Alice Dellal ou la tentation de la coupe d’amazone

Dana Beretta, inspirée par Alice Dellal, a longuement hésité à craquer pour la coupe, très en vogue en ce moment, du "rasé d'un côté, long de l'autre". La tentation d'une coiffure compliquée à porter VS la réalité du quotidien.

Alice Dellal ou la tentation de la coupe d’amazone

Vous connaissez peut-être Alice Dellal. Topo, pour celles qui s’en foutent : héritière-mannequin-djette (haha), c’est le genre de fille dont l’existence est un gros fuck à la France d’en bas. Son plus produit, c’est d’avoir un côté du crâne rasé, et l’autre long et ondulé. Dans la vraie vie, son quotidien serait un enfer : fouille au corps dans tous les lieux publics, bébés terrorisés par sa tronche, « Vous êtes fous, c’est pas moi, j’ai pas volé l’orange » et j’en passe. Mais dans sa vie, cette subversivité capillaire est portée aux nues par Karlitto-le-barjot qui a fait d’elle la nouvelle gueule de Chanel. Quoi qu’en aurait pensé une certaine Gabrielle C., dont, rappelons-le, l’idéal féminin était actif et distingué, certainement pas une fumiste bien née.

Mais Alice est libre, Max. Il paraît même qu’on l’a vu voler. Je me prends à rêver que c’est un acte manqué qui l’a faite entrer au Panthéon des modasses. Que son coiffeur a ripé et que, bim, joies de la célébrité obligent, sa coupe immortalisée sur papier glacé est passée à la postérité. Comme Madonna en son temps, elle inspire maintenant toute une génération grâce au plus fourbe des systèmes, j’ai nommé l’ultra-libéralisme appliqué à vos têtes :

  1. Les rédactrices de mode, complètement à l’ouest : « Mais c’est géniaâââaaal ! On adore !! »
  2. Et c’est parti : mannequins semi-scalpées à tous les défilés (de l’utra-branché Bernhard Willhelm à la très classy maison Léonard) .
  3. C’est qui qui sera la première star à pécho son rasoir ? Bah Rihanna, la base.
  4. Toi, plus moi , plus tous ceux qui le veulent.

Et là, c’est le drame

Chère Alice, toi et moi sommes originaires de ce pays du Levant meurtri par les conflits et les frisottis (violons). Nous avons hérité l’une comme l’autre d’une crinière hystérique. Alice, dès ton plus jeune âge tu as déclaré la guerre aux cheveux cassants et aux pointes sèches. Tout comme moi, tu as tout essayé pour mater ta perruque zarbi. Et d’un scalp prophétique, t’as réglé la question. Bon. À première vue, j’ai lâché mon verdict sarcastique de thon surgelé : « C’est nul ». À deuxième vue, ça m’a fait penser à deux choses : une néo-hackeuse suédoise comme Lisbeth Salander, et une égérie post-punk genre « Lio : la coiffure de trop. ». Non, ça me fait penser à mille choses en fait. C’est mauvais signe. Merde, mon cerveau vient de sortir l’artillerie lourde.

Je veux me raser l’hémisphère gauche, être mi-punk mi-bourge, mi-figue mi-raisin, Prison Break à gauche, Jerry Hall à droite, je veux l’assurance de mon père et la beauté de ma mère, être une hermaphrodite je-m’en-foutiste, une féministe castratrice, je veux être Marie-Madeleine conspuée, Jeanne d’Arc face aux Anglais et Phèdre mortifiée, je veux écouter de la techno, faire la bise à Grace Jones, ébranler un empire derrière mon ordinateur, être une roue libre bipolaire, une squaw du nouveau millénaire, moi je veux mourir fusillée de lasers… TONDEZ-MOI, NOW !

La chanteuse Cassie, autre égérie du "mi-long"

 

Amazone 2.0… Ou pas

Chère Alice, j’ai entendu dire que tu étais la chef de file « d’amazones 2.0 ». L’amazone, dans la légende, a une poitrine asymétrique : un sein rond et fier d’un côté, l’autre tranché net par ses soins pour tirer à l’arc comme les boys-boys-boys. D’où cette coupe double-face, genre « J’ai des ovaires mais plus de couilles que mon père, nananère ». Mouais. Cette histoire de guerrière vénère, c’est bien une idée de barbu. Je viens de comprendre pourquoi je voulais éradiquer la moitié de ma féminité. J’ai naturellement tendance à rabattre ma chevelure sur un côté parce que c’est beau, tout simplement. Parce que c’est aussi un hommage aux starlettes sponsorisées par la laque Elnett qui ont marqué ma jeunesse (Alice, toi-même tu sais).

Et puis, cette crinière à moitié sacrifiée est certainement le reflet d’une époque dans laquelle les djeun’s ne trouvent pas leur place, comme d’hab’. À chaque crise sociétale, les coiffures se radicalisent : suite aux années 60, Papa-Maman avaient les poils longs et déprimés et refaisaient le monde autour d’un ukulélé. Dix ans plus tard, ils étaient à blanc, des crêtes agressives jonchaient leurs crânes nus et ils refaisaient le monde à coups de batte dans ta gueule. Bah voilà, bonjour la « génération Y » qui tweete de son canapé au lieu de se bouger, conscients mais mous, flippés mais consentants. On a coupé la poire en deux : rasé d’un côté, au taquet pour la révolution virale, et long de l’autre parce que « Faut pas déconner, j’ai décroché un huitième stage, y’a p’t’être moyen…« . Même les garçons s’y mettent (Robert Pattinson, Jared Leto, clubbers berlinois et autres chelous de la night).

Je ne céderai pas.

Chère Alice, c’est non. J’en ai pourtant très envie (on avait remarqué), mais j’ai réfléchi.
D’abord, quand un ami m’a dit « Appuie sur Shift », je n’ai pas compris, donc c’est pas demain que le réseau Anonymous va venir me débaucher. Surtout, tu as déclaré, après avoir posé nue et ficelée comme un gigot pour l’objectif de Nobuyoshi Araki : « J’ai peur que mon père voie ces photos »… Alors, COMMENT TE DIRE ? Un mythe s’effondre, t’as transformé ta tronche en brique de lait à refourguer sans scrupules, et tu viens de passer dans la case de ceux qui insultent dans leur barbe et se carapatent en disant « La violence, c’est mal » quand on les menace d’une vraie raclée. Contrairement à toi, j’aspire à une vie de coin-coin ordinaire : le suicide capillaire, en ce qui me concerne, c’est me tirer une balle dans le pied. Toute modasse que je suis, je reste un bon petit soldat qui ne choquera pas son Papa. Cela dit, Dieu que c’est beau ! Je me contenterai d’admirer celles qui ont osé. À celles qui ne se sont jamais posé la question : vous avez bien raison. Et aux flippettes comme moi, je dis : bougez-vous, et ça passera. Bisous de Dana.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Pykashù Redeye
    Pykashù Redeye, Le 9 avril 2015 à 13h17

    Un sujet capillaire, mes préférés !
    Pas de sidecut pour moi, j'ai une iroquoise, donc les deux côtés rasés ! Pourquoi ? J'aime pas avoir les cheveux sur les oreilles, et puis j'ai presque toujours eu les cheveux courts donc c'est pas choquant. Les longueurs sont bleues, donc même à oilpé j'ai une sacré dégaine de punk (j'ai le reste de l'attirail, même si je suis plutôt modérée, dépendance financière vis à vis des parents oblige). Rassurez vous, je prends une douche (presque) tous les matins, et mon petit déjeuner n'est pas à base de bière (bien que j'aime ça).
    J'ai moi aussi un problème avec la mode, le fait que dès qu'une star se coupe les cheveux, la moitié de l'humanité veuille faire de même : décidez par vous-même bowdel ! (ceci n'est pas adressé aux Madz mais à l'humanité, hein)
    Après ce que je trouve triste avec cette coiffure c'est qu'elle fait à moitié punk à moitié sage. Mais bon, chacun fait ce qu'il veut avec ses cheveux, ça repousse de toute façon, et puis c'est pas moi qui vais jeter la première pierre X]
    Pour ce qui est des entretiens d'embauche : je n'en ai jamais encore eu, mais il est vrai que j'ai mis sur mon CV une vieille photo sur laquelle j'ai encore une tête présentable. Après j'ai pas l'intention de travailler dans le commerce, et pour les étudiants ça passe plutôt bien.
    @Dumdy : Si ta prof d'anglais était une vraie, elle approuverait (#ClichéSurLaGrandeBretagneBonjour). Je plaisante pas complètement, en fait, ma mère a vécu en Ecosse, et elle aime bien ma coiffure alors qu'elle m'a formellement interdit de me faire des dreads (alors que la réputation des punks VS celle des hippies...)
    C'est la fin de mon pavé, bisous sur vos crânes semi-rasés :hello:

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