Harcèlement à l’école : pas le problème des profs ?

Avant d'être une super-héroïne du quotidien, Jack Parker a été brutalisée au collège par une bande de petits fions. Alors quand une prof dénigre la campagne contre le harcèlement à l'école, elle démarre au quart de tour.

Harcèlement à l’école : pas le problème des profs ?

Nous vous avons parlé un peu plus tôt dans la journée de la campagne contre le harcèlement à l’école lancée par le Ministère de l’Éducation Nationale. Dans les commentaires, vous avez été nombreuses à vous sentir personnellement concernées par les spots qui, selon vous, ont touché un point sensible. Ces vidéos vous ont semblé particulièrement réalistes, elles ont même ravivé des souvenirs douloureux chez beaucoup d’entre vous.

Vous sembliez satisfaites de voir – enfin – une campagne sur le sujet, et, pour ne rien gâcher, bien réalisée.

Mais cette campagne n’est pas au goût de tous. Jeanne Decouvaine, prof dans un collège, a publié un post sur Le Plus où elle la juge « hypocrite et opportuniste« . Selon elle, la campagne en fait trop. Les chiffres, qui parlent d’un enfant sur dix victime de harcèlement à l’école, lui paraissent exagérés – « ça me paraît beaucoup ». De plus, il faut laisser les profs en dehors de tout ça : ils sont payés pour enseigner, et non pour jouer les psychologues.

[les profs], on les paie à enseigner. Et s’occuper de ce genre de mal-être, ça relève, normalement, d’autres catégories de personnels : l’infirmière, le psychologue, le médecin scolaire, de l’équipe de vie scolaire pour le collège (CPE, surveillants etc).

Plus important encore, toujours selon Jeanne Decouvaine, il faut faire la différence entre petites moqueries inoffensives et harcèlement.

Alors dans le temps, les élèves balançaient quelques vacheries pendant quelques jours, c’était un peu dur à encaisser, d’autres en rigolaient et point barre. Maintenant, à la moindre remarque répétée quelques jours, sur le look, l’apparence physique, les résultats scolaires, la vie sociale, on appelle ça du harcèlement et on convoque la cellule de veille.

Je ne dis pas que ce n’est pas bien : effectivement, il y a sans doute de la souffrance.  Mais bon, il faudrait tout de même relativiser, et ne pas voir du harcèlement derrière chaque réflexion désagréable.

Oui, les gosses sont durs entre eux. Est-ce pour autant du harcèlement, de façon systématique ? Je n’ai pas l’impression qu’être un peu raillé fasse forcément perdre le sommeil et l’appétit.

Aïe.

Donc si un gosse se fait régulièrement insulter, qu’on critique son apparence en ricanant comme des hyènes ou qu’on le traite de débile/intello en étalant le tout sur quelques jours, c’est rien. C’est la vie. Ça fait pas d’mal. Mieux encore : ça aide à grandir.

Je trouve cette campagne bien alarmiste : la moquerie anodine entre gamins, on ne pourra jamais rien faire contre ; et d’ailleurs, peut-être n’est-il pas nécessaire d’y faire quelque chose, parce que ce n’est pas plus mal que les gamins apprennent à se défendre un petit peu. Ca peut leur éviter de se faire bouffer plus tard, quand ils seront adultes et affronteront un monde parfois rude.

Ah oui. D’accord. Donc grandir en se faisant traiter de gros porc ou de sale intello un jour sur deux, ça aide à se forger et ça fait de nous des adultes forts et indépendants. Et puis bon, une bonne petite dépression à l’adolescence, ça n’a jamais tué personne.

Il faut « apprendre à se faire respecter ». Vas-y toi, va donc te faire respecter d’une bande de collégiens/lycéens qui te terrorisent.

Ma petite histoire de harcèlement à l’école

Autant vous le dire en gros et en gras tout de suite : je ne suis pas la personne la plus objective du monde en ce qui concerne le harcèlement à l’école. Puisque j’en ai moi-même été victime. Et si cet article me met vraiment en colère, c’est parce que j’estime que mes profs ont leur part de responsabilité. Voici quelques bribes de mon expérience, pour mieux illustrer mon propos.

J’en ai eu, pendant toutes mes années collège, des profs qui estimaient que ce que je vivais c’était « pas grand chose », qu’il fallait que j’arrête de « faire mon intéressante pour attirer l’attention et me faire plaindre ».

Une prof de maths qui éclatait de rire à chaque fois que je me pissais dessus de peur au tableau parce que je n’arrivais pas à répondre, pendant que mes camarades m’envoyaient des projectiles plein la tronche. En cours d’histoire, je me faisais déshabiller au fond de la classe pendant que mon prof récitait son cours sans sourciller. Et le jour où on m’a entaillé le bras au compas, mon prof de français m’a consolé en me disant « oh ça va, c’est rien, ça te fera un souvenir ».

La principale elle-même m’a ri au nez quand je lui ai dit qu’on m’avait foutu la tête dans une flaque de vomi – confiante que j’étais, j’avais mis tout le monde au courant de mon émétophobie. Les surveillants trouvaient ça très drôle de me retrouver à moitié à poil dans une poubelle. Je me suis pris des heures de retenue les fois où j’ai essayé de me défendre, quand on m’a jetée dans les escaliers ou qu’on s’y mettait à dix pour me tabasser dans la cour.

À tous ces profs qui font l’autruche

Alors oui, aujourd’hui, j’ai 24 ans, mais les profs qui se dédouanent complètement et qui estiment que « deux trois railleries, ça fait pas de mal », ça me hérisse le poil. Et non, ça ne fait pas nécessairement des gamins plus forts. Certains ont la chance de bien s’en sortir (sachez néanmoins que ça laisse pas mal de séquelles, plus ou moins faciles à gérer au quotidien), mais ce n’est pas le cas de tous. Ce n’est pas parce qu’on nous met le nez dans la merde tous les jours à la cantine qu’on en devient plus fort. Qu’on vienne pas faire passer ça pour un rite de passage non plus.

Et j’espère de tout mon coeur qu’un jour on sélectionnera les profs non seulement pour leur capacité à enseigner mais aussi pour leur intérêt pour les élèves et leur envie d’implication – à leur échelle – dans la vie à l’école.

Selon vous, les profs devraient-ils plus s’impliquer dans la vie de leurs élèves ? Ou au contraire, estimez-vous que ce n’est pas leur rôle ? Qu’il est normal qu’ils fassent l’autruche devant des violences entre gamins ? S’il y a parmi vous des profs ou futures profs, nous aimerions beaucoup avoir votre avis sur la question !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Bouledenerfs
    Bouledenerfs, Le 4 novembre 2015 à 8h38

    Merci pour l'article. Je trouve le sujet du harcelement scolaire pas facile parce que la primaire, le college, ca n'a ete facile pour personne.
    Du coup je me suis toujours demandee comment fait-on la part du harcelement scolaire avec celles de moqueries et des relations difficiles qui existeront tjs, ai-je ete harcelee? ai-je ete harceleuse?

    Et puis j'ai lu tout vos temoignages et je crois qu'en fait la nuance est facile a comprendre: il y a les moqueries et brimades ponctuelles qui arriveront toujours et il y a celles qui sont monnaie courante et meme hyper violentes. A partir du moment ou qq'un devient une tete de turque alors il faut intervenir. Moi aussi je me suis faite moquee de facon plus ou moins sympa, moi aussi je me suis fait insulter ou on m'a fait des petits canulars telephoniques mais je ne suis jamais devenue la cible de toutes les moqueries il est donc normal que les profs n'est rien fait, ce n'etait meme pas leur role.

    Mais quand je lis vos temoignages je suis vraiment desolee pour vous et en colere contre vos profs. Voir une fille se faire deshabiller dans son cours, rigoler parce que tout le monde se moque d'elle quand elle va au tableau, recuperer la meme gamine plusieurs fois dans des poubelles ou avec des traces de coups, ce n'est pas normal. Je n'appelle pas ca des moqueries annodines de gamins turbulants. C'est quand meme le probleme des profs au moins d'aller verifier que le gamin va bien et de prevenir les parents. Serieux. Franchement ca fait peur de confier ses enfants a des gens comme ca

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