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Féminisme

Avec La meilleure version de moi-même, Blanche Gardin se prend les pieds dans le tapis de l’antiféminisme

Dans La meilleure version de moi-même, Blanche Gardin pose un regard acéré sur l’époque. Mais sous couvert de s’attaquer aux dérives des réseaux sociaux ou du développement personnel, elle sombre parfois dans l’antiféminisme primaire.

Le spectacle commence là où, jusqu’ici, il finissait. Lorsque Blanche Gardin, coiffure sage et robe bleue de poupée, sort de son one-woman-show après y avoir mis toutes ses tripes, au sens quasi littéral du terme — on connaît son goût pour l’humour scatologique.

La meilleure version de moi-même, série créée par l’humoriste et disponible sur Canal+, raconte donc la suite, ce qui se passe une fois les projecteurs éteints, sous la forme d’un faux documentaire.

L’occasion de jeter un œil critique aux dérives du monde moderne. Mais aussi, et c’est bien dommage, de tenir un discours hyper réactionnaire sur le féminisme contemporain.

Blanche Gardin arrête l’humour, pour son bien

Revenons d’abord à cette sortie de scène.

Blanche Gardin, devenue un personnage qui porte son nom et qu’elle interprète elle-même, se plaint de terribles maux de ventre qui l’amènent à consulter divers spécialistes. Quelques conseils avisés plus tard (« il faut péter, madame »), la voilà chez un naturopathe qui identifie le cœur du problème : l’humour.

C’est bien parce qu’elle se moque d’elle-même et permet aux autres de le faire que Blanche se fait des nœuds à l’intestin, certifie-t-il. Il faut donc qu’elle arrête.

Engagée dans la voie du bien-être pour devenir la meilleure version d’elle-même, la désormais ex-humoriste devient végétarienne, puis vegan, antispéciste, féministe, un peu chamane, adepte du yoga et des démagnétiseurs d’eau du robinet. Et documente sa mue en live sur Instagram.

Blanche Gardin, son téléphone à la main.

Blanche Gardin, de l’humour mordant…

On voit très vite où la série veut en venir : surligner les dérives d’une société où Internet et les réseaux sociaux ont donné le sentiment à chacun d’être très important et très bien informé, souvent les deux, gonflant des egos qui ne demandaient qu’à l’être.

À ce titre, Blanche Gardin tape souvent juste dans les premiers épisodes — à défaut de tenir un propos franchement original. Il est assez hilarant de la voir imaginer le monde du stand-up ne jamais se remettre de sa retraite anticipée, puisqu’il n’y a évidemment personne d’aussi doué qu’elle, ou être prise au dépourvu par un chauffeur de taxi complotiste !

Le format du faux documentaire se révèle aussi un bon terrain de jeu. Suivie en permanence par le cameraman, Boris, Blanche Gardin brise le quatrième mur pour s’adresser à lui, donc à nous, dans des séquences largement improvisées.

Si le résultat manque parfois de rythme, le flou artistique entretenu par l’autrice de la série entre ce qui relève de la pure fiction et la réalité peut avoir quelque chose de savoureux et permet d’observer d’excellents comédiens dans les seconds rôles.

Mais ce n’est là qu’une (petite) partie de La meilleure version de moi-même. Très vite, cette critique du « narcissisme contemporain » — que Blanche Gardin revendique longuement dans sa note d’intention — vire à la charge antiféministe.

…à l’humour facile

Son personnage, après avoir croisé dans la rue des colleuses féministes tout bonnement détestables, monte une sorte de groupe de paroles féminin new age qui fabrique des colliers de pouvoir dans une ferme avant de prier la lune et d’uriner dans les champs — eh non, on n’en a jamais vraiment fini avec les fluides corporels.

Elle demande également à son compagnon, le comédien de stand-up et acteur américain Louis C.K. (qui joue lui aussi son propre rôle) de s’excuser en tant qu’homme blanc du mal qu’il aurait potentiellement pu lui faire mais ne lui a concrètement jamais fait. Sachant que le vrai Louis C.K. a été accusé par plusieurs femmes de s’être masturbé devant elles sans qu’on ne lui ait rien demandé, c’est évidemment… gênant.

Louis C.K. dans La meilleure version de moi-même.

Et c’est bien sûr fait pour cela. Blanche Gardin a toujours manié la vanne trash, devenant l’humoriste du malaise par excellence. Il y a d’ailleurs quelques éclairs de drôlerie sur le féminisme, comme lorsque son personnage décide de virer sa femme de ménage par texto pour la libérer de toute oppression !

L’humour, ici, touche juste parce qu’il interroge un véritable dilemme féministe (est-il bien cohérent, pour se libérer des tâches domestiques ingrates, de les déléguer à quelqu’un d’autre qui sera très probablement une femme, mais plus modeste ?), tout en venant égratigner la classe dominante et bourgeoise.

Pour que cela fonctionne, il y a au moins deux prérequis : se moquer de soi avec les autres (voire avant) et s’aventurer sur des territoires réellement inexplorés

Blanche Gardin joue en facile, et manque sa cible

Or, dans La meilleure version de moi-même, l’autodérision s’éloigne à mesure que l’alter-ego fictionnel de l’humoriste ne lui ressemble plus. D’ailleurs, il est si caricatural qu’il ne ressemble franchement à personne.

Le rire, qui rit « contre » et plus « avec », n’a pour principal moteur que des clichés éculés. Qui, en 2021, s’esclaffe encore devant des féministes qui seraient jalouses des femmes plus jolies qu’elles ? On a vraiment peine à comprendre où se niche le ressort comique des deux interminables épisodes au sein de ce groupe de parole féminin où toutes les participantes, aux confins du ridicule, dégoulinent de fausse bienveillance pour oublier qu’elles n’ont visiblement pas couché avec un homme depuis trop longtemps (oui).

blanche-gardin-groupe-parole

Ou plutôt si, on ne le comprend que trop bien : tout repose sur des discours antiféministes semblant sortir de la bouche d’Alain Finkielkraut, voire des pages de Valeurs Actuelles ou Causeur.

Et c’est peut-être le plus agaçant avec La meilleure version de moi-même : que le projet soit présenté comme une œuvre radicale et politiquement incorrecte, alors qu’il ne fait que mettre en images le féminisme vengeur et castrateur que fantasment toute la journée des éditorialistes ayant pignon sur rue.

Lorsqu’en 2017, sur la scène de la cérémonie des Molière, Blanche Gardin faisait un sketch sur la pédocriminalité, elle était réellement subversive et outrageusement drôle. L’est-elle encore cinq ans plus tard quand elle s’attaque avec la même verve aux féministes qui lisent Mona Chollet, adoptant de facto un discours antiféministe aussi caricatural que dominant ? Rien n’est moins sûr.

Faites-vous votre propre avis : La meilleure version de moi-même est sur myCANAL

À lire aussi : Le spectacle de Blanche Gardin, OVNI du stand-up, est #DispoSurNetflix


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Les Commentaires

77
Avatar de Pipistrelle.
8 janvier 2022 à 19h01
Pipistrelle.
J'étais plutôt enthousiaste vis-à-vis de cette série parce que j'aime bien voir les petits travers de notre société se faire égratigner, surtout quand il s'agit du nombrilisme contemporain. Force est d'admettre que je n'ai pas tenu au-delà du troisième épisode. Ca me fait juste... pas rire en fait Je crois que Blanche Gardin c'est définitivement pas pour moi!
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Voir les 77 commentaires

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