Le Jeu de la Mort (France 2) : origine & décryptage

maj du 17 mars — ce matin, le réalisateur et producteur Christophe Nick parle de l’émission sur France Inter — Première édition du papier / 16 mars — L’histoire commence en 1961, à Jérusalem. Le fonctionnaire de haut-rang de l’Allemagne nazie et acteur de premier plan de la solution finale Adolf Eichmann est alors jugé […]

Le Jeu de la Mort (France 2) : origine & décryptage

maj du 17 mars — ce matin, le réalisateur et producteur Christophe Nick parle de l’émission sur France Inter

Première édition du papier / 16 mars — L’histoire commence en 1961, à Jérusalem. Le fonctionnaire de haut-rang de l’Allemagne nazie et acteur de premier plan de la solution finale Adolf Eichmann est alors jugé pour crimes contre l’humanité/de guerre/contre le peuple juif et participation à une organisation hostile. Il affirmait, pour unique ligne de défense, n’avoir fait que « suivre les ordres ». Stanley Milgram, chercheur en psychologie à l’université de Yale, interpellé par cette justification, décide de mener des expériences afin d’évaluer le degré d’obéissance à des ordres jugés amoraux par la société.

En 1963, par petite annonce, il recrute quarante hommes d’âge et de catégorie socioprofessionnelle différente pensant participer à une étude sur l’influence de la punition sur la mémorisation. L’expérience commence par un tirage au sort dont les dés sont, évidemment, pipés : les sujets choisis par Milgram héritent du rôle d’enseignant, l’apprenant étant en réalité un membre de l’université. (A ce stade de l’article, les termes « apprenant » et « enseignant » seront utilisés de manière redondante, voire outrancière. Pardon pour la gêne occasionnée). Ce dernier est entraîné à l’écart des autres dans une pièce où on l’affuble d’un dispositif censé lui infliger des décharges électriques. Son seul contact avec le professeur de Yale (qui dirige l’opération) et l’enseignant est un microphone, grâce auquel l’enseignant fait mémoriser à l’apprenant une liste de mots par paire. A chaque erreur, l’enseignant, ignorant totalement qu’il est en réalité le cobaye de l’expérience, doit infliger des décharges électriques dont la puissance augmente graduellement de 15 V. Au fur et à mesure, l’apprenant feint une douleur croissante, gémissant, puis hurlant, pour finalement supplier de mettre un terme à l’expérience. Au bout de 300V, il fait alors semblant d’être inconscient. Le professeur de Yale s’occupe de rassurer l’enseignant quand celui-ci hésite à infliger les chocs, lui rappelant qu’il est déchargé de toute responsabilité en cas de problème. Le bilan de l’expérience ? 62,5% des participants ont accepté de mener l’expérience jusqu’au bout, administrant à une personne qui ne leur avait rien fait trois décharges électriques de 450V et ne contestant pas ou peu l’expérience. Ce résultat prouvait à l’époque que, face à une autorité légitime, un individu lambda a tendance à obéir à un ordre contraire à ses valeurs.

Demain soir sera diffusé le Jeu de la mort* documentaire sous forme de divertissement reproduisant l’expérience de Milgram. Le principe reste le même, seuls changent le décor et l’autorité légitime : on passe d’un professeur en blouse blanche dans un laboratoire de Yale à un plateau télé orchestré par Tania Young.

Le but est de réfléchir au pouvoir de la télévision sur des gens comme vous et moi, à la facilité avec laquelle nous sommes capables de perdre notre esprit critique, et surtout pas de s’affliger du comportement des participants. Après en avoir discuté autour de moi, avec mes amis ou ma famille, je me suis rendue compte que la première réaction est toujours de s’offusquer en disant « moi, jamais ». Pourtant, sur 80 candidats, seulement 16 se sont rebellés et ont refusé de continuer le « jeu ». D’autant plus que l’histoire nous a démontrés que l’être humain avait une tendance à la soumission à l’autorité, alors, au final, qu’est-ce qui nous prouve que dans un tel contexte, nous aurions su garder notre intégrité ?

Le rendez-vous est donné : demain, à 20h35** sera diffusé Le jeu de la mort, suivi d’un documentaire intitulé Le temps de cerveau disponible*.

(*Produit par Christophe Nick)
(**Oui, je sais, c’est la Saint Patrick. Faîtes comme moi, enregistrez)

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Viens apporter ta pierre aux 89 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

  • Dies Irae
    Dies Irae, Le 19 mars 2010 à 12h08

    Tristana;1421496

    Comment connaître leur niveau socio-culturel étant donné qu'ils n'ont pas donné pour la plupart, leur profession, ni des informations concernant leur degré de culture? On tombe dans les préjugés là, et des préjugés adorés par la télé justement, à savoir juger très vite l'autre sur son apparence et le classer dans une case assignée...

    D'autre part rien n'indique qu'une personne d'un milieu social plus élévé sera moins obéissante et moins influençable qu'une personne d'un milieu social plus restreint ou d'un niveau socio-culturel moindre.

    Et puis il ne faut pas oublier qu'on peut être très cultivé et regarder des émissions divertissantes sans aucun fondement culturel.
    Je parle surtout de rapport à la télévision et d'esprit critique, en fait. Pas du degré d'obéissance en général, mais le degré d'obéissance à la télé.

    Le fait de regarder la télé sans prise de recul, sans regard critique, est à mon sens signe d'un manque de jugement, d'éducation sur le sens de l'image et sur son implication.
    On peut être sensibilisé aux travers de la télé et regarder des émissions divertissantes, en gardant à l'esprit que ce que l'on voit est un pur montage marketing, voire carrément malsain dans certains cas.
    A l'inverse, beaucoup de gens n'ont absolument aucun recul sur des émissions racoleuses, bling bling, s'y complaisent au premier degré.

    J'ai souvenir d'une fille que je connaissais qui adorait regarder l'île de la tentation, parce qu'elle aimait le concept de l'émission. C'est quelque chose qui lui plaisait, elle ne prenait absolument aucun recul sur ce qu'elle voyait, elle gobait les images colorées de mer turquoise, de palmiers et de tablettes de chocolat abdominales sans se poser aucune question. Je lui objectais que c'était malsain, elle me répondait que c'était "cool".
    Or cette fille vient d'un milieu où la télé est allumée en permanence, où elle n'a pas été éduquée à la regarder de manière parcimonieuse et choisie ; elle voit et gobe tout. En 5ème, elle voulait participer à Graine de Stars, ça la faisait rêver et elle trouvait ça normal.


    Je n'ai pas l'impression que ce soit un tel préjugé que de penser que les gens qui placent à ce point la télé au centre de leur vie de famille, au centre de leurs préoccupations, et pour qui c'est normal, viennent d'un milieu socio-éducatif et socio-culturel moins élevé que les gens qui sont conscient que la télé recèle beaucoup plus de malsain et d'obscène que d'intéressant, de responsable et de citoyen.

Lire l'intégralité des 89 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)