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La subvention pour célébrer la « pureté » des filles en 2019 annulée

La fête de la Rosière a pour but de célébrer la « pureté » des jeunes filles. Après le tollé, la subvention vient d’être annulée.

– Mise à jour du 23 août 2018

La mairie de Salency, qui avait en mars accordé une subvention à la Confrérie de Saint Médard pour l’organisation de la fête de la Rosière, vient de revoir sa décision.

Comme le rapporte Le Parisien, le maire de la commune s’est retrouvé au centre de cette histoire.

« J’ai reçu 150 mails en deux jours, des messages qui m’ont blessé, relate Hervé Delplanque, maire (SE) de Salency. Je suis impliqué dans cette polémique sans en être l’organisateur. »

À l’unanimité, les élus de la commune ont donc décidé d’annuler la dotation de 1800 euros qui avait été faite à la Confrérie.

Outre ces questions de fonds qui pourraient rendre cette célébration compliquée, la préfecture craint aujourd’hui des troubles à l’ordre public après l’indignation qu’avait suscité cette nouvelle.

Cela remettrait en cause l’organisation de la Fête de la Rosière, mais les autorités se donnent le temps avant de prendre une décision : la fête n’est en effet prévue que dans un an.

– Article publié le 13 août 2018

La Confrérie de Saint Médard, à Salency, dans l’Oise, s’est lancée depuis quelques années dans un drôle de projet : relancer la tradition de la Fête de la Rosière en 2019. C’est le Parisien qui relaie de nouveau cette information, après avoir abordé le sujet une première fois en 2017.

Cette célébration vise à mettre une jeune femme et sa féminité à l’honneur.

Le tout au cours d’une cérémonie « mêlant dans une agréable harmonie le civil et le religieux » selon l’homme souhaitant restaurer cette tradition abandonnée depuis 1987.

Mais il n’est pas question de choisir n’importe quelle jeune femme, bien sûr, il faut que celle-ci remplisse quelques critères. Lesquels me direz vous ?

« La conduite irréprochable, la vertu, la piété, la modestie, mais aussi… la virginité, » rapporte le Parisien.

Quelles sont les critères de la féminité selon la Fête de la Rosière ?

Rassurez-vous, selon le Président de la Confrérie, « il ne s’agit pas de trouver une vierge comme beaucoup le pensent, mais de dénicher dans le village, une jeune fille vertueuse, avec des dispositions à faire le bien et fuir le mal, empreinte de valeurs de respect ».

Mais bon, on conserve tout de même les critères d’origine (dont la virginité donc), pour rester fidèles à la tradition.

Toutes ces « qualités » correspondent à une certaine idée de la femme : douce, obéissante, appartenant à son père puis à son mari… priant avec ferveur.

Des critères valorisés par la religion, mais qui sont contestables.

Que cache-t-on derrière cet idéal de vertu ? Les fameuses « disposition à faire le bien et fuir le mal » ? Est-ce que l’on peut vraiment juger une jeune femme à peine majeure de manière aussi binaire, manichéenne ? Sans compter que le bien et le mal sont à géométrie variable.

Pourquoi lui demander d’être modeste ? À quoi servent ces injonctions à se faire petite, à ne pas se féliciter de ses accomplissements ? Cela ne fait que renforcer la socialisation genrée qui encourage les garçons à être fiers d’eux et à prendre la parole, et les filles à ne pas réclamer le crédit qu’elles méritent et à se satisfaire de ce qu’on veut bien leur donner.

Le mythe de la virginité, tenace et odieux

Et le pompon, la « virginité ». Faut-il rappeler que ce concept va de paire avec le mythe de l’hymen ? Quid d’un hymen inexistant à la naissance, ou déchiré suite à une activité sportive ? La virginité peut de toutes façons avoir diverses définitions ! J’ai abordé ce sujet dans mes reportages au Liban. Là-bas, pour se « préserver », des jeunes femmes pratiquent la sodomie. Sont-elles encore vierges après ça ?

À lire aussi : Faire semblant d’être vierge : les Libanaises expliquent leurs techniques

Qu’on se rassure, il n’y aura pas d’examen médical pour juger de ce critère nous dit le Président de la Confrérie. D’abord, encore heureux, puisqu’ils sont forcément faussés comme expliqué ci-dessus. D’autant plus que s’il ne s’agit que de ça, il existe quantité de techniques pour la feindre, à commencer par l’hyménoplastie.

Mais tenez vous bien : il souhaite à la place s’en remettre à la « rumeur publique », selon des propos datant de l’année dernière.

Rien de moins qu’un tribunal populaire, pour jauger l’activité sexuelle d’une jeune femme, comme si la rumeur attendait les faits pour se répandre.

Combien de jeunes lycéennes se sont vues traitées de salope, pointées du doigt pour avoir « couché », sans que cela soit fondé ?

À l’heure où poster une photo de soi en lingerie sur Twitter pour célébrer l’amour propre vaut immédiatement qualification de « pute », je pense qu’on peut sérieusement reconsidérer la valeur de la « rumeur publique ».

Ce critère expose en réalité les jeunes à du slutshaming pur et dur.

Si vraiment le critère de la virginité, aussi pété soit-il, est important… Pourquoi ne pas s’en remettre à la parole des jeunes femmes concernées ? Ce sont sans doutes les plus aptes à en juger.

Les valeurs religieuses sont religieuses, pas universelles

Tout cela est enrobé dans un discours chrétien, l’argument religieux couvrant le sexisme et la misogynie intrinsèques à ces critères de sélection.

Soit. Mais dans ce cas, ne qualifiez pas cette célébration d’ « agréable harmonie entre le civil et le religieux ». La fête de la Rosière n’a rien de « civil ». Assumez pleinement que cela ne relève de rien d’autre que de la religion.

Cessez de vouloir appliquer des critères religieux à la définition de LA FÂME en général. C’est vrai par exemple pour la pureté, la virginité vue par une certaine lecture du christianisme, comme pour la modestie, la pudeur, vue par une certaine lecture de l’Islam.

En clair : assumez que ces visions de la féminité sont religieuses, et cessez d’essayer de les faire passer pour des valeurs laïques.

Ne pas confondre : un choix intime et une injonction

Se voiler est un choix intime et religieux, qui appartient à la personne concernée mais ne préjuge aucunement de la valeur d’une femme dans la société.

Ne pas avoir de relations sexuelles hors mariage est un choix intime et religieux, qui appartient à la personne concernée mais ne préjuge aucunement de la valeur d’une femme dans la société.

Ces visions religieuses de LA FÂME ont en commun d’être réductrices, de limiter la féminité à une seule perspective, alors que LES femmes sont tellement multiples. Plurielles. Différentes. Avec des aspirations et des caractères variés. Des intérêts et passions qui leur sont propres. Des visions du monde disparates.

Nous sommes innombrables et nous sommes uniques.

Il faut cesser de plaquer des visions religieuses sur la société dans son ensemble. Que celles qui croient et souhaitent pratiquer soient libres de le faire comme bon leur semble. Mais laissez le « civil » en dehors de tout ça.

Assez des injonctions sexistes, quelles qu’elles soient

On se bat contre les injonctions patriarcales à s’épiler et porter des talons, à se sexualiser, comme on se bat contre les injonctions à « se respecter ».

Je ne veux souffrir, dans la sphère dans laquelle j’évolue, d’aucune de ces injonctions, toutes aussi sexistes les unes que les autres.

Et au-delà de moi, je pense à ces filles qui dès un très jeune âge se voient imposer ces visions

Cette fête de la rosière ne devrait pas promouvoir des valeurs qui portent atteinte à l’égalité et veulent refaire des (jeunes) femmes des êtres non-émancipés.

In fine, le sexisme n’est pas plus acceptable lorsqu’il est porté par une institution ou un discours religieux. Le sexisme prétendument bienveillant, c’est toujours du sexisme.

L’injonction à « se respecter », lorsqu’elle signifie rogner ses libertés pour se conformer à une attente sociale ou religieuse, c’est toujours une injonction liberticide.

Les valeurs de la féminité, en 2019, c’est quoi ?

Cette fête a été créée au Vème siècle, et c’est sans doutes de là que vient le problème. Depuis, la société a bien évolué.

Si ces valeurs étaient effectivement des valeurs « féminines » à cette époque, elle ne le sont plus désormais, et je ne m’en plains pas.

D’ailleurs, quelles sont les valeurs de la féminité aujourd’hui ? Quelle en est ta vision ? Je suis prête à parier que les réponses seront… toutes différentes, parce qu’il y a autant de manières d’être féminines que de personnes qui s’approprient ce qualificatif.

Si l’on devait vraiment célébrer la féminité de 2019, quels critères proposerais-tu pour choisir une lauréate ? Viens en parler dans les commentaires !

Les Commentaires
26

Avatar de Sophie L
23 août 2018 à 15h11
Sophie L
"Qu'on se rassure, il n'y aura pas d'examen médical pour juger de ce critère (la virginité), a dit le président de la Confrérie"...
Encore heureux, mais ENCORE HEUREUX !! ! J'hallucine, fallait-il qu'il rajoute cette phrase horrible en plus de défendre ce projet plus que douteux ? en France, en 2018 ?
La vérification de la pureté par un examen gynécologique serait une grave atteinte à l'intimité, à la dignité humaine ! Quelle horreur.
Même si je respecte totalement les femmes qui font le vœu de chasteté, pureté, virginité etc., cela relève du choix personnel et ne doit en aucun cas faire l'objet d'une injonction sociétale ou d'une institutionalisation.
Non mais on est OÙ là ??! Très contente que les soutiens aient été retirés.
Puis quoi encore.
9
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