dans le très beau recueil Constellations. Et je signale aussi le magnifique Corps et biens de Robert Desnos, l'un des plus grands poètes du groupe surréaliste.

    Et sinon, ce qui est très intéressant, c'est de voir que de nombreux grands artistes et écrivains du XXe siècle ont eu une période surréaliste, et ont suivi par la suite des trajectoires très différentes. Le surréalisme a été je pense plus qu'un mouvement, c'était une sensibilité, un choix artistique adopté à un certain moment par des artistes très différents, mais qui n'a pas été leur seule finalité artistique. Le surréaliste poussé à l'extrême ne produit pas forcément de grandes oeuvres : c'est l'intégration des idées surréalistes à un travail créateur singulier qui en fait tout l'intérêt, je pense.
  5. Betty Blue Betty Blue

    Le 05/08/2008 à 17h29

    Citation:
    Posté par Elfamelie Voir le message
    Encore un chouette article de la rubrique Arts !

    Je me tâte à ouvrir un sujet en rapport dans le forum livres ...

    .
    Oh oui oui s'il te plait moi je veux!Bon HS je sais...

    Sinon une fois de plus très bon article meme si je ne suis pas plus fan que ça des surréalistes.
  6. Insensée Insensée

    Le 06/08/2008 à 13h02

    Citation:
    Posté par Cho' Voir le message
    T'inquiète poulette, c'était juste pour te dire, comme l'a dit .Flo. après, qu' elle ne peut pas tout résumer, il y a tellement de choses à dire, effectivement sinon on aurait un mémoire par sujet. Mais vraiment, si t'as des trucs à rajouter, c'est cool de pouvoir s'enrichir les unes les autres. Surtout que ce que tu relevais serait très intéressant à apporter.
    a ça va alors ^^

    Donc pour rajouter à l'article pour celles que ça intéresse, les surréalistes laissent parler leur inconscient. Notion "inventée" par Freud.
    Pour resituer un peu Freud.
    Il a d'abord établit une première topique : le conscient, pré-conscient et inconscient. Contrairement à ce qu'on pourrait croire l'inconscient ne s'oppose pas au conscient mais est constitué par ce qui est refoulé (ce qui ne peut être traité par le conscient).

    Il a ensuite établi une deuxième topique avec de nouveau, trois appareil psychiques : le ça, le moi et le surmoi. Le ça étant composé essentiellement d'inconscient, il s'agit du siège des pulsions. Le moi est essentiellement constitué de conscient et c'est ce qui fait le rapport au monde, au réel. Le surmoi, enfin, est constitué d'inconscient et de préconscient et est le système psychique des interdictions.

    Ensuite pour Magritte, j'avais suivit une visite guidée dans Bruxelles et la guide nous avait expliqué que les surréalistes belges étaient à part parce qu'ils ne prenaient pas vraiment le surréalisme au sérieux, ils "l'ont adapté" à leur sauce. D'ailleurs elle nous avait fait comprendre combien Magritte prenait plutot des "choses anodines" réelles mises dans un contexte surréaliste alors que les peintures de Dali sont des unviers complètement à part, qui ne peuvent rappeler quoique ce soit que l'on connaisse.
  7. Kadenco Kadenco

    Le 14/08/2008 à 02h15

    Citation:
    Posté par Elfamelie Voir le message
    Et sinon, ce qui est très intéressant, c'est de voir que de nombreux grands artistes et écrivains du XXe siècle ont eu une période surréaliste, et ont suivi par la suite des trajectoires très différentes. Le surréalisme a été je pense plus qu'un mouvement, c'était une sensibilité, un choix artistique adopté à un certain moment par des artistes très différents, mais qui n'a pas été leur seule finalité artistique.
    Chuis bien d'accord avec ça. Disons que j'ai un peu du mal avec la "chapelle" surréaliste de Breton qui change de position comme un seul homme tous les quatre matins. "Allez, aujourd'hui on se fait un petit trip mystique, et demain on s'inscrit chez les bolchos, les gars !" ('pi en plus, il a viré Artaud, ça devrait être interdit par la loi, un truc pareil.)

    Sinon, je déteste cordialement Dali et Magritte. Le côté très lisse, presque aérographié de leur travail m'ennuie profondément. Je trouve que ça manque de dynamique, quelque part, et je me demande ce qu'on peut bien leur trouver.
    Ernst, j'aime beaucoup son Oedipus Rex, qui est montré dans l'article (bon choix, eheh), et le Miro, je trouve ça ... marrant ? (si c'est un compliment, je dis pareil de Kandinsky et de la période abstraite de Kupka...)

    Mais bon, je préfère au final la liberté dadaiste à l'onirisme trop léché du surréalisme.
    Jésus Christ Rastaquouère, tout ça, quoi.
  8. Petitetortue Petitetortue

    Le 15/08/2008 à 14h52

    Un article très intéressant qui m'a rappelé combien j'aimais Dali et Magritte. J'adore le côté déjanté de Dali, le personnage qu'il s'est créé joue beaucoup dans la vision que j'en ai. Je me souviens d'un lustre en petites cuillères au musée de Girona(? je ne sais plus, sa ville natale en Espagne, en tout cas). c'était la première fois que je voyais ses oeuvres et ça a vraiment été un coup de foudre artistique.
    Pour Magritte, je le trouve plus "sérieux". Je trouve son tableau "le viol" fantastique, c'est vraiment frappant il est impossible d'oublier un tableau comme celui-là.
    Sinon, contrairement à Kadenco, j'aime bien le côté léché de leurs tableaux qui leur permet d'être plus efficace. Le spectateur va tout de suite au fond des choses, s'interroge sur la représentation, la volonté du peintre, plutôt que sur les jeux de matière (je ne dis pas que les jeux de matière ne sont pas intéressants mais dans le cas de ces deux peintres, l'intérêt est ailleurs).
    Un bon article comme d'habitude c'est toujours un plaisir de te lire Flo!
  9. Flo Flo

    Le 15/08/2008 à 18h35

    Citation:
    Posté par Kadenco Voir le message
    Mais bon, je préfère au final la liberté dadaiste à l'onirisme trop léché du surréalisme.
    J'aurais tendance à penser comme toi ! Je pense que la période surréaliste est "plus" intéressante du côté cinématographique. Le chien andalou est à regarder, vraiment, même si à première vue ça parrait pas très abordable
    Merci encore pour vos gentils compliments :]

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