Je suis une date, « l’histoire d’un vendredi 13 qui a fracassé mes souvenirs d’enfance »

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Anna et Joe se sont donné rendez-vous dans un bar de la rue de Charonne, pour leur première rencontre, un certain vendredi 13. « Je suis une date est l'histoire d'un vendredi 13, qui a fracassé mes souvenirs d'enfance », raconte son réalisateur, Félicien Forest.

Je suis une date, « l’histoire d’un vendredi 13 qui a fracassé mes souvenirs d’enfance »

Cet article a été rédigé dans le cadre d’un partenariat avec le Nikon Film Festival.
Conformément à notre Manifeste, on y a écrit ce qu’on voulait.

Je suis une date fait partie des 50 finalistes pré-sélectionnés dans le concours du Nikon Film Festival 2017, et ce court-métrage n’a pas volé sa place dans cette liste.

Comme le décrit son auteur-réalisateur, Félicien Forest, « ce film est l’histoire d’un vendredi 13, qui a fracassé mes souvenirs d’enfance ». 

Je suis une date croise un date, au sens de premier rendez-vous, avec LA date, celle qui a fait couler tant de sang en plein cœur de Paris.

Je suis une date, l’histoire d’une rencontre ratée

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Clique sur l’image ou sur ce lien pour accéder au court-métrage !
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« J’ai toujours vécu à 10 mètres de La Belle Équipe »

J’ai pu m’entretenir avec l’auteur-réalisateur de Je suis une date, Félicien Forest, qui signe ici son 3ème court-métrage :

« J’ai été touché très personnellement par les attentats, comme 100% des gens de l’est parisien, je pense. Comme je l’ai dit dans la description du court-métrage, j’ai toujours vécu à 10 mètres de La Belle Équipe.

Je suis passé devant ce café toute ma jeunesse que ce soit pour aller à l’école/collège/lycée ou pour aller voir des amis. Avant, il s’appelait Le Méditerranée et il était le lieu de rencontre de pas mal de lascars du quartier, qui venaient boire un café ou jouer à la belote.

J’ai toujours été proche de ces gens alors je venais parfois, moi aussi, prendre mon café au milieu des nuages de fumée du patron.

Ce lieu plutôt mal famé est devenu par la suite une terrasse, avec l’embourgeoisement du quartier. J’y allais parfois boire une bière avec des amis, ou m’y installer pour travailler.

Ce bar n’avait rien d’exceptionnel, mais il faisait l’angle de ma rue, c’était pratique.

Collée à ce café, il y avait une vieille pâtisserie, tenue par Mme Etoré. Sûrement une des plus vieilles pâtisseries de Paris car elle avait plus de 80 ans. Elle vendait encore des berlingots et des cigarettes en chocolat.

Le lendemain des attentats, je suis passé comme tout le monde poser une fleur devant La Belle Équipe. En voyant le bar et la pâtisserie criblés de balles, j’ai revu tous mes passages dans ces lieux, tous les moments quotidiens où nous passions par là.

Mme Etoré a vendu sa pâtisserie sur-le-champ. Je crois qu’elle ne pouvait plus comprendre le monde qui l’entourait après un évènement pareil. »

« Nous étions un petit village dans Paris »

« J’avais également des voisins qui s’étaient offert un loft en bas de notre immeuble, c’était l’investissement de leur vie et je pense qu’ils comptaient rester dans le 11ème arrondissement.

Ils ont vendu le loft après l’attentat. Tout ça pour dire que pour les gens de ce quartier, nous étions un petit village dans Paris, avec une paix imperturbable.

Quand nous étions petits, nos mères nous laissaient sortir seuls, sans crainte. Les attentats ont cassé cette vie prospère et l’âme d’un quartier si paisible. Le fait que cela se passe à deux pas de chez vous ne peut laisser personne indifférent.

En communiquant avec des gens extérieurs à Paris (mes amis grenoblois ou rochelais par exemple), je me suis rendu compte à quel point, nous Parisiens, étions plus marqués par ces évènements. »

« Quelle aurait été ma réaction ? »

« L’une de mes meilleures amies, serveuse dans le 10ème arrondissement, est aujourd’hui en fauteuil roulant après avoir reçu une balle qui l’a rendue tétraplégique.

Ces attentats ont tellement marqué nos esprits que ça a fait exploser les appels aux cellules psychologiques.

Pour ma part, je suis resté cloîtré chez moi pendant une semaine, à regarder toutes les vidéos les plus avilissantes pour être au plus proche de ce que les gens avaient vécu.

Bizarrement, on a besoin de voir l’horreur pour y croire, et je pense que beaucoup de gens, pas forcément fans des chaînes d’info en continu, ont regardé attentivement la traque des terroristes. Moi je regardais les témoignages de ces histoires folles d’héroïsme ou de panique en me demandant quelle aurait été ma réaction. »

« L’histoire d’Anna et Joe est une reconstitution »

« L’histoire de Je suis une date n’est qu’à moitié de moi, car il s’agit d’une reconstitution directe de la scène de La Belle Équipe. Ce soir-là, il y avait en effet un anniversaire et un couple qui se disputait.

L’histoire d’Anna et Joe est également une histoire vraie. Je me suis juste inspiré de tous ces témoignages que j’avais entendus, j’ai passé des heures et des heures à regarder toutes les vidéos disponibles sur Internet pour mettre en scène l’évènement (jusqu’au bruit des tirs, qui sont exactement dans le rythme).

Si j’ai choisi l’histoire d’Anna et Joe, et pas celle de la pâtisserie par exemple, c’est qu’elle me paraît représentative d’un moment de vie banal, brisée par les attentats. D’ailleurs, le choix du bar dans une rencontre Internet est souvent un hasard.

Cela montre aussi que n’importe qui pouvait se retrouver là, ce vendredi. »

« La réaction de Joe est celle que j’aurais aimé avoir »

« La réaction de Joe est un fantasme que nous avons tous, je pense.

Il a choisi de donner sa vie pour quelqu’un qu’il connaissait à peine, et lorsqu’on sait que certains ont poussé leur ami pour sauver leur vie, je pense que la réaction de Joe est celle que nous aurions tous aimé avoir, ou du moins que j’aurais aimé avoir.

Tous ces gens, on voudrait pouvoir les sauver. Nous n’avons pas pu le faire mais nous pouvons encore leur rendre hommage. Et les faire exister.

C’est d’ailleurs pourquoi je ne montre qu’eux, je m’arrête sur chacun d’eux. Les terroristes ne m’intéressent pas, on en parle déjà assez. Ils resteront donc hors-champ.

La scène du début, montre une bribe de quotidien banal, pour montrer qu’il y avait une vie avant ça. Je me suis inspiré de ma sœur pour le personnage d’Anna, et d’un beau gosse égocentrique pour celui de Joe, ce qui permet au spectateur de décrocher de son discours en même temps qu’Anna, c’est comme ça que je les imaginais.

La fin est brutale car l’évènement l’est aussi. Je n’imaginais pas la fin sans l’effet de surprise, de chamboulement, puis d’horreur.

Si j’ai choisi ce sujet, c’est que ma vision du cinéma se base sur le témoignage de notre temps. Je vis dans mon temps, je parle de ce qu’il se passe autour de moi plutôt que de ce que je pense. »

Merci à Félicien Forest pour ses réponses. Je suis une date est toujours en lice au Nikon Film Festival, pour le soutenir, c’est par ici.

À lire aussi : Mon stress post-traumatique suite aux attentats du 13 novembre 2015

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Clemence Bodoc

Anciennement Marie.Charlotte, Clémence Bodoc a été jeune cadre dynamique dans une autre vie, avant de rejoindre la Team madmoiZelle. Elle s’intéresse à l’actualité et à l’écologie, aime la politique et les débats de société. Grande fan de sport (mais surtout à la télévision), et de cinéma (mais seulement en VO), son nom de scout est dinde gloussante azurée. Elle ne mord pas mais elle rit très fort.

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Voici le dernier commentaire
  • Margueritte
    Margueritte, Le 8 février 2017 à 21h12

    J'en suis toute retournée. Tout le monde se rappellera de ce qu'il faisait ce soir là dans Paris. Bravo pour ce court métrage ouah.

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