Je veux comprendre… les francs-maçons

À part une poignée de dossiers annuels en couverture des grands hebdomadaires nationaux et quelques références obscures lors de dîners de famille, on parle rarement des francs-maçons ; si bien que pour beaucoup d'entre nous, le sujet reste une entité floue aux contours indéfinissables. Vulgarisons.

Je veux comprendre… les francs-maçons

J’entends souvent dire « je ne comprends rien à la franc-maçonnerie » ou « c’est quoi, c’est une secte ou pas ? ». Ce phénomène, gardé secret de fait (puisque les membres sont invités à la discrétion), est effectivement un sujet sulfureux, mystique, lieu commun de tous les fantasmes. Qu’est-ce que la franc-maçonnerie ? Essayons de poser le b.a.-ba de la chose.

En quelques mots

La franc-maçonnerie est un cercle de sociabilité dont les caractéristiques sont les suivantes :

  • un nouveau membre doit être recruté par voie d’assemblée des autres membres (c’est ce qu’on appelle cooptation)
  • les membres doivent respecter tout un lot de rites initiatiques
  • ils sont tenus à la discrétion (et ne peuvent pas révéler le secret maçonnique)
  • son leitmotiv, dans le sens le plus général du terme, est d’« oeuvrer pour le progrès de l’humanité »

Quelles sont les valeurs de la franc-maçonnerie ?

La franc-maçonnerie, ordre initiatique traditionnel, dit être fondé sur la fraternité (cf. site Internet de la Franc-maçonnerie française).

Mais la Grande Loge Nationale Française parle aussi de spiritualité, de désir de perfectionnement de soi, d’universalité, de tolérance, d’éthique, d’éveil des consciences, de réflexion métaphysique et de solidarité.

La tradition française veut que les membres d’une loge présentent chacun leur tour des travaux de réflexion philosophiques, sociaux ou d’actualités. On appelle ça des « planches », qui sont ensuite discutées au sein de la loge.

Comment s’organise la franc-maçonnerie ?

Elle se divise en loges maçonniques, lesquelles se regroupent elles-mêmes en « grandes loges » appelées « ordres » ou « obédiences ».

Cette organisation très structurée permet de régler un certain nombre de questions pratiques plus locales :

  • d’un point de vue matériel (financement et gestion de leurs locaux)
  • d’un point de vue rituel (harmonisation des cérémonies)
  • d’un point de vue « inter-visites » (les membres d’une loge peuvent habituellement fréquenter en visiteurs toutes les autres loges d’une même fédération ainsi que toutes les loges des fédérations amies de leur propre fédération)

Pour progresser dans le système franc-maçonnique, il convient d’accéder aux différents degrés d’initiation petit à petit. En gros : la montée en grade se mérite et s’acquiert au rythme des nouveaux enseignements dispensés.

Quel rapport les francs-maçons entretiennent-ils avec la religion ?

À l’origine, la franc-maçonnerie est une fraternité religieuse de maçons anglais au XIIème siècle. La franc-maçonnerie moderne apparaît au XVIIe siècle, en Grande-Bretagne, et surtout en Écosse, avant qu’elle ne s’étende au continent européen au cours du XVIIIe siècle.

Dans la Déclaration de principes de la Grande Loge de France, une certaine liberté de culte (et d’athéisme) semble régir l’esprit franc-maçonnique. Ainsi, « La Grande Loge de France n’exige pas de ses membres la croyance en « Dieu et sa volonté révélée » comme le font d’autres obédiences […]. La Grande Loge de France et ses Loges considèrent que les controverses politiques ou religieuses n’ont pas leur place dans les travaux en Tenue afin de préserver la volonté de l’institution d’être un centre d’union entre les hommes. Pour autant, et dans un but pédagogique, elles n’interdisent pas les exposés et débats sur ces questions, refusant en revanche de les conclure par des votes ou des prises de position qui contraindraient la conscience religieuse ou citoyenne des Frères. »

D’ailleurs, c’est simple : pour parler de l’entité suprême potentiellement à l’origine de notre monde, les francs-maçons utilisent l’expression consacrée « le Grand Architecte de l’Univers » (terminologie pas exclusivement franc-maçonnique puisqu’on la trouve déjà dans les textes de Cicéron) et évitent le mot « Dieu ».

L’architecte de l’univers et son compas

Symbolisme

Le symbole est un ensemble qui réunit plusieurs éléments, afin que l’ensemble représente davantage que la somme des parties. En gros : la franc-maçonnerie invite ses adeptes à voir dans chaque mot une métaphore.

But ? Le projet du maçon est défini par ces deux propositions qui, dans tous les rites maçonniques, sont répétées souvent : « Aller plus loin » et « réunir ce qui est épars ».

Le symbolisme permet aux adeptes de se libérer des idées reçues et des tics mentaux. Ainsi, un mot ne se réduit jamais à sa définition pure et simple, mais recouvre toujours une complexité plus large. De cette façon, les francs-maçons espèrent se libérer des amalgames.

Par ailleurs, un langage propre permettrait également à la franc-maçonnerie de reconnaître discrètement les siens (langage universel des symboles, mais aussi langage emprunté aux bâtisseurs de cathédrales). Bien sûr, rien ne permet de vérifier réellement cette info, mais on la retrouve dans de nombreux ouvrages sur la franc-maçonnerie.

Iconographie

La franc-maçonnerie symbolique emprunte une grosse partie de ses symboles à l’art de bâtir (la maçonnerie, donc) tel qu’il est pratiqué par les constructeurs des cathédrales du Moyen-Âge. La notion de loge (endroit où les ouvriers se réunissaient) vient également de là.

Les symboles permettaient aux francs-maçons de s’exprimer sans risquer d’être remarqués, surtout à l’époque des guerres de religion. Mais la plupart de ces symboles ont été rendu publics depuis, si bien qu’une recherche sur Internet un temps soit peu étayée permet aujourd’hui de découvrir toute cette iconographie sans grande difficulté. C’est la raison pour laquelle la franc-maçonnerie aujourd’hui est moins une « société secrète » qu’une « société discrète » — et qu’elle entretient tellement de fantasmes.

Voici quelques uns des symboles récurrents dans la franc-maçonnerie :

  • L’équerre : elle rappelle à l’initié que toutes ses actions doivent être mues par la droiture et la justice
  • Le compas : il représente l’esprit (et forme, avec l’équerre et le Volume de la Loi Sacrée)

L'équerre et le compas entrelacés

  • Les gants blancs : ils sont obligatoires lors de la tenue (= réunion rituelle d’une loge). Ils cachent les différences (mains abîmées ou mains soignées) et symbolisent ainsi l’égalité entre les initiés, mais aussi la pureté de leurs intentions.
  • La voûte étoilée : le plafond du temple, bleu et parsemé d’étoiles, représente le ciel et résume le fait que les travaux des francs-maçons ne sont jamais achevés.

L’antimaçonnisme (ou antimaçonnerie)

Ce mot désigne la peur, la répression, l’hostilité ou encore la méfiance à l’égard de la franc-maçonnerie.

Historiquement, l’antimaçonnisme a pu être religieux (exemple : l’Église catholique a reproché aux francs-maçons leur « relativisme » consistant à dire qu’aucune religion n’était supérieure à une autre) ou encore politique (exemple : Léon Trotsky a jugé la franc-maçonnerie anti-révolutionnaire en ce sens que la collaboration de classe empêchait la constitution d’un prolétariat conscient de lui-même).

Mais la franc-maçonnerie peut aussi critiquée par les maçons eux-mêmes. Ainsi, certains reprochent au mouvement d’être colonialiste (puisque la franc-maçonnerie déclare la philosophie des Lumières comme universaliste), d’autres y voient une menace sectaire (les fraternelles sont des loges maçonniques réunissant des francs-maçons d’une même profession) ou de possibles dérives corruptionnelles (les francs-maçons oeuvrent-ils vraiment pour le bien commun ou ne privilégient-ils pas en priorité leurs frères ?).

Ce qu’il faut retenir

– La franc-maçonnerie est une société dans la société.
– Ses membres sont tenus au secret de groupe : ils ne peuvent dévoiler le contenu de leurs réunions à une personne non-membre et n’ont pas le droit de révéler l’identité d’un des leurs.
– Le franc-maçon est le seul à pouvoir rendre public ou non son appartenance à la franc-maçonnerie.
– La franc-maçonnerie prodigue un enseignement ésotérique progressif : autrement dit, le membre monte en grade au fur et à mesure de l’apprentissage des symboles et des rituels.
– La discipline visant à étudier la franc-maçonnerie s’appelle la maçonologie.
– Parce que la franc-maçonnerie est tenue à la discrétion, elle a longtemps été au carrefour de tous les fantasmes, craintes et admiration.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Fourmi
    Fourmi, Le 9 avril 2012 à 16h56

    Super l'article! ça a répondu à un tas de questions que je me posais.
    Il m'en reste une: Y a t'il des loges en Algérie?
    J'avais déjà cherché, j'en avais trouvé au Maroc mais aucune info sur une éventuelle existence en Algérie. ça doit être une question de sécurité.

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