« Prendre du temps pour moi » ? Mdr, depuis que je suis mère, j’ai oublié comment faire


On conseille souvent aux jeunes mères de « prendre du temps pour elles ». OK, merci pour l'idée, mais ce n'est pas si simple...

« Prendre du temps pour moi » ? Mdr, depuis que je suis mère, j’ai oublié comment faireLina Kivaka / Pexels

S’il y a bien un conseil que j’ai entendu depuis que je suis devenue mère, c’est celui-ci : « Tu devrais prendre du temps pour toi. » Mes copines — avec ou sans enfant —, ma famille, mes collègues, la presse féminine et même mon mec semblent s’être passés le mot.

Moi, sur le papier, je ne suis pas contre : ça a l’air sympa du temps pour soi. Mais j’ai quand même l’impression que cette formule toute faite est un objectif aussi inatteignable pour moi que dégoter une place pour sa serviette sur la seule plage de sable d’Antibes un dimanche 15 août.

Eh oui, du temps pour moi, il faudrait déjà que j’en trouve.

Du temps pour moi ? Où ça ?

Entre le moment où je finis ma journée de boulot et celui où ma fille s’endort vers 21 heures (les bons soirs où elle décide de coopérer et de reconnaître que oui, elle a sommeil, pas ceux où elle court encore cul nu dans l’appart à 23 heures parce qu’elle refuse que je lui change sa couche), je n’ai littéralement pas une minute de libre.

Et quand elle dort, je pousse un grand ouf de soulagement et je fais tout ce que je n’ai pas eu le temps de faire dans la journée, genre lancer des lessives, payer des factures ou ranger l’appart qui ressemble à une œuvre d’art contemporaine, morceaux d’aliments séchés au sol inclus.

Non, mais franchement qui a eu l’incroyable idée de faire de la diversification menée par l’enfant, c’est-à-dire de la laisser s’écraser seule des morceaux de légumes et de fruits dans la bouche, avec une marge d’erreur allant de ses cheveux au canapé ?! (Cette question est rhétorique, je sais très bien que je me suis infligé ça toute seule.)

Si je n’ai pas de temps pour moi (ou si peu), ce n’est même pas parce que je porte seule le poids des tâches ménagères et parentales. Non, on se répartit bien le boulot avec son père : pendant que l’un donne le bain, l’autre commence à préparer le repas, puis on échange pour la nourrir, la divertir et la mettre au lit. C’est juste qu’un bébé ça demande BEAUCOUP d’attention par jour (et par nuit), ou alors, c’est juste la mienne et c’est pas de bol (mais ne me dites rien, j’ai besoin de croire que tous les parents traversent la même chose).

J’ai bon espoir qu’un jour — avant ses 18 ans, je vous en conjure — la situation s’améliore et que je puisse retrouver effectivement du temps libre. Mais, en attendant, méfiez-vous des petites phrases toutes faites. Ne proposez pas à une jeune mère de « prendre du temps pour elle », sauf si vous êtes prête derrière à assurer le baby-sitting.

D’ailleurs, plusieurs des personnes citées au début de cet article m’ont effectivement proposé de garder ma fille quelques heures. Ce qui consiste en ce moment grosso merdo à la tenir par les mains pour qu’elle puisse marcher dans tout l’appart, et à la laisser vider l’intégralité de nos placards pour réaliser son plan machiavélique, consistant à répandre sa bave dans la rainure des couvercles de tupperwares.

Je ne me souviens plus de ce qui me faisait plaisir

Et là, j’ai été confrontée à un autre problème : prendre du temps pour moi, je ne savais plus comment faire. Le temps, je l’avais, c’est donc la partie « pour moi » qui coinçait.

C’est comme si je ne me souvenais plus de ce qui me faisait plaisir, comme si j’avais passé trop de temps sans moments de loisir, et qu’une fois ces instants retrouvés, j’étais incapable de me lancer dans une activité.

« Jouer à un jeu vidéo ? OK, mais lequel ? Et est-ce que ça vaut le coup de se lancer dans une nouvelle partie si je ne sais pas quand je pourrais rejouer à nouveau ? Faire une activité créative ? Hummmmm et qui est-ce qui va se précipiter pour manger la peinture pas encore sèche en rentrant ?! Écrire un jeu de rôle, pfff, j’aurais jamais le temps de le faire jouer à d’autres personnes, alors à quoi bon ? »

Le seul loisir que j’ai conservé, c’est la lecture. Mais j’ai un mal de chien à me concentrer. Comme si j’avais toujours une liste de tâches à faire qui tournaient en arrière-plan dans ma tête, et que ça me bouffait de la bande passante.

« Tiens, faudra pas oublier de relancer une lessive de bodies, le stock est bas. Il reste assez de couches pour tenir jusqu’à ce week-end ? Et c’est quand déjà le prochain rendez-vous chez le pédiatre ? Attends, c’est qui lui déjà ? Merde, je m’en souviens plus, faut que je relise le chapitre précédent pour savoir… »

Est-ce que c’est le manque d’habitude qui m’empêche de profiter pleinement du « temps pour moi » ? Est-ce que c’est la fatigue des nuits hachées qui obscurcit ma mémoire ? Est-ce que je suis devenue cette mère incapable de se poser tant qu’il reste quelque chose à faire ? Est-ce que mes neurones ont fondu à tout jamais suite à mon accouchement ? Voilà le genre de questions qui traînent dans ma tête en ce moment.

Je suis donc en plein ambivalence maternelle. D’un côté, j’ai envie de me barrer quinze jours loin de ma fille pour retrouver ma vie d’avant avec mon amoureux où l’on pouvait faire des grasses mat’, lézarder au soleil et passer des heures à se balader sans devoir s’inquiéter des jauges du bébé (oui, comme dans Les Sims, mais en mode difficile, puisque c’est à toi de deviner ce qui ne va pas). De l’autre, l’idée d’être séparée d’elle plus de quarante-huit heures me tord le bide.

Bref, vous l’aurez compris, je ne sais plus prendre du temps pour moi sans ma fille. À force d’être en mode « machine de guerre » pour prendre soin d’un nouvel être humain (en pleine pandémie mondiale qui plus est), je n’arrive plus à renouer avec la version détendue de moi-même. Pourtant, je sais qu’elle existe, bien planquée derrière les to-do lists.

Alors, si vous avez des astuces pour m’aider à la retrouver, je suis preneuse. Et si vous voulez juste m’écrire pour me dire : « Moi aussi, je suis passée par là, t’inquiète, ça va passer », je prends aussi !

À lire aussi : Vous ressassez encore votre accouchement ? Vous n’êtes pas seule

Clémence Boyer

Clémence Boyer


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Commentaires

FilledeLoup

Je suis plus dans la même team que @Coco l'asticot.
Une fois l'enfant couchée, pour la sieste ou la nuit, ça roule.
Mais c'est vrai que ça n'a pas toujours été aussi simple.
En fait ce qui me gênait c'était le côté imprévisible. Quand elle était vraiment petite (jusqu'à 5/6 mois), on ne savait pas combien de temps allaient durer les siestes. Ni à quelle heure elle allait dormir le soir. Du coup je n'osais trop rien commencer. Maintenant ça va mieux : lecture, série, broderie, jeux vidéos. Ou du temps avec l'amoureux bien sûr.

Par contre mon souci personnellement, c'est quand elle est réveillée !
Elle a bientôt 15 mois donc elle a de bons moments d'autonomie et je sais pas si j'ai un problème mais j'ai énormément de mal à faire autre chose que : jouer avec elle, la regarder jouer ou autres trucs du genre.
Mon mec n'hésite pas à lire sur son téléphone mais moi, à part de très courtes phases, j'ai la petite voix en mode "Tu montres pas un bon exemple à être sur ton téléphone !". Lire un roman, j'y arrive pas, j'ai besoin d'être dans ma bulle.
Avec la broderie, j'y arrive un peu (si c'est du canevas, c'est moins "prenant"/complexe).
Et sinon, histoire que je passe aussi un temps pour moi, on va se promener (j'aime beaucoup prendre l'air).
Mais sinon c'est vrai que j'ai du mal à ce que mon cerveau soit pas en mode MAMAN.

Je me dis que plus elle va grandir et moins j'aurai de mal à me détacher de ça :coiffe: J'espère que je ne me berce pas d'illusions sinon je vais déjà prendre un peu cher quand on va passer à une seule sieste par jour !
 

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