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Top 5 des meilleurs films que vous avez loupés bande de gueux (oui, bon c’est Kalindi)

Oubliez décembre et ses rétrospectives annuelles en tout genre. Le seul Top 5 cinéma dont vous avez besoin, c’est celui de Kalindi. Même si on est au mois de juin.

Avez-vous déjà lu la page Wikipédia de Blaise Pascal un dimanche matin ?

Si la réponse est non, alors vous faites partie des gens heureux, dont même la traditionnelle gueule de bois post-samedi soir ne parvient pas à rompre votre air de ravi de la crèche. Si la réponse est oui, je ne peux rien pour vous, vous avez définitivement sombré du côté obscur du dimanche, où toute page Wikipédia mortifère est bonne à lire pour aggraver encore votre état de seum. Vous êtes sans doute d’ailleurs en train d’écouter ce texte en même temps qu’une sonate de Bach, histoire de définitivement tailler les veines de votre amour pour l’existence.

Je vous raconte ça parce que moi dimanche dernier, j’ai lu 3 fois la page Wikipédia de notre ami Blaise Pascal et aussi 5 fois celle de Ottis Toole, qu’on appelle communément « le cannibale de Jacksonville », tellement je préférais tout faire que d’écrire cette chronique. Je crois même que j’ai fait la vaisselle à un moment donné, c’est dire.

Non mais je vous jure, je suis plus fatiguée d’avoir élaboré des plans pour procrastiner que je l’aurais été si j’avais simplement travaillé, c’est fou non ? Ah non, c’est juste français. 

Pourquoi ce niveau de flemme ? Mais parce que je suis au bout du rouleau mes petits amis ! Je suis ratatinée par la locomotive de l’existence. Comme chaque année en juin, mon cerveau is totalement vide. Heureusement, les grandes vacances arrivent. Alors comme je suis un être humain hautement prévoyant et altruiste, j’ai décidé de clôturer cette première saison du Seul avis qui compte avec un épisode spécial sur les meilleurs films de cette première moitié 2022, histoire que vous puissiez rattraper votre éventuel retard ciné.

Voici donc le seul top qui compte :

1- The Innocents du Norvégien Eskil Vogt

Si je n’ai jamais pu supporter plus de 10 minutes d’une production Marvel, le petit film The Innocents a su me réconcilier avec les histoires de super-héros. Il faut dire que ceux-là ont troqué les capes et les moule-bites contre les tourments, de ceux qui nous habitent quand on n’a même pas 10 ans.

Copyright capelight pictures OHG

The Innocents – Copyright capelight pictures OHG

The Innocents, c’est l’histoire d’Ana, Aisha, Ben et Ida, des enfants qui vivent dans une cité HLM en Norvège et se lient d’amitié pendant leurs vacances. Mais ils ne sont pas des gamins comme les autres. Non, ils ont des pouvoirs. Et si Aisha et Anna s’en servent pour s’entraider, Ben, un enfant négligé par sa mère et visiblement perturbé, s’en sert pour se venger de tous ceux qui lui ont fait du mal. Une vague de violence déferle alors sur la cité HLM, où les meurtres se succèdent.

Avec The Innocents, dont on ne peut toutefois pas ignorer les longueurs, surtout dans son premier tiers (45 minutes, c’est trop long pour démarrer les hostilités) Eskil Vogt signe un film taiseux mais inoubliable sur les terreurs enfantines.

2 – Licorice Pizza de Paul Thomas Anderson

Changement d’ambiance avec le film qui occupe la place numéro 2 dans mon cœur : Licorice Pizza, de Paul Thomas Anderson, qui ne raconte strictement rien d’intéressant mais fascine tout de même, et ça, c’est un exploit.

Copyright 2021 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. All Rights Reserved. Stars Alana Haim , Cooper Hoffman

Alana Haim, Cooper Hoffmannt dans Licorice Pizza – Copyright 2021 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc.

« Licorice », ça veut dire réglisse en anglais.

La réglisse, on aime la torsader ou l’étirer en de longues tiges avant de la rouler sur elle-même pour obtenir un cercle plat.

Imaginez les cercles noirs et luisants de votre enfance dans des proportions plus grandes, plus larges, de la taille d’une pizza. Et comme par miracle, vous obtenez un vinyle. Un vinyle qui jette du Nina Simone ou du Mason Williams, comme dans la bande originale de Licorice Pizza, l’hommage de Paul Thomas Anderson aux années 1970, aux boutons d’acné, aux crop tops, à la Californie, et aux premières amours bien sûr.

Licorice Pizza l’histoire d’Alana Kane et Gary Valentine, deux jeunes Américains devant composer avec le starter pack qui leur a été distribué : des hormones en ébullition, des envies rebelles, de l’acné, et des coupes de cheveux de merde pour l’un ; un caractère bien trempé, un appareil photo, une grande gueule et des crop-tops pour l’autre.

C’est surtout l’histoire d’un premier amour qui naît comme tant d’autres : autour de la musique, de quelques fêtes, d’une timidité cachée sous une mèche et une fausse gouaille. Mais ce premier amour a ceci de différent — sinon bordel on aurait encore eu droit à une teen romcom tout ce qu’il y a de plus convenu — qu’il explore la Californie des années 1970 joliment hantée par le fantôme d’Hollywood (et ses déceptions).

En effet, Gary est un enfant acteur et s’est déjà illustré dans quelques films, ce dont il se sert pour draguer allègrement Alana, l’assistante du photographe scolaire, de 10 ans plus âgée que lui.

Et bien que celle-ci se refuse à céder aux avances d’un « minus », un lien se crée entre eux, qui donnent de nouvelles couleurs à leurs vies respectives.

3 – Spencer, de Pablo Larrain

De Lady Di, vous connaissez la traque des paparazzis, la tromperie de son mari, ses querelles avec la famille Windsor, son carré brushé et bien sûr son décès tragique.

Copyright Divulgação

Kristen Stewart dans Spencer – Copyright Divulgação

Mais dans quel état psychologique son statut d’oiseau à abattre l’a-t-il menée ? Comment traverser l’existence quand on est un agneau dans une louverie ?

Pablo Larrain propose quelques réponses dans son uchronie Spencer, un drame précieux et singulier (écrit par le grand Steven Knight) qui obsède sitôt qu’on lui cède.

Dans ce biopic fictif très taiseux, il n’y a de place que pour Diana et sa souffrance. Les autres protagonistes font figure d’anecdotes, n’existent que pour servir la descente de leur agneau à l’abattoir.

Pablo Larrain a fait le choix de concentrer l’intrigue uniquement sur ce personnage, décimant les premières couches de sa psyché pour ausculter ses tréfonds, dans un film qui flirte avec l’horreur.

C’est sur fond de musique lancinante, presque effrayante qu’il déroule sa (sublime) photographie, et dans un château presque hanté qu’il nous perd comme dans un labyrinthe.

Spencer finit par créer un effroi supérieur à celui de la majorité des films d’épouvante, en nous faisant craindre non seulement pour la santé mentale de Diana mais aussi pour sa sécurité.

Dans cette maison où les murs ont des oreilles, elle risque à tout moment de sombrer définitivement, et c’est ce seul suspens qui compose l’intrigue entière du biopic.

La mise en scène de Spencer est pour ce faire minutieuse, millimétrée, et transforme le château en dédale infernal dans lequel on se perd comme se perd l’héroïne.

En détricotant les codes classiques du biopic historique, le cinéaste chilien se rapproche, en termes de style, de Yórgos Lánthimos, créateur des précieux The Lobster, La Mise à mort du cerf sacré et surtout de La Favorite, un grand film se moquant justement des mécaniques habituelles du drame historique pour n’exister que sous une forme violente et singulière. 

4 – Decision to Leave, de Park Chan-Wook

Decision to Leave, c’est le nouveau thriller de Park Chan Wook, le cinéaste sud-coréen de génie qui a notamment donné vie aux acclamés Mademoiselle, Old Boy et Thirst

Copyright Bac Films Stars Park Hae-il , Tang Wei

Park Hae-il, Tang Wei dans Decision to Leave – Copyright Bac Films

Son nouveau film, sorte d’hommage à Sueurs froides, l’œuvre incontournable d’Hitchcock, raconte l’histoire de Hae-Joon, un détective chevronné qui enquête sur la mort suspecte d’un homme survenue au sommet d’une montagne. Très rapidement, ses soupçons se portent sur la compagne du défunt, une Chinoise mystérieuse qui parle un coréen soutenu, et porte sur le corps les stigmates des violences de son mari.

Hae-Joon, contre toute morale et contre la bonne avancée de l’enquête, tombe fou amoureux de cette potentielle criminelle, et c’est toute sa carrière qui commence à s’effriter. Decision to Leave, c’est le film le plus opaque de son réalisateur, qui via une narration non-linéaire et quelques effets de manche embrume pas mal le cerveau. Perso, j’ai pas tout pigé, surtout à la seconde partie du film, mais sa mise en scène archi-théâtrale, la photographie, d’une beauté renversante et les dialogues lyriques font de Decision to Leave, et en dépit de mes nœuds au cervelet, l’un des meilleurs films que j’ai vu cette année, et de loin ! En même temps, en face, y’avait Frère et Sœur de Desplechin.

5 — Samhain – You Are Not My Mother

Pour cette 5ème et ultime place, je vais complètement tricher et vous parler d’un film qui ne sortira qu’en décembre 2022, mais je fais ce que je veux car c’est mon podcast. Et surtout, j’avais envie de mettre en lumière le travail singulier de Kate Dolan, réalisatrice irlandaise, dont ce premier long-métrage est trop confidentiel pour avoir droit aux égards du grand public en salles. Et c’est dommage parce que Samhain — You Are Not My Mother est un excellent film d’horreur féministe.

Copyright Cait Fahey Stars Carolyn Bracken
Carolyn Bracken – Copyright Cait Fahey

C’est l’histoire de Charlotte, une adolescente mal dans sa peau, qui vit l’enfer : à l’école, elle se fait harceler par les élèves, à la maison, elle s’occupe de sa mère, qui traverse une intense phase dépressive. Un jour, sa mère fait une fugue de 24h, et lorsqu’elle revient, Charlotte a l’impression que même si son visage et son corps sont les mêmes, sa mère n’est pas sa mère. Vous suivez ?

Le monstre ici, c’est la famille. Le foyer de l’horreur ? La maison où l’on grandit. L’enfer ? Les traditions — « Samhain », c’est d’ailleurs le nom de la fête qui correspond à peu près au Halloween anglo-saxon.

En demeurant au plus proche du quotidien de ses héroïnes — car Samhain ne filme que des femmes, à l’exception de l’oncle de Charlotte, dont l’intrigue se débarrasse rapidement — You Are Not My Mother délivre l’horreur à l’état pur.

Voilà, mes petits chats cinéphiles. J’ai envie de préciser que l’exercice d’un top est compliqué à réaliser parce qu’en réalité, comparer des films entre eux, qui appartiennent tous à des genres différents, ont tous des velléités différentes, et n’ont pas tous eu les mêmes moyens de production, ça n’a que peu de sens. Ces 5 films que j’ai choisis auraient pu, en vrai, figurer à la 1ère place comme à la place 28 de mon top personnel, seulement il fallait faire des choix.

Alors je voudrais rendre un hommage à tous les films que j’ai pas pu mettre dans ce top et qui auraient pourtant mérité leur place comme Murina de Antoneta Alamat Kusijanović, Medusa de Anita Rocha da Silveira, The Northman de Robert Eggers, Contes du hasard et autres fantaisies de Ryûsuke Hamaguchi, À plein temps d’Eric Gravel, The Tragedy of Macbeth, de Joel Coen, La Colline où rugissent les lionnes, de Luàna Bajrami, Les passagers de la nuit de Mikhaël Hers, Scream de Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett, La Ruche de Blerta Basholli, Men d’Alex Garland, Les jeunes amants de Carine Tardieu et encore tous ceux que j’oublie aujourd’hui mais dont je me rappellerai quand j’aurais pris des vacances.

En tout cas, lâchez tout de suite la page Wikipédia de Blaise Boring Pascal, pour qui le divertissement était le pire ennemi de l’homme — ce qui n’a rien d’étonnant car il venait de Clermont-Ferrand — et courez plutôt oublier votre condition insignifiante d’être humain, le réchauffement climatique, le recul des droits des femmes aux États-Unis et la naissance de Valérie Pécresse en passant votre été au cinéma.

Allez, bonnes vacances, on se retrouve à la rentrée avec une haine toujours aussi vivace pour la frange de Juliette Armanet. Et n’oubliez pas : à la fin, on meurt !

À lire aussi : Comment Elvis m’a rock’n’roulé dessus

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Crédits

Le seul avis qui compte est un podcast de Madmoizelle écrit et présenté par Kalindi Ramphul. Réalisation, musique et édition : Mathis Grosos. Rédaction en chef : Marine Normand.

Les Commentaires
1

Avatar de Guerriere-75
1 juillet 2022 à 06h02
Guerriere-75
Peut être je vais regarder Un de ses films de la liste
0
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