Une campagne contre l’abus d’alcool blâme les victimes de viol

Une campagne américaine contre l'abus d'alcool a sorti une affiche qui insinue que les victimes de viol sont seules responsables de ce qui leur est arrivé.

Mise en situation : vous êtes à une soirée, vous poussez un peu trop sur la bibine, au point de perdre à peu près tout contrôle de votre corps ainsi que de votre esprit. Un jeune homme plein de bonnes intentions qui passait par là en profite pour avoir un petit rapport sexuel avec vous – sans trop vous demander votre avis, puisque de toute façon vous peinez déjà bien assez à garder les yeux ouverts. Question : qui est coupable dans cette situation ?

Le mec qui a décidé de tripoter/coucher avec une nana en voyant très bien qu’elle était complètement arrachée ou la nana en question ?

Selon Control Tonight, une campagne américaine contre l’abus d’alcool, c’est la nana. La preuve :

"Elle ne voulait pas le faire, mais elle n'a pas pu dire non."

Que nous dit cette affiche ?

  • Si une femme a été violée alors qu’elle était complètement pétée, c’est de sa faute.
  • Elle n’avait qu’à pas boire autant, comme ça elle aurait pu dire non. Mais comme elle n’a rien pu dire, bah voilà, elle a été violée, bravo, ça lui apprendra à boire comme un trou tiens.
  • L’alcool rend les gens vulnérables, et les pousse à prendre de mauvaises décisions, comme rentrer avec quelqu’un qu’ils ne connaissent pas très bien. Des décisions qui les mettent en danger et les exposent au risque de se faire violer.
  • Encore une fois : c’est à NOUS de faire attention, de faire en sorte de ne pas nous faire violer, et non pas aux violeurs de contrôler leurs pulsions.
  • Cette affiche rebondit sur la fameuse rhétorique « c’est la faute des nanas », grand classique, qui insinue que le discours « Elle portait une mini-jupe », « Elle était aguicheuse », « Elle a trop bu/fumé », « Elle rentrait seule à 3 heures du matin », est toujours d’actualité en 2012. Elle aurait dû faire attention à pas se faire violer, tiens.
  • Les hommes ne sont que des animaux sauvages qui ne savent pas se maîtriser en présence d’une femme. C’est à elles de dire non, sinon eux, ils comprennent pas et ils y vont sans trop insister sur les politesses.
  • Les femmes récoltent ce qu’elles ont semé avec leur consommation abusive d’alcool, leur comportement aguicheur et leurs mini-jupes. Les hommes eux, sont victimes de leur propre nature.

Quelle tristesse, n’est-ce pas ?

Dans un monde idéal, peu importe l’état dans lequel on se retrouve, on devrait pouvoir le faire sans prendre le risque de se réveiller avec la culotte sur les chevilles.

Et si jamais ça nous arrive quand même, on devrait se retrouver face à des gens qui comprennent bien que la faute revient à 100% au violeur et non à la victime. La base, quoi. Un violeur choisit de violer sa victime.

Mais on en est encore à sous-entendre que c’est en partie la faute de la victime, qu’elle s’est foutue elle-même dans cette situation et que ce qui lui est arrivé n’est que le résultat de ses mauvaises décisions à elle.

Le but, c’est d’empêcher les violeurs de violer, pas les victimes de se faire agresser. Mais non, début 2012 on en est encore à rappeler que c’est la faute de ceux qui n’ont pas pu/su dire non. Entre autres.

Eh ben, on n’est pas sortis du sable hein.

Edit : Afin de clarifier/nuancer mes propos, voici la réponse que j’ai faite dans les commentaires pour celles qui jugent mon article trop exagéré/accusateur :

Je suis tout à fait d’accord sur le fait que les intentions de la campagne soient louables, et malheureusement sur le fait qu’effectivement, aujourd’hui, on doit encore faire super gaffe. De plus, l’abus d’alcool n’est généralement pas super bon pour grand monde et mène à tout un tas de conneries plus ou moins graves. Là-dessus, y a pas de souci.

J’aurais peut-être dû nuancer mes propos et insister un peu plus sur le fait que, pour moi, cette phrase sur l’affiche ne fait qu’en remettre une couche. Alors certes, c’est pas une abomination, une couche énorme, une terrible maladresse qui pointe du doigt les vilaines victimes de viol qui ont osé boire – mais c’est simplement un élément en plus, en trop, qui va dans ce sens. Pour changer, j’aurais aimé que justement l’affiche suivent l’exemple de la campagne Men Can Stop Rape, par exemple ! Un rappel sur le ton « ouais ok elle est complètement foncecar à moitié à poil et vautrée sur vous MAIS c’est pas une raison ». Ou alors un truc qui rappelle que si les femmes bourrées n’arrivent pas à dire oui, les hommes bourrés eux ne l’entendent peut-être pas non plus. Qu’on a du mal à capter qu’on est sur le point de faire une énorme connerie.

Loin de moi l’idée de faire du sensationnalisme ou de m’acharner sur une pauvre pub un peu maladroite, seulement ça fait écho à des discours qui résonnent depuis bien trop longtemps, ça prend les choses toujours du même point de vue, et je trouve qu’il serait peut-être temps de se remuer un peu les neurones pour trouver une autre façon de faire. 

Et, évidemment, je suis d’accord avec la campagne sur le fond. C’est cette affiche, cette phrase, qui m’ont dérangée (mais ça reste mon avis !). Mais oui, bien sûr qu’il faut faire gaffe, bien sûr qu’on doit se surveiller quand on boit, bien sûr qu’on doit garder un oeil sur ses potes dans ces moments là, je ne dis pas le contraire ! C’est l’angle choisi qui m’a saoulée – mais évidemment je comprends que certaines voient la chose de manière plus détachée.

C’est juste que ce discours qui « culpabilise » la victime on le voit beaucoup trop souvent, dans tous les contextes, sortant de toutes les bouches… Et je trouve ça très, très emmerdant.

(Merci à @AlexiaBramoulle pour l’info)

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Viens apporter ta pierre aux 84 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

  • Balto
    Balto, Le 4 décembre 2012 à 23h54

    Je n'ai pas de souvenirs exacts du processus en France, mais dans la majorité des pays de l'Union européenne, la précision "conjugal" a été ajouté pour "contrer" le devoir conjugal et le fait que puisque ce n'était pas précisé dans la loi, de nombreux pays ne condamnaient pas le viol entre partenaire d'un couple.

Lire l'intégralité des 84 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)