Je veux comprendre… La crise politique et humanitaire au Mali

Après cinq mois de conflits armés, un coup d’État et 3,5 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire, le Mali semble dans l’impasse. Laura vous explique pourquoi.

Je veux comprendre… La crise politique et humanitaire au Mali

La République du Mali est un pays enclavé (c’est à dire sans accès à la mer) d’Afrique de l’Ouest qui fait partie des Pays les Moins Avancés. Sa population de 15 millions d’habitants est très jeune puisque plus de la moitié des Maliens ont moins de 16 ans, ce qui s’explique par l’incroyable taux de fécondité (6,3 enfants par femme) et par la faiblesse de l’espérance de vie (53 ans).

Le Mali fait face à une importante crise politique depuis janvier 2012. Alors que la démocratie s’était peu à peu imposée dans le pays depuis 1991, la rébellion touareg, les groupes armés islamiques et l’armée malienne sont parvenus à déstabiliser dramatiquement le pays.

Une crise politique qui empire et s’enlise

Les caractéristiques géographiques du Mali ont une importance particulière dans l’explication des événements que traverse aujourd’hui le pays.

Au nord s’étend une zone désertique qui fait la transition entre Sahel et Sahara, appelée l’Azawad. Les touaregs, un peuple nomade dont les tribus s’étendent sur 5 États de l’Ouest africain, sont largement majoritaires dans cette région et revendiquent depuis 1958 un droit à l’autodétermination. Le Mouvement National pour la Libération de l’Awazad (MNLA) est un groupe armé laïc créé à la fin de l’année 2011 pour regrouper plusieurs factions touaregs, notamment les combattants qui ont fui le nouveau régime libyen en emportant avec eux les armes léguées par les hommes de Kadhafi.

Cette région faiblement peuplée fait également partie de la zone d’action d’Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) et sert de plaque tournante à de nombreux trafics illicites. L’État malien est absent de cette contrée difficile d’accès et dont les frontières poreuses offrent aux terroristes une précieuse capacité de mobilité.

D’autres groupes de moindre importance se sont établis dans cette zone de non-droit : le groupe armé islamiste Ansar Dine, qui souhaite imposer la charia dans l’ensemble du pays, et le mouvement islamiste Boko Haram dont la présence dans la ville de Gao (à l’est du pays) ne cesse d’étonner puisque ce groupe extrêmement violent opère d’ordinaire au Nigéria.

A droite : la zone délimitée en rouge est celle revendiquée par les rebelles touareg. Les étoiles rouges sont les villes qu'ils contrôlent.

En janvier 2012, le MNLA et les islamistes ont lancé des offensives armées contre des installations militaires et ont pris possession de trois villes importantes en commettant de graves violations des Droits de l’Homme. Si ces groupes n’ont en commun que la volonté de supprimer toute représentation (armée ou non) du gouvernement malien au nord du pays, il semble que cette ambition parvienne à faire naître d’éphémères alliances, ce qui explique qu’à ce jour le nord du pays n’a toujours pas été repris par l’armée malienne.

Excédés par « l’incapacité du gouvernement à donner aux forces armées les moyens nécessaires pour défendre l’intégrité du territoire national » contre les groupes armés, les militaires ont renversé le 21 mars le gouvernement du Président Touré à Bamako, à un mois seulement des élections présidentielles. La Constitution a été suspendue et de nombreux opposants politiques ont été arrêtés, certains même assassinés. Quelques jours plus tard, un accord a été trouvé entre les militaires et la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CÉDÉAO) pour que le pouvoir soit transmis à un civil, Dioncounda Traoré, pour une période d’un an. Mais la sortie de crise est incertaine, puisque les partisans du putsch ont agressé le Président Traoré dans son bureau lundi dernier avant de nommer le responsable du coup d’État, le capitaine Sanogo, à la tête du pays sans que celui-ci ne réagisse officiellement.

Faute d’interlocuteurs gouvernementaux, les rebelles ont renforcé leur emprise sur le Nord et ont commencé des négociations avec la CÉDÉAO concernant le futur de l’Awazad, mais aucun plan de sortie de crise n’est envisageable sans cohésion au sein des pouvoirs civils et militaires maliens.

A gauche, le putschiste Amadou Sanogo. A droite, le président de transition Dioncounda Traoré.

Une crise humanitaire dramatiquement aggravée par la crise politique

Les 15 millions d’habitants vivent essentiellement dans des zones rurales, et 80% d’entre eux travaillent dans le secteur agricole alors que 4% seulement des terres sont cultivables.

Avant même le début de la crise politique, les craintes d’une crise alimentaire au Sahel étaient vives à cause de la faiblesse des intempéries, des mauvaises récoltes et de la hausse des prix que cela induit. Le Sahel est une zone semi-aride sous le Sahara qui traverse l’Afrique d’un océan à l’autre en passant par le Mali. Les ONG estiment que 18 millions de personnes sont aujourd’hui dans une situation d’insécurité alimentaire dans cette région, dont 3,5 millions au Mali. 560 000 enfants maliens de moins de 5 ans souffrent déjà de malnutrition.

Les violences qui se déroulent actuellement au Mali aggravent considérablement la situation. D’après les dernières estimations, près de 335 000 personnes ont été déplacées en raison des conflits, et l’aide humanitaire est difficilement acheminable. Ces mouvements de population ont un impact particulièrement néfaste sur la situation alimentaire déjà critique puisque les déplacés internes (qui restent dans les frontières de leur pays) et les réfugiés (qui quittent leur territoire national) s’établissent dans des régions touchées par la sécheresse.

Dans un rapport publié le 16 mai, Amnesty International relate des violations de Droits de l’Homme qu’elle considère comme les pires ayant été perpétrées au Mali depuis son indépendance en 1960. Il y est question d’exécutions sommaires, de recrutement d’enfants soldats, de violences sexuelles et de détentions arbitraires commises par tous les acteurs du conflit : rebelles touaregs, islamistes mais également militaires.

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Comment aider ?

Si peu de choses peuvent être faites à notre niveau concernant la crise politique, nous pouvons avoir un impact certain sur la crise alimentaire. Le plus important est d’informer votre entourage sur les tenants et aboutissants de cette crise. L’opération KONY 2012, bien qu’imparfaite, a prouvé que les réseaux sociaux étaient un outil particulièrement efficace pour les opérations humanitaires, et Action contre la faim a lancé une opération sur Twitter la semaine dernière au bénéfice de la population du Sahel à l’aide du hashtag #ActionSahel.

Si vous souhaitez et pouvez apporter une aide financière, vous pouvez contacter Oxfam France en précisant que votre don doit aller au Sahel. Action contre la Faim a mis en place un programme de dons d’urgence allant de 60 à 228 euros (rappelons que 75% de vos dons sont déductibles des impôts).

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Voici le dernier commentaire en date :

  • EloOo
    EloOo, Le 27 mai 2012 à 21h45

    Fiona.;3219122
    En fait, dans le cadre de son travail, mon père bossait sur un gros dossier avec le président et son hôtel (qui a d'ailleurs été utilisé par les partisans du coup d'état) était situé en plein centre de Bamako, du coup, il était diplomatiquement dans la merde, si je puis dire ! Donc par mesure de sécurité, il a dû couper tout moyen de communication ! ;)
    Pfiou, ah ben forcément...
    Je comprend bien ton stress alors !

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