Je suis dermatillomane… mais ça va mieux

La dermatillomanie est un trouble consistant à toucher, gratter, « nettoyer » sans cesse son visage, jusqu'à le blesser. Comme la trichotillomanie, il est peu connu, et pas forcément facile à repérer...

Je suis dermatillomane… mais ça va mieux

Publié le 1er mars 2014

Ausculter la peau de son visage dans un miroir grossissant, percer un vilain bouton, y aller un peu fort sur le tire-comédons… Ça arrive à tout le monde. Le faire tous les jours, pendant plus de dix minutes, et avec des instruments plus ou moins agressifs (ciseaux à ongles, pince à épiler, épingles…), c’est une autre paire de manches.

Il a fallu que je passe trois quarts d’heure devant mon miroir à me retourner l’épiderme à coup d’aiguille à coudre pour comprendre que j’avais un véritable problème et que mon obsession de la peau parfaitement nette allait plus loin qu’un simple désir d’esthétisme.

Un certain amour du teint parfait…

J’ai toujours été très concernée par l’état de ma peau. J’ai eu mes premiers boutons d’acné assez jeune, vers onze ans, et ils ne sont jamais vraiment partis malgré les fortunes investies dans les derniers produits anti-imperfections à la mode et la dizaine de traitements médicamenteux, parfois critiqués, que j’ai pu prendre. Mon obsession de la peau parfaite a démarré comme ça, à cause de quelques boutons qui faisaient de la résistance.

Les années qui suivirent, cette obsession s’est développée en véritable passion pour les cosmétiques et la beauté en général. J’étais la Miss Beauté de ma bande de copines, celle à qui on demandait des conseils maquillage et soin de la peau. À cette époque, malgré un grand manque de confiance en moi, ma vie allait plutôt bien et l’observation scientifique de mes points noirs ne faisait pas encore partie de mes activités favorites.

Mirror, mirror on the wall…

… qui se transforme en obsession maladive

Les choses se sont malheureusement gâtées l’année de mes dix-neuf ans. En quelques mois, j’ai perdu mon père d’un cancer, mon mec de l’époque m’envoyait, par texto, une citation de Gainsbourg en guise de rupture, et mes études de droit étaient tout sauf bien parties. À partir de ce moment, mes petites sessions d’exploration de mes pores dans la salle de bain devinrent de plus en plus longues et régulières.

Je pouvais passer de très longues minutes devant mon miroir grossissant, à scruter mon épiderme et à tenter d’y extraire tout semblant d’impureté, comme hypnotisée par le jeu de mes ongles sur mon visage. Toutes mes « crises » démarraient de la même façon : il suffisait que je touche mon visage pour que mes doigts détectent un pore que je jugeais bouché ou un bouton à l’aube de sa naissance (tu parles !). Guidée par mes impulsions, je me dirigeais vers le premier miroir disponible et tentais par tous les moyens d’expulser cette imperfection qui semblait gâter mon visage. Qu’importe le sang, la peau rougie et meurtrie, il fallait que ça parte.

Pendant ces longs instants de transe devant mon miroir, je me sentais bien, la tête vide et l’esprit apaisé. Ce n’est qu’une fois revenue à mes esprits que je prenais vraiment conscience de l’ampleur des dégâts. En retournant mes pores, je pensais rendre ma peau lisse et parfaite. En réalité, elle n’était plus qu’un champ de plaies et de peau à vif. Le mal étant fait, il ne me restait plus qu’à enduire mon visage de crèmes cicatrisantes et réparatrices en espérant que les traces du carnage ne mettraient pas trop de temps à disparaître.

Par chance, et grâce à mes connaissance en cosmétique, j’ai toujours réussi à cacher mes accès de grattage. La bonne crème et le bon maquillage faisaient de véritables miracles et personne n’a jamais soupçonné que je triturais ma peau aussi violemment.

Une crise lourde de conséquences

J’arrivais à peu près à contrôler mes impulsions jusqu’au jour où, pour une raison qui m’échappe encore, j’ai passé trois quarts d’heure, à deux heures du matin, à extraire tout ce qui pouvait être extrait de chacun des pores de la peau de mon visage à l’aide d’une aiguille à coudre. L’image de ma figure ensanglantée après ces quarante-cinq minutes d’acharnement me hante encore aujourd’hui.

À cause de cette crise particulièrement violente et de ses conséquences catastrophiques sur ma peau, je n’ai pas pu assister au mariage de ma meilleure amie, inventant une raison familiale abracadabrantesque.

Identifier le problème, et ne pas avoir peur de demander de l’aide

À partir de ce moment, j’ai décidé de me reprendre en main. J’ai fait de nombreuses recherches et j’ai enfin pu mettre un nom sur mon problème, ma maladie : la dermatillomanie. Après avoir pris conscience que je pouvais être aidée, j’ai contacté une psychologue spécialisée dans ce type de trouble pour fixer un premier rendez-vous, une première séance. La route allait être longue mais j’étais déterminée.

Aujourd’hui, après de nombreuses heures passées dans son bureau à parler de ma vie, à rire et parfois à pleurer, je vais mieux. Je ne triture presque plus ma peau et, quand je le fais, ce n’est que pour rabattre le caquet à quelques boutons mal placés, et non pour tenter d’expulser pour de bon un mal-être bien enfoui. Je ne suis pas encore complètement guérie, mais je m’accroche.

Je sais que je peux compter sur ma psychologue ainsi que sur mon amoureux, qui connaît tout de ma manie et m’aide à résister à mes pulsions avec douceur et compréhension.

Si j’ai voulu témoigner aujourd’hui, c’est pour celles et ceux qui n’arrivaient pas à mettre un nom sur leur problème de grattage compulsif, et qui ne comprennent pas d’où il vient. Ce n’est pas votre peau que vous attaquez, c’est toute la souffrance que vous cachez en dessous. Prenez-vous par la main et, comme moi, vous finirez par jeter toutes vos lotions désinfectantes et autres crèmes cicatrisantes, vestiges d’un temps révolu.

La dermatillomanie : quelques précisions

Si ce terme ne te dit rien, c’est que ce TCI (Trouble du Comportement Impulsif) est très peu connu du grand public et même des médecins. Il s’agit en fait d’un trouble directement liée à la dysmorphophobie, cette obsession du défaut physique, qu’il soit réel (boutons, cicatrices…) ou non. Le dermatillomane va inspecter son visage et tenter d’y retirer tout ce qui lui semble impur.

C’est une manie de soulagement des tensions psychiques et internes (émotions, tabous, non-dits…). Elle témoigne d’un malaise affectif et d’estime de soi qui peut être accentué par l’anxiété, la solitude, la déprime ou l’ennui. C’est une décharge impulsive et psychomotrice d’une tension interne et psychologique.

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  • Illusions
    Illusions, Le 9 octobre 2016 à 0h38

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