« Je veux vivre plus longtemps » : l’histoire d’une ado britannique cryogénisée

Il y a quelques semaines, une jeune britannique de 14 ans a été cryogénisée. C'était son choix. La réalité rencontre la fiction.

« Je veux vivre plus longtemps » : l’histoire d’une ado britannique cryogénisée

Dans l’imaginaire collectif, la cryogénisation relève de la science-fiction. Il faut croire que parfois, la réalité rencontre la fiction…

L’histoire de JS commence il y a plus d’un an. Cette adolescente britannique apprend qu’elle a une forme rare de cancer. Quelques mois plus tard, on lui annonce qu’elle est en phase terminale. Elle meurt le 17 octobre 2016, à 14 ans.

Un drame qui prend pourtant une tournure inattendue : avant sa mort, la jeune fille avait demandé à se faire cryogéniser, ce que la Haute Cour de Londres a accepté.

Le processus de cryogénisation a été expliqué en détail dans cet article de Science et Avenir.

Cela consiste à préserver des corps à -196 °C pour qu’ils puissent traverser les époques. L’idée est de permettre ainsi de patienter jusqu’à ce que la science ait suffisamment évolué pour dé-cryogéniser les individus et les soigner de leur maladie, incurable à l’époque de leur mort.

Comment cette ado en est-elle arrivée à obtenir la cryogénisation ?

Quelques mois avant son décès, la malade a commencé à faire des recherches sur la cryogénisation jusqu’à décider clairement que c’était ce qu’elle souhaitait.

Le père de JS est plutôt pessimiste sur ce choix.

Compte tenu de l’âge de JS, ses deux parents devaient donner leur accord pour permettre à la jeune fille d’accomplir son choix. La mère l’a donné sans problème. Le père, lui, s’est montré plus pessimiste. Le Telegraph rapporte ses propos.

« Même si ça marche et qu’elle se retrouve de nouveau en vie disons dans 200 ans, elle pourrait se retrouver sans aucun proche à ses côtés, peut-être qu’elle ne se souviendra de rien.

Elle pourrait se retrouver dans une situation désespérée, compte tenu du fait qu’elle n’a que 14 ans et qu’elle se retrouvera aux États-Unis [où son corps est conservé]. »

Pour avoir toutes les chances de son côté, la jeune britannique a décidé d’écrire une lettre à la Haute Cour de Londres pour que son envie soit validée. Des extraits ont été publiés dans le même article du Telegraph.

« Je pense qu’être cryogénisée me donne une chance d’être un jour soignée et réveillée, même si ça ne se passe que dans des centaines d’années. Je ne veux pas être enterrée. (…)

Je ne veux pas mourir mais je sais que je vais mourir… Je veux vivre plus longtemps. Je veux avoir cette chance. »

Pour cryo-conserver un corps, il faut compter plus de 43 000€.

Un mode de conservation qui a un coût : 37 000£ (43 200€). Selon le Mirror, les grands-parents de JS ont dû vendre une maison pour payer cette facture.

DepuisLe Monde annonce que son corps a bien été transféré aux États-Unis, dans le Michigan, à un organisme pratiquant la congélation des corps.

Même cryogénisée, JS est… morte

Mais l’espoir de survie a t-il vraiment lieu d’être ? Selon Simon Woods, spécialiste de l’éthique médicale à l’université de Newcastle, l’idée est de l’ordre du fantasme. La BBC le cite.

« Le diagnostic de mort signifie que la mort est irréversible. (…)

La personne était déjà dans un très mauvais état à sa mort [à cause du cancer], et il n’y a absolument aucune preuve scientifique qu’elle pourra un jour revenir à la vie. »

Thierry Jaffredo, spécialiste des cellules souches, donne une vision plus neutre de la pratique à Science et Avenir.

« Des bactéries, levures et des cellules d’animaux ont déjà été congelées puis ramenées à la vie, mais pour les animaux entiers, cela devient tout de suite plus compliqué, à cause des organes vitaux.

On est capable de refroidir des cœurs de rats à -10 °C et de les faire repartir, mais pour le cerveau, il est difficile d’assurer sa bonne fonctionnalité au moment de la décongélation : la moindre lésion des connexions neuronales peut prendre des proportions imprévisibles et dramatiques sur l’individu. »

Aujourd’hui, impossible donc de prédire le futur du corps de JS. Cette histoire permet cependant de soulever des questions importantes.

En France, la pratique est illégale, mais ailleurs : jusqu’où doit-on accepter la cryogénisation ? Ne risque t-on pas d’assister à des dérives ? À l’heure où la planète souffre du dérèglement climatique, n’est-il pas maladroit de vouloir conserver son corps à tout prix ?

De nombreuses questions qui resteront probablement longtemps sans réponse.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Mrs Sulu
    Mrs Sulu, Le 5 décembre 2016 à 14h53

    Je crois que je le ferais pour une personne que j'aime vraiment :hesite: Peut-être que c'est temporiser avec le deuil mais au fond, ce n'est pas ça qui compte. Un espoir, même infime, peut permettre à la personne qui reste de tenir bon ( suffisamment longtemps pour commencer le travail effectif de deuil).
    La mort est profondément injuste; elle frappe au hasard. Si, par je ne sais quel tour de passe-passe, j'apprenais que je mourrais demain à 14h47 et si je pensais qu'il existe une chance même infime d'y échapper, dans 100 ans ou dans 10 000 ans, je tenterais le coup. Au pire, je meurs rassurée et au mieux, je vais voir si mes projections utopiques se sont réalisées.
    Je n'ai pas envie de mourir avant d'avoir vraiment vécu et fait ce que je voulais ( après, ce serait moins grave mais tout aussi chiant:hesite: ). Me connaissant, il est également probable que je m'accroche à la vie même très vieille pour peu que j'ai près de moi des personnes aimantes et que je ne souffre pas ( là encore, il me semble qu'on se découvre une résistance parce qu'on veut vivre). Mourir, ce n'est pas naturel :cretin:
    Il ne faut pas se leurrer: l'éthique, c'est joli derrière son ordi mais quand il s'agit de l'amoureuse, du chéri, de l'enfant, du lapin ou autre, l'instinct de conservation ou de protection des proches pourraient nous faire joliement renverser cette barrière. Je crois qu'il faut surtout souhaiter ne jamais rencontrer ce cas de figure même si on est riche à millions.

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