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#WhereIsPengShuai : l’affaire de viol d’une tenniswoman qui provoque censure en Chine et mobilisation internationale

Les stars du tennis comme Naomi Osaka, Serena Williams et Novak Djokovic expriment leur inquiétude face à la disparition de Peng Shuai. Cette tenniswoman a disparu après avoir accusé un haut politique chinois de viol. Depuis, la propagande s’organise.

Quelques mots sur Weibo, avant de se volatiliser, puis de réapparaître peu à peu comme une marionnette. Telle pourrait être résumée l’étrange disparition de la tenniswoman Peng Shuai. L’ancienne N°1 mondiale du double a publié le 2 novembre 2021 sur ce réseau social chinois un message alarmant.

Peng Shuai accuse l’ancien vice-Premier ministre chinois de viol et disparaît

Peng Shuai, tenniwoman de 35 ans, y accuse Zhang Gaoli, 75 ans, ancien vice-Premier ministre chinois, de l’avoir contrainte à des rapports sexuels. Ils entretenaient depuis quelques années une relation discontinue et secrète.

Selon les critères juridiques français, cet acte s’apparente à ce qui pourrait être qualifié de viol.

Le média Libération vient d’en publier une traduction, dont voici un extrait (Attention, la citation ci-dessous peut heurter la sensibilité des personnes pour qui les mentions d’agression sexuelle et de viol peut être un élément déclencheur) :

« Vous avez contacté le Dr Liu, du Tianjin Tennis Center, et avez réclamé que je joue au tennis au Kangming Building à Pékin. Après avoir joué dans la matinée, vous et votre épouse Kang Jie m’avez emmenée chez vous. Puis vous m’avez emmenée dans votre chambre et, comme lorsque nous étions à Tianjin il y a plus de dix ans, vous avez voulu avoir des relations sexuelles avec moi.

J’ai eu très peur cet après-midi-là. Je ne m’attendais pas à ça, avoir votre femme qui montait la garde derrière la porte. Je ne pouvais pas croire qu’elle était d’accord. Nous avions eu des relations sexuelles il y a sept ans, puis vous avez été promu au Comité permanent du bureau politique, êtes allé à Pékin et ne m’avez plus jamais contactée.

J’avais tout enfoui dans mon cœur. Puisque vous n’étiez alors pas prêt à assumer une liaison avec moi, pourquoi êtes-vous revenu ? Pourquoi m’avez-vous emmenée chez vous et forcée à avoir des relations sexuelles ? Je n’ai pas de preuves et il n’y avait aucun moyen d’en laisser sur place.

[…] Cet après-midi-là, après m’être refusée à vous, je n’ai pas pu arrêter de pleurer.

[…] Alors oui, j’ai cédé. Oui, nous avons eu des relations sexuelles. »

La tenniswoman Peng Shuai était-elle sous l’emprise du politique Zhang Gaoli ?

Peng Shuai développe ensuite sur les sentiments grandissants mais confus qu’elle a pu ressentir à l’égard de Zhang Gaoli. Elle relate ce qui pourrait s’apparenter à une forme d’emprise.

La tenniswoman insiste notamment sur l’écrasant pouvoir de l’homme politique, comparée à sa fragilité de jeune femme privée tôt de sa famille afin de poursuivre une carrière sportive :

« En tant que personne qui a quitté sa famille lorsque qu’elle n’était encore une enfant, je porte constamment en moi ce manque terrible d’amour. »

Une demie-heure après sa publication le 2 novembre, la lettre accusatrice a subitement disparu d’Internet, vraisemblablement supprimée par les autorités. La tenniwsoman s’est alors volatilisée près de vingt jours sans donner de signe de vie rassurant. Face à sa disparition, plusieurs pontes de la balle jaune ont témoigné leur inquiétude.

#WhereIsPengShuai demandent Alizé Cornet, Nicolas Mahut, Naomi Osaka et Serena Williams

La première à s’insurger de la situation a été son homologue française Alizé Cornet, 59e mondiale. En plus d’un tweet le 13 novembre 2021 disant « Ne restons pas silencieux #OùEstPengShuai », la tenniswoman a expliqué au média sportif L’Équipe :

« Je connais des joueuses qui la connaissent personnellement et personne n’a de ses nouvelles. Je me dis que si elle voulait absolument nous rassurer, elle l’aurait déjà fait. On ne connaît pas tous les tenants et les aboutissants de l’histoire mais je vois que la communauté tennistique est en train de se souder et de se révolter. »

Sur Twitter, le tennisman français Nicolas Mahut a relayé un communiqué de la Women’s Tennis Association. La principale association sportive organisant les compétitions tennistiques professionnelles des femmes à travers le monde stipule ainsi le 14 novembre 2021 :

« La WTA demande une enquête complète, juste et transparente sur les allégations d’agression sexuelle contre l’ancien dirigeant chinois et appelle également à la fin de la censure contre Peng Shuai. »

Ce que Nicolas Mahut a retweeté en rajoutant : « Le fait que Peng Shuai a disparu n’est pas seulement le problème de la WTA. Nous sommes tous concernés. »

Le mot-clef #WhereIsPengShuai n’a fait que prendre de l’ampleur depuis. Naomi Osaka, double lauréate de l’US Open et de l’Open d’Australie, l’a utilisé le 16 novembre, pour tweeter :

« Quel qu’en soit le prix, la censure n’est jamais acceptable. J’espère que Peng Shuai et sa famille vont bien. Je suis choquée par cette situation et lui envoie de l’amour et du soutien »

Le 18 novembre 2021, c’est Serena Williams, la joueuse la plus titrée en Grand Chelem dans l’ère Open, qui s’en est alarmée à son tour :

« Je suis dévastée et choquée d’entendre ce qui arrive à ma pair, Peng Shuai. J’espère qu’elle est en sécurité et qu’elle sera retrouvée aussi vite que possible. Une enquête doit être menée et nous ne devons pas rester silencieux. Je lui envoie de l’amour, ainsi qu’à sa famille, dans cette période incroyablement difficile. »

Lors d’une récente conférence le joueur de tennis Novak Djokovic a été interrogé à ce sujet. Ce à quoi il poliment répondu : « Il n’y a pas grand chose d’autre à dire que d’espérer qu’elle soit retrouvée. »

Des apparitions forcées, mises en scène, pour rassurer l’opinion publique

Depuis le 19 novembre 2021, des journalistes du quotidien d’Etat ultranationaliste chinois Global Times, publient sur Twitter des images qui ont tout l’air de photomontage ou de mise en scène de propagande montrant Peng Shuai. Comme un écran de fumée à sa disparition. Tandis que sur les réseaux sociaux chinois, les autorités bloquent toute mention trop explicite de l’affaire.

D’étranges vidéos la montrant, muette, en compagnie de son entraîneur qui cite comme par hasard la date du jour sans aucun naturel, ou encore en train de signer des autographes, ont également été postées. On peut aussi se demander s’il ne s’agirait pas de deepfake (technique d’intelligence artificielle qui permet de rendre profondément crédible des images de synthèse).

Le 21 novembre 2021, les joueurs français Nicolas Mahut et Pierre-Hugues Herbert ont dédié leur victoire aux Masters de double à leur consœur, réattirant l’attention internationale. Dans la foulée, Thomas Bach, le président du Comité international olympique, vient d’annoncer avoir parlé en visioconférence avec Peng Shuai :

« Elle a expliqué qu’elle était saine et sauve à son domicile à Pékin, mais qu’elle aimerait que sa vie privée soit respectée. »

Difficile à croire. Les phénomènes de disparitions forcées commencent à être de mieux en mieux connus en Chine. Comme le rappelle Libération, les autorités peuvent même placer au secret n’importe qui pendant six mois, sans contact avec un avocat ou avec sa famille, dans ce que le gouvernement appelle une « résidence surveillée dans un lieu désigné ».

Il est donc probable que la joueuse ait été contrainte à quelques apparitions forcées et mises en scène censées apaiser l’opinion publique locale et internationale. De quoi s’interroger sur qui et jusqu’où peut-on dire « #MeToo ».

À lire aussi : Bimbo non grata : comment la carrière de Megan Fox illustre l’avant-après #MeToo

Crédit photo de Une : capture d’écran Twitter

Les Commentaires
6

Avatar de Mayushi
23 novembre 2021 à 02h58
Mayushi
Je suis assez défaitiste quand on voit la (non) réaction des pays et des organisations sportives, on sait très bien que personne ne va boycotter les JO (comme personne ne l'avait fait en 2008 ). Faire des tweets et se plaindre dans les médias c'est une chose, mais tant qu'un gouvernement ou une institution internationale ne prend pas de mesures fortes alors la Chine continuera à faire disparaitre ses ressortissant.e.s "problématiques". Le WTA aurait très bien pu suspendre l'intégralité des tournois devant se tenir en Chine. On parle de 3 tournois majeurs par an en Chine + la finale WTA qui doit se tenir en Chine les 8 prochaines années de 2022 à 2030. Les tournois WTA mineurs sont aussi parmi les seuls ayant des récompenses plus importantes que ceux des autres pays (2 à 3 fois plus).
Alors on peut pas d'un côté se plaindre et faire des tweets et de l'autre offrir à la Chine des événements de prestige comme la finale WTA + 3 tournois majeurs (sur une vingtaine) chaque année.
On aurait aussi pu interdire à toutes les joueuses chinoises WTA de participer sous bannière chinoise (en gros comme la Russie est en ce moment bannis par l'agence anti-dopage internationale, il est interdit d'utiliser le nom du pays ainsi que le drapeau Russe mais les sportif.ve.s peuvent toujours participer.) Au strict minimum ce type de sanctions devraient être prises contre la Chine. Mais comme toujours on a des menaces de boycott, des médias qui font semblant de supporter une cause, mais dès qu'il s'agit de gagner de l'argent en retransmettant l'événement alors là plus personne ne dit rien et on encaisse le chèque du WTA ou du CIO sans se poser de questions. On ne parlera pas des sponsors qui eux aussi ne diront rien et seront bien content de continuer de sponsoriser les tournois en Chine. On a un peu l'impression que tout le monde est complice... autant je peux comprendre que certaines petites entités ou personnes individuelles n'osent pas parler contre la Chine, autant là on parle de grands pays et d'organisations sportives très influentes. C'est assez fatiguant de voir le soft power de la Chine à travers le sport se diffuser comme si de rien n'était.
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