Je veux comprendre… les élections primaires américaines de 2012

Aux États-Unis, les élections primaires du parti républicain ont commencé depuis une semaine. Retour sur un système parfois méconnu en France.

Je veux comprendre… les élections primaires américaines de 2012

Si les élections présidentielles françaises et américaines auront toutes deux lieu en 2012, il va s’en dire qu’elles ne se dérouleront pas de la même façon. Tu n’as jamais compris quels étaient les enjeux des élections primaires aux États-Unis ? Armée de mes cours sur le système électoral américain, je vais tenter de te répondre en me focalisant sur les primaires républicaines puisqu’elles ont commencé mardi dernier. Ambiance foire aux questions.

(Note : les termes suivis d’un * seront des synonymes de « parti républicain ».)


Tiens : l’acteur principal des clips de Lana del Rey.

Les élections primaires, à quoi ça sert ?

Les élections primaires républicaines ont pour but de désigner, état par état, les délégués qui pourront se rendre à la convention nationale de leur parti et pourront ainsi choisir le candidat qui les représentera à l’élection présidentielle. Le nombre de délégués qui iront à la convention nationale est proportionnel à chaque état et dépend donc de son nombre d’habitants.

Comme le veut la tradition, les élections primaires débutent au mois de janvier de l’année électorale avec un caucus dans l’Iowa et durent plusieurs mois.

Quelles sont les grandes dates des primaires 2012 ?

>> 3 janvier 2012 – Iowa

Si la plupart des États américains désignent leurs délégués nationaux pour la convention à travers une primaire, l’Iowa, avec cette année treize autres états, fonctionnent au « caucus ». Lors d’un caucus, les habitants de l’État en question (ici, l’Iowa) se réunissent – par exemple dans des écoles ou dans des bibliothèques. Ils n’y élisent pas directement les délégués qui les représenteront à la convention nationale : ils élisent des délégués de comtés, qui eux-mêmes choisiront leurs délégués nationaux.

>> 10 janvier 2012 – la primaire du New Hampshire

Plus traditionnelle que le caucus, la primaire est une élection à bulletin secret. Les électeurs peuvent alors voter pour le candidat de leur choix.

Dans le New Hampshire, la primaire est une élection semi-ouverte pour les votants qui ne font partie d’aucune faction politique. En revanche, s’ils sont inscrits, par exemple au parti républicain et qu’ils votent à une primaire démocrate, ils ne pourront participer à la primaire républicaine (et vice-versa).

Si la primaire du New Hampshire est ouverte à toute personne souhaitant voter, les règles du jeu changent selon les états – la plupart ayant choisi le concept d’élection dite fermée, mais on y reviendra plus tard.

>> 6 mars 2012 – Super Tuesday

Cette année, le Super Tuesday (à prononcer Soupeuw Tiousdé en postillonnant) aura lieu le 6 mars. C’est le jour des primaires le plus conséquent puisque c’est à cette date que le plus grand nombre d’Etats votent simultanément. En 2012, 12 états voteront lors du Super Tuesday à l’issue duquel environ 40% des délégués nationaux seront nommés.

La convention nationale, qu’est-ce que c’est ?

La convention nationale du Grand Old Party* aura cette année lieu à Tampa, en Floride, les 27 au 30 août prochain.

Pour remporter l’investiture, et représenter le parti républicain contre le candidat démocrate, le concurrent devra rassembler au moins 1142 délégués sur 2282. Au premier tour, on trouve deux types de délégués : les « pledged » (qui se doivent de voter pour le candidat qu’ils représentent à la convention nationale républicaine) et les « unpledged », qui sont libres de voter pour n’importe lequel des concurrents. En revanche, au second tour, tous les délégués (qu’ils soient « pledged » ou « unpledged ») peuvent voter pour le candidat de leur choix. Cependant, il est tellement rare de voir un second tour à la convention nationale que tu peux tranquillement oublier ce dernier point.

A l’issue de la convention nationale du parti républicain, nous connaîtrons le nom du candidat du parti de l’éléphant* en course pour le poste de Président des Etats-Unis.

En outre, ce sera soit pendant, soit après la convention que nous connaîtrons le « ticket » du candidat. Le « ticket » contient deux noms : celui du candidat à la présidence des Etats-Unis, ainsi que celui de son co-listier ou de sa co-listière qui brigue la vice-présidence.

Qui peut voter lors des primaires républicaines ?

Tout dépend du type de la primaire en question. Selon les états, il n’existe pas moins de quatre types de primaires :

  • En cas de primaire ouverte, un électeur indépendant, inscrit comme démocrate ou républicain peut voter.
  • En cas de primaire semi-ouverte, un électeur démocrate peut voter à la primaire du parti républicain. Ce faisant, il ne pourra cependant plus voter pour la primaire démocrate de son état car il y a obligation de ne s’exprimer que pour un seul parti.
  • En cas de primaire semi-fermée, les sympathisants du Grand Old Party* et les électeurs dits indépendants peuvent voter.
  • En cas de primaire fermée, seuls les électeurs sympathisants du GOP* peuvent voter.

Candidats toujours en lice

Un bref portrait de chaque candidat et de leurs prises de position les plus notables.

>> Mitt Romney

Retiens bien son nom : Mitt Romney est actuellement le favori des primaires républicaines. Cet homme politique, ancien gouverneur du Massachusetts de 64 ans a déjà tenté sa chance en tant que candidat à la primaire républicaine en 2008, avant de retirer sa candidature en février pour avoir été distancé par John McCain.

Mitt Romney est le candidat le plus centriste de tous les républicains encore présents aux primaires. Il s’oppose à l’avortement (sauf pour les cas extrêmes, comme le viol ou l’inceste) et le mariage gay. A contrario, il est favorable à des baisses d’impôts pour les plus favorisés.

Mardi 3 janvier dernier, dans l’Iowa, il est arrivé en tête des votes avec 24,6% des voix.

>> Rick Santorum

Ancien sénateur de Pennsylvanie au Congrès, Rick Santorum, candidat catholique et conservateur, est arrivé deuxième lors du caucus du 3 janvier. Il est férocement opposé à l’avortement (même en cas de viol), à la contraception et au mariage gay et a d’ailleurs déclaré que les rapports entre deux personnes du même sexe étaient, pour lui, « une menace pour la société ». En outre, il réfute la responsabilité humaine dans le réchauffement climatique, nie l’existence du peuple Palestinien, prône la torture de la baignoire pour des interrogatoires efficaces et a annoncé vouloir bombarder les installations nucléaires iraniennes si les autorités locales ne révisent pas leur copie.

>> Ron Paul

A 76 ans, Ron Paul est le plus âgé des candidats aux primaires républicaines. Député à la chambre des Représentants, il se présente comme le seul des prétendants républicains à la Maison-Blanche à être contre le statu quo et apparaît comme le candidat libertarien par excellence. Il s’oppose à un Etat fédéral qu’il juge omniprésent, mais aussi aux interventions militaires à l’étranger, promet d’abaisser le salaire du Président américain à 39 000 $ annuels en cas de victoire et serait favorable à la légalisation de certaines drogues.

>> Rick Perry

Rick Perry est l’actuel gouverneur du Texas, l’un des états les plus conservateurs des Etats-Unis. Il est favorable à un Etat fédéral limité, s’oppose à l’avortement au point d’avoir fait voter une loi qui oblige les médecins à faire écouter les battements de coeur du bébé et à montrer une photo du foetus aux femmes désireuses d’avorter.

Petit aperçu des revendications de Rick Perry :

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« Je n’ai pas honte d’admettre que je suis chrétien, mais pas besoin d’être sur les bancs de l’église tous les dimanches pour s’apercevoir que quelque chose ne tourne pas rond dans ce pays quand on constate que les gays peuvent s’enrôler librement dans l’armée tandis que nos enfants ne peuvent pas célébrer Noël ouvertement ou prier à l’école.

En tant que Président, je mettrai fin à la guerre qu’Obama mène contre la religion. Je me battrai contre les attaques libérales contre notre héritage religieux. La foi a rendue l’Amérique forte. Elle peut lui rendre sa force. Je suis Rick Perry, et j’approuve ce message ».

>> Newt Gingrich

Newt Gingrich est le « candidat du passé ». Il a été, de 1995 à 1999, président de la chambre des Représentants. Quatre années durant lesquelles il a mené la vie dure au Président Bill Clinton en s’opposant à pratiquement tout ce que ce dernier proposait.

Il est souvent critiqué pour son côté un peu volage (il a eu trois épouses différentes et a avoué avoir commis l’adultère). Sortie notable : il a déclaré que les Palestiniens étaient « un peuple inventé ».

>> Jon Huntsman

Jon Huntsman, ancien gouverneur de l’Utah et ambassadeur pour les Etats-Unis en Chine, est un républicain modéré. Avec Ron Paul, il est celui qui reçoit le plus de soutien de la part des jeunes. Il soutient l’union civile homosexuelle, mais s’oppose à l’avortement (sauf en cas de danger pour la mère, viol, ou inceste).

Et la primaire démocrate, dans tout ça ?

Aucun candidat démocrate potentiellement éligible ne se présente face à Barack Obama, lui-même candidat à sa propre réélection. Du coup, les primaires démocrates ne présentent aucun enjeu conséquent. Il y aura cependant bien une convention nationale démocrate du 3 au 6 septembre prochain en Caroline du Nord, qui devrait sans grosse surprise le voir investi en tant que candidat démocrate à la Maison-Blanche. Néanmoins, quelques candidats ont décidé de s’opposer symboliquement à lui, à l’image de Randall Terry et Darcy Richardson.

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