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Voilà comment mon père, ce guerrier, lutte contre le cancer

19 sep 2019
Depuis quelques mois, le père de Kalindi se bat contre un cancer féroce… à sa manière.

Par esprit de contradiction, j’ai longtemps refusé de lire les romans que ma mère me conseillait. À 15 ans, et à court d’inspiration j’ai finalement accepté d’entamer la pile de bouquins qu’opiniâtre elle avait laissés à côté de mon lit.

Après Jonathan Livingston, le Goéland, j’ai avalé d’une traite L’écume des jours, douce initiation à la bibliographie de Boris Vian. Dedans, j’ai réalisé que la vie ne tient qu’à un fil.

Ou qu’à un nénuphar, dans certains cas.

Il y a 5 mois, j’ai appris que mon père avait un cancer, un nénuphar dans le ventre, et j’ai su que ça allait changer nos vies, comme celles de Colin et Chloé dans L’écume des jours.

Mon père, un lion en cage

Mon père est un homme compliqué. Né à l’île Maurice de parents modestes, dans une ville qui l’était tout autant, il a dû apprendre à vivre petitement et à partager avec ses nombreux frères et sœurs.

Il avait la place du milieu, celle que tout le monde néglige, et a grandi en étant discret, timide mais hyperactif. C’est en tout cas comme ça que me l’a décrit sa sœur, car mon père ne parle pas de son enfance.

Très vite, tous les moyens ont été bons pour se défouler, extérioriser ce truc qu’il avait en lui : une fureur de vivre, une impatience permanente, qui le faisait tourner chez lui comme un lion en cage.

Il a commencé à courir, et comme Forrest Gump, ll ne s’est jamais arrêté. Il a couru, roulé, nagé, tapé dans une balle de tennis, avec tant d’efficacité que l’effort est devenu son métier.

Entrainer les gens pour qu’ils aient le cerveau en paix et le cœur performant, c’était son devoir et il a tellement excellé qu’aujourd’hui encore et où qu’il aille, il a un parterre de fans, de gens reconnaissants pour la santé qu’ils ont acquise grâce à lui.

Mon père ne s’est jamais contenté d’être un sportif moyen et a couru tous les marathons qu’il a pu, fait du cyclisme en montagne, parcouru l’Atlas, l’Anapurna, pour sentir son cœur s’envoler.

Il n’y a qu’à la montagne qu’il est vraiment heureux, là où les cols sont pentus, les animaux libres, la végétation dense et les lacs translucides.

Mon père est tombé malade

À 63 ans, mon père est l’homme le plus impressionnant que j’ai jamais connu, même perché sur ses cannes de serin.

Il y a 5 mois pourtant, l’annonce de son cancer lui a donné un coup au cœur, aux jambes, et au moral. Sa vie allait changer, et il a eu du mal à encaisser cette nouvelle.

Le plus difficile a sans doute été de comprendre qu’il ne pouvait plus vivre comme avant. Cette maladie est insidieuse, cruelle et se réveille quand on ne l’attend pas.

Alors impossible de vivre comme si de rien n’était, en espérant que le crabe s’en aille tout seul.

Au début, on a cru à la chimiothérapie.

Après tout, c’est le traitement auquel la plupart des cancéreux ont droit, et pour certains c’est salutaire. Ça DEVAIT marcher.

Une maladie qui progresse vite

Pourtant, la première n’a rien fait, la seconde non plus et la troisième a aggravé son état.

Il y a un mois et demi, mon père a reçu l’interdiction de rentrer chez lui. Il devait aller dans un centre spécial, pour se reposer. La vérité c’est qu’il était mourant, à deux doigts des soins palliatifs.

Le corps était à l’agonie, le moral à zéro.

Mon père ne voulait pas manger ce qu’on lui donnait dans le centre. Lui qui a toujours acheté au jour le jour la viande, les fruits et les légumes pour ne consommer que des produits frais, ne pouvait pas se résigner à ingérer ce qu’il considérait être davantage du poison que des aliments.

Le médecin m’a appelé un jour pour me dire que c’était sans doute la fin, qu’il valait mieux que je ne parte pas en vacances et que je me prépare au pire.

Mon père, lui, en a décidé autrement.

Il est parti quelques jours en Bretagne, chez ma meilleure amie qui s’est occupée de lui comme de son propre père. Pendant 3 jours, il a été au soleil, a nagé dans l’eau froide, a couru un peu sur la plage, s’est nourri de produits locaux et délicieux… et a eu une épiphanie.

Il devait se battre.

Le cancer, il l’affronte avec le moral et du sport

Trois jours plus tard, il avait une infection des dents, mais un moral tout neuf, qu’il est parvenu à conserver.

Aujourd’hui, rien n’est gagné mais mon père se bat – d’après les médecins qui s’en occupent – comme personne. LITTÉRALEMENT.

Souvent, il n’est pas trouvable dans sa chambre, et se promène en bas, au rez-de-chaussée de l’hôpital sa perf sous le bras, avec tous ses potes, qui viennent en masse passer des heures et des soirées heureuses avec lui.

Entre deux chimiothérapies, il s’est le mois dernier échappé à la montagne, à Luchon, à 11h de bagnole, pour respirer l’air frais, manger à son goût et se dépenser un peu.

L’autre jour, j’ai donc reçu une vidéo de lui en train de courir doucement en montant un col à l’envers, une pierre dans chaque main pour rajouter à l’effort.

Une autre vidéo le montrait à 2000 mètres d’altitude, en train de faire des exercices sollicitant ses bras et ses cuisses pour décrasser sa machine.

Dans sa chambre d’hôpital, il y a désormais un vélo d’appartement, que les médecins lui ont trouvé.

Le soir parfois, il monte dessus torse nu, la perfusion toujours à côté de lui, et il pédale jusqu’à l’essoufflement.

Souvent aussi, il fugue de son centre pour marcher longuement et aller s’acheter de la nourriture correcte. Il parle d’ailleurs de ses fugues avec amusement et un rien de fierté, comme un adolescent ravi de sa connerie.

Il vit sa maladie comme il a vécu chaque seconde de sa vie : en faisant ce qu’IL voulait, en dépit de l’avis des autres.

Et il a raison. Ce nénuphar ne peut pas définir qui il est. Mon père restera jusqu’à sa mort, que je lui souhaite lointaine, un homme libre, le plus libre que je connaisse.

J’essaie d’être courageuse pour mon père

C’est sa passion et sa persévérance qui l’ont sauvé jusqu’à présent.

Dans quelques jours, mon père entamera un mois entier de chambre stérile et encaissera la plus grosse chimio de sa vie, qui lui fera perdre ses derniers cheveux et déchaussera ses dents.

Avant cette étape, il compte bien se préparer en effectuant un dernier séjour quelque part. Le cerveau sur on et les muscles tendus, il partira faire la plus grande des guerres.

Ce nénuphar n’aura pas raison de sa force, j’en suis persuadée. Et si l’avenir me donne tort tant pis, au moins j’y aurais cru très fort.

Le cancer nous est tombé dessus comme ça, sans crier gare, sans qu’on s’y attende. De tous les gens que je connais, je n’aurais jamais pensé que mon père serait celui à écoper de la maladie qui fait flipper le monde entier.

Le mois dernier j’étais en Thaïlande et chaque jour j’ai eu peur qu’on m’appelle pour me dire que c’était fini. Pendant ce séjour, mon père ne m’a demandé qu’une chose :

« Nage, comme quand tu es avec moi. Descends loin dans l’eau, là où c’est profond, et souffle longuement. Travaille ton apnée, fais bosser tes poumons. Et regarde tout pour moi ».

En Thaïlande j’ai fait deux plongées, et j’ai observé les fonds marins pour lui.

J’ai essayé de rendre hommage au sportif et à l’homme courageux qu’il est en n’ayant peur de rien, même des créatures les plus bizarres de type murènes et autres serpents visqueux.

Ma haine des crabes, peut-être prémonitoire

L’année dernière, j’ai raconté dans Laisse-moi kiffer que je hais les crabes. Je ne supporte pas leur manière de marcher et je déteste les trous parfaits qu’ils dessinent dans le sable.

Louise m’a demandé si c’était du dégout que je ressentais.

Je lui ai répondu par la négative :

« Les crabes m’énervent juste profondément et je sais pas pourquoi. »

Dans les eaux profondes du Golfe de la Thaïlande, j’ai vu d’énormes crabes et je les ai tous détestés, même sans qu’ils fassent le moindre trou.

Aujourd’hui, je sais que ma haine des crabes était prémonitoire.

Ces crabes que j’ai détestés étaient l’incarnation de ma plus grande peur : choper la maladie en C.

Aujourd’hui elle est là, et ça il n’est plus nécessaire de m’énerver, ça n’arrangera rien. Ce n’est ni la haine ni la peur qui sauvera mon père. Je l’ai enfin compris.

Mon père et moi, plus unis que jamais

Pour la première fois d’ailleurs, j’utilise le pronom « nous » pour parler du binôme que je forme avec mon père.

Lui et moi pendant des années ça a été dur, conflictuel. On ne s’est pas compris, on s’est hurlé dessus et on ne s’est jamais excusé pour les comportements qu’on a eus l’un envers l’autre.

C’est la maladie, la plus grande peur de ma vie, qui nous a rapprochés. Elle qui me fait utiliser le pronom « nous » maintenant..

Ce témoignage t’a touché ? Tu as une expérience à partager sur le sujet ? Viens en parler dans les commentaires.

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