Ces clichés sur les roux qui me gonflent

Sophie-Pierre Pernaut est rousse et en a assez des clichés véhiculés sur sa couleur de cheveux. Elle revient avec vous sur les trois qui l'agacent le plus, pour exorciser sa rage.

Ces clichés sur les roux qui me gonflent

Avant toute chose, j’aimerais vous assurer que je ne fais pas partie de ces gens qui ont besoin de faire partie d’une communauté pour se sentir plus fort. Je suis rousse comme d’autres ont des poils sur les orteils (j’ai aussi des poils sur les orteils, en fait) et je ne veux pas en faire une particularité, partir du fait que c’est une différence ou même faire de l’orangeté de ma crinière une fierté. Je m’en fous complètement, en somme. Mes cheveux vont bien avec le reste et c’est là tout ce que j’en retiens.

Mais quand hier, je suis tombée sur un article qui listait quelques « roux célèbres qu’on aime » sur Hello Giggles. Passablement fatiguée, je me suis alors mise à délirer façon « Est-ce que l’auteur aurait fait pareil avec une autre couleur de cheveux ? ». La réponse est probablement non : il y a peu de chances pour qu’on voit un jour fleurir un top 5 des châtains célèbres les plus appétissants tant ils sont nombreux. Cinq minutes plus tard, j’étais calmée et j’aimais à nouveau Hello Giggles. N’empêche que ce micro-évènement m’a rappelé tous les clichés sur les roux qui pouvaient me saouler. Des stéréotypes dont je n’ai jamais souffert quand j’étais petite puisqu’entre mon acné précoce, mon surpoids et mon mono-sourcil enfantins, les autres gosses avaient suffisamment de quoi faire sans jamais se moquer de mes cheveux. À la limite, j’ai parfois été mal à l’aise quand on me demandait si j’étais rousse, « mais genre, rousse PARTOUT-PARTOUT ? », mais c’est tout. Ces clichés, donc, j’ai décidé de les vilipender une bonne fois pour toutes.

Les roux sentent mauvais

La peau des roux contient du soufre, et la transpiration sur ce genre d’épiderme aurait paraît-il une odeur différente des autres. Or, une odeur différente ne signifie pas une odeur de pâté aux vers et au moisi. Ce n’est donc pas la peine de se persuader qu’un roux est dans votre wagon de train quand, en plein été, vous passez trois heures dans des effluves de poisson mort dues à l’évaporation du déodorant en fin de journée.

La variante, c’est de croire que les roux sentent mauvais quand il pleut. Après dix minutes passées sous une averse sans parapluie, je crois qu’aucune chevelure ne refoule plus le pain au chocolat. Les roux ne dérogent pas à la règle, certes, mais de là à faire une telle généralité il y a un pas que je n’arrive pas à franchir avec mes jambes de 12,5cm.

En revanche, en traînant un peu sur Internet, j’ai pu constater que certains roux souffraient tant ils étaient convaincus que ceux qui se moquaient d’eux disaient vrai. Dans ce chemin de croix qu’est leur vie, ils ont alors perdu un peu de leur bon sens, au point de chercher des remèdes un peu étranges :

Si vous ne trouvez plus d’entrecôte dans le supermarché le plus proche de chez vous, ne cherchez pas : jose753 est passé par là.

Les rousses sont sensuelles

Depuis quelques années, les femmes aux cheveux roux ont connu un certain regain de popularité : la représentation des femmes rousses dans les films, les séries et les campagnes de pub n’y est probablement pas étrangère. Ce revirement, on le doit à Christina Hendricks, à Lily Cole, à Julianne Moore, à Véronique Gen… non ou encore à Florence Welch (Florence and the Machine). C’est pas plus mal, dans le sens où ça change un peu des moqueries, mais ça m’a foutu une certaine pression dans ma prime jeunesse : certains étaient persuadés que la rousseur rendait sulfureuse, torride, glamour. Quelle ne fut pas leur déception quand ils réalisèrent que je n’étais qu’humour potache, maladresse et charcuterie, la sensualité ne faisant pas partie de mon quotidien.

Le sex-appeal ne concerne pas toutes les rousses, donc. Personnellement, je ne roule pas nonchalamment des hanches quand je marche. En revanche, parfois on dirait, l’espace de quelques secondes, que je tourne des fesses quand je trottine en talons sur les pavés et que je m’apprête à tomber comme une vieille peau morte sur la chaussée. Je ne tire pas sur ma cigarette avec un regard mystérieux et pénétrant, car je n’ai jamais les yeux plus vides que quand je comble machinalement mon besoin de nicotine. Ceci dit, je suis peut-être l’exception qui confirme la sacro-sainte règle qui voudrait que les rousses soient érotiques dans leur vie de tous les jours, je ne sais pas. Mais quand j’entends ce cliché repris çà et là, partout dans le monde, dans les magazines comme dans la vie quotidienne, j’ai l’impression d’être déficiente. Cessons. Pitié. Laissez-moi être un boulet en toute légitimité.

Et cessez aussi de me prendre en photo au réveil. C’est pénible.

Les rousses teintes ne sont pas des vraies rousses

Je ne sais pas ce qu’il s’est passé, mais un jour, probablement las de se faire charrier plusieurs-fois-par-jour-plusieurs-jours-par-semaine, certains roux ont décidé de renverser la tendance en prenant le pouvoir de leur destinée. Face aux groupes Facebook qui ont commencé à fleurir et qui proposent par exemple de vendre les bébés aux cheveux orange sur Internet, une petite poignée d’irréductibles roux a voulu faire barrage à la discrimination en participant à des forums et à des fanpages pro-chevelure-de-feu. Le problème, qui jusque là n’en était pas un, c’est que certains sont devenus des sortes de control freak de la rousseur et ont décrété que les vrai-e-s roux-sses étaient supérieurs aux gens aux cheveux teints, comme en témoigne ce paragraphe publié en 2005 sur Rousseur.org où l’auteure se rebelle contre l’effet de mode du poil orange :

« On peut tout de même se demander si l’éventuelle prolifération de femmes aux cheveux artificiellement roux ne viendra pas banaliser la spécificité des rousses naturelles. Mais cette mode finira bien par passer et seule la beauté des rousses et roux véritables restera. »

Fausses rousses, regardez-moi bien dans les yeux pendant que je vous fais un sermon en vous secouant par les épaules (comme les coach de basket dans les séries américaines) : vous n’êtes pas des sous-rousses. N’écoutez personne d’autre que le coeur qui bat dans votre poitrine et qui vous incite à vous rougir les cheveux. Personne n’y trouvera rien à redire tant les afficionados de la véracité capillaire sont une espèce rare.

Et vous, des clichés pénibles sur les roux, vous en voyez d’autres ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Chouke't
    Chouke't, Le 12 août 2014 à 21h12

    Si les roux n'étaient pas cool, JK Rowling ne nous en aurait pas collé toute une famille...

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