Une campagne visant à lutter contre l’obésité a déclenché une polémique aux États-Unis. Décryptons tout ça ensemble.
Aux États-Unis, une campagne visant à lutter contre l’obésité fait actuellement polémique. Elle est composée de deux spots de prévention à l’attention des habitants de l’état du Minnesota, un état particulièrement touché par le problème de l’adiposité puisque les 2/3 des riverains y sont en surpoids. Dans le premier, on peut voir une mère faire les courses dans un supermarché et remplir son caddie d’une grosse quantité de nourriture trop grasse, trop salée ou trop sucrée, voire tout ça à la fois. Derrière elle, sa fille âgée de 7 ou 8 ans l’imite. Quand sa génitrice s’en rend compte et que son regard s’assombrit alors qu’elle prend conscience de ce que fait son enfant, un slogan apparaît à l’écran :
« Aujourd’hui est le jour où nous devons donner le bon exemple à nos enfants. »
Dans le second, deux pré-adolescents discutent dans un fast-food en attendant leur commande. Ils vantent chacun la capacité de contenance de l’estomac de leurs pères et se battent verbalement pour savoir lequel des deux mangent le plus. Le paternel de l’un des deux enfants arrive juste à temps, avec son plateau plein à craquer, pour entendre son fils dire, tout fier : « Quand je serai grand, je mangerai deux fois plus ! »
Il y a des chances pour que votre première réaction en regardant la vidéo soit la même que la mienne : « Ouais ? Je vois pas plus pourquoi il y a polémique que je ne vois de taches sur les dents de Tom Cruise« . Car en France, nous sommes habitués à être soumis à des spots de prévention jouant justement sur la tendance qu’ont les enfants à imiter leurs parents. Pour prévenir de l’addiction au tabac, pour oeuvrer à davantage de sécurité sur les routes, ce genre de discours vise à faire prendre conscience aux parents qu’ils ne devraient pas montrer le mauvais exemple à leur progéniture. Dans ces cas-là, les personnes à l’initiative de cette campagne tirent sur une corde facile : la culpabilité.
Si ce type de procédés passe plutôt bien en France – malgré, bien sûr, quelques revendications disparates – la réalité est toute autre aux États-Unis.
Les États-Unis, pays de la liberté absolue
Les Américains insistent énormément sur leur liberté. Ça fait partie d’eux, c’est dans leur culture : ils n’aiment pas qu’on leur impose les choses, qu’on leur donne l’impression de s’incruster dans leur vie pour faire changer leurs habitudes. C’est par exemple l’argument principal des détracteurs de la réforme sur la santé voulue par Barack Obama dont la mesure-clé consiste à obliger tous les citoyens américains à se doter d’une assurance-maladie. Les détracteurs de cette loi arguent alors qu’on ne peut décemment pas obliger un citoyen à quoique ce soit car le gouvernement ne doit pas faire ingérence dans la vie des gens. L’importance du libre-arbitre, du « fézé ce que voulait nous on surveille de loin », se retrouve même dans la Déclaration d’Indépendance de 1776 :
« [...] tous les hommes ont été créés égaux, qu’ils sont dotés de droits inaliénables par leur Créateur, que parmi ces droits il y a la vie, la liberté, et la recherche du bonheur. »
On peut donc imaginer que cette cellule-souche de la culture américaine ne fait qu’amplifier la mauvaise réception de cette campagne qui s’immisce dans la vie de l’Américain moyen pour lui faire la leçon et le culpabiliser sur le mode de :
« Eh ? C’est pas parce que t’es gros que ton enfant doit l’être, fais gaffe, un peu. »
Une campagne blessante et culpabilisante ?
Mais la critique la plus récurrente en ce qui concerne cette campagne vient du fait qu’elle pointe les parents et leur potentielle irresponsabilité du doigt au lieu de dénoncer le fait que les aliments les moins chers sont surtout les moins sains et qu’il faut régler ce problème avant de rejeter la faute sur les géniteurs. Cependant, pour le Dr Marc Manley, vice-président de Blue Cross et directeur exécutif de la branche prévention de l’organisme, l’aspect culpabilisant de cette campagne était une nécessité :
« Ce qui m’a convaincu, c’est une étude qui a démontré que la génération actuelle d’enfants [dans le Minnesota] aura une espérance de vie plus courte que celle de leurs parents. C’est la première fois qu’on prévoit un tel phénomène aux États-Unis, et l’obésité en est la principale cause« , explique-t-il à The Atlantic.
Mais qu’en pensent les gens ciblés par cette campagne ? Lindy West explique pour Jezebel combien elle a détesté ces deux spots qui lui « ont donné envie de mourir ». Elle compare également son passé de petite fille ronde mais heureuse à celui des enfants obèses actuels :
« Je ne peux même pas imaginer être la même enfant en 2012 – devoir faire face à la tristesse et à la honte et les tuniques (TELLEMENT DE TUNIQUES), en plus de la douleur de savoir que le gouvernement pense officiellement que tu es une épidémie. Tu es un « problème » qui doit être « résolu ». »
Jouer sur les clichés de l’obésité
Les deux spots nous montrent des gens obèses qui mangent et n’achètent que de la nourriture grasse et peu onéreuse. Une véritable « généralisation » pour Lindy West, qui n’en peut plus d’avoir à se justifier d’être en surpoids avec une alimentation équilibrée :
« Je sais que personne ne va me croire. Qu’importe. Mais comme, apparemment, ce n’est pas quelque chose d’évident même pour les professionnels de la santé qui produisent des spots de campagne en série, je ne mange pas de putain de barres de chocolat ni de seau de crème glacée. »
Et quand bien même elle mangerait régulièrement ce genre de nourriture, elle estime qu’elle ne devrait pas pour autant se sentir forcée de « justifier son existence comme [elle] le fai[t] » dans cet article. Car ce que la campagne ne montre pas (on imagine pour rendre le message plus percutant et pour des raisons de manque de temps), c’est la diversité du surpoids : les causes sont rarement les mêmes d’une personne à une autre, ce que souligne là encore l’auteure tout à la fin de son billet :
« Il existe un million de sortes de gens gros dans le monde parce que LES GENS GROS SONT DES GENS. Et les enfants sont des gens. Et si la solution à votre problème est de dire à des enfants obèses déjà vulnérables qu’ils sont une épidémie qui ruine le monde, alors allez vous faire foutre. »
Le surpoids et l’obésité sont des points importants aux États-Unis : le souci, c’est que certaines des personnes ciblées par cette campagne ont eu l’impression qu’on leur fait de plus en plus comprendre que le problème, c’est eux. Avec la prise de conscience du gouvernement et la campagne Let’s Move lancée par Michelle Obama, ce genre d’initiatives risque d’être de plus en plus fréquent au pays de Nicki Minaj. Mais un juste milieu doit être trouvé entre la volonté de faire opérer une prise de conscience sans pour autant blesser et faire culpabiliser les personnes concernées.








Le 30 septembre 2012 à 15:34
Effectivement mais plusieurs thérapeutiques ne sont plus ou pas entièrement remboursées à cause du fameux trou de la sécurité sociale donc je pense que les impôts sont loin de combler les dépenses de santé actuelle.
En fait, je comprend que ça puisse être lourd, qu'on ai pas envie d'être culpabilisé et de voir des pubs paternalistes sur son mode de vie mais de là à être contre ce genre de spot, ça me dépasse.
Chacun est libre de s'intoxiquer à loisir, certes, mais certaines personnes n'ont pas le niveau d'éducation nécessaire pour savoir qu'ils le font de part leur consommation, notamment de nourriture.
Enfin, je trouve que ces pub sont une bonne chose mais je doute qu'elles changent quoique ce soit en fait, c'est déprimant.
Le 30 septembre 2012 à 16:31
Merci du compliment.Je n'admets aucune coercition financière car :
1) Moralement, je n’ai pas à payer pour les centres d’intérêt de E.
2) Raisonnablement, c'est sans fin car toutes les associations considèrent qu'elles agissent pour le bien commun.
3) Libéralement, chacun fait ce qu'il veut.
4) Economiquement, réduire mon épargne pénalisera l’investissement des entreprises qui auraient pu s’en servir (comme des petites exploitations bio et des magasins veganvoulant percer sur le marché)
5) Concrètement, les clips propagandistes, la sensibilisation scolaire, les Hauts Comités Interministériels De Lutte Contre, les taxes discriminatoires et les subventions, à part entretenir des bureaucrates, n’ont jamais les effets escomptés. Quand une réaction se fait sentir :
- c’esta minima
- c'est toujours en contradiction avec le point 1
- c’est toujours en contradiction avec le point 2
- c’est toujours en contradiction avec le point 3
- c’est toujours en contradiction avec le point 4
Le 30 septembre 2012 à 18:10
Je crois que je comprend mieux maintenant, merci ! (Bon en même temps, je ne suis pas très calée politique, mais j'apprends !)
Cela dit, je contre le liberalisme pour un seul motif (très idéaliste j'avoue) : Chacun est nécessaire à la société, du videur de poubelle au plus patron. Du coup, il est pour moi normal que chacun puisse vivre dans de bonnes conditions et répondre à ses besoins fondamentaux , dont, puisqu'ici est le sujet, maintenir une bonne santé. Et malheureusement, certains ne pourraient y parvenir sans coups de pouce de l'état et des diverses associations qui existent. Enfin ce que je ne comprend pas c'est comment privilégier le sujet plutôt que la communauté, puisque si chacun agit dans son propre intérêt, comment les moins riches ou les moins privilégiés ne pourraient pas en pâtir ? Et du coup, est-ce 'normal' de laisser cette partie de la population souffrir des inégalités ?
Parce que oui, comme je le disait plutôt, on a besoin de chacun dans notre société, tout le monde ne peut pas être à un haut poste, on a aussi besoin de ramasseurs de poubelles, de serveurs, de coiffeur ect. (ici je parle des métiers peu rémunérateurs en général). Du coup j'ai un peu du mal a comprendre comment une logique libéraliste peut être bénéfique à une société et un pays .. : Confused:
Le 30 septembre 2012 à 21:41
C'est les mêmes qui considèrent que ces spots sont des atteintes à leurs libertés qui seront les premiers à porter plainte parce qu'on les avait pas prévenus que les produits sur-gras et sur-sucrés qu'ils consomment à outrance faisaient grossir et rendaient malade…Le 01 octobre 2012 à 00:32
Je trouve ça affolant qu'il y ait débat alors qu'il s'agit d'un problème de santé publique, que l'espérance de vie diminue … Je ne sais pas, faire l'autruche face à un problème qui va tuer des gens, mettre ça sur le dos de la liberté… On parle de la nouvelle génération qui va mourir plus tôt pour cause de mauvaises habitudes alimentaires !Désolée mais je ne comprends pas comment des messages préventifs sur "attention vos enfants vous prennent comme exemple, et ça les tuera" peut amener un tel débat.
Et pour reprendre l'exemple des publicités pour le tabac, on prévient les fumeurs, on accuse pas les gens atteints de cancer car les causes en sont variées. Tout comme ces pubs pointent du doigt les gens qui mangent mal, pas les gens obèses par maladie. Donc pour moi il n'y a aucun problème de persécution sur une population impuissante, mais on parle à une population qui "choisit" son mode de vie, et ainsi l'impose à ses enfants mettant ainsi leur santé en danger.
Si c'est ça la liberté, bah alors la maltraitance ne doit pas être montrée du doigt non plus. (ouai ça n'engage que moi, mais pour moi mettre la santé de son enfant en danger en ayant conscience de notre responsabilité c'est une forme de maltraitance, et fourbe en plus car on met ça sur le plaisir de l'enfant).
Le 01 octobre 2012 à 11:05
Je serais curieuse de savoir si le débat serait le même si on remplaçait "être obèse" par "être fumeur".En général quand on parle de cigarette les Français sont les premiers à brandir leur liberté personnelle, mais pour l'obésité on reproche aux US de faire de même… contradiction much?
Le 01 octobre 2012 à 13:00
Elles sont super bien faites ces pubs ! Je suis épatée là.Et c'est normal que les gens rouspètent, on fait pas ce genre de pub pour qu'elle passe à la télé dans l'indifférence générale, sinon autant la fermer.
Le 01 octobre 2012 à 13:06
Ça me fait penser qu'une connaissance vient d'apprendre qu'elle a du mauvais cholestérol et sa première réaction à été: "merde, j'aurais préféré ne pas le savoir, maintenant je vais être obligée de faire attention à ce que je mange".
Comme quoi il existe des personnes qui préfère crever dans l'ignorance plutôt que de revoir leurs habitudes alimentaires et cela prouve également que les spots de prévention peuvent être utiles puisqu'ils forcent les gens à connaitre les conséquences de leur alimentation sur leur corps (et sur ceux de leurs enfants). Une bonne partie de la population (française mais j'imagine qu'ailleurs c'est pareil) n'a pas les connaissances nécessaires et n'a pas le temps de s'informer. Lui mettre les infos sous le nez la force donc à ouvrir les yeux. Il est par contre dommageable que les lobbys s'accaparent ces spots et les détournent afin de gagner de l'argent aux dépens de la santé des consommateurs.
Je voulais également revenir sur la question d'argent qui à été évoquée. Celles qui ont lu mes post sur les forums végétariens vont penser que je radote mais il me semble que ce point est important: il n'est pas nécessaire d'être crésus pour bien manger!Je suis au RSA et je mange végétarien, sans gluten, bio et local quand il m'est possible de combiner ces 4 exigences. Pour réussir, il m'a fallut redéfinir mes priorités: à mon sens il est plus important de manger sain que de sortir tous les soirs et de finir mes soirées ivre morte, que d'avoir un smartphone, que de me déplacer en voiture ou en transport en commun (vive la marche à pied, ça dessine de jolies fesses!), que d'avoir une garde-robe ultra-fournie et à la pointe de la mode etc etc
En diminuant certains budget (voir en supprimant totalement ceux qui n'étaient pas indispensables et ceux qui vont à l'encontre des mes idéaux), je peux me dégager un budget relativement important à consacrer à la nourriture.
De plus, si tout le monde achetait des produits sains, cela augmenterait la demande, puis l'offre, ce qui finirait donc par faire baisser les prix.
Le 01 octobre 2012 à 18:18
Ouais mais là il s'agit de bouffe justement, les parents ne font pas que manger mal devant leurs gosses, ils les font également manger mal (ce qui, pour reprendre une madmoizelle, est finalement une forme de maltraitance). Pour l'exemple de la clope, je ne connais pas un seul parent qui donnerait des clopes à son enfant pour le faire commencer à fumer ..
Le 17 mai 2013 à 18:29
ho my god… tu sais pourquoi on interdit de fumé dans les lieu public (au vu ta logique)?