Les jeunes diplômés et le monde du travail : un choc culturel ?

Un nouveau sondage juge les jeunes « mal préparés » au monde du travail. Mais quid de la réciproque ? Le monde du travail n'est-il pas en partie responsable du décalage constaté ? Viens faire ton rapport d'étonnement de jeune salariée !

Les jeunes diplômés et le monde du travail : un choc culturel ?

Les jeunes diplômés sont-ils correctement formés au marché du travail ? Selon un sondage Opinionway et Monster, relayé par le Huffington Post, la réponse est « non », pour 71% des salariés interrogés.

Au moment de leur insertion dans le monde professionnel, les jeunes ne semblent pas être suffisamment préparés aux yeux de ceux qui les attendent de l’autre côté de la barrière du premier emploi.

« Les jeunes diplômés sont-ils prêts pour le marché du travail ? »

Les réponses « Non, pas vraiment » et « non, pas du tout » combinées s’élèvent à 71%.

Le marché du travail est-il adapté aux jeunes diplômés ?

Selon les salariés, les jeunes arrivants sont donc « mal formés ». Seules 4% des personnes interrogées estiment que les jeunes sont « rapidement opérationnels »

Mais qu’en pensent les intéressés ? Le monde du travail est-il adapté aux jeunes diplômés ? Dans ce « choc culturel » qui semble opposer travailleurs et étudiants, n’y aurait-il pas des torts dans les deux camps ?

Certes, parmi les critiques formulées, certaines reprennent un constat partagé par nombre de diplômés tentant de s’insérer dans le marché du travail : les formations jugées « trop théoriques » rendent difficile l’accès aux filières où une première expérience est quasi-systématiquement exigée.

Mais la perspective adoptée par le sondage est-elle une clé de lecture pertinente ?

Des débutants pas assez expérimentés. Sans blague ?

Citons le directeur Marketing de Monster, Marc Suchet (dans Capcampus) :

« Multiplier ses expériences en entreprise est le meilleur moyen de professionnaliser son profil et d’arriver opérationnel dès son premier emploi. »

Il faudra un jour qu’on m’explique comment on peut « arriver opérationnel dès son premier emploi », si par définition, l’emploi est « le premier ». Il faut bien commencer quelque part, et donc, à un moment pour l’employeur, accepter d’avoir à faire à un parfait débutant !

Si par « multiplier ses expériences en entreprise » on entend « faire des stages », c’est un conseil louable. Faire des stages pendant sa scolarité est effectivement une bonne manière d’acquérir un peu d’expérience, mais à la sortie du diplôme, il devient vraiment temps de gagner sa vie.

La revalorisation de l’indemnité de stage, qui sera portée à 526 € dès la rentrée 2015, reste souvent insuffisante pour couvrir un loyer, les courses alimentaires, et encore moins un éventuel emprunt étudiant à rembourser.

Entre « multiplier les expériences » et manger, il faut parfois choisir… Mais merci du conseil, sinon.

Le manque d’expérience professionnelle et la dimension trop théorique de certaines formations universitaires ne sont pas les seuls facteurs qui permettent d’expliquer l’incompréhension réciproque étudiants/salariés.

Si l’on demandait aux jeunes diplômés ce qu’ils pensent « des réalités du monde du travail », gageons qu’eux aussi auraient quelques insatisfactions à exprimer.

Histoire d’un choc culturel

Laissez-moi vous conter une anecdote, absolument véridique, qui s’est déroulée en l’an de grâce 2009.

Une certaine Marie C. (qui n’avait pas les cheveux bleus à l’époque) faisait son entrée triomphale dans ce fameux « monde du travail », à quelques mois de sa remise de diplôme. Une très grande entreprise française, véritable fleuron de son secteur, accueillait la jeune femme en stage de fin d’études.

Marie C. avait déjà effectué des stages dans sa scolarité, mais aucun dans une entreprise d’une telle envergure, ni d’une telle réputation, encore moins dans un service aussi proche de la direction générale d’un grand groupe industriel.

Naturellement, notre jeune future-diplômée s’attendait à trouver dans les bureaux feutrés une technologie au moins aussi moderne et avancée que l’architecture futuriste et élancée de La Défense semblait le suggérer !

Marie C. avait à l’esprit des souvenirs d’enfance, elle, fille des années 80, qui avait vu l’ordinateur remplacer le Minitel, le téléphone sans fil s’accrocher aux ceintures, le routeur succomber face à l’ADSL. À chaque fois, c’était par l’intermédiaire de son père, cadre en entreprise, que la technologie arrivait au sein du foyer.

L’entreprise était à la pointe de l’innovation. C’est tout naturellement que la jeune Marie C. s’attendait à trouver, en passant enfin elle-même le seuil de l’entreprise, le top du top de la technologie.

N’exagérons rien.

Pas de bureaux à surface tactiles et des projecteurs d’hologrammes dans les couloirs non plus, soyons raisonnables. Mais des smartphones de dernière génération, des ordinateurs performants, des tablettes tactiles et du WiFi un peu partout histoire de pouvoir accéder à ses contenus et partager les informations en temps réel, tout ceci ne semblait pas relever du fantasme de science-fiction.

Et pourtant…

Quelle ne fut pas la surprise de la jeune Marie C. en découvrant l’intérieur de la tour étincelante au sein de laquelle elle allait débuter sa carrière professionnelle.

Ne nous attardons pas sur la marque des ordinateurs : n’étant pas spécialiste, elle aurait eu bien de la peine à émettre un jugement sur le choix de l’équipement. En revanche, les téléphones étaient loin des derniers modèles. Mais après tout, pourquoi pas, tant qu’ils fonctionnent (pas très bien, certes).

Mais son plus grand choc, la jeune Marie C. l’a reçu en ouvrant une fenêtre de l’Intranet de ce groupe. Elle s’attendait à trouver l’équivalent d’un réseau social professionnel, au minimum un trombinoscope, une cartographie des entreprises du groupe, le menu de la cantine, QUELQUE CHOSE ! Rien de tout cela.

Notre jeune stagiaire s’est trouvée face à une page HTML au graphisme qui n’était pas sans rappeler celui de ces chères années 90. Quelques pages apparemment mises à jour une fois par mois, voilà en tout et pour tout l’Intranet de ce groupe au chiffre d’affaire à neuf zéros, et aux dizaines de milliers de collaborateurs.

En 2009. Sans rire.

Marie C. eut l’impression de revenir dix ans en arrière, à une époque où son Skyblog était mieux développé que cette parodie d’Intranet.

L’information dynamique versus la confidentialité

Elle découvrit que ce retard technologique n’était que la partie émergée de l’iceberg, le témoin d’une profonde différence culturelle dans le rapport à l’information.

Pour elle, l’information était un flux dynamique, qui doit circuler pour prendre de la valeur. Ce n’est pas un stock qu’on peut thésauriser. Une information qui ne circule pas est inerte, inutile. C’est une perte de temps et d’intérêt.

Et cette approche s’est avérée être un véritable choc culturel avec la conception « corporate » de l’information, où la confidentialité règne. L’information est cloisonnée, distribuée selon des canaux identifiés, à travers un chemin hiérarchisé.

« Le navigateur par défaut c’est IE3 et je peux pas télécharger Chrome. Help. » 

Il ne s’agit pas ici de faire des généralités. Cette anecdote n’est que l’histoire de Marie C. Mais il y a fort à parier que nombre de jeunes diplômés ont des anecdotes à partager sur leur propre choc culturel à l’entrée dans le monde professionnel ! Dans un autre chapitre, je vous raconterai peut-être comment j’ai initié un service juridique à l’utilisation de la fonction publipostage…

Que ce soit sur la rigidité des horaires, les méandres hiérarchiques, le vouvoiement… les codes de l’entreprise et du monde du travail en général sont une source d’étonnement pour les novices que sont les jeunes diplômés.

Jeunes diplômés, à vos rapports d’étonnement !

Dans le jargon corporate, on appelle « rapport d’étonnement » l’analyse du naïf qui découvre un nouvel univers.

Le sondage Monster/Opinionway souligne un ressenti de la part des salariés, qui peut être partagé par les jeunes diplômés, mais sans doute pas pour les mêmes raisons.

Nous serons sans doute plus réservé•e•s sur l’analyse du « manque de préparation » ou de formation décrit par les salariés qui ont répondu au sondage.

Et toi, quels sont les codes de l’entreprise qui t’ont surprise, que tu as eu du mal à assimiler, ou carrément refusé d’assimiler ?

Le mépris légendaire de Mark Zuckerberg vis-à-vis du code vestimentaire corporate (exagéré dans le film The Social Network) en fait-il pour autant un mauvais professionnel ?

En prenant ton premier poste, en combien de temps as-tu eu le sentiment d’être opérationnelle et efficace ? Viens faire ton rapport d’étonnement dans les commentaires !  

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Cali-Nord
    Cali-Nord, Le 8 août 2014 à 10h47

    Voici la "lettre de démotivation" que j'ai écrite spontanément en donnant ma démission de l'agence de presse qui m'employait...

    "En réponse à votre annonce  je me permets de vous faire part de ma grande expérience.
    Titulaire d'un bac+5, j'ai appris à ne pas valoriser mes compétences et à ne surtout pas montrer que je pouvais faire plus que les taches qui m'étaient attribuées. Très vite, j'ai compris qu'il ne fallait tenter de défendre des idées pour améliorer le service.

    Habituée au silence et à la concentration, je peux travailler une journée entière sans adresser la parole à mes collègues. Cependant, je sais aussi entendre sans broncher tout reproche  injustifié , hurlé à l'improviste  au téléphone ou lancé sous forme d'humiliation publique  l'openspace. Gérer au quotidien plusieurs dossiers «pour hier» en simultané  a renforcé ma résistance au stress.

    Parfaitement intégrée à une équipe non communiquante, j'ai appris à travailler sans comprendre les tenant et aboutissants des taches qui m'étaient confiées, et à les mener à terme en usant uniquement mon bon sens. Diplomate et réactive, je sais gérer des ordres contradictoires par ma parfaite maitrise de la technique «le dernier qui a parlé a raison ».

    J'ai participé à plusieurs projets d'implantation de nouveaux logiciels, menés sans cahier des charges ni cohérence, en contact direct avec différents prestataires extérieurs. Adaptable, je sais recommencer sans broncher 25 fois le même travail et encaisser les changements d'avis constants.

    Dans l’attente de vous rencontrer pour écouter vos attentes inaccessibles, je vous prie d'agréer, Madame, Monsieur, l'expression de mes salutations distinguées."

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