Webroman « Alive » / Chap. 18 : Jade

Olivia m’escorte hors de l’entrepôt comme si j’étais infirme. J’agite le bras pour qu’elle me lâche le coude. Elle m’énerve. Elle passe son temps à me suivre comme mon ombre et sincèrement elle commence à me les briser sévère. Je n’ai pas besoin d’un chien, j’en ai déjà quatre à la maison et ils sont […]

Webroman « Alive » / Chap. 18 : Jade

Olivia m’escorte hors de l’entrepôt comme si j’étais infirme. J’agite le bras pour qu’elle me lâche le coude. Elle m’énerve. Elle passe son temps à me suivre comme mon ombre et sincèrement elle commence à me les briser sévère. Je n’ai pas besoin d’un chien, j’en ai déjà quatre à la maison et ils sont tous plus cons les uns que les autres.

J’appelle la compagnie de taxi dont mes parents sont clients, elle est en numérotation rapide. Le taxi arrive dans les dix minutes et c’est déjà trop d’attente. Je claque la porte au nez d’Olivia et demande au chauffeur de se presser un peu. On est pas en Afrique, que je sache.

Ma maison n’a pas changé depuis que je l’ai quittée, il y a huit heures. Grande, grande, grande. Pleine de choses complètement inutiles. Des tas d’objets décoratifs et une décoration intérieure pleine de goût mais vide de vie. Personne ne vit entre ces murs, il y a dans l’air cette odeur si particulière des maisons de démonstration. Une odeur de vie heureuse factice, un bonheur qui fait semblant histoire de plaire et de se faire adopter. Mes parents ne sont jamais là, ils doivent être à Singapour ou au Brésil, pour ce que j’en sais.

Je gagne mes appartements, fuyant le froid du reste de la maison. Je claque la porte derrière moi et m’y adosse. Je ne me sens pas réconfortée. J’ai une maison trop grande pour moi mais pas de foyer. Pas d’endroit où j’aurais envie de rentrer, où je me sentirais chez moi. Même les bonnes ont cessé de m’attendre.

Je me sens seulement terriblement seule.

Mon reflet m’observe à travers la pièce et je le détaille, effarée. Je suis si pâle qu’on dirait que je vais bientôt devenir transparente et mes yeux sont agrandis par la peur et gonflés comme si j’avais pleuré pendant des heures. Je suis luisante de sueur et à bien regarder, on dirait que je reviens de la guerre. Je m’approche lentement du miroir, je ne parviens pas à croire à ce que je vois.

Et puis la vérité me heurte comme une vague heurterait un brise lames.

Je me défais de mes vêtements, les abandonne sur le chemin de la salle d’eau. Les uns après les autres. Ma sandale droite. Puis la gauche. Mon jean. Mon chemisier souillé par la peur. Je détache mes cheveux et retire mon soutiens gorge. J’enlève ma culotte et pose un pied dans la douche.

L’eau est bouillante et je sens mon sang palpiter dans mes veines, juste sous la peau. Je ferme les yeux. La vérité me frappe. Si fort que j’en ai le souffle coupé. Je me roule en boule au fond de la douche.

J’entends mon téléphone portable sonner dans le lointain, c’est sans doute Olivia. Qu’elle aille au diable. Je me recroqueville sur le marbre qui pave le sol de la douche et toute la salle de bain. Le jet brûlant est moins chaud à cette distance du pomeau. Je sens la peur refluer et une formidable sensation de puissance court dans tout mon corps. La vérité me tord.

Je me redresse, m’assied sous l’eau trop chaude et je passe les mains dans mes cheveux pour les tirer en arrière. Je tire la langue pour goutter l’eau. La vérité explose.

J’ai failli mourir.

J’allais mourir.

Si cette inconnue n’était pas intervenue, à l’heure qu’il est, je serais morte.

En moins d’une seconde, le pur fruit du hasard. Plus de Jade. Qu’auraient dit mes parents ?

Il seraient sans doute partis au Kenya histoire de se changer les idées.

Et Clovis ?

J’ouvre les yeux, mon portable sonne toujours. Je les referme.

Lorsque j’ai rencontré Clovis, je le connaissais déjà de réputation. Il allumait Paris entier et laissait derrière lui un véritable parterre de filles éplorées. J’en avais pour ma part assez de jouer le vierges effarouchées et de me laisser prendre par des minables dont aucun n’avait le quart de mon esprit. Un matin, j’ai appris qu’il avait tabassé une fille sans intérêt dans un bar miteux et que ses parents n’avaient pas jugé utile de le sortir de derrière les barreaux.

Je n’ai pas réfléchi, j’ai payé sa caution. Deux heures après, j’arrivais à mes fins et me laissait volontiers allonger dans une sublime chambre d’hôtel juste après lui avoir offert un café au Café de Flore. Et puis il a cru qu’il pouvait se défaire de moi comme on se défait d’un vieux sac à main, comme il l’avait fait de toutes les autres.

Il ne me connaissait pas. On ne laisse pas tomber Jade Von Humboldt.

Je ne sais pas pourquoi il m’a initiée au Jeu. Il m’avait manifestement épinglée à son tableau de chasse comme il l’avait fait pour toutes les autres. S’il y a une chose que je savais de Clovis c’est qu’il ne passait jamais deux fois par le même chemin.

Les choses ont changé, apparemment. Je souris en repensant à cette nuit-là. Et puis je sens les larmes couler en pensant à ce qu’il y a eu après. Je le veux tellement fort que ça fait terriblement mal. Je ne l’aime pas, pourtant. Je n’aime personne. La seule personne importante à mes yeux, c’est moi.

Je ne tolère juste pas qu’on me prenne pour un kleenex. Alors j’aurai ce garçon, peu importe le temps que ça prendra. J’ai toujours eu ce que je voulais, ce n’est pas aujourd’hui que cette tendance va s’inverser.

Dire que tous ces jeux m’ont menée au plus grand de tous. A cet instant atroce où je me suis battue avec le destin pour lui remettre tous les pouvoirs au moment où j’ai appuyé sur la détente. La vérité me tue.

J’allais mourir.

Je n’aime pas Clovis et pourtant, cette phrase ridicule qu’il a dite, pour avoir l’air intelligent alors que ça a juste renforcé sa position de parvenu à mes yeux, me hante encore.

« Vous n’êtes pas jolie, vous êtes pire. »

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Anih
    Anih, Le 21 juillet 2010 à 16h28

    La narration est toujours aussi amusante :)

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