La crise de l’or bleu

La Planète bleue, couverte de l'or bleu qui lui a donné son surnom, connait une crise hydrique qui met en péril la survie de plus d'un milliard de personnes. Explications des causes et conséquences de la pénurie d'eau.

La crise de l’or bleu

Alors que les diplomates du monde entier sont réunis depuis mercredi au Brésil pour trouver des solutions de développement durable au problème du réchauffement climatique, les chances d’aboutir à un accord comprenant plus que de vaines promesses d’efforts sont faibles. Un tiers seulement des négociations devraient aboutir et les États rejettent la responsabilité de cet échec à la crise et aux inégalités de développement alors que les besoins environnementaux et sociaux nécessitent une réaction globale, énergique et rapide. La crise de l’eau sera au programme de ce rendez-vous surnommé le Rio+20 en référence au Sommet de la Terre qui s’est tenu à Rio en 1992.

La crise de l’eau, un enjeu humanitaire

Si aucun effort n’est fourni aujourd’hui par les États, 1,8 milliards de personnes souffriront d’une pénurie d’eau dans 13 ans et dans 3 ans, une personne sur dix n’aura pas d’accès à l’eau potable.

Bien qu’un droit à l’eau ait été reconnu par l’Assemblée Générale des Nations Unies en 2010, on estime aujourd’hui qu’un tiers de l’humanité vit en situation de stress hydrique, c’est-à-dire avec moins de 5 litres d’eau par jour. Dans 20 pays, la population n’a pas accès à plus de 3 litres par jour (on parle alors de pénurie chronique) et dans certaines régions, l’eau est déjà rationnée. Au Yémen par exemple, un habitant ne peut consommer que 125 mètres cube par an, contre 2500 mètres cubes en moyenne dans le monde. Des villages on été abandonnés à cause de la pénurie d’eau en Irak, et la ville pakistanaise de Quetta, qui compte plus d’un million d’habitants, survie avec 2000 puits seulement. A titre de comparaison, la consommation quotidienne et domestique des français serait, d’après Véolia, de 137 litres par personne. Au Canada, elle est de 600 à 800 litres par personne et par jour.

Les conséquences de ce manque d’accès à l’eau (et notamment à l’eau potable) sont dramatiques : 4 millions de personnes en meurent tous les ans, et 6000 enfants victimes de maladies liées à l’eau meurent tous les jours. On estime que les populations rurales et pauvres sont les plus touchées et que 90% des personnes souffrant de problèmes hydriques se trouvent en Asie et en Afrique.

D’après les Nations Unies, la situation évoluerait pourtant de manière positive : en 1990, seuls 77% de la population mondiale avaient accès à de l’eau potable, contre 87% en 2008. De plus, des études ont montré que l’eau était présente en quantité suffisante sur Terre pour pourvoir à tous les besoins de l’humanité.

Pourtant, la survenance de la crise économique conjuguée au réchauffement climatique et à la pression démographique croissante sont autant de facteurs laissant craindre une détérioration importante de ce bilan.

Comment expliquer la crise de l’eau ?

Si la Terre est surnommée la Planète bleue en raison de la couverture de sa surface à 70% par l’eau, seulement 2% de cette eau est douce et les calottes polaires sont des réserves qui contiennent 98% de cette eau. L’eau utilisable par l’homme n’est donc pas une substance si répandue qu’on pourrait le croire, et risque de se raréfier encore à l’avenir.

De nombreux facteurs sont responsables de la crise de l’eau. La crise économique, pour commencer, relègue les problèmes environnementaux et sociaux au second plan et moins de moyens sont alloués au creusage de puits ou à la construction de structures d’assainissement qu’au sauvetage des banques et des économies occidentales bancales. Par ailleurs, le manque de volonté politique au niveau gouvernemental peut-être renforcé par la corruption, et la privatisation n’assure pas nécessairement une meilleure gestion de l’eau.

L’augmentation de la population mondiale est également un problème renforçant la crise de l’eau : les nécessités alimentaires ont conduit à une intensification et à une expansion irréfléchies de l’agriculture, et donc à une amplification de l’irrigation. Or, à cause du réchauffement climatique, les régions arides s’étendent et menacent la survie de populations qui ne sont plus à même de cultiver leurs terres, et la sécheresse se devient un problème de plus en plus régulier dans des pays qui, comme la France, ne manquent pourtant pas d’eau. De plus, la production de viande et la culture de céréales comme le maïs dans des régions pauvres en eau alors qu’elles nécessitent une importante irrigation détournent des ressources hydriques d’une manière non raisonnable. Le réchauffement climatique a aussi pour conséquence de faire fondre les glaciers, menaçant ainsi l’approvisionnement en eau des populations riveraines, comme c’est le cas au Pérou où les glaciers ont fondu de 30% en 30 ans.

Circonstance aggravante, l’eau n’est pas répartie de manière égale partout dans le monde. Ainsi en Asie, où vit près de 60% de la population mondiale, l’on ne trouve que 30% des réserves mondiales en eau douce. A contrario, 15% de l’eau douce mondiale se trouve en Amazonie, où ne vivent que 7 millions d’habitants. En plus de cette inégalité géographique, il existe une inégalité temporelle puisque certaines saisons sont marquées par d’intenses intempéries et sont suivies par des périodes de sécheresse.

Les pays en développement consomment en moyenne 15 à 20 fois moins d’eau que les pays développés et 5% des Etats concentrent sur leur territoire 60% des réserves mondiales en eau douce. L’approvisionnement en eau, lorsqu’il est restreint, peu conduire à un retardement du développement économique. De ces disparités naissent de nombreux conflits interétatiques.

De futures guerres de l’eau ?

Les conflits internationaux relatifs à l’eau sont nombreux, parfois causés par de la pollution fluviale affectant plusieurs autres Etats que celui dans laquelle elle trouve son origine, comme c’est le cas pour l’Uruguay et l’Argentine, parfois causés par des divergences politiques concernant la navigation fluviale ou encore par une utilisation en amont qui réduit de manière inconsidérée le débit en aval, comme c’est le cas du fleuve Jourdain. Dans ce dernier exemple, le Jourdain est la seule source d’eau potable en Israël, qui, a force de barrages électriques et de prélèvements pour l’irrigation agricole, a fini par réduire le débit du fleuve d’une manière si importante qu’elle est la cause principale de la diminution d’un tiers de la surface de la Mer Morte en 50 ans. Outre les ravages écologiques d’une telle utilisation de l’eau, la situation géopolitique de la région ne peut qu’être aggravée par cette gestion de l’eau, et comme l’affirmait Uri Shamir, « S’il existe une volonté politique de paix, l’eau ne sera pas un frein. Mais à celui qui cherche des raisons de se battre, l’eau fournira des occasions rêvées », d’autant plus qu’il n’existe pas, à l’heure actuelle, de règles internationales régissant les comportements étatiques vis-à-vis de cet or bleu, et que la ratification de cette ressource porte à croire que les conflits à ce propos seront de plus en plus nombreux à l’avenir.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Gringo
    Gringo, Le 15 juin 2012 à 20h18

    Comment s'appelait ce documentaire fiction sur le réchauffement climatique passé à la télé il y a 3/4 ans? On y voyait la Hollande sous la pluie constamment, des régions arides au possible, le canada qui n'était plus enneigé et une femme qui essayait de sauver les ours polaires?

    Parce qu'à la fin le constat c'est que les Etats se réunissaient pour trouver un moyen pour que l'eau soit accessible à tous (genre que la Hollande envoie son eau dans les terres arides)

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