La crise de l’or bleu

Pondu par Laura Minelli le 15 juin 2012     

La Planète bleue, couverte de l’or bleu qui lui a donné son surnom, connait une crise hydrique qui met en péril la survie de plus d’un milliard de personnes. Explications des causes et conséquences de la pénurie d’eau.

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Alors que les diplomates du monde entier sont réunis depuis mercredi au Brésil pour trouver des solutions de développement durable au problème du réchauffement climatique, les chances d’aboutir à un accord comprenant plus que de vaines promesses d’efforts sont faibles. Un tiers seulement des négociations devraient aboutir et les États rejettent la responsabilité de cet échec à la crise et aux inégalités de développement alors que les besoins environnementaux et sociaux nécessitent une réaction globale, énergique et rapide. La crise de l’eau sera au programme de ce rendez-vous surnommé le Rio+20 en référence au Sommet de la Terre qui s’est tenu à Rio en 1992.

La crise de l’eau, un enjeu humanitaire

Si aucun effort n’est fourni aujourd’hui par les États, 1,8 milliards de personnes souffriront d’une pénurie d’eau dans 13 ans et dans 3 ans, une personne sur dix n’aura pas d’accès à l’eau potable.

Bien qu’un droit à l’eau ait été reconnu par l’Assemblée Générale des Nations Unies en 2010, on estime aujourd’hui qu’un tiers de l’humanité vit en situation de stress hydrique, c’est-à-dire avec moins de 5 litres d’eau par jour. Dans 20 pays, la population n’a pas accès à plus de 3 litres par jour (on parle alors de pénurie chronique) et dans certaines régions, l’eau est déjà rationnée. Au Yémen par exemple, un habitant ne peut consommer que 125 mètres cube par an, contre 2500 mètres cubes en moyenne dans le monde. Des villages on été abandonnés à cause de la pénurie d’eau en Irak, et la ville pakistanaise de Quetta, qui compte plus d’un million d’habitants, survie avec 2000 puits seulement. A titre de comparaison, la consommation quotidienne et domestique des français serait, d’après Véolia, de 137 litres par personne. Au Canada, elle est de 600 à 800 litres par personne et par jour.

Les conséquences de ce manque d’accès à l’eau (et notamment à l’eau potable) sont dramatiques : 4 millions de personnes en meurent tous les ans, et 6000 enfants victimes de maladies liées à l’eau meurent tous les jours. On estime que les populations rurales et pauvres sont les plus touchées et que 90% des personnes souffrant de problèmes hydriques se trouvent en Asie et en Afrique.

D’après les Nations Unies, la situation évoluerait pourtant de manière positive : en 1990, seuls 77% de la population mondiale avaient accès à de l’eau potable, contre 87% en 2008. De plus, des études ont montré que l’eau était présente en quantité suffisante sur Terre pour pourvoir à tous les besoins de l’humanité.

Pourtant, la survenance de la crise économique conjuguée au réchauffement climatique et à la pression démographique croissante sont autant de facteurs laissant craindre une détérioration importante de ce bilan.La crise de lor bleu Capture d’écran 2012 06 15 à 00.09.03

Comment expliquer la crise de l’eau ?

Si la Terre est surnommée la Planète bleue en raison de la couverture de sa surface à 70% par l’eau, seulement 2% de cette eau est douce et les calottes polaires sont des réserves qui contiennent 98% de cette eau. L’eau utilisable par l’homme n’est donc pas une substance si répandue qu’on pourrait le croire, et risque de se raréfier encore à l’avenir.

De nombreux facteurs sont responsables de la crise de l’eau. La crise économique, pour commencer, relègue les problèmes environnementaux et sociaux au second plan et moins de moyens sont alloués au creusage de puits ou à la construction de structures d’assainissement qu’au sauvetage des banques et des économies occidentales bancales. Par ailleurs, le manque de volonté politique au niveau gouvernemental peut-être renforcé par la corruption, et la privatisation n’assure pas nécessairement une meilleure gestion de l’eau.

L’augmentation de la population mondiale est également un problème renforçant la crise de l’eau : les nécessités alimentaires ont conduit à une intensification et à une expansion irréfléchies de l’agriculture, et donc à une amplification de l’irrigation. Or, à cause du réchauffement climatique, les régions arides s’étendent et menacent la survie de populations qui ne sont plus à même de cultiver leurs terres, et la sécheresse se devient un problème de plus en plus régulier dans des pays qui, comme la France, ne manquent pourtant pas d’eau. De plus, la production de viande et la culture de céréales comme le maïs dans des régions pauvres en eau alors qu’elles nécessitent une importante irrigation détournent des ressources hydriques d’une manière non raisonnable. Le réchauffement climatique a aussi pour conséquence de faire fondre les glaciers, menaçant ainsi l’approvisionnement en eau des populations riveraines, comme c’est le cas au Pérou où les glaciers ont fondu de 30% en 30 ans.

Circonstance aggravante, l’eau n’est pas répartie de manière égale partout dans le monde. Ainsi en Asie, où vit près de 60% de la population mondiale, l’on ne trouve que 30% des réserves mondiales en eau douce. A contrario, 15% de l’eau douce mondiale se trouve en Amazonie, où ne vivent que 7 millions d’habitants. En plus de cette inégalité géographique, il existe une inégalité temporelle puisque certaines saisons sont marquées par d’intenses intempéries et sont suivies par des périodes de sécheresse.

Les pays en développement consomment en moyenne 15 à 20 fois moins d’eau que les pays développés et 5% des Etats concentrent sur leur territoire 60% des réserves mondiales en eau douce. L’approvisionnement en eau, lorsqu’il est restreint, peu conduire à un retardement du développement économique. De ces disparités naissent de nombreux conflits interétatiques.

La crise de lor bleu Capture d’écran 2012 06 15 à 00.17.20

De futures guerres de l’eau ?

Les conflits internationaux relatifs à l’eau sont nombreux, parfois causés par de la pollution fluviale affectant plusieurs autres Etats que celui dans laquelle elle trouve son origine, comme c’est le cas pour l’Uruguay et l’Argentine, parfois causés par des divergences politiques concernant la navigation fluviale ou encore par une utilisation en amont qui réduit de manière inconsidérée le débit en aval, comme c’est le cas du fleuve Jourdain. Dans ce dernier exemple, le Jourdain est la seule source d’eau potable en Israël, qui, a force de barrages électriques et de prélèvements pour l’irrigation agricole, a fini par réduire le débit du fleuve d’une manière si importante qu’elle est la cause principale de la diminution d’un tiers de la surface de la Mer Morte en 50 ans. Outre les ravages écologiques d’une telle utilisation de l’eau, la situation géopolitique de la région ne peut qu’être aggravée par cette gestion de l’eau, et comme l’affirmait Uri Shamir, « S’il existe une volonté politique de paix, l’eau ne sera pas un frein. Mais à celui qui cherche des raisons de se battre, l’eau fournira des occasions rêvées », d’autant plus qu’il n’existe pas, à l’heure actuelle, de règles internationales régissant les comportements étatiques vis-à-vis de cet or bleu, et que la ratification de cette ressource porte à croire que les conflits à ce propos seront de plus en plus nombreux à l’avenir.

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  1. ZébuleZébule

    Le 15 juin 2012 à 11:43

    @Peutwishia
    En fait je ne pense pas qu'on doive vraiment culpabiliser sur notre consommation directe d'eau (je veux dire par là ce qu'on boit, ce qu'on utilise pour se laver, ou pour nos toilettes) car en France les circuits d'eau sont plus ou moins bien gérés, et on a bien de la chance.
    Ce que je veux dire par là, c'est qui ce qui est important ce n'est pas tant la quantité d'eau disponible, mais si elle est renouvelée lorsqu'elle est utilisée ! Si tu prélèves 1L d'eau dans une source par jour et qu'en contrepartie seulement 0.5L est ramené par les processus naturel, ben ça ne va pas, ta source va s'épuiser. Si par contre 1L revient, c'est que le circuit fonctionne bien !
    Et si l'eau que tu utilises dans ta douche est bien récupérée dans les canalisations (pas de pertes dans les sols), puis traitée comme il faut pour être remise dans le circuit, il n'y a pas de problème. Or en France, c'est plus ou moins le cas.

    Là où ça ne va pas c'est plutôt qu'on mange beaucoup trop de viande et de céréales comme dit dans l'article. Parce dans l'agriculture il y a justement beaucoup plus de pertes et particulièrement dans les pays en développement d'où proviennent une partie de notre nourriture.
    Tout ça pour dire que selon moi, il ne faut pas culpabiliser de boire 2 litres d'eau par jour ou de prendre une douche d'une durée raisonnable une fois par jour, ça ne fera pas "disparaître" de l'eau pour d'autres mais plus se demander si manger de la viande de bœuf très régulièrement est nécessaire et raisonnable.

    Tout ça est donc bien un problème d'utilisation durable des ressources, et donc demande un groooos travail de réflexion au niveau mondial et les remarques du début de l'article à propos de Rio+20 m'ont déprimée…

    Très bon article en tout cas ! Ça serait bien d'en avoir un sur les conclusions de Rio+20 justement un peu plus tard :)
  2. Laura MinelliLaura Minelli

    Le 15 juin 2012 à 11:44

    Économiser l'eau est important, et effectivementil y a des gestes simples à adopter pour réduire nos consommations, comme ne pas faire couler l'eau inutilement, récupérer l'eau de pluie pour arroser des plantes vertes, installer des économiseurs d'eau sur les robinets, mais ces petits gestes du quotidien, s'ils sont nécessaires, ne sont pas pour autant la solution à tous les problèmes.Concernant le réchauffement climatique par exemple, on observe un véritable manque de volonté politique, comme en témoignent toutes les conférences internationales… S'il faut évidemment agir au niveau local/individuel, on n'aboutira a aucune solution satisfaisante si les Etats n'arrivent pas à se mettre d'accord !

    Et le problème réel, à mon sens, est qu'on consomme mal. Pourquoi implanter des cultures qui nécessitent beaucoup d'eau dans des régions sèches ? Est-il possible de revoir notre alimentation pour l'adapter, puisqu'il faut environ 5 000 litres d’eau pour produire 1 000 kcal d’aliments d’origine animale, 1 000 litres si l’origine est végétale ?

    Si les canadiens consomment autant, c'est parce qu'ils le peuvent, ils ont les ressources nécessaires pour le faire ! Ils font partie des 9 pays regroupant à eux seuls 60% des réserves en eau douce (avec les Etats-Unis, le Brésil, la Russie, la Chine, l'Indonésie, la Colombie et le Pérou).
  3. Darky-AngelDarky-Angel

    Le 15 juin 2012 à 13:12

    Si déjà on arrêtait d'arroser en surface des champs à 14h ou 16h en plein cagnar comme on dit chez moi (ce qui a plutôt pour effet de brûler les cultures avec la réverbération) ainsi que les espaces verts…
    Espaces verts (ronds points notamment) dont l'arrosage est tellement bien géré qu'il arrose + la route qu'autre chose souvent (bon vous pouvez laver votre voiture en en faisant plusieurs fois le tour, c'est cool…)
    Par chez moi (dans l'Aude), ils ont enfin eu la bonne idée de faire des espaces verts avec des plantes du coin qui sont donc adaptées au climat et moins gourmandes en eau! (un peu de logique dans ce monde de brute)

    Le souci, c'est que c’est un peu comme le recyclage, on culpabilise (je ne parle pas de l'article hein) les consommateurs lamda (nous quoi) alors que c'est + haut que ça coince. (Ce qui ne nous empêche pas de faire attention, car un petit effort + un petit effort ça finit par faire)

    Pour appuyer ma comparaison au recyclage, je pensais à l'exemple des messages de com. qui nous disent "'n'achetez pas de pdts suremballées, de pdts ayants un emballage non recyclable…" ouais ben faudrait peut être ne plus les produire et chercher des alternatives duc***!

    Bref dsl de cette parenthèse mais ça m'énerve…

    En tout cas chouette article!
  4. ZébuleZébule

    Le 15 juin 2012 à 15:51

    Je viens de tomber sur cet article Pnurie d'eau New Delhi, cause d'un Etat voisin et je me suis dit qu'il illustrait bien la fin de l'article ici.

    En ce qui concerne la culpabilisation je suis d'accord avec @Darky-Angel. Il y a certains produits pour lesquels il est impossible de trouver des alternatives sans sur-utilisation d'emballages. J'ai par exemple dans le collimateur ceux qui vendent les cartouches d'imprimante (par exemple http://h10025.www1.hp.com/ewfrf/wc/document?lc=fr&dlc=fr&cc=fr&product=3256932&docname=c00665277&lang=fr) .. c'est même ridicule le nombre d'emballage qu'ils utilisent.

    Donc effectivement que ce soit pour l'eau ou autre chose, on peut faire attention à ce qu'on consomme, surtout quand c'est superflu ou que ça s'apparente à du luxe (je pense à des gens qui irriguent des golf dans des zones arides ….), mais quand il s'agit de produits de première consommation, type alimentation basique, vêtements ou produit d'hygiène, je pense que c'est aux producteurs de faire l'effort, puisqu'on n'a pas (ou peu) d'alternative ! Mais il me semble que les choses changent (par exemple les gels douches à recharge, les vêtements en coton bio, les sacs en plastique végétal etc.), donc tout ne va pas si mal :danser:
  5. GringoGringo

    Le 15 juin 2012 à 18:18

    Comment s'appelait ce documentaire fiction sur le réchauffement climatique passé à la télé il y a 3/4 ans? On y voyait la Hollande sous la pluie constamment, des régions arides au possible, le canada qui n'était plus enneigé et une femme qui essayait de sauver les ours polaires?

    Parce qu'à la fin le constat c'est que les Etats se réunissaient pour trouver un moyen pour que l'eau soit accessible à tous (genre que la Hollande envoie son eau dans les terres arides)

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