Je suis bisexuelle — Témoignage

La bisexualité est parfois un peu oubliée, ignorée, considérée comme une zone de flou entre homosexualité et hétérosexualité. Mais c’est bien plus que ça, et cette madmoiZelle bisexuelle vous l’explique !

olivia wilde bisexuelle
Le 23 septembre, c’est la Journée de la Bisexualité. L’occasion de (re)découvrir cet article très instructif !

— Article publié le 26 juillet 2013

Je tiens tout d’abord à dire qu’en bonne narcissique que je suis, je ne parle que de mon expérience propre et ne généralise en aucun cas le ressenti du/de la bisexuel-le lambda (comment ça, ça n’existe pas?).

Je ne peux pas vous parler de la façon dont les autres vivent ce que certaines mauvaises langues appelleront le fait « d’avoir le cul entre deux chaises ».

Cela dit, comme beaucoup d’hétéros et d’homos me posent régulièrement la question, je me suis dit que ce serait ptêt’ pas une si mauvaise idée que ça que de parler de ce que peut signifier le fait d’être bisexuelle pour une jeune glandeuse de 22 ans.

Être bisexuelle, c’est quoi d’abord ?

Selon moi, ça signifie être potentiellement attiré-e par (tomber amoureu-x-se de, avoir envie de sauter sur, vouloir se marier avec…) chaque être humain de plus de 18 ans vivant sur la planète (non, je n’ai pas le sens de l’exagération, c’est faux !). En somme, c’est surtout ne pas avoir de barrière liée au sexe et/ou au genre.

Figurez-vous que ça peut surprendre ! On me dit souvent qu’être bi, c’est être bipolaire, c’est ne pas savoir ce qu’on veut, ne pas savoir choisir – comme quand tu hésitais entre faire bac L et bac S, quoi – et ce serait même à la limite du dédoublement de personnalité pour certains (rien que ça, ouais).

baiser femmes

Moi, j’ai toujours vu ça comme des milliers d’opportunités en plus : être bi, c’est justement avoir le choix non pas d’un sexe mais d’une personne, et ce choix est bien plus élargi pour moi que pour les hétéros et les homos. Encore une fois, cette remarque est purement subjective, je ne veux froisser personne dans l’assistance!

En général, c’est là qu’on te regarde avec de grands yeux en te disant « Haaaan mais en fait c’est génial d’être bi ! » et bizarrement, c’est la fille hétéro sur laquelle tu as craqué par erreur — ou pas, parce que t’es un peu con et que tu craques toujours sur des meufs hétéros — qui te dit ça. Si elle veut ouvrir son esprit, c’est quand elle veut !

Comment ça nous tombe dessus, ce truc ?

Précision importante : je me fiche éperdument de savoir si le fait d’être hétéro, bi, gay, trans, ou martien vient du père, de la mère ou du Saint Esprit. Je pense vraiment que ça nous tombe dessus, peut-être que c’est le destin, peut-être que c’est dans notre ADN, je ne peux savoir et le débat ne m’intéresse guère parce que personne n’est jamais d’accord et que de toutes façons, on ne saura jamais qui a raison ou tort.

Je ne vais donc pas entrer dans le récit — pourtant hautement passionnant — de ma vie mais je peux vous dire que je ne l’avais pas vue venir, celle-là ! Je pense être un cas particulier parce que j’ai été physiquement attirée par une jolie brune avant de tomber raide dingue d’une autre (brune aussi, quand je vous dis que ma vie est passionnante).

danse femmes

Le cas, dit « classique », serait plutôt celui d’avoir des sentiments pour une personne du même sexe avant de se rendre compte que c’est bien plus que de l’amitié ou de l’admiration. Du moins, c’est ce que j’ai pu constater chez les autres et par « autres », j’entends surtout mon entourage à tendances déviantes (ceci est une blague) !

Bisexuelle, comme si ma vie n’était pas assez compliquée !

Lorsque j’ai compris que j’étais également attirée par les filles, plusieurs choses m’ont traversée.

L’une des premières choses que j’me souviens m’être dite était « Putain dans quel merdier tu t’es encore foutue ? Tu trouvais que ta vie n’était pas assez compliquée et t’as voulu en rajouter une couche ? ».

Bon… peut-être pas avec ces termes exacts, je l’admets, mais il faut bien avouer que même si j’ai la chance d’avoir une famille gay-friendly qui m’a élevée dans le respect de chacun, dans ce cas de figure, on sait d’avance qu’on part dans la vie avec des complications en plus !

Je tiens cependant à dire que c’est quelque chose que je ne pense absolument plus. J’avais 17 ans quand ça m’est tombé dessus sans crier gare et l’adolescence mélangée à tout le reste m’ont fait voir le côté négatif de la chose en premier lieu. Heureusement, j’ai rapidement vu tout ce que ça pouvait m’apporter. C’est peut-être même la meilleure chose qui me soit arrivée dans la vie !

sharon stone michael keaton

Mais alors… je deviens homo ?

J’ai d’abord cru à une transition de l’hétérosexualité vers l’homosexualité.

J’ai grandi avec les amis gays de ma mère, mais voilà, ils étaient gays ! Tous ! Pas un bi à l’horizon ! Pour moi (comme encore pour beaucoup), il n’y avait pas d’entre-deux : soit tu étais hétéro, soit tu étais homo, point barre.

Du coup, quand je voyais que j’étais toujours attirée par les mecs malgré tout, j’ai vraiment cru que j’étais dans une sorte d’évolution, genre celle des Pokémon lorsqu’ils clignotent d’une forme à l’autre avant de devenir la nouvelle et d’abandonner pour toujours l’ancienne (noooon Salamèèèèche, reviiiiiens !). Eh bien non ! Je suis heureuse de vous annoncer que je clignote toujours, et ce même 5 ans après !

Accepter et apprivoiser ma bisexualité

N’ayant aucun modèle réel à qui me référer, j’ai appris sur le tas ce qu’être bi pouvait vouloir dire. Je sortais d’une relation d’un an et demi avec un mec, que j’avais aimé et j’étais sur le point de tomber amoureuse d’une fille. La transition n’est pas si étrange que ça : je pense qu’il faut le vivre (ou être convaincu-e par l’expérience des autres) pour comprendre à quel point être avec l’un ou l’autre n’est pas si différent.

C’est moi qui n’agis pas exactement de la même manière si je suis face à un homme ou une femme mais ça pourrait ne pas être le cas. On s’adapte à la personne qu’on a en face je pense. Et c’est tout.

Alors oui, évidemment, l’un comme l’autre n’est pas exaaaactement « fait » de la même manière mais d’un : c’est tant mieux ! Et c’est aussi pour ça que la bisexualité existe, hein, on est un peu des explorateurs qui s’ignorent en fait. Encore une fois, on s’adapte ! On s’adapte au caractère comme au physique, comme tout un chacun le fait finalement.

« Et sinon, toi t’es du genre 50/50, 25/75, comment ça se passe ? »

La grande question qu’on me pose souvent est la suivante : « As-tu des préférences ? » : OUI ! J’en ai ! Voilà, c’est dit !

Mais — trois fois « mais » — elles sont variables. Parfois je vais principalement regarder des mecs, parfois ce sera plus des filles, un jour elles seront brunes et bien en chair et le lendemain rouquines et minces, un jour ils seront blonds et bodybuildés et le lendemain bruns et l’air intello…

Vous avez compris l’idée : ça dépend de mon humeur du moment ! Encore une fois, cela ne tient qu’à moi mais je pense qu’on est quelques-un-e-s à se retrouver dans ce schéma.

« ÊTRE BISEXUELLE, ÇA N’EXISTE PAS ! »

Evidemment, je suis souvent confrontée à cette fameuse affirmation.

Je t’arrête tout de suite Albert, tu vas ranger ta machine à étiqueter et à juger vite fait bien fait ! Ce n’est pas parce que Julien préfère les garçons aux filles qu’il en n’est pas moins bi.

À dire vrai, je n’aime pas mettre les gens dans des catégories. Je pense qu’être bi, c’est couvrir un peu toutes les diversités sexuelles. Ce n’est pas être du pur 50/50 (même si ça existe pour de vrai) et ce n’est pas forcément passer vraiment à l’acte.

Je pense que Morgane peut être bi si elle mouille sa culotte par inadvertance en pensant à sa pote Gorgette fantasme sur une fille. Nul besoin de passer à l’acte pour savoir qu’on peut être attiré par le même sexe.

Après, être bi, selon moi et plus exactement selon mon vécu, englobe le fait de pouvoir tomber amoureux de n’importe qui — pas forcément de n’importe quoi, on va s’arrêter à deux catégories si vous le voulez bien, ça fout déjà assez bien le bordel comme ça ! — et de pouvoir être attiré-e par n’importe qui.

Je trouve très con — et encore, je suis polie — que des gens, homos et hétéros confondus, tiennent à mettre des barrières partout : parce que j’ai été en couple avec une femme pendant 3 ans et demi, je suis devenue lesbienne, maintenant que je « sors » presque qu’avec des mecs, je suis « peut-être redev’nue hétéro finalement»… MAIS BIEN SÛR.

Vous l’avez compris, c’est quelque chose qui m’énerve. Et les « oui mais si tu restes avec ta copine pendant 20 ans, tu seras lesbienne » ont tendance à me donner des envies de meurtre plus qu’autre chose.

Je suis bisexuelle, c’est tout !

Cette « dualité », c’est un peu mon équilibre à moi — et non, ce n’est pas parce que je suis avec un mec pendant 10 ans que les filles vont me manquer, et inversement.

C’est comme si vous étiez attirée principalement par les beaux blacks et que vous tombiez éperdument amoureuse d’un petit asiatique. Rien ne vous empêche de fantasmer de temps à autres sur les blacks mais ce n’est pas pour autant que vous allez sauter sur eux dès la première occasion venue !

Être bi, c’est en quelque sorte la même chose. Évidemment j’ai caricaturé mais l’idée est là. Et je hais cordialement ceux qui me disent qu’être bi, c’est être inconstant-e. J’ai 22 ans, je suis restée pendant 3 ans et demi avec mon ex, je pense qu’il y a pire dans la vie comme inconstance (et non, je ne l’ai pas trompée) !

À mes yeux, être bi, c’est aimer l’être humain tout simplement. Peu importe comment, pourquoi, ou pendant combien de temps on préférera un sexe à l’autre. Ce n’est pas mieux que d’être d’un seul bord sexuel mais ça offre encore plus de surprises et d’aventures (à mon sens). Je sais bien que ça sonne un peu comme une chanson Disney mais je le pense vraiment et surtout, je le vis chaque jour de cette manière là.

Oh et pour finir sur une note moins gnangnan et plus réaliste : pouvoir baver sur Henry Cavill avec ses amies et sur Olivia Wilde avec ses amis, franchement, ça n’a pas de prix !

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  • Nehl
    Nehl, Le 10 mai 2015 à 15h43

    Avec tout ça me perd aussi... Perso je me considère comme bisexuelle genderfluid et seuls les "hommes (transexuels ou pas) au physique dit féminin" ne m'attirent pas. En fait, je suis attirée par les hommes cisgenres, et les femmes cisgenres et/ou androgynes et/ou genderfluid. (Est-ce que c'est correct de dire ça? Je suis perdue par toutes les notions de genre, binarité et non-binarité, toussa toussa). Vu que je ne suis que partiellement indifférente au genre (ou pas, du coup parce que je perçois un genre feminin et masculin quand même ??), est-ce qu'en fait je suis (attention ça part en cacahuète)...... semi-pansexuelle ??? #completelyLost :dunno:

  • Loo-kat
    Loo-kat, Le 10 mai 2015 à 15h49

    @Tératogène Pourtant il y a des personnes parfaitement au courant de la réalité du genre non-binaire qui s'identifient en tant que bisexuels. :hesite: Dans ma tête, être bi c'est considérer le genre comme faisant partie de l'attirance. Ce qui ne signifie pas qu'on ne peut pas tomber amoureux d'une personne agenré.e ou genderfluid. C'est juste que ça compte. Une personne pan s'en fiche du genre de la personne qu'il y a en face d'elle, ça ne changera rien. Je sais que pour moi connaître le genre (ou pas) de quelqu'un que j'aime changera quelque chose. En aucun cas mes sentiments, mon attirance, mais quelque chose :hesite: Après, peut-être que c'est un besoin nul de mettre des étiquettes aux gens, c'est possible :dunno:
    Par contre je comprends pas le "pas de personne trans, non non non". Vraiment. Je peux comprendre qu'on ne soit pas attiré par un genre en particulier mais les bi qui se définissent comme tels déclarent aux moins qu'ils aiment les hommes et les femmes. Donc qu'ils s'en fichent de ce qu'il y a dans le pantalon, a priori ? :hesite:
    J'ai l'impression que mon cerveau va exploser avec toutes les questions que je me pose en ce moment :ko:

  • Salpêtre
    Salpêtre, Le 10 mai 2015 à 16h03

    @Chou-ette C'est exactement ça ! Je suis bisexuelle ET non-binaire, et je suis incapable de me penser comme pansexuelle.

    @Nehl Tu peux t'identifier bisexuel-le si c'est cela qui te convient le mieux. Je ne crois pas qu'il n'y ait qu'une seule forme de bisexualité, et que les frontières avec la pansexualité sont poreuses.

  • Tératogène
    Tératogène, Le 10 mai 2015 à 16h17

    @Chou-ette je ne nie pas ce que tu - et d'autres - ressens ne t'inquiètes pas, je me pose juste certaines questions :fleur:
    Là où c'est flou pour moi, c'est quand tu dis que le genre compte. Comme je le disais, le genre n'est pas forcément écrit sur le front de la personne. Tu dis que ça changerait quelque chose, et je le comprends tout à fait. Mais supposons que tu ne connaisses jamais le genre de cette personne et que tu lui assignes le genre que tu présumes. Dans ce cas, rien ne change pour toi ? :dunno:
    Vraiment c'est juste une question, je ne fais aucune accusation/supposition/whatever !

    Vous me direz, c'est plus simple pour moi de répondre à la question en tant que lesbienne (ou homoflexible, je sais pas trop, mais c'est pas le sujet :hesite:) parce que de mon côté ce n'est pas le genre qui compte dans l'attirance physique - je parle bien de physique, j'insiste - mais tout bêtement les traits et le corps féminin. Un homme trans avec un corps non transitionné et assigné femme à sa naissance pourra très bien m'attirer. Là où ça changerait, c'est si celui-ci décide de faire une transition physique, l'attirance physique disparaîtrait pour moi :hesite:

  • Nehl
    Nehl, Le 10 mai 2015 à 17h01

    @Hykulle ,je pense auss. Et puis de toute façon je suis parfaitement épanouie dans ma bisexualité et comme genderfluid. ^^

    Par contre il y a une question qui est peut-être un peu hors sujet mais que j'aimerais poser: à qui parle-t-on de sa bi/homo/transsexualité? je demande parce que je l'ai annoncé à mes parents, mes meilleures amis et mon mec (qui l'on tous très bien pris, + spéciale dédicace à ce dernier pour son "et alors?" un peu perplexe) mais ma mère m'a dit quelque chose qui m'a laissée perplexe : " c'est un truc qui est privé et qui ne regarde que toi, t'as pas besoin de le dire autour de toi". Cette façon de me dire de le cacher (c'est pas qu'elle a honte mais parce qu'elle veut pas que je sois blessée par les réactions des autres, qu'on soit clair) me fait de la peine dans la mesure où les autres, ça inclut mes frères et ma soeur et que ça fait partie de ces choses que j'aimerais qu'ils sachent ne serait-ce que pour être "parfaitement" moi-même avec eux (c'est ma famille merde!)... Vous en pensez quoi?

  • Milkado
    Milkado, Le 10 mai 2015 à 17h34

    Je n'ai jamais été dans cette situation (= être en couple non hétéro), mais comme je vois les choses : j'imagine que j'en parlerais à tous les proches que je veux mettre au courant, pour éviter qu'ils se posent la question sans oser me la poser et que ça puisse créer des malaises (ou l'impression de pas avoir confiance en la personne, qui peut aussi blesser). Aujourd'hui, ils connaissent déjà mon idée selon laquelle on aime une personne et non un genre (cf plus haut).
    Pour les autres, je parlerais de "ma copine" comme je parle aujourd'hui de "mon copain", sans entrer dans le détail mais sans me cacher non plus, parce que je ne me verrais pas parler "d'elle" au masculin pour ne pas heurter les gens, ni m'empêcher d'en parler tout court. Concernant ma pansexualité, je ne la cache pas, mais je ne ressens pas aujourd'hui le besoin d'en parler à tout le monde si le sujet n'est pas abordé. Mais je ne vois pas pourquoi cacher quelque chose qu'on voudrait assumer.
    Après, je sais que c'est sûrement plus facile à dire quand on n'y est pas confrontée :dunno:

    (Edit : petites rectifs pour plus de clarté x) )

  • Loo-kat
    Loo-kat, Le 10 mai 2015 à 17h51

    Tératogène
    Là où c'est flou pour moi, c'est quand tu dis que le genre compte. Comme je le disais, le genre n'est pas forcément écrit sur le front de la personne. Tu dis que ça changerait quelque chose, et je le comprends tout à fait. Mais supposons que tu ne connaisses jamais le genre de cette personne et que tu lui assignes le genre que tu présumes. Dans ce cas, rien ne change pour toi ? :dunno:
    :halp:
    Je sais pas.:yawn:
    Le truc, c'est qu'une personne à qui j'assigne un genre, si je passe du temps avec elle (vu qu'on serait amoureux/attirées l'une par l'autre :shifty:) finirait par me dire que je me trompe si je me trompe, non ?
    Mais supposons. :hesite: Non, ça ne changerait rien pour moi puisque je serai convaincue du genre de la personne. Mais je serais amoureuse d'une personne avec un genre (et avec des yeux comme ça, un esprit comme ça...c'est un tout, hein :cretin:).
    Je comprends très bien que ça soit flou pour toi ce que je raconte, parce que ça l'est encore plus pour moi.:hesite:

  • Dovara
    Dovara, Le 10 mai 2015 à 17h55

    @Nehl

    En théorie, on ne devrait pas avoir à le dire. Cependant, entre la théorie et la pratique, il y a tout un monde. Je dirais que nous sommes dans une époque où on veut cacher l'homo/bi/pansexualité et, ceci est mon expérience personnel, mais plus on en parle, plus on se sent libre. C'est dure de cacher une partie de soi quand les autres n'ont pas à le faire.
    Après, cela dépends des choix de chacun. On ne peut pas blamer quelqu'un qui ne veut pas en parler parce qu'il s'en prendrait pleins la gueule, parce que la faute reviendrait à ces détracteurs. Et on ne peut que féliciter quelqu'un qui en parle sans tabou.
    Cela dépends des besoins des individus, certains s'en fiche alors que pour d'autres c'est vital.

  • Nehl
    Nehl, Le 10 mai 2015 à 19h49

    Evidemment, quand je dis "en parler" j'entends pas le hurler sur tous les toits mais simplement ne pas avoir à se retenir quand, par exemple, je suis avec mes frères et qu'il y a un débat type "Est-ce que tu sortirais avec elle si elle te le demandais ?". Que je puisse balancer un "Oh que oui!" et sans qu'on me zieute d'un air inquisiteur parce que je suis leur soeur et en couple avec un mec donc forcément dans leur tête je suis hétéro... Je me sentirais plus libre en leur disant, surtout que je crains pas leur réactions.
    @Dovara , tu as raison: en théorie, on devrait pas avoir à le dire. Mais en pratique, le silence vaut acceptation de l'étiquette "hétéro", or je suis bisexuelle et je l'assume parfaitement. Merci en tout cas pour vos réponses ;)

  • HlowEase
    HlowEase, Le 8 juin 2015 à 18h25

    Note: je dis "bisexuallité" par défaut de connaître un terme qui engloberait également le biromantisme.

    J'ai des sentiments mitigés vis-à-vis de ma bisexualité, bien sûr, je suis fière d'être bie en théorie, mais en pratique souvent honteuse.

    Bien sûr, j'ai été très heureuse de trouver ce mot, "bisexuelle", qui me rassurait, me disait que je n'étais pas une anomalie, et m'a permis de m'affirmer. De plus, ça fait au moins trois ans que je fréquente des filles qui ne sont pas hétéras, que j'ai des discussions ouvertes sur le sujet, et participe à la marche des fierté.
    Néanmoins, ce que que je sens dans le regard cis hétéro masculin, l'érotisation systématique de ma sexualité, me met très mal à l'aise. J'ai mis deux semaines avant de sortir du placard avec mon copain, justement parce que j'étais dans cette crainte de voir défiler à 'intérieur de lui des fantasmes et des images pornographiques mainstream. Plans à trois voyeuristes où les femmes font une performance de leur saphisme afin de satisfaire le mâle, qui malgré sa situation passive en apparence, contrôle tout à fait le déroulement des ébats. (Précision: je ne suis absolument pas anti-porno, c'est un genre que je critique comme tout autre genre artistique). Or, lui-même me l'a avoué quelques mois plus tard quand je lui parlait de ce mal-aise: il n'a pas pu s'empêcher d'y penser, m'a-t-il dit, en émettant l'hypothèse que ces semblables soient dans le même cas.
    J'essayais de ne pas trop y penser jusque là, mais finalement, c'est une évidence. La quasi-majorité des mecs cishet a qui j'ai fait mon coming-out m'ont, non seulement demandé si je l'avais "déjà fait" avec une fille auparavant, mais en plus engagé la conversation sur le sexe en général.
    J'ai la sordide impression que ma sexualité est dépossédée par cette masse de regards mâle, qui en fait son objet. Ils n'ont pas de gène, pas de honte à me parler de parler de leur vie intime, de leur exploits. Le sujet n'est pas tellement l'identité de leur interlocutrice, et la confiance qu'elle leur porte en leur faisant une telle déclaration. La bisexualité féminine, c'est leur fantasme, leur rêve mouillé, et elle vient juste de déclarer qu'elle partage ce fantasme.
    Il faut se rendre compte que les images, les fantasmes, imprègnent tout, et dirigent inévitablement le discours et les représentation sur la bisexualité vers l'hypersexualisation.
    Faire son coming out bi quand on est une femme, c'est rajouter à l'incompréhension du "à quoi ça sert de faire son coming out quand on est bi", au regard érotisant. Tout cela,, c'est une grande cause de stress pour moi, et je pense que je n'arriverai pas à appréhender ma sexualité sereinement tant restera cette objet de vice consensuel aux yeux de la société.