Le peuple irlandais va-t-il se prononcer pour le droit à l’avortement ?

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Un référendum devrait avoir lieu en 2018, sur la question du droit à l'avortement en Irlande. Une annonce pleine d'espoirs pour les droits des femmes...

Le peuple irlandais va-t-il se prononcer pour le droit à l’avortement ?

Mise à jour du 27 septembre 2017 – Le chef du gouvernement irlandais – ou Taoiseach en VO – Leo Varadkar a annoncé le 26 septembre devant le parlement son intention d’organiser un référendum sur la question de l’avortement en mai ou juin 2018. 

Déjà pressentie en juillet dernier suite à l’arrivée de Leo Varadkar à la tête du gouvernement qui jugeait la loi actuelle « trop restrictive », cette annonce est donc saluée par le mouvement Repeal the Eight (voir ci-dessous) qui milite pour la légalisation de l’avortement.

Cependant, les militant•es pro-choix restent prudent•es puisque la question qui sera posée aux irlandais•es n’est pas encore formulée. Si le Guardian parle de la levée de l’interdiction « dans presque toutes les circonstances », cette formulation reste pour le moins imprécise. 

Les mouvements pro-choix prévoient des manifestations suite à la Journée Mondiale du droit à l’avortement le 28 septembre, qui devraient se tenir ce week-end pour continuer de réclamer la libéralisation du droit à l’avortement.

Une jeune Irlandaise internée de force alors qu’elle voulait avorter

—Article initialement publié le 19 juin 2017 

En Irlande, une adolescente a fait l’expérience douloureuse fin décembre d’être internée en hôpital psychiatrique, alors qu’elle souhaitait recourir à un avortement.

L’affaire a été rapportée par le Child Care Law Reporting Project, mis en place pour s’assurer du bon traitement des enfants au cours des procédures légales.

Le Mental Health Act, un frein à l’avortement ?

Fin 2016, alors qu’elle souhaitait avorter et pensait être reçue à l’hôpital dans cet objectif, une adolescente a été internée suite au diagnostic d’un psychiatre, rapporté par le Child Care Law Reporting Project, expliquant que :

« L’état psychologique de l’adolescente résultant de la grossesse pourrait la conduire à se faire du mal voire à se suicider, mais qu’un traitement pouvait permettre de réguler ces risques et que l’interruption de la grossesse ne résoudrait pas tous les problèmes de l’adolescente à ce stade. »

En effet, en Irlande, il existe une loi – le Mental Health Act – qui permet sous certaines conditions d’interner de force des individus atteints de troubles mentaux. Ce processus peut être mis en place si les conditions suivantes sont réunies :

« [Être atteint] d’une maladie mentale, démence sévère ou d’incapacités intellectuelles conséquentes avec un risque sérieux de représenter un danger pour soi ou pour les autres. »

Cela peut aussi être le cas si le jugement de l’individu est « si altéré que la condition de la personne pourrait encore se dégrader si un traitement, qui ne peut être administré qu’en hôpital, n’était pas suivi ».

Libérée grâce à des contre-expertises psychologiques

Pourtant, la jeune femme et sa mère pensaient qu’elle était transférée à Dublin dans le but de pouvoir recourir à une IVG.

Le Guardian Ad Litem (la personne responsable d’un•e mineur•e pris•e en charge par la justice) avait par la suite demandé d’autres expertises psychologiques à deux praticiens, qui avaient conclu que son état ne nécessitait pas un internement.

Elle n’était pas selon eux dans un état de détresse mentale suffisant pour être internée de force dans le cadre du Mental Health Act, un état qualifié également de « difficile à évaluer » étant donné les circonstances.

Suite à cela, l’adolescente avait été libérée, mais le rapport n’indique pas si elle a pu recourir à une IVG ou non.

L’Irlande : l’un des pays les plus restrictifs en matière d’avortement

Cette histoire est symptomatique du traitement réservé aux femmes qui souhaitent avorter en Irlande, où la législation est l’une des plus restrictives du monde.

En effet, la Constitution et en particulier son article 40.3.3 (introduit par le 8ème amendement) consacre « le droit à la vie des enfants à naître », considéré égal à celui de la mère.

Dans les faits, ça veut dire que l’avortement ne peut être légal que s’il y a un « risque sérieux et réel » pour la vie de la mère.

Autant dire que ça réduit les possibilités. D’ailleurs l’ONU a appelé l’Irlande à faire évoluer sa législation, qui violerait le Pacte International relatif aux droits civils et politiques en infligeant un traitement cruel, inhumain et dégradant aux femmes.

En 2016, Slate avait d’ailleurs publié un article sur le parcours du combattant de deux jeunes femmes irlandaises pour pouvoir avorter.

La lutte pour le droit à l’avortement au quotidien

En Irlande, la lutte pour obtenir le droit à l’avortement est donc quotidienne. Une organisation, The Coalition to Repeal the Eight Amendment, réunit les voix qui s’élèvent pour organiser un référendum sur la question.

Suite à cette affaire, une pétition a également été lancée pour appeler le gouvernement à faire en sorte que le Mental Health Act ne soit plus utilisé dans ce genre de circonstances.

Cette actualité nous rappelle aussi la difficulté d’accès à l’avortement sur toute l’île : l’Irlande du Nord (faisant partie du Royaume-Uni) a également une législation très restrictive en la matière.

En mars, les locaux de militantes avaient été perquisitionnés par la police à la recherche de pilules abortives lors de la journée internationales des droits des femmes.

Pour signer la pétition, c’est ici !

Merci à Shadowsofthenight d’avoir partagé la pétition !

À lire aussi : Les Irlandaises se mobilisent pour le droit à l’avortement

Commentaires
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  • Just_in_case
    Just_in_case, Le 27 septembre 2017 à 21h11

    @Alexandra David-Néel Pas faux...
    Je n'exprimais là qu'un ressenti personnel. Je suis très mal à l'aise à l'idée qu'un pays ne respecte pas ce que je considère comme un droit fondamental (la liberté à disposer de son corps). Du coup, je pense que je ne me sentirais tout simplement pas la bienvenue dans un pays qui juge qu'un foetus a autant de droits que moi. Et je ne sais pas ce qu'en pensent les gens, mais j'aurais (très) mal à mon féminisme si la majorité de la population soutenait ce genre d'idée... Je ne sais même pas si j'arriverais à être amie avec des personnes qui estiment que mon corps ne m'appartient pas, en fait.
    Après, le harcèlement de rue, c'est quelque chose de pénible (qui personnellement m'arrive rarement) mais qui me paraît moins insurmontable que l'idée d'élever un enfant non désiré, et ce pour toute la vie, avec tout ce que ça implique. Comme tu dis, les personnes avec des moyens peuvent malgré tout partir à l'étranger pour avorter, mais je trouve ça lamentable qu'on en arrive là :dunno: perso ça me ferait vraiment sentir comme une étrangère dans mon propre pays. Et quid des femmes qui n'ont pas les moyens ? Enfin bref, maintenant on peut espérer que la situation va évoluer...

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