Le coyote qui voulait que tout le monde crève, et autres anecdotes mythologiques

Après Loki et la chèvre, ou le pénis perdu d’Osiris, voici une nouvelle fournée d’anecdotes mythologiques ! Autant de fabuleux récits qui ont probablement vu le jour au coin du feu… Et avec beaucoup d’alcool.

Le coyote qui voulait que tout le monde crève, et autres anecdotes mythologiques

Voilà un petit moment maintenant qu’on roule plein bille, vous et moi, sur l’autoroute de la mythologie. Et quelle autoroute, mes ami•e•s ! On est parti•e•s en quête d’un pénis divin, on a fait les fous avec Thor et Loki, on a serré les fesses très fort devant le kappa et ses vocations de proctologue… Bon sang, on a même parlé de bière et de déluges ! À ce stade, on ne peut même plus parler de briser des mythes.

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Et le plus beau, c’est que la mythologie, une fois passées les épopées fabuleuses que l’on réserve pour les manuels scolaires, ne se limite même pas à Loki qui attache ses testicules à une chèvre (tout pour le lol). Eh non ! Il y a autant de récits incroyables et farfelus qu’il y a eu de civilisations, et surtout d’alcool, sur Terre.

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C’est pourquoi je me fais une joie de vous proposer une nouvelle session de belles épopées (ou presque), toujours avec de superbes morceaux d’épiques dedans. Au programme : un coyote qui milite pour qu’on soit tou•te•s égaux•les face à la mort, une histoire de cloaque pour changer des pénis, et un dieu africain qui, à force de chercher la merde, a fini par marcher dedans. Accrochez-vous bien à votre innocence, on décolle.

Le coyote qui voulait que tout le monde crève

Partons dans un premier temps du côté de la mythologie amérindienne, si facilement peuplée d’êtres fabuleux toujours prêts à enchaîner les bourdes. Parmi ces êtres, un animal/entité anthropomorphique revient souvent sur le devant de la scène : j’ai nommé Coyote.

Dans la tradition amérindienne, le coyote est en effet ce qu’on appelle un « trickster », au même titre par exemple que Loki dans la mythologie scandinave. Un trickster, littéralement, c’est un être farceur. Terriblement ingénieux, il prend plaisir à jouer des tours à tout ce qui bouge, sans égard pour la moindre forme de morale. Bref, le trickster apparaît en général comme un bel enfoiré. Mais il est aussi, et surtout, l’élément perturbateur des récits les plus fondateurs, celui qui fait bouger les choses en défiant l’ordre établi ! C’est un peu Prométhée qui donne le feu sacré aux pauvres mortels, par exemple, quitte à mal finir (une vague histoire de foie qui repousse pour nourrir un gros piaf).

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Bon, pour le feu, c’était pas encore trop ça.

Et notre brave coyote ne déroge pas à la règle. Chez les Caddos, tribus d’Amérindiens qui vivaient du côté du Texas actuel, il était même loin d’être un cadeau (badum tss) puisqu’il est à l’origine de la mort. Ou, pour être précise, à l’origine de l’état permanent de la mort. Il y a une nuance, mais c’est autre chose que d’être à l’origine du retour des bandanas fluo dans la cour de récré (ne niez pas, je sais que vous en tirez encore une certaine fierté.)

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Fut un temps, les gens vivaient éternellement. Sauf qu’à force de se multiplier comme des lapins sans qu’aucun ne finisse jamais en civet, vous vous doutez bien que le monde a fini par être confronté à un problème de surpopulation. C’est pourquoi, un beau jour, les délégués divins de chaque domaine décident de monter une réunion exceptionnelle pour s’atteler à la question. Comment faire face à ce surplus d’humains ?

La sentence est : la mort. Tiens, oui, beau concept ! Et si on décidait que tous ces gens qui vivent, ben au bout d’un moment, ils ne vivent plus ? Et on les met où ? Oh bah, on laisse leurs corps se désagréger et on envoie leurs âmes flotter au pays joli des esprits, pif paf pouf, emballé c’est pesé ! Oh et on met en place une circulation alternée, genre une partie de la population meurt pendant que l’autre vit, et puis on change. Génial !

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Hein ? Ah ben oui, écoutez. La mort, d’accord, mais la mort temporaire, sinon c’est triste. Il n’y a que les animaux qui meurent pour toujours.

Sauf que Coyote, qui a été invité ou pas à participer à l’assemblée générale, n’est pas du tout d’accord avec ça. C’est le seul, mais il s’en fiche, sa part animale vit très mal cette atteinte aux droits des animaux — que dis-je, cette flagrante injustice sociale. Les bêtes comptent pas pour des prunes ! (On n’avait pas encore inventé la CGT pour les slogans percutants.) Alors il insiste pour que la mort soit aussi permanente pour les humains que pour les animaux.

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Manque de bol, il se fait lâcher par tout le monde. Même Corbeau, qui n’est pourtant pas le meilleur d’entre eux, vote contre sa proposition : à l’issue de cette réunion, la mort par intermittence est aussitôt décrétée auprès des bipèdes insolents. Ainsi l’humanité passa aux 35h de la vie — et l’histoire ne dit pas si elle a bien vécu ce brusque changement social pas forcément adapté aux besoins de chacun•e.

Mais notre histoire ne s’arrête pas là. Pensez-vous ! Coyote fait toujours la gueule, je vous rappelle. Et en bon élément perturbateur, il s’empresse de trouver une faille dans le système. Ce qu’il fait très bien : au premier roulement de morts, Coyote se rend à la petite cabane servant désormais de passage vers et depuis l’au-delà. Il… Quoi ? Oui, j’ai bien dit une cabane. Et alors ? C’est pas assez mythologique pour vous ?

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Franchement, c’est possible.

Bref. Notre ami commence par tourner autour de la cabane, en se prenant la tête pour trouver un moyen de fiche la pagaille. Et finalement, lorsque vient l’heure pour les morts de revenir à la vie… Il décide de bloquer la porte pour les empêcher de passer. IL. BLOQUE. LA PORTE.

Voyant la porte fermée, aucun de nos potentiels ressuscités ne songe à passer par la fenêtre, et tous paniquent comme des poules à moitié matérielles. Avant de, dépités, faire demi-tour, et retourner dans l’au-delà pour toujours. Et depuis ce jour, aucun esprit n’ayant jamais réussi à ouvrir la porte, ils errent comme des âmes en peine, la mort à jamais éternelle.

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Quant à Coyote, ce n’est qu’en réalisant que le monde entier allait vouloir le buter qu’il a commencé à regretter son geste.

Leda la belle pondeuse

Bien, maintenant que tout le monde meurt sans exception, y compris le coyote, retournons faire un tour en Grèce Antique. C’est qu’ils étaient bons et plutôt prolifiques en matière de mythes perturbants, les Grecs. Et l’histoire que je veux vous raconter à présent ne déroge pas à la règle… Alors si jusqu’ici vous aviez toujours trouvé les cygnes beaux et majestueux, ou qu’en tout cas, vous n’en aviez pas peur, je suis navrée de vous dire que c’est fini.

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Arrière.

C’est l’histoire jolie de Leda, reine mythique de Sparte, épouse du roi Tyndare, et contemporaine d’Hercule. Dans l’ensemble, elle menait une vie relativement tranquille pour une reine de Sparte. Comme tout le monde estimait qu’elle ne servait à rien, elle pouvait même se promener à loisir sans que personne ne se souvienne de son existence. Or, un beau jour, le Dieu des Dieux Zeus en personne la remarque !

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Bon, il faut savoir que ce n’est pas forcément une référence, en vrai. Zeus, c’est un peu le chaud lapin de l’Olympe, le dieu du rut et le pick-up artist le plus foireux et répréhensible de la Grèce Antique — bref, un individu peu recommandable qui a la fâcheuse manie de passer ses journées à frotter ses gros éclairs. Alors quand Zeus remarque Leda, et se dit qu’il fricoterait bien avec cette mortelle-là, on est partis pour une tentative de drague « frôlant » le mauvais goût.

Que fait-il, notre brave Dieu des Dieux ? Cueille-t-il un petit bouquet d’églantines pour aller siffler sur la colline ? Non : il se change en cygne. Tout à fait, en cygne. Pour draguer. Mauvais goût, je vous dis. Puis il se débrouille pour se faire poursuivre par un aigle, de manière à atterrir, tout penaud, aux pieds de la belle en lui réclamant la protection de ses bras blancs. Mais là où on commence vraiment à se demander ce que fumaient les mythographes grecs qui ont fait vivre ce mythe sur plusieurs siècles, c’est quand on comprend que ça marche.

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Leda et le cygne, vue d’artiste (Paul-Prosper Tillier)

Oui, parfaitement, Zeus séduit Leda de cette façon. PIRE encore ! Ils fricotent de cette manière ! Vous voyez ce que je veux dire ? Zeus-le-cygne ne pense toujours pas à prendre une forme plus adaptée à la bipède qu’est Leda, et Leda ne voit pas le problème à l’idée de tripoter un cloaque. Oui madame. Un cloaque. Les oiseaux ont un cloaque. Voici la pseudo « scène érotique » qui a inspiré les artistes par poignées pendant des siècles. Et JE NE COMPRENDS PAS.

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Alors pardonnez-moi, mais je vais continuer à botter le cul des cygnes qui m’approchent d’un peu trop près. J’ai toujours trouvé que c’était des sales bêtes, de toute façon.

Et comme les Grecs ne font pas les choses à moitié, de cette union Leda pondra quelques oeufs, contenant dans le désordre les jumeaux Castor et Pollux, Clytemnestre, et la belle Hélène que l’on rendra responsable de la guerre de Troie. Quelques-uns sont de Zeus-le-cygne, et d’autres du roi Tyndare, on ne sait pas trop, mais quoi qu’il en soit, le fait qu’une femme qui se met à pondre des oeufs n’a pas eu l’air de choquer grand monde. Est-ce que ce monde est sérieux ?

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Leda et le cygne, vue euh… de près (Pierre Paul Rubens)

On aurait voulu faire une métaphore sexiste ici, en mode « les femmes ne servent qu’à pondre des mioches », que ça ne m’étonnerait même pas.

Comment Anansi est devenu une araignée (et c’était bien fait pour sa gueule)

Mais laissons-là la perception grecque fort douteuse des femmes, pour nous tourner vers un autre animal, au sein d’une mythologie moins connue, et pourtant très riche. Là où Coyote était le trickster de la mythologie amérindienne, Anansi est encore un autre genre de trickster prenant multiples formes dans de nombreuses traditions africaines, et tout particulièrement le folklore d’Afrique de l’Ouest et des Caraïbes.

Anansi est un esprit, farceur certes, mais également d’une certaine importance. Fils de Nyame, le dieu du ciel, il est le symbole de l’ingéniosité et d’une certaine forme de sagesse ; remplissant une fonction de « dieu conteur », il est généralement représenté sous la forme d’une araignée, qui tisse ses histoires comme une toile, ou alors d’un homme avec des attributs d’araignée. Genre huit pattes. (Excusez-moi, je décède à cette image mentale et je reviens.)

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Ce n’est donc pas un hasard si Anansi est au coeur d’un grand nombre d’histoires, toutes issues d’une tradition orale qui les remodèle sans fin. Et parmi toutes ces histoires, il y en a une en particulier qui raconte comment Anansi est devenu une araignée. Comme quoi, il n’en était pas une avant, et toutes ces histoires de « ouaiis mais c’est parce qu’il tisse toutes ses histoires ensembles comme une araignée tisse sa toile », en vrai, c’est du flan. Ma belle épopée mythique, pfuiit. Mais où sont les neiges d’antan, bordel.

Mais revenons à notre histoire. C’était, vous vous en doutez, il y a très, très longtemps, du temps d’un roi africain qui était l’heureux propriétaire du plus beau bélier du monde. Hélas, malheur ! Ce beau bélier fringant était un sacré glouton ! Et un beau jour, il pousse le bouchon jusqu’à brouter les plantations d’Anansi (qui, étant alors en possession de pouces opposables, avait planté une jolie rangée d’artichauts dont il était assez fiérot). Bim, ça ne rate pas : Anansi lui balance un caillou (ou un rocher selon les versions) en travers de la gueule, et le bélier fringant meurt de sa belle mort.

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Là Anansi, il se dit, bon. Je viens de buter le bélier du roi, je pense que le coup de « il a trébuché sur mes artichauts » ne prendra pas, si je veux survivre il faut que je trouve autre chose. Et il trouve, cette enflure.

Il commence par pendouiller le bélier mort à un arbre, puis va voir une araignée, et lui dit qu’il a trouvé un pin avec des pommes de pin admirables (parce que les araignées, à cette époque, mangeaient des pignons, c’est bien connu). Pendant que l’araignée se précipite, salivant déjà, Anansi en bonne petite balance va voir le roi, et lui raconte que l’araignée a tué son bélier préféré pour l’accrocher à sa toile, sur un pin.

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Le roi, fou de rage, prononce la peine de mort pour l’araignée. L’araignée, confuse devant un bélier qui pend à un arbre, ne comprend rien. Anansi, en sifflotant, empoche une récompense pour avoir balancé l’araignée. Et l’histoire aurait pu s’arrêter là ! Le roi aurait pu tuer la bestiole, et ainsi cette histoire serait devenu le mythe de la fin du monde des araignées… Si seulement le roi n’avait pas eu une reine un poil plus futée que lui.

En effet, entre deux condamnations à mort, le roi rentre chez lui pour la pause déjeuner, racontant alors les évènements de la matinée à son épouse. Au moment où il commence à dire qu’il déteste les araignées et qu’elles devraient toutes crever, la reine éclate de rire et le traite d’andouille (sic) (ou presque) :

« Mon aimé, vous eûtes craqué votre royal sous-vêtement. Dans quel monde étrange vivez-vous avec le pois chiche vous servant de cervelet pour croire qu’une araignée pourrait attacher un bélier à un arbre ? On n’est pas chez les Grecs, ici. »

Le roi, piqué à vif, comprend enfin qu’Anansi s’est payé sa fiole. Sautant le dessert, il se précipite sur sa garde pour les envoyer attraper Anansi et fiche la paix à cette pauvre araignée, qui cherchait encore ses pignons. Anansi, pensez-vous, il est confiant ! Il se dit qu’il a vraiment bien joué, et que le roi va l’inviter à dîner tellement il est entré dans ses bonnes grâces.

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Sauf qu’en voyant son petit sourire satisfait, le roi, furieux, perd son self-control déjà bancal, et lui balance une droite phénoménale. Et là, paf, le coup transforme Anansi en araignée.

Non, la mythologie africaine ne brille pas trop pour ses chutes.

Et toi, tu as une anecdotes mythologique à nous raconter ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Ultra Boulette
    Ultra Boulette, Le 13 octobre 2015 à 12h41

    Ce genre d'article est parfait pour la pause-déjeuner au travail, ça détend :yawn:
    Merci @Sarah Bocelli :jv:

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