Le mouvement Fluxus

Pondu par le 5 août 2008  

On peut dater le moment de l’apparition du nom de Fluxus, terme médical qui désigne l’écoulement organique hors du corps, en 1961, pour désigner ce mouvement bien particulier ; en revanche il a été amorcé un peu avant qu’on le nomme précisément. Il a commencé dans les années cinquante, sous l’influence de John Cage, de jeunes artistes rejettent la notion d’Art et les institutions artistiques.

Tout d’abord, qui est donc John Cage ? Né en 1912 à Los Angeles, c’est avant tout un musicien, mais un musicien un peu particulier puisqu’il disait lui-même considérer le silence comme une vraie note. Ses compositions en découlent alors de façon presque logique : le silence étant une vraie note, il est essentiel de lui accorder une place aussi importante qu’aux autres notes. Son morceau le plus célèbre est ainsi 4’33, une pièce pour piano et un happening durant lequel le musicien pose ses mains sur le clavier et écoute son public. Il cherche aussi à épurer la musique, à laisser de la place au silence mais également au public. Ainsi, ses compositions, pour la plupart du temps, ne comportent pas de ponctuation musicale : c’est au musicien d’improviser face à l’ambiance et au public tels qu’il les ressent.

CLIQUE ICI POUR VOIR LE MORCEAU SUR YOUTUBE
4’33, joué en concert au Classical Music WeShow Awards US

Le hasard n’est pas laissé de côté : John Cage joue parfois en tirant les notes au sort ; parfois il modifie son piano, y ajoute boulons, gommes, petits objets de bois et de métal, pour en tirer des sons différents et inattendus.

On peut également compter l’école Zen comme une influence du mouvement Fluxus. Cette mouvance du bouddhisme insiste particulièrement sur la notion de méditation : Zazen, la méditation assise, consiste à s’assoir, ne faire qu’un avec l’illumination du Bouddha, et de découvrir la nature véritable de sa propre conscience. Le monde n’est que celui que la conscience perçoit, dit cette philosophie. S’assoir, pratiquer, est un but en soi, ou plutôt : il faut accepter de n’avoir pas d’autre but que la pratique. C’est aussi sur ces principes que se base Fluxus : la pratique, le processus de création est aussi important que le résultat final. C’est ce que cela signifiait pour John Cage quand il s’asseyait devant son piano sans en jouer : être assis face au public était aussi important, sinon plus, que de produire une belle mélodie.

En 1961, George Maciunas crée une galerie qui exposera les oeuvres des artistes de ce mouvement en émergence. Parmi eux, on peut compter Yoko Ono, qui s’efforce de créer une interactivité entre l’artiste et son public : elle crée par exemple un happening nommé Cut Piece, où elle est simplement assise par terre, sur scène, et où elle invite le public à venir découper à chaque fois un petit morceau de ses vêtements jusqu’à ce qu’elle se retrouve presque nue. L’oeuvre n’existe donc pas sans le public qui la crée, et elle exprime en même temps quelque chose : la fragilité humaine face à ses congénères.

CLIQUE ICI POUR VOIR LA VIDEO SUR DAILYMOTION
Yoko Ono, Cut Piece

On voit ainsi que les happenings ont une grande importance : les artistes ont tendance à encourager la simplicité et une des règles d’or pourrait être « Do it yourself ». Un happening, c’est avant toute chose une bonne idée, un public et un artiste : pas besoin de matériel très complexe. Une façon de mettre l’art à la portée, du moins matériellement parlant, de chacun ! Comme Dada l’a été avant, ce mouvement est très ancré dans la critique de la société de consommation et la critique de l’art institutionnalisé.

De plus, essayant de se séparer de l’art institutionnalisé, ils essaient constamment de ne pas cloisonner leur travail à une seule catégorie. Les artistes de ce mouvement sont fascinants parce qu’ils ne sont pas seulement peintre, ou compositeur ou poète, mais un peu de tout cela. Un poème ne trouvera son sens que lu à un public dans une mise en scène particulière, si possible en faisant agir le public lui-même durant cette lecture ; ainsi le poème n’est plus seulement un texte, mais une vidéo l’accompagnant, une façon de le présenter.

CLIQUE ICI POUR VOIR QUELQUES POEMES DE L’ARTISTE LITSA SPATHI.

Depuis le début des années 80 et la mort de Murciano, directeur de galerie qui a fait connaître Fluxus, en 1978, le mouvement ne s’essouffle pas. C’est pourtant souvent là que les critiques font s’arrêter le mouvement, le datant ainsi très précisément de 1961 à 1978, mais il serait faux de dire que ces artistes ne continuent plus à travailler au sein de ce même mouvement. Ses membres fondateurs sont aujourd’hui décédés, mais beaucoup d’artistes se réclament encore de cette école et créent des oeuvres qui répondent à la définition du Fluxus : simples, interactives, avec une implication réelle du public. C’est d’autant plus intéressant aujourd’hui que de nouvelles formes de communication naissent chaque année, et que de plus en plus d’outils s’offrent aux artistes qui explorent de nouveaux média entre le public et l’art. Le célèbre Ben Vautier n’est pas seulement le roi des agendas et du rayon papeterie ; son site web propose de nombreuses activités étonnantes : jouer de la musique, regarder via sa webcam ce qui se passe chez lui, un vote pour communiquer avec les extra-terrestres … beaucoup de choses loufoques et simples qui essaient tout bêtement de faire tomber les barrières.

Viens nous donner tes impressions sur ce mouvement en débattant sur le forum dédié à cet article !

Ca vous a plu ? Faites tourner !

3 BIG UP

Tous les articles Arts & Expos
Les autres papiers parlant de
Plus d'infos sur / Tous ses articles sur madmoiZelle.com

Jeff Koons Must Die!!! par Hunter Jonakin  

Jeff Koons Must Die!!! par Hunter Jonakin

« Jeff Koons Must Die!!! » n’est pas qu’une possible complainte d’artistes...

Le peintre Lucian Freud est décédé hier soir  

Le peintre Lucian Freud est décédé hier soir

Le peintre britannique d’origine allemande Lucian Freud est décédé dans la nuit de...

Les courants Constructivistes  

Les courants Constructivistes

Attention : sujet sensible. Le constructivisme est une avant-garde qui fut énormément...

Les 10 dernières réactions à cet article

Lire l'intégralité des 7 commentaires

  1. Le 18/08/2008 à 16h05

    Ah, cool, un article sur le Fluxus! Je connais plutôt bien, puisque mon frère en fait partie.
    J'aime bien ce que fait Yoko Ono. Si ses happenings sont simples et humbles, le message qu'elle fait passer est toujours très fort.
  2. Flo Flo

    Le 18/08/2008 à 16h31

    Baptême du feu réussi Copenhague :]
    Chouette article, j'avoue que je maîtrise pas du tout Fluxus, et j'ai appris des choses !
    Merci
  3. Flo Flo

    Le 18/08/2008 à 17h21

    Citation:
    Posté par Loonivers Voir le message
    J'ai effleuré la chose cette année,en étudiant Nam June Paik (que j'apprecie vraiment maintenant d'ailleurs,alors que c'était loin d'être le cas en septembre dernier quand on m'a agité Olympe de Gouges in la Fée électronique devant mon nez --').

    Bon article Copenhague (:

    Olympe de Gouge est encore au programme en Arts Plastiques option facultative ?!
  4. Le 19/08/2008 à 14h25

    Merci beaucoup ! (Je vois ton avatar, Daïna ; tu sais que j'ai découvert ce mouvement parce que j'avais découvert les Beatles ! Comme quoi, ils mènent à beaucoup de choses.)
  5. Le 01/09/2008 à 15h25

    Merci pour cet article qui m'aide un peu à mieux comprendre ce mouvement.
    En fait, ce que j'ai du mal à comprendre, ce sont les oeuvres statiques Fluxus exposées à la Modern Tate Gallerie de Londres. Il s'agit de gigantesques papiers s'apparentant à des coupures de journaux, avec des textes mêlés à des photos et croquis, relatant entre autres des faits plus ou moins corrélés; je n'ai malheureusement pas eu le temps de les détailler. J'aimerais comprendre s'il s'agit d'oeuvres à part entière ou de traces de happenings, quelle est leur place dans le mouvement, comment les interpréter, quel est leur but, leur contenu participatif, comment elles ont été crées.
  6. Dik Dik

    Le 01/09/2008 à 15h54

    Citation:
    Posté par Loonivers Voir le message
    J'ai effleuré la chose cette année,en étudiant Nam June Paik (que j'apprecie vraiment maintenant d'ailleurs,alors que c'était loin d'être le cas en septembre dernier quand on m'a agité Olympe de Gouges in la Fée électronique devant mon nez --').
    Ah bah, c'est pareil pour moi.
    Article intèressant, ci-mer Copenhague.
  7. Le 15/09/2008 à 09h36

    Très chouette article, ça me rappelle mes cours de l'année dernière, mon exposé sur Cut Piece... Souvenirs, souvenirs. Un vrai travail en profondeur dans cet article, bravo

Lire l'intégralité des 7 commentaires