TPMP et le viol conjugal : la décision du CSA

Touche Pas à Mon Poste, l'émission de Cyril Hanouna, a choqué avec une séquence au sujet du viol conjugal. Le CSA a été alerté et vient de rendre publique sa décision.

TPMP et le viol conjugal : la décision du CSA
La décision du CSA sur la séquence « viol conjugal » de TPMP

Le 2 mai 2019

Plusieurs mois après avoir reçu de très nombreux signalements suite à une discussion banalisant le viol conjugal dans TPMP (lire ci-dessous), le CSA a rendu publique sa décision.

L’émission ne sera pas sanctionnée :

« […] certains des propos tenus par l’animateur et les chroniqueurs de l’émission ont été particulièrement maladroits.

Le Conseil relève néanmoins que ceux-ci ne visaient pas à nier l’existence du viol conjugal ou à minimiser le traumatisme qu’il constitue.

Par la suite, un chroniqueur, puis l’animateur, sont intervenus à plusieurs reprises afin de rappeler précisément les termes du débat et d’apaiser les tensions. »

Le CSA précise également :

« Toutefois, le Conseil vous informe qu’il a adressé un courrier à l’éditeur l’invitant à veiller, lorsque des questions complexes et sensibles sont abordées, à ce que les discussions ne conduisent pas à une simplification extrême de leurs enjeux.

Nous tenons à vous assurer que le respect des droits des femmes dans les programmes télévisés est une préoccupation constante du Conseil. »

Le CSA alerté sur la séquence « viol conjugal » de TPMP

Le 29 octobre 2018

Il y a quelques jours, madmoiZelle réexpliquait le viol conjugal et le consentement à l’équipe de Touche Pas à Mon Poste, en réaction à une séquence hallucinante (lire ci-dessous).

Ce moment de télévision, supprimé depuis des replay de C8, a révolté bien des gens. Le Monde fait état de 650 signalements envoyés au CSA, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel.

Ce n’est pas une première pour l’émission de Cyril Hanouna : 3 millions d’euros d’amende, des plaintes visant Jean-Michel Maire (chroniqueur sur le plateau)Le CSA et TPMP, ça dure depuis un moment.

Le viol conjugal expliqué à TPMP

Publié le 26 octobre 2018

Le 23 octobre, l’équipe de Fun Radio a posté un tweet qui a créé la polémique.

L’émission Touche Pas à Mon Poste (TPMP) a souhaité revenir sur le sujet le 25 octobre dans la soirée. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le débat est ahurissant.

Le traitement de la polémique Fun Radio par TPMP : le vrai problème

J’ai hier expliqué que Fun Radio faisait en réalité un travail de sensibilisation. Qui peut paraître maladroit puisqu’il ne nomme pas les choses clairement – mais un travail de prévention qui vise à toucher un large public.

Le consentement est le thème de la semaine de l’émission Lovin’Fun en collaboration avec l’agence Santé Publique France et sa campagne Ok, pas ok diffusée sur le site onsexprime.fr.

Si je considère que leur démarche peut être efficace, à défaut de faire l’unanimité, j’ai cependant été choquée par les propos tenus dans l’émission TPMP à ce sujet.

Comme vous pourrez le constater dans cette série d’extraits : la majorité des chroniqueurs qui interviennent ne considèrent pas que toucher une personne pendant qu’elle dort est un viol.

Pénétrer quelqu’un pendant son sommeil, c’est un viol

Quelques exceptions sont à noter et parmi elles, Gilles Verdez. Ce dernier considère que la situation décrite est un viol. Et il se fait littéralement incendier par Cyril Hanouna lui-même, ainsi que par d’autres chroniqueurs.

À les entendre, Gilles Verdez confond tout. C’est même scandaleux car des personnes sont réellement victimes de viol, et comparer leur souffrance à une situation anodine comme celle-ci est intolérable…

Sauf que Gilles Verdez a raison : il s’agit d’un viol.

C’est Nabila qui pose une question qui est trop peu relevée dans ces échanges et qui aurait pourtant pu permettre d’éclaircir la situation :

« Comment on peut savoir si elle est d’accord, puisqu’elle dort ? »

La réponse est évidemment qu’on ne peut pas savoir.

Cela permet donc de qualifier ces actes comme un viol, puisque la définition juridique en est la suivante :

« Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol. »

On est bien dans le cas de la surprise. Pénétrer quelqu’un qui n’est pas capable de donner son consentement parce qu’il dort, parce qu’il est inconscient, c’est un viol.

Viol au sein du couple : ça reste un viol

Pour répondre à d’autres arguments avancés : oui c’est un viol MÊME s’il s’agit d’un couple.

Nous ne sommes plus au temps du devoir conjugal. Ça a pris un moment avant que la justice ne le reconnaisse, mais les partenaires ne peuvent exiger du sexe l’un de l’autre et cela même s’ils sont mariés :

« Le viol est puni de vingt ans de réclusion criminelle :

[…]

11° Lorsqu’il est commis par le conjoint ou le concubin de la victime ou le partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité »

Il n’y a pas de « vrais » ou de « faux » viols

Voilà pourquoi le discours selon lequel on ne peut pas comparer ça aux « vrais viols » est intolérable.

Il n’y a pas de « vrais » et de « faux » viols. Il n’y a que des viols.

Il y a une définition juridique. Il y a des victimes.

Seules elles et la justice sont habilitées à se prononcer sur la qualification des faits.

Viol et consentement : la prévention VS les discours dangereux

J’établis une distinction très claire entre le discours tenu dans l’émission Lovin’Fun et celui qui émerge de ces échanges dans TPMP.

Le premier, sur Fun Radio, visait à ouvrir le débat pour expliquer que non : faire quelque chose à quelqu’un sans lui demander son avis, ou le faire alors qu’il ou elle a dit non, ce n’est pas ok.

Alors que le second remet en question la notion juridique du viol. Au prétexte de lutter contre la censure il tente justement de faire taire ceux qui rappellent pourtant la loi.

C’est pour moi la démonstration qu’il faut continuer à parler de ce sujet, à tenter d’intéresser les personnes qui ne voient à l’origine pas le problème dans le fait de toucher voire de pénétrer quelqu’un qui dort.

Les amener à entendre les faits et les définitions juridiques : quand on n’est pas en mesure de donner son consentement, on est victime de viol.

Esther

Esther

Esther est tombée dans la marmite de madmoiZelle quand elle était petite. Elle n’a pas grandi, mais elle a depuis développé de fortes convictions féministes. Au croisement de la rubrique actu et de la rubrique témoignages, elle passe de temps en temps une tête à l’étranger pour tendre son micro aux madmoiZelles du monde entier !

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Commentaires

Keep

@Chat-au-Chocolat : tu peux remplacer délation par denonciation dans mon message: "on a pas tous le réflexe denonciation" c'est exactement ce que je voulais dire.

Et si tu considères le téléspectateur moyen comme un imbécile, libre à toi. Je ne vais plus venir sur ce sujet j'ai dit tout ce que j'avais à dire et quand on part sur le sens des mots ou les petites phrases ça ne m'interesse plus du tout perso...
 

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