Née avec des doigts supplémentaires, j’ai dorénavant une cicatrice qui fait partie de moi

Par  |  | 2 Commentaires

Sophie est née avec un doigt et deux orteils en plus, à cause d'un syndrome appelé la polydactylie. S'étant fait opérer lorsqu'elle était enfant, elle apprend à aimer ses cicatrice dans ce Corps à cœur Cœur à corps.

Bonjouuuuuuuur vous !

Dans ce nouveau Corps à coeur Coeur à corps c’est Sophie qui vous raconte comment elle a fini par accepter la cicatrice qu’elle a à la main, suite à une opération lorsqu’elle était enfant.

Corps à cœur, cœur à corps

Si tu n’as pas suivi, il s’agit d’une série de témoignages illustrés, mettant en avant des personnes qui ont décidé d’avoir un regard plus positif vis-à-vis de leurs complexes physiques.

Il ne s’agit pas de se sentir bien À TOUT PRIX (ça suffit les injonctions, oh !) ou de dire qu’il y a des complexes plus importants que d’autres, mais d’observer les chemins que prennent différentes personnes pour se sentir plus en paix avec elles-mêmes.

Tous les corps sont différents, ça te dit de les célébrer avec moi chaque semaine ?

Les illustrations sont faites par mes petites mains et à partir de photos envoyées en même temps que le texte. J’en reçois plusieurs et je choisis celle qui m’inspire le plus.

Donc, sans plus attendre, le témoignage de cette semaine.

Ma cicatrice, je ne te vois plus comme un défaut

Les articles m’ont touchée et interpellée.
Et je me sens tout particulièrement
concernée, donc voici mon histoire.

J’ai été atteinte de polydactylie
à la naissance. Ce mot barbare (que mon
téléphone ne reconnaît même pas) signifie
avoir un doigt en plus.

J’en avais donc 6 à la main gauche
et 6 à chaque pied (seule la main droite
a été épargnée).

J’ai été opérée à l’âge de 3 ans
et il en résulte des cicatrices que
j’ai du mal à accepter.

Enfant, mon grand dilemme était
de savoir si je devais dire la vérité ou non.

Les gosses sont curieux, alors soit je disais
tout et devenait l’anomalie de l’école soit
j’inventais une histoire incluant des combats
épiques contre des dragons, des enlèvements
par des Martiens et autres trucs merveilleux
improbables. C’est à cette période que
mon imagination débordante a pu
s’exprimer pleinement et sans limites !

Quand j’explique ce qui m’est arrivé,
la plupart du temps, ça fait rire, ça dégoûte
ou alors ça fascine d’une manière
incroyablement malsaine.

Sans surprise, le regard des autres ne m’a pas
aidé à vivre avec. La curiosité des gens a fait
que j’ai beaucoup porté des pulls avec
des manches bien longues dans lesquelles
je pouvais camoufler ma main.

J’en suis devenue un peu parano,
allant jusqu’à m’inventer des rhumes
pour ne pas serrer la main des gens.

L’annulaire est l’endroit où se trouvera
mon alliance si quelqu’un veut bien
m’épouser un jour. Dit comme ça, ça fait
princesse qui rêve au prince charmant…
mais c’est vraiment un truc qui me bloque.

Ma malformation aux pieds m’oblige
à porter des chaussures larges.

Cet été j’ai mis des tongs.
Ça doit paraître stupide mais c’était un vrai
progrès que de m’exposer ainsi,
je me sentais réellement nue.

Il y a un an, on m’a offert une très
belle bague. Au départ, je la regardais
comme une ennemie.

J’ai toujours fui les bijoux et le vernis,
de peur d’attirer le regard sur ma cicatrice.

Et puis j’ai pris mon courage à deux mains
(c’est le cas de le dire), l’ai enfilée,
et ça a été une sorte de déclic.

Cette bague est devenue mon amulette.
Elle me fait me sentir en sécurité.

Certains ont des tatouages,
j’ai des cicatrices.

Désormais ce n’est plus une fatalité.
Et surtout j’ai découvert la joie de
mettre un joli bracelet et de porter
une belle montre.

Témoigner sur ses complexes, ça fait quoi ?

J’ai également demandé à Sophie de faire un retour sur cette expérience : témoigner et voir sa main illustrée, ça fait quoi, qu’a-t-elle ressenti ?

Pour être honnête, je suis assez surprise.
Je pensais que t’améliorerais un peu
la vérité, que tu rendrais ça stylé et beau.
Mais là, c’est juste brut et sans artifice.

À vrai dire j’aime beaucoup,
surtout le choix des couleurs.

Pour en revenir à mon « témoignage »…

Évidemment que parler de cela n’était pas
spécialement agréable sur le coup.
Mais qu’est-ce ce que ça libère !
J’ai un peu l’impression d’avoir ôté
un caillou qui traînait dans ma chaussure
depuis trop longtemps et de lui avoir
tiré la langue. Sentiment très satisfaisant.

En plus, je n’avais jamais eu l’occasion
d’en parler de façon aussi libre.
Ça m’a réellement obligée à sortir
de ma zone de confort.

Je n’avais jamais pris le temps de regarder
tout le chemin que j’ai parcouru et
je suis assez fière de moi mine de rien.

(Je suis un peu émue mais chut !)

Je suis un peu terrifiée à l’idée de
m’exprimer sur la Toile. Je n’ai pas de
compte sur les réseaux sociaux (sauf snap,
pour mettre des citations de groupes
de musique démodés).

Je sais que les gens jugent vite et tout.
Bref, ça aussi c’est une sacrée expérience
pour moi.

Dorénavant je n’ai plus honte de prononcer
le terme polydactylie. Et ça ne sonne plus
comme un gros mot ou un défaut.
Juste un truc qui fait partie de moi.

Comment participer ?

Toi, oui, toi qui as lu avec attention. Toi qui as envie de dire à ton corps que tu veux enterrer la hache de guerre. Que même s’il y a des jours avec et des jours sans, ça serait déjà un premier pas de partager ton expérience.

Bienvenue dans Corps à cœur Cœur à corps !

Concrètement, si tu veux participer, qu’est ce que je te demande ?

Le témoignage sera en 2 parties : un texte et une illustration.

  • Le texte, c’est toi qui l’écris : tu m’expliques ton rapport à ce(s) complexe(s), pourquoi tu as envie de changer de regard dessus, comment tu t’y prends…
  • Pour l’illustration, j’ai besoin de 5 photos de cette partie de ton corps et/ou de ton corps en entier.

Tu peux les prendre seul·e ou avec un·e proche; l’essentiel est que ça soit ton regard avant de devenir le mien. Ça peut être un exercice difficile, j’en ai conscience, donc je laisse le plus de liberté possible ! Mise en scène, spontanéité… c’est toi qui vois.

Je choisis la photo qui m’inspire le plus et j’en fais une illustration.

Envoie-moi ça à lea.castor[at]madmoizelle.com avec « Corps à cœur Cœur à corps » en objet du mail !

Pour suivre Léa Castor, rendez vous sur Instagram et Facebook !

À lire aussi : J’ai testé pour vous… faire partie de la #FitFamily

Léa Castor

Graphiste et illustratrice Castor voyageuse, j'ai décidé de poser mon sac-à-dos et ma palette d'aquarelle dans la madmoiZelle family pour un moment.

Tous ses articles

Commentaires
  • Rocksteady
    Rocksteady, Le 9 juillet 2018 à 11h51

    Spoiler

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Désactive ton bloqueur de pub ou soutiens-nous financièrement!