« Le Voyage de Fanny », l’histoire vraie d’enfants juifs au cœur de la Guerre

Avec Le Voyage de Fanny, Lola Doillon s’inspire d’une histoire vraie pour raconter la fuite d’enfants juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Un pari audacieux, mais néanmoins réussi.

« Le Voyage de Fanny », l’histoire vraie d’enfants juifs au cœur de la Guerre

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Cet article a été rédigé dans le cadre d’un partenariat avec Metropolitan FilmExport.
Conformément à notre Manifeste, on y a écrit ce qu’on voulait.

Le voyage de Fanny était une parfaite surprise, dans tous les sens du terme. C’est lors de l’édition 2016 du Showeb, convention cinéma dédiée aux professionnels dont le programme n’est jamais annoncé, que je me suis pris cette claque. On savait qu’au moins un film allait être diffusé. On ne savait juste pas lequel. Suspense insoutenable.

Le fait est qu’il y en a eu deux (si vous voulez tout savoir). Et c’est du premier dont je veux vous parler, qui n’était autre que le nouveau film de Lola Doillon, Le Voyage de Fanny. Disons que dès les premières secondes, le ton était donné.

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C’est que, pour son troisième film, la réalisatrice a choisi de s’attaquer au thème délicat de la Shoah. Et plus précisément des nombreux moyens mis en œuvre en France pour protéger les enfants juifs pendant la Guerre.

Mais cette histoire, c’est avant tout celle d’un groupe d’enfants et de leur épopée, que l’on peut qualifier d’héroïque.

Le long périple de Fanny Ben-Ami

L’histoire commence aux alentours de 1943. Fanny, une jeune fille de douze ans, vit dans une maison d’enfants avec ses deux petites sœurs, en attendant que la guerre passe et que leurs parents viennent les chercher.

C’est le cas de tous les autres enfants de cet internat improvisé, qui ont en commun le fait d’être juifs à une époque où les nazis s’acharnent à tenter de les exterminer.

Ils auraient pu demeurer à l’abri, clandestins dans ce havre de paix de la campagne, grâce aux efforts de l’association de l’Œuvre de secours aux enfants (OSE) dont les membres se démènent pour accueillir les jeunes juifs… Mais un jour, ils sont dénoncés.

Commence alors, pour Fanny, ses sœurs et tout un petit groupe d’enfants de tous âges, un périple désespéré à travers la France occupée pour atteindre la Suisse.

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Car si madame Forman et ses nombreux contacts font tout pour les protéger, Fanny se retrouve vite à la tête de la petite troupe, avec la très lourde charge de les mettre elle-même en sécurité. Une responsabilité dont elle ne veut pas… mais ce n’est pas comme si l’un d’entre eux avait le choix.

Une histoire de solidarité, de courage et d’amitié donc, mais surtout une histoire vraie, celle de Fanny Ben-Ami. Aujourd’hui âgée de quatre-vingt-six ans, elle vit en Israël et a publié en 2011, avec l’aide de Galila Ron-Feder, le récit de son aventure sous l’Occupation.

C’est ce récit que Lola Doillon, avec sa permission, a voulu partager sur grand écran, en le complétant d’autres témoignages.

Un film sur les enfants pendant la Guerre, porté par des enfants

Sachant cela, je vous préviens : vous risquez de passer une grosse partie du film à vous répéter « Mais ce ne sont que des enfants, bordel, laissez-les !! ».

Je vous préviens : vous risquez de passer une grosse partie du film à vous répéter « Mais ce ne sont que des enfants, bordel, laissez-les !! ».

Disons que c’est le sentiment général qu’inspire le film, même sans savoir qu’il est très similaire au témoignage authentique dont il est inspiré. Entre autres atrocités aberrantes de la Shoah, c’est un rappel assez fort : l’horreur ne faisait pas de distinction entre hommes, femmes et enfants.

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D’autant que Le Voyage de Fanny se déroule entièrement du point de vue des plus jeunes. La guerre, la peur, la méfiance… Tout ça est intégré avec une certaine violence à leur univers enfantin, comme le fait de ne plus pouvoir compter que sur eux-mêmes et les liens qu’ils tissent entre eux.

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Cela donne lieu à des contrastes percutants, des scènes fortes où, au milieu de leur fuite pour la survie, les membres de la petite troupe se mettent à rire et à inventer des jeux, comme si, l’espace d’un instant, tout danger avait disparu.

Ajoutez à cette petite piqûre de rappel — ce sont des enfants malgré tout — de jeunes acteurs épatants, et bim : vous avez sorti la boîte de mouchoirs et passez du rire aux larmes toutes les deux minutes.

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Car c’est vrai : Cécile de France a beau être formidable dans le rôle de madame Forman, ce sont ces charmants bambins qui piquent la vedette. Mention spéciale à la très jeune Léonie Souchaud, qui incarne Fanny avec une justesse troublante. Moi, à son âge, ma plus grande fierté en terme de comédie était de réussir à faire croire à mes parents que j’étais trop malade pour aller à l’école, hein…

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Lola Doillon a réussi à illustrer un sujet difficile sans sombrer dans un pathos stérile.

Autant de choses qui, finalement, font que Lola Doillon a réussi à illustrer un sujet difficile sans sombrer dans un pathos stérile. Certain•es diront peut-être que la liste de films sur la Shoah est déjà bien longue, mais parlera-t-on jamais assez de ce qu’il s’est passé ?

Et surtout de la manière dont le raconte Le Voyage de Fanny : à travers le prisme de ces enfants, grands comme petits, qui font preuve de courage mais aussi de solidarité.

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Bref, un superbe film à découvrir au cinéma dès le 18 mai.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Lafeemandarine
    Lafeemandarine, Le 29 mai 2016 à 10h23

    Je l'ai vu hier aussi. Il m'a beaucoup émue.

    Spoiler: élément de l'intrigue

    Et puis, ça change un peu de certains films bourrés de male gaze et de mansplaining. J'aime bien le féminisme du film. :)

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