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Féminisme

Peut-on être féministe et croyante ? Chrétiennes, juives, musulmanes, elles racontent leurs paradoxes

Est-il impossible d’être à la fois pratiquante d’une religion et également militante féministe ? Cette présomption d’incompatibilité nous a poussée à interroger plusieurs femmes concernées qui nous racontent, que oui, c’est possible — même si pas toujours sans difficultés… 

Dans l’imaginaire collectif, concilier féminisme et religion (monothéiste en tout cas) semble impossible. Liberté de la femme, droit à l’avortement, contraception, égalité dans le couple… Toutes ces valeurs féministes peuvent parfois ne pas sembler en adéquation avec certains préceptes religieux.

Mais si cette incompatibilité est réelle pour certains courants ou interprétations, on peut aussi déplorer une méconnaissance des religions et de leurs pratiques — au pluriel. 

« Dans les milieux militants féministes, ma religion peut être perçue comme traditionaliste et patriarcale, car ce qui est le plus médiatisé du catholicisme, c’est son discours de conservatisme moral. La religion est perçue comme un frein à la libération des femmes, alors que la bonne nouvelle du christianisme est justement de libération. »

C’est ce que souligne Astrid, élevée dans la foi catholique — mais les idées reçues concernent sur toutes les religions. « En tant que femme musulmane, on me dépossède des luttes féministes, il y a cette idée reçue que mes croyances seraient par nature misogynes », regrette ainsi Lydia, 25 ans.

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Ifrah Akhter / Unsplash

De son côté, Léa*, 38 ans, interroge :

« On manque de représentations de juives féministes, alors au début je pensais que ce n’était pas forcément compatible. Pourtant, les religions ont un rôle social, elles évoluent.

Le judaïsme est une religion de réflexion, d’interprétation, de luttes : c’est logique qu’elle évolue et se réinterprète pour aller vers plus de liberté pour les femmes. Les filles apprennent désormais aussi l’hébreu, alors pourquoi ne pourraient-elles pas devenir rabbin ? »

Quelles difficultés à concilier féminisme et religion ?

En tant que femme féministe, Léa a vu sa fréquentation des communautés juives orthodoxes évoluer « quand les injonctions au mariage et à la maternité ont commencé ». Pour Shira, juive ultra-orthodoxe, la prise de conscience a eu lieu au moment où elle a eu des enfants :

« Je me suis rendu compte que le temps que j’accordais à ma spiritualité devait maintenant être consacré aux enfants, alors que ce n’était pas le cas pour mon mari. J’ai aussi été confrontée à la charge mentale que représentent les préparations de repas pour les fêtes, mais aussi pour le shabbat, car nous cuisinons tous les repas en avance et ils se doivent d’être conséquents. »

Astrid ne mâche pas ses mots :

« J’ai un rapport à l’institution ecclésiastique assez critique ; j’ai toujours eu du mal à accepter certaines positions clivantes de mon entourage, sur l’homosexualité par exemple.

C’est aussi en partie pour cela que j’ai toujours eu du mal à m’identifier comme catholique. Je ne suis d’ailleurs pas sûre qu’il s’agisse d’identité. Si jamais je vais à la messe, j’ai du mal à ne pas être en colère de voir l’accès à l’autel refusé aux petites filles par exemple… »

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Saint John’s Seminary / Unsplash

Pour Pauline aussi, c’est compliqué d’aller à l’église.

« Les femmes sont souvent reléguées au chant et ce sont les hommes qui parlent. Les catholiques plus traditionalistes ne comprennent pas les revendications féministes, c’est pris pour de l’orgueil… »

Quand le féminisme se heurte à la religion

Face aux idées féministes, la communauté religieuse n’est pas toujours bienveillante, notamment lorsqu’elles dérangent un ordre patriarcal établi. Laura Aldija raconte :

« Certaines personnes très pratiquantes de mon entourage n’ont pas apprécié que je devienne féministe. Je me suis libérée des carcans patriarcaux dans lesquels j’étais enfermée et je prends de plus en plus la parole pour souligner des situations anormales dans leurs comportements, en soulignant que l’Islam ne prône pas l’inégalité entre les hommes et les femmes. »

Elle a aussi été confrontée à de l’hostilité du côté des féministes :

« Une partie des féministes n’acceptent pas notre liberté de nous voiler. J’essaie de les sensibiliser, mais on se prend souvent une vague de violences en retour. On oublie trop souvent qu’en-dessous des voiles il y a des femmes, on nous déshumanise ».

Même chez les féministes qui luttent contre l’islamophobie, la tolérance est parfois limitée… envers d’autres religions. 

« J’ai du mal parfois à comprendre les attitudes des militants et militantes de gauche, qui prônent la non-stigmatisation des femmes musulmanes (ce qui est légitime), mais pour qui cela ne pose pas de problème de se moquer des chrétiennes », s’interroge ainsi Boucle d’Ourse*, protestante. Cette femme de 32 ans milite à l’association Les Ourses à plumes, un média à la ligne éditoriale féministe intersectionnelle.

« Il y a des personnes aux profils différents : l’islamophobie fait partie des oppressions qui sont traitées, il n’y a pas cette idée qu’il faut être athée pour être une bonne féministe. »

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La une des Ourses à plumes volume 3

Une réappropriation féministe des pratiques religieuses

Depuis sa prise de conscience féministe, Shira, 29 ans, « se permet de remettre certains discours en question » :

« Je ne veux pas changer l’objet religieux mais le discours qui l’entoure, comme par exemple sur la pudeur ou encore le rapport des femmes avec le texte. Je me suis ainsi mise à étudier le Talmud avec un groupe d’amies. »

Sur son compte Instagram @kirtzono, elle veut montrer qu’être juive ultra-orthodoxe et féministe, c’est possible, et visibiliser des problématiques propres aux femmes juives. « Être juive, c’est apprendre à se remettre en question par rapport à sa foi, et le féminisme aussi est une remise en question, c’est un challenge de concilier les deux », confie-t-elle. 

Si Lydia, n’a, elle, « pas de difficulté à être à la fois féministe et musulmane : l’évolution et le questionnement font partie de ma foi, je n’ai pas peur de douter », le cheminement religieux et féministe est une idée qui est souvent revenue dans les témoignages récoltés.

Ainsi, Boucle d’Ourse, dit de ses parents, pasteurs réformés :

« Ils m’ont toujours encouragée à avoir une liberté dans ma foi, à mener mes propres recherches. Ainsi, dans ma lecture de la Bible il y a des choses que je ne vais pas intégrer. Pour moi, la Bible n’est pas la parole de Dieu, mais ce qu’ont dit les hommes pendant des siècles sur Dieu. »

Laura Aldjia, 24 ans, a elle aussi cheminé pour trouver une pratique qui corresponde à ses valeurs féministes.

« Plus jeune, je voulais appliquer les appropriations patriarcales de l’Islam à la lettre, mais je me suis rendue compte que ce n’était pas une pratique saine, que cela ne me correspondait pas de me faire discrète, etc.

C’est avec cette prise de conscience que j’ai commencé à devenir féministe, en réalisant que tous les textes sur lesquels je m’appuyais concernant les femmes étaient rédigés par des hommes. Aujourd’hui, si je continue à porter mon hijab c’est davantage pour exprimer mon féminisme et ma liberté. »

La sororité, pour les féministes croyantes aussi

Laura Aldjia a rejoint Nta Rajel ?, un collectif de femmes musulmanes nord-africaines — « Être en non-mixité permet d’avoir un côté safe, on sait qu’on ne sera pas confrontées aux questions invasives quotidiennes, ni à des micro-agressions ». L’association Lallab, est, elle ouverte aux alliés et alliées, mais organise aussi des moments en non-mixité, entre femmes musulmanes. Sa vice-présidente, Lydia, explique :

« Je naviguais seule face aux savoirs religieux, rejoindre Lallab m’a permis de faire des rencontres et de me confronter à d’autres réalités et compréhensions, dans un espace collectif.

Dans mon cheminement personnel de foi, j’ai davantage rencontré des savoirs produits par des hommes, désormais Lallab me permet de découvrir des femmes musulmanes qui ont fait un travail de déconstruction et se sont réappropriées les savoirs religieux.

Lallab est un laboratoire d’idées, d’utopies, pour créer un monde dans lequel chaque femme peut s’accomplir sans peur d’être jugée, discriminée, violentée… » 

Rejoindre une organisation féministe qui rassemble des femmes d’une même religion permet aux militantes d’évoluer dans un cadre bienveillant, tout en essayant de contribuer à faire changer notre société.

Astrid, 34 ans, a rejoint l’équipe du collectif féministe Oh my Goddess ! qui porte des projets catholiques féministes, pour visibiliser une autre église plus inclusive.

« Avec le podcast Bonne Nouv.elle, les homélies permettent d’entendre une pluralité de voix, c’est une expérience d’empowerment féministe. Oh my Goddess ! est devenu un lieu d’Eglise pour moi. »

La trentenaire n’a jamais envisagé de rejoindre les rangs des protestants et protestantes : « j’ai la conviction que l’Eglise doit se construire à partir de ses fidèles ». Une position partagée par Pauline, 31 ans, qui se « sentait divisée intérieurement face aux incohérences de l’Eglise et sa foi basée sur des principes de justice et d’amour ».

Pour répondre à ses questionnements, cette dernière a rejoint le Comité de la jupe, qui œuvre notamment pour que l’Église catholique donne plus de place aux femmes

Quand Léa a commencé à s’engager aux Collages Féministes de Marseille, elle était la seule juive du groupe.

« Les autres étaient partantes quand je proposais des collages contre l’antisémitisme, mais il y avait tout de même des clichés et des incompréhensions des mécanismes, notamment l’articulation avec le racisme. D’où la naissance d’un autre groupe dédié à cette question : Collages Féministes Juif-ves Marseille. »

Cet espace en non-mixité lui permet « un gain de temps et d’énergie, pour construire un discours entre personnes concernées ». Cela leur permet aussi de pratiquer leur religion ensemble :

« On se partage des documents religieux, on s’échange des infos sur les synagogues, nous faisons parfois shabbat ou certaines fêtes ensemble… Nous avons recréé une communauté entre femmes, où il n’y aura pas besoin de lutter pour prendre la parole. »

Face au patriarcat, sans surprise, l’union des femmes semble toujours être le moyen de renforcer la lutte.

À lire aussi : Connaissez-vous cet abbé français qui met les homophobes en PLS sur TikTok ?

*Le prénom a été modifié

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Les Commentaires
28

Avatar de Hedeltrude
28 mars 2022 à 20h24
Hedeltrude
@Anechka Oui je parlais du nouveau testament bien sûr.
Et oui faut les relier à leur contexte d'écriture, mais aussi de construction : pour le NT, des évangiles ont été écrites entre 70 et 150 ans après les faits (en gros), mais il a ensuite fallu plusieurs siècle pour que se fasse le choix des textes, leur ordre, les langues "autorisées". Pareil dans le Coran et la Torah d'ailleurs.
Pour l'exégèse, tout dépend de jusqu'à quel point ça va. Le protestantisme a commencé comme une exégèse du christianisme avant de se séparer en une nouvelle religion. Pareil, le christianisme lui même est né d'une volonté d'adapter le judaïsme. A part fois, les remise en cause intégré à la religion. Ca dépend des positions nouvelles proposées et de leur acceptation ou non par les autorités religieuses en général
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