À 14 ans, son débardeur est jugé « provocant » par son collège

Lola a été réprimandée à plusieurs reprises par le corps éducatif de son collège : son débardeur puis son pull ont été jugés trop provocants pour qu'elle puisse les porter. Elle et sa mère racontent à Océane tout ce qui s'est passé.

À 14 ans, son débardeur est jugé « provocant » par son collège©StockSnap/Pixabay

Peut-être as-tu déjà vu l’info passer dans les médias : Lola, 14 ans, collégienne dans un établissement public d’Isère, a été embarquée dans une procédure disciplinaire pour avoir porté un débardeur en cours.

Il était important pour moi de discuter directement avec Lola et Marion, sa mère, pour qu’elles nous racontent cette histoire de leur bouche.

Et c’est chose faite.

Voici donc le récit détaillé de ce qu’il s’est passé.

Punie parce qu’elle porte un débardeur au collège

Beaucoup de médias ont relayé cette affaire, et pour cause : en 2019 on ne s’attend plus à ce que ce genre de situations soient possibles.

Sur madmoiZelle, nous avons déjà relayé plusieurs affaires de ce type qui nous ont mis en colère : une jeune fille en jupe et collants dont la tenue a été qualifiée d’indécente, ou encore un lycée dans le sud de la France dans lequel les shorts étaient interdits aux filles.

Cette fois-ci c’est Lola, 14 ans, qui a été reprise plusieurs fois par le corps éducatif de son collège parce qu’elle portait un débardeur ou un pull découvrant ses épaules.

L’histoire s’est déroulée en septembre, et en plusieurs étapes. Lola raconte :

« Une copine à moi s’est fait reprendre parce qu’elle portait une robe tee-shirt qui était trop courte pour la CPE. À 16h30, devant la sortie, les surveillantes sont allées lui parler, et lui ont dit qu’il ne fallait pas mettre ça.

J’écoutais et je leur ai dit que moi je ne trouvais pas que sa robe était trop courte : elle n’était pas courte, elle s’arrêtait aux genoux.

Elles ont commencé à me parler de ma tenue parce que je portais un débardeur (celui sur la photo qui a tourné sur les réseaux).

Elle m’a dit : « par exemple, toi, avec ton débardeur, on voit l’encolure de ta poitrine. Je n’ai pas envie de voir l’encolure de ta poitrine ».

Elle m’a fait plein de réflexions, me disant que c’était dangereux de s’habiller comme ça dans la vie de tous les jours, qu’il ne fallait pas porter ce genre de vêtements…

Elle m’a dit que le pervers du bar préfèrerait me violer moi plutôt qu’elle parce qu’elle était habillée normalement.

Elle a continué en disant que c’était à cause de ma maman qui était tout le temps en jupe et en robe, que je n’avais pas besoin de montrer mon corps à tout le monde. »

Juste après cela, Lola et ses deux copines qui étaient présentes sont allées tout raconter à Marion, la mère de Lola.

Marion s’est empressée de faire un mail à la proviseure pour rapporter les paroles des surveillantes, et les deux parents de Lola ont été directement convoqués.

À ce rendez-vous, la proviseure assure aux parents de Lola que les débardeurs sont parfaitement autorisés dans l’établissement, et ils sortent de ce rendez-vous rassurés.

Un pull qui découvre les épaules, une autre tenue jugée provocante

Jusqu’à ce qu’un autre évènement se produise, la même semaine. Lola continue de raconter :

« Je suis arrivée à 8h, j’avais un pull qui découvrait mes épaules.

La CPE qui était au portail m’a dit de mettre un veste. Je lui dis non, que je n’allais pas mettre de veste parce que je n’en avais pas, et elle m’a dit d’aller directement chez la proviseure.

On y va ensemble, et elle lui demande ce qu’elle pense de ma tenue. La proviseure répond que ça ne va pas du tout, et que je dois vite aller chercher une veste aux objets perdus de la vie scolaire pour me couvrir.

Je lui demande pourquoi, et elle me répond : « si quelqu’un tire ton pull dans les couloirs, tu te retrouves seins nus ».

Je sors donc avec la CPE qui me ramène en cours, et elle me dit qu’elle ne va pas me donner une veste des objets perdus, que je porterai la sienne, que ce sera moins sale.

Je mets sa veste, et j’explique ce qui s’est passé à ma mère par téléphone, pour la prévenir qu’ils allaient peut-être l’appeler.

J’avais raison puisque la CPE l’a appelée en lui disant que j’étais venue à l’école avec un haut provocant. »

À la récréation de 10h, Lola qui avait ses affaires de sport avec elle, et qui avait trop chaud avec la veste de la CPE en plus de son pull, va dans les toilettes pour se changer (« il faisait 30°C ce jour-là », précise la mère de Lola).

Son collège étant en travaux, les toilettes sont dans des préfabriqués, et il n’y a que 5 ou 6 cabines pour tous les élèves.

Elle se change donc hors de la cabine dans les toilettes des filles, quand une surveillante rentre et lui crie qu’elle n’a pas le droit de faire ça et que personne n’a envie de voir ses seins.

Alors que Lola était en soutien-gorge.

Lola répond qu’elle est bien obligée de se changer puisque son haut ne convient pas à l’établissement, et elle rend sa veste à la CPE.

En rentrant chez elle pour manger à midi, la mère de Lola lui dit de remettre le pull qu’elle avait le matin, en lui disant qu’il n’y a rien de problématique ou de provocant, et que ce n’est pas à son collège de décider comment elle doit s’habiller.

Elle lui fait un mot adressé à la CPE :

« Ma fille retournera avec le haut qu’elle avait ce matin au collège. »

Elle lui donne en plus un extrait de la loi pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Lola retourne au collège, elle donne le mot et les impressions à sa CPE, qui en fait des photocopies, puis elle retourne en cours.

À 17h, Marion reçoit un nouveau coup de téléphone prévenant que Lola s’est exhibée dans les toilettes, prétendument vitrées, ce qui la mettrait à la vue de tous et toutes depuis la cour de récréation.

Marion viendra constater par elle-même que les toilettes ne sont pas du tout vitrées mais belles et bien fermées et sans fenêtres. Elle fera un nouveau mail à la proviseure avec photos à l’appui.

Une convocation à la gendarmerie et une procédure disciplinaire pour une tenue vestimentaire

Dans toute cette histoire, Marion n’a pas lâchée l’affaire.

Choquée qu’on veuille apprendre à sa fille et aux autres filles de l’établissement que leur corps et leurs tenues sont dangereuses et provocantes, elle s’est battue jusqu’au bout.

Quelques jours après ce dernier évènement avait lieu une réunion pour tous les parents d’élèves de troisième au collège ; Marion a imprimé et distribué des tracts aux parents pour les avertir.

Pendant la réunion, la proviseure a bien dit aux parents que les débardeurs étaient autorisés, mais que les jupes trop courtes et les habits de « boîte de nuit » n’étaient pas corrects pour se rendre en cours.

Les parents ont posé des questions et protesté, demandant ce que voulait dire exactement une tenue de « boîte de nuit ».

Pendant ces différents évènements, Marion avait réalisé une vidéo YouTube sur la chaîne de Cindy Tamagnini, une amie à elle, pour exprimer sa colère et dénoncer les agissements du corps éducatif du collège de Lola.

Vidéo qui a donné lieu à une convocation de Lola à la gendarmerie en tant que témoin, le contenu en question ayant été jugé diffamatoire pour le collège.

Dans les jours qui ont suivi, Lola a également reçu à son domicile une lettre recommandée pour une procédure disciplinaire à son encontre.

Le motif : ne pas avoir respecté le règlement intérieur de l’école, quand ce dernier stipule qu’il faut que « les élèves viennent en cours avec une tenue décente et propre » pour travailler.

Révoltée, Marion a refait une vidéo sur la même chaîne de Cindy Tamagnini, vidéo qui a fait plus de 40 000 vues et qui a alerté les médias.

La victoire de Lola et Marion contre le collège

Marion raconte ses échanges avec le rectorat suite à la lettre évoquant la procédure disciplinaire :

« Suite à toute cette polémique qui est passée dans les médias, le rectorat, qui ne m’avait pas encore contactée, m’a appelée, et on a toutes été convoquées jeudi 10 septembre avec une dizaine d’autres personnes.

Je les ai mis face aux faits : que Lola avait été convoquée pour une procédure disciplinaire, et ils me soutenaient le contraire en me disant qu’ils s’étaient mal exprimés, qu’ils voulaient juste nous voir.

Alors que les mots « procédure disciplinaire » étaient écrits noir sur blanc sur la lettre qu’on a reçue !

J’avais aussi récupéré les photos de classe des années précédentes où les gamines étaient épaules dénudées, mais le rectorat ne voulait pas en démordre.

J’ai compris qu’ils ne voulaient pas désavouer la proviseure et qu’ils étaient derrière elle.

Mais ils étaient quand même embêtés par l’ampleur qu’avait pris l’histoire.

Ils m’ont demandé ce que je voulais, je leur ai dis que je ne voulais pas que ma fille ait une procédure disciplinaire, et qu’ils marquent noir sur blanc sur les carnets de liaison que les débardeurs sont autorisés dans l’établissement.

Parce que là ça devient du grand n’importe quoi, si une gamine de 14 ans ne peut plus venir en débardeur parce qu’on a peur qu’elle se fasse agresser, c’est qu’il y a un problème.

Si on estime que c’est une tenue provocante, jusqu’où on va aller ?

Demain ce sera les leggings parce que ça moule les jambes et qu’on voit les cuisses ?

Ils ont dit qu’ils ne mettraient pas de procédure disciplinaire à Lola, puisque ce n’est apparemment pas ce qu’ils souhaitaient, et qu’ils écriraient la mention souhaitée sur les carnets de liaison. »

À la suite de ce rendez-vous, il a fallu que les parents d’élèves insistent pour que la mention autorisant noir sur blanc les débardeurs dans l’enceinte de l’établissement soit écrite.

Pendant toute cette histoire, Lola, elle, s’est sentie soutenue :

« Toute cette histoire, je l’ai assez bien vécue, parce que je me suis rendue compte qu’il y avait d’autres filles dans mon cas, y compris dans mon établissement.

J’ai reçu énormément de témoignages.

Tout le collège était au courant de l’histoire, tous les jours on venait me voir en me disant qu’on m’avait vu ici et là dans les médias.

Mes copines me soutenaient, et certaines étaient étonnées que ça ait pris autant d’ampleur. »

Et toi, est-ce que tu as déjà vécu ou entendu parler d’une histoire similaire dans un établissement scolaire près de chez toi ?

À lire aussi : Une lycéenne répond avec humour au dress code sexiste de son école

Commentaires

pikalovescoke

Quand je pense que j'allais à l'école en débardeur + rikiki jupe + bas résille + talon de 10 et qu'on ne m'a JAMAIS emmerdée (que ce soit les garçons et leurs "hormones" ou le personnel enseignant !).

Et je trouve déjà bien pudique de la part de la fille d'avoir mis un jean. JAMAIS je mettrais un jeans par plus de 25°C, pour ma part, même dans le milieu du travail.

Parfois je me dis que l'uniforme, ça pourrait au moins régler ce problème là: plus de risques de se faire reprendre car une personne trouve ce vêtement indécent alors qu'on a passé 1h le matin à réfléchir comment s'habiller pour justement pas paraître indécent (mais sans cuire comme un homard)

Si on peut arrêter de juger les filles sur leur tenue, le monde s'en porterait mieux ! (Et je pense que c'est un poids social tellement important que, sans ça, les filles accompliraient des choses encore plus extraordinaires. Quand je vois la pression que ça me met dès que j'OSE mettre autre chose qu'un jean, des basket et un pull, peur d'être jugée, même s'il fait 30°C, je me dis que si j'avais pas la moitié de mes pensées orientées vers cette pression, j'aurais bien plus de capacités libres pour réfléchir sur des sujets importants et pour me concentrer.)
 

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