Sophie-Pierre Pernaut vit dans la rue où travaillent les prostituées. Un témoignage sur le terrain, sauf que derrière une fenêtre.
Il y a deux semaines, j’ai emménagé dans l’appartement de mes rêves. Il est beau, grand, spacieux, fraîchement repeint, il a une terrasse et il est très bien situé (traduction : il n’est pas loin de tous les meilleurs bars de la ville où je réside). Le hic, c’est qu’il se trouve dans la rue où travaillent les prostituées.
Je dis « le hic », mais ça ne m’a en rien rebutée à louer ce logement. Je crois qu’avant de m’y installer, et avant de me retrouver à jeter quelques coups d’oeil par la fenêtre, je ne réalisais pas bien à quoi ressemblait le fait de vivre dans une telle rue. Explications.
Des considérations tout à fait personnelles…
Si j’avais un conseil à donner à celles parmi vous qui s’apprêtent à emménager dans le quartier où bossent les travailleuses du sexe, c’est bien le suivant : si vous devez attendre quelqu’un dehors, essayez de trouver un coin où aucune prostituée ne travaille. Pourquoi ? C’est simple :
- Si des prostituées travaillent aux alentours, elles n’apprécieront probablement que moyennement que vous veniez marcher sur leurs plates-bandes. Un truc de loi de marché et de compétitivité. En vous postant debout à leurs côtés, j’imagine que vous parasitez leur job. C’est un peu comme un mec payé pour nettoyer les vitres d’un immeuble qui se rend compte qu’un inconnu est en train d’épousseter celle d’à côté avec son propre Kleenex. C’est du moins l’idée que je m’en fais.
- Les clients, éventuellement, pourraient vous confondre avec une travailleuse de l’organe génital. Ce qui en soit, n’est pas un drame, mais c’est un peu gênant parce que cette situation pourrait amener à bien des quiproquos :
- Oui, alors je… Haha, je ne travaille pas là. J’attends quelqu’un. Vous savez moi, j’ai fini ma journée et puis bon, je n’exerce pas ce métier-là alors pas la peine de revenir demain vous voyez.
- En fait, je voulais juste savoir si vous aviez l’heure.
Ok. Bonne ambiance.
Personnellement, c’est au passage piéton que j’angoisse un peu : le fait d’attendre qu’on me laisse passer, est-ce que ça prête à confusion ? Est-ce que les prostituées ne vont pas mal le prendre ? Je veux dire, sachant qu’on est plus ou moins voisines, j’aimerais moyennement toutes me les mettre à dos. Un voisin m’a un jour traitée de galeuse sur une feuille collée sur la porte de l’immeuble et j’en garde un souvenir si périssable que j’aimerais éviter de réitérer l’expérience. Du coup, j’anticipe et je suis capable de faire un détour de plusieurs dizaines de mètres en attendant qu’il n’y ait plus de voitures sur la chaussée avant de traverser plutôt que d’attendre bien sagement au bord de la route.
Autre option : des fois, je traverse sauvagement pour éviter de rester statique. Mais bon, je frôle la mort alors c’est pas très rigolo.
Bon, et puis si je puis me permettre, ponctuer un petit potin raconté entre potes par un « Han la pute » tonitruant alors que la fenêtre est ouverte, c’est moyennement recevable. Je travaille quotidiennement à revoir ma sémantique, mais c’est pas facile facile.
Pretty Woman, rappelons-le, cette « pute qui a de la chatte« .
… Et des considérations un peu moins personnelles parce que bon.
Les prostituées dans ma rue ont mon âge et semblent en apparence aussi épanouie que n’importe qui : elles dansent, elles chantent, elles disent bonjour quand on les croise et elles parlent fort en remuant les fesses pour faire mordre le client à l’hameçon. A priori, rien ne pourrait vraiment les différencier d’une jeune experte comptable, si ce n’est leur tenue, peut-être un peu courte, et leur profession, forcément moins répandue que celle de téléopérateur.
Elles ont l’air tellement détendues, tellement habituées qu’on en viendrait presque à trouver ça tout à fait banal de les voir monter dans la voiture de leur client. Incapable de m’imaginer dans l’esprit des gens, je projette plutôt le mien dans leur corps et me rend compte que j’ai la chance d’avoir toujours pu choisir les personnes avec qui j’ai eu des relations. J’essaie de réfréner cette tendance énorme aux petites réflexions qui tournent autour de mon nombril mais ne peux m’empêcher de me poser des questions du type « Comment est-ce qu’elles sont arrivées là ? Est-ce que leurs supérieurs sont cools avec elles ? Est-ce qu’elles ont une démarche à suivre en cas de client violent ? ».
Alors bon, hier, après avoir entendu une prostituée sangloter (peut-être pas par rapport à son métier, d’ailleurs) avant de se mettre à chantonner I’m your lady de Céline Dion, je me suis un peu renseignée sur le type d’associations de protection des travailleuses du sexe. Il en existe bien heureusement, un peu partout en France et un syndicat a même été créé en 2009 pour défendre leurs droits.
J’ai tout à fait conscience que cet article fait très « Bonjour, je m’appelle SPP et je vis au pays de Candy, entourée de licornes, je veux pas que les prostituées en bas de chez moi soient tristes parce qu’elles ont l’air gentilles et je bois du lait chaud avant de dormir« . N’empêche que jusque là, le métier de prostituée me semblait complètement abstrait et lointain. Maintenant qu’il est pratiqué en bas de chez moi, je réalise à quel point il est réel, à quel point il est partout, et surtout, combien il est demandé par des clients que je ne jugerai pas car je ne connais pas leurs motivations. J’ai également compris qu’il y avait prostituées (celles qui choisissent, celles qui sont à leur compte) et prostituées (celles qui prennent les clients quand ils viennent, même si elles peuvent bien entendu se permettre de refuser quand elles trouvent la personne un peu « louche »). Ce métier ne me paraît pas pour autant concret, car j’imagine bien qu’il n’y a que ceux et celles qui l’ont pratiqué qui peuvent le comprendre. Disons que je l’appréhende mieux maintenant que je ne suis plus une fille qui écoute ce qu’on veut bien lui dire à la télé, mais que je suis devenue spectatrice d’un métier très souvent décrié qu’on tend naïvement à abolir au lieu d’en protéger un peu plus les acteurs.








Le 11 septembre 2012 à 17:27
Cet article est très intéressant et le débat aussi, et j'aimerai bien aussi avoir votre avis concernant les "clients".Parce que moi quand je lis ça:
celles qui prennent les clients quand ils viennent, même si elles peuvent bien entendu se permettre de refuser quand elles trouvent la personne un peu « louche »
je ne peux m'empêcher de penser que TOUS les clients sont louches, même s'ils n'ont pas forcément une tête de psychopathe tueur en série, je ne trouve pas ces gens normaux, et je ne comprends pas comment on peut avoir des envies pareilles.
Mais si vous avez des arguments, j'aimerais bien vous lire
Le 11 septembre 2012 à 17:53
C'est que, je considère que la prostitution dans son ensemble porte préjudice à toutes les femmes (non, ne me jetez pas de cailloux!En réalité, Versus a pour moi très bien résumé la situation:
"Tant que la prostitution restera tolérée en l'état, on gardera une image de l'homme qui a besoin d'un vivier de vagins frais et disponibles à tout moment, et de la femme qui doit toujours s'assurer qu'il puisse assouvir ses pulsions. Toutes les luttes féministes ne changeront rien tant qu'on ne pénalisera pas les clients."
Car oui, il y a des hommes prostitués, mais ne nous leurrons pas, les clients des prostituéEs comme des prostitués, dans leur immense et écrasante majorité sont des hommes, et ça, ça veut quand même dire beaucoup…
Aussi, en considérant 2 seconde que la prostitution peut être une véritable activité tout à fait normale et acceptable, il y a des questions que je me suis toujours posées: dans tout marché, le principe, c'est l'offre et la demande. Et allons jusqu'au bout de l'idée, considérons que dans l'idéal, tout est bien réglementé et que seules des prostituées volontaires, bien dans leurs basques, exercent… Vous pensez vraiment qu'elles seraient suffisamment nombreuses pour répondre à la demande? Les clients auront-ils le droit de se plaindre si il n'y a plus assez de chair à consommer (le client est roi quand même!) ? On pourrait aussi le proposer aux jeunes filles : la prostitution, métier d'avenir! (Bon, personnellement, si le pôle emploi m'envoyait ça comme proposition de job… je me sentirais rabaissée à un sexe sur patte et j'irais me rouler en boule dans un coin, mais ça c'est du ressenti purement subjectif ). Par ailleurs, on aurait la joie de savoir officiellement le prix d'un acte sexuel… D'ailleurs qui peut décider de ça? Et sur quelle base? Est-ce que ça bouge en même temps que les taux boursiers? :S
Et si une/un prostitué/ées refuse un client parce qu'il/elle, pour une raison X ou Y, le trouve vraiment trop laid/écoeurant/bizarre, est-ce que celui-ci pourrait porter plainte car on ne l'a pas respecté en tant que client? Ce sont des questions volontairement naïves que je pose…
Si l'on reconnais le droit d'user de son argent pour utiliser les orifices d'autrui, autant aller jusqu'au bout.
Les pays Européens ayant choisi la prostitution réglementée n'ont absolument pas réduit le taux de trafic d'êtres humains, bien au contraire, j'ai lu des statistiques récemment (pardonnez-moi je ne sais plus dans quel article), et ils ont au contraire assistés à un boom de la traite humaine. Et les proxo ne sont alors au regard de la loi que des chefs d'entreprise comme les autres… Les bordels font des promos, sur les blondes, les brunes… Le sort des prostitué/ées ne s'en est pas trouvé amélioré, c'est plutôt la porte ouverte au trafic.
Alors évidemment, si on cite la Suède, l'argument massue de nombreuses personnes est de dire que le problème ne s'en est trouvé que déplacé, que la prostitution n'a pas disparue, etc… Mais par contre la place et la considération des femmes s'est améliorée : aujourd'hui là-bas, de moins en moins d'hommes considère comme normal le fait de payer pour un acte sexuel. Avec la mise en place de l'abolition, l'idée a fait son chemin dans l'esprit des gens… Et si d'autres pays faisait le même choix que la Suède? Si l'idée se propageait peu à peu qu'un orifice humain ne se paie pas? si on limitait le champ d'action des proxénètes au lieu de leur ouvrir des portes?
Bon enfin bref, je comprends les arguments qu'on m'oppose, mais au fond de moi je pense très sincèrement que l'abolition, couplée à une meilleure éducation au respect du corps de l'autre, seraient positifs et nous ferait évoluer dans le bon sens…
Et aussi… on peut vivre avec un seul rein, on peut aussi couper un bout de son foie, on peut vivre sans une main, sans une jambe… hormis les organes vitaux, un humains peut vivre sans beaucoup de choses! (eww! ^^)… Mais c'est vraie que la comparaison est toujours une stratégie hasardeuse dans un argumentaire, surtout sur le net, ça fait réagir les gens au quart de tour! ^^
Le 12 septembre 2012 à 19:10
Tu te poses ces questions en voyant le corps comme un bien, alors que la prostitution est une prestation de services.
Du reste, même si c'est HS :
-Je ne vois pas ce que pose le problème de l'insuffisance d'offre dans un marché, ça s'appelle un oligopole et ça existe.
-Se plaindre parce qu'il n y a pas assez de filles sur le marché ? quand tu vas chez le boulanger avant la fermeture, y a plus de pain, qui a eu l'idée de se plaindre un jour ?
-Pourquoi une prostituée n'aurait pas le droit de refuser un client ? une banque, un dentiste ou un assureur peut refuser des clients, pourquoi pas une prostituée (sur le principe, en tout cas) ? C'est le principe du contrat "intuitu personae" (pour faire très simple)
-Qui décide du prix ? comme partout, l'offre et la demande. Et plus concrètement, s'il n y a pas assez d'offre (ce serait sans doute le cas) les prostituées seraient reines et pourraient monter les prix très hauts, passant du statut de l'opprimée à celui du profiteur.
Je vois pas en quoi le marché du sexe poserait plus de questions qu'un autre marché de prestations de service limité (comme les taxis, par exemple).
Bref, je réponds à ces questions parce qu'elles t'ont interpelé et que je me disais que si j'avais la réponse j'arriverais à voir où tu veux en venir, mais je n vois pas, ceci dit c'était peut-être juste des questions "comme ça".
Pour le reste, non, je ne te jette pas des pierres, c'est compréhensible et louable ce que tu dis, mais bon, c'est pas mon opinion, je suis contre la victimisation quand elle n'a pas lieu d'être (même si parfois la prostitution est parfois l'exploitation affreuse de drames, ou conduit au drame, oui).
Par exemple, je pense que si toutes les prostituées étaient victimes,elles n'iraient pas jusqu'à créer un syndicat et manifester (les fameuses "Pute Prides" contre les peines dont pourraient être passibles leurs clients :
Manifestation pour les droits des travailleuSEs du sexe - Foleffet.com // https://www.facebook.com/events/421147231231348/439479022731502/?notif_t=plan_mall_activity
Et pas vraiment dans le débat mais un peu quand même, avez-vous entendu parler du débat sur les assistants sexuels belges pour handicapés ? http://www.rue89.com/2011/09/02/handicap-assistance-sexuelle-ou-prostitution-la-polemique-220321
Le 12 septembre 2012 à 19:21
HS mais en lisant cet article, je me suis dit que l'on devait habiter la même ville et le même quartier (car oui, j'habite chez les prostituées aussi et j'ai eu beaucoup de mal à m'habituer au fait que, quand une voiture s'arrête, non, ce n'est pas pour te demander sa route et que certains vont jusqu'à te suivre chez toi pour essayer de s'introduire dans ton immeuble ("allez, ça reste entre nous") quand tu rentres tranquille des cours. Ambiance.). J'suis quasi sûre.Le 12 septembre 2012 à 21:38
Je t'ai mis un big up parce que je suis globalement d'accord avec tout ce que tu dis mais juste …Je comprends que t'as fait fuir le mec, mais quand même … j'aurais eu un peu peur après quoi ^ ^
Et je me dis que la nana aussi, même si elle te dit "non non, ça n'arrive jamais d'habitude".
Ben euuh parce que c'est des personnes? ^ ^
On vend un peu plus qu'un objet ou qu'un corps, mais une personne, son intimité, etc. qu'on a une histoire avec notre corps et notre esprit (qui selon moi ne font qu'un), et qu'on a une psyche.
Et puis parce que perso, jme sentirais pas coupable de tacher les sièges d'un taxi, voire de vomir dedans ou même de le démolir, et que j'espère que les gens ne vont pas mettre des femmes sur le même plan. Evidemment il y a aussi des choses positives mais de toute façon un taxi, c'est de la ferraille, ce que je fais, les trajets que je fais, n'ont aucun impact sur lui ou sur la psyché du chauffeur.
Il y a un peu plus qu'un simple "service" impliqué dans la prostitution. Ou en tout cas, on ne peut pas les mettre sur le même plan.
Le 13 septembre 2012 à 18:52
@sabrinalafraise : je parlais d'un point de vue purement économique (d'ailleurs comme n'importe quels professionnels de prestations de service ils disposent de licences dans certains pays).Ce sont des personnes mais ce qui est vendu, c'est pas un corps, c'est une prestation. Impliquant certes leur corps, comme les acteurs, qui jouent des scènes dénudées.
Ou des masseurs, qui ont des contacts physiques avec des personnes à demi-nues.
Ou les aides-soignantes qui torchent les fesses des gens.
Dire que les prostituées vendent leur corps, pour moi ça revient à dire que les aides-soignantes vendent leur dignité, parce que MOI je trouve que c'est rabaissant de faire ça, alors qu'il y a des gens qui trouvent ça intéressant, voire noble, ce qui est aussi le cas de certaines personnes concernant la prostitution (certains revendiquent par exemple le fait de satisfaire le droit à avoir une sexualité - cf. le lien posté sur les assistants sexuls belges, parce que les hommes ne sont pas tous des monstres avilissants, il y a aussi des pauvres types qui sont seuls et qui n'arrivent pas à pécho pour X ou Y raison, par exemple, et ce n'est pas parce qu'on fait l'amour sans sentiments qu'on salit une personne) (sinon il y aurait un tas de gens très sales partout).
Si on pousse le raisonnement à son paroxysme, c'est comme si de par MA conviction que torcher les fesses est rabaissant je pensais qu'il fallait arrêter de payer les aides-soignants parce que c'est dégradant de ramasser le caca des gens avec ses mains et que ça porte atteinte à la dignité de ceux qui le font, et que pour que ce soit noble il faudrait que ce soit bénévole. Il faut garder en tête que les convictions (d'ordre moral, religieux, etc) quelles qu'elles soient sont plus ou moins largement partagées mais restent subjectives.
Encore une fois je comprends bien le point de vue que vous portez et je le partage (que le corps et l'esprit ne fassent qu'un, je le pense aussi mais il me semble que de moins en moins de personnes aient cette vision d'ailleurs), mais ça me gênerait que ce soit des gens qui ne sont pas concernés par le marché de la prostitution qui cherchent à l'interdire (là je sens qu'on va me citer et écrire "ah ouais et si on suit ton raisonnement, on n'empêche pas l'esclavagisme", oui mais l'esclavagisme par définition c'est contre le gré des personnes, et ici c'est pas le cas), même si leur conviction paraît noble.
C'est un peu comme certaines personnes qui militent contre le mariage homosexuel parce qu'elles se sentent investies d'une mission (qu'elle estime noble) de sauver cette société nonobstant ce que cette dernière revendique. Elles ont des idéaux qui leur appartiennent, mais quelque soit l'opinion sur le sujet, je pense (et je ne pense pas être la seule) qu'un hétérosexuel n'a pas à être contre le mariage gay, parce qu'en temps que personne non concernée :
- je n'ai rien à y gagner
-je n'ai rien à perdre / ça ne me nuit pas
-ça ne nuit concrètement pas à ceux qui sont concernés (puisqu'ils le revendiquent) et que je ne veux pas empêcher des gens qui y ont un intérêt à faire ce qu'ils veulentfaire, ça serait décider pour eux qu'ils ont tort de faire quelque chose qui ne regarde qu'eux, les infantiliser.
Qui sommes-nous pour dire à des prostituées consentantes qu'on veut interdire ce qu'elles font parce qu'on a décidé que c'était violent et dégradant ? et si on interdit parce que c'est avilissant, alors, à quand la règlementation qui interdira la levrette parce que beaucoup de femmes trouvent que c'est une position avilissante (oui, règlementer les pratiques sexuelles, ça se fait).
Pour résumer, ça ne me choque pas du tout qu'une personne trouve que l'hétérosexualité soit contre-nature (sans vouloir choquer personne, parce qu'encore une fois tout principe/conviction est loin d'être universel et que même si pour nous occidentales laïques et/ou athées du 21ème siècle ça semble couler de source), mais ça me choquerait qu'elle soit contre les unions homosexuelles, de la même façon je peux tout à fait comprendre les gens qui trouvent que la prostitution est ignoble et dégradante mais ça me gêne qu'on ait un droit de regard sur la faculté que les gens ont le droit de disposer d'eux-mêmes.
D'ailleurs si le "Slut Pride" a été calqué sur le "Gay Pride", c'est pas pour rien à mon humble avis.
L'avis d'un travailleur du sexe sur l'abolitionnisme : http://www.travaildusexe.com/?q=sexisme
Après, lutter contre certaines contraintes menant à la prostitution (=absence de choix), oui, ça me semble un combat légitime.
Le 13 septembre 2012 à 21:34
@Deutsche G.Je n'ai pas dit du tout que c'était dégradant et je n'ai pas parlé de dignité ! ^^Je dis que l'impact sur la personne est beaucoup plus fort. Une infirmière donne des soins, mais elle ne donne pas accès à son intimité profonde, physique et mentale.
Je ne raisonne pas sur un plan moral, mais sur celui de l'individu, de la personne.
Et quand tu dis "on ne vend pas un corps mais une prestation", j'ai des doutes. Tu ne peux pas faire un parallèle aussi évident et simple quand il s'agit d'une personne.
C'est comme si tu disais "non mais on l'achète pas, on la loue, comme une voiture", sauf que c'est pas un objet, c'est une personne, son esprit et même son corps (pour moi c'est quasi la même chose) vont imprimer ce qu'elle aura vécu durant cette "location" (de façon positive ou négative d'ailleurs), c'est ce qu'on appelle l'expérience. Un caillou n'a pas d'expérience, tu peux le jeter trois fois contre le mur, il réagira toujours de la même façon (bon par contre il peut se cabosser : c'est le vécu). Mais ça n'aura pas d'influence sur sa façon d'appréhender le mur la troisième fois.
Alors que sur les personnes il y a des résonances.
Alors, pour les infirmières aussi c'est sur, et dans tout travail d'ailleurs, mais je crois que les choses qu'on met en jeu dans le cas de la prostitution sont bien plus profondes. Et je ne dis pas que c'est mal, mais juste que mettre ça sur le même plan que n'importe quel autre service, c'est banaliser l'être humain et le mettre au rang d'objet. Ce qui, selon moi est un peu réducteur. Les êtres humains sont un peu plus complexes et je pense que l'on peut s'interroger sur les conséquences.
Mais bon, je comprends que ce soit ta conviction, moi c'est mon raisonnement ^^
Le 13 septembre 2012 à 22:23
@sabrinalafraise :Sans vouloir jouer les gratte-culs, le mien était (au moins autant que le tien) un raisonnement.Et conçernant les conséquences, elles sont toutes relatives, il y a des filles qui arrivent à séparer complètement leur corps et leur pensée (d'ailleurs, je pense que c'est la condition sine qua non pour être prostituée sans qu'il y ait de dommages).
Si elles le disent, je me dis qu'il faut leur faire confiance, elles sont assez grandes pour décider que ça ne les affecte pas, sinon elles auraient arrêté (surtout en France, où hors réseaux, il y a toujours le moyen de survivre sans recourir à la prostitution).
Le 14 septembre 2012 à 09:42
Pardon je ne voulais pas dire que le tien n'était pas un raisonnement.
Pour ce qui est de la séparation corps/pensée j'avoue que c'est un truc qui ne m'a jamais convaincu, le corps est la pensée, la pensée est le corps, je ne sais pas pourquoi on pense qu'il y a une séparation.
Un truc con : ya une expérience qui a été faite, si tu lis un texte en tenant un crayon entre tes dents, tu trouves le texte beaucoup plus drôle, parce que tu actives les mêmes muscles que ceux du sourire et donc le cerveau en conclut que c'est drôle. Le corps envoie en permanence des messages au cerveau et vice versae, d'ailleurs toutes tes pensées, tes angoisses, tes joies, tes émotions sont inscrites biologiquement dans ton corps. Ta personne ce n'est pas juste une sorte d'ectoplasme enfermée dans ta boite crânienne. Ce sont deux choses qu'on ne peut pas "séparer".
Au mieux tu peux refouler. Mais imaginer que le temps d'une heure, tout ce que tu pourras faire ou qu'on pourra te faire n'aura pas d'impact sur toi, et qu'on pourra mettre ce que tu penses ou es etc à l'état léthargique, là c'est une utopie. (Encore une fois je ne dis pas ça pour dire que ducoup "c'est mal" mais juste que on ne peut pas faire comme si c'était si simple).
Après tu as raison elles sont grandes. Mais encore une fois dire que si elles n'arrêtent pas c'est que ça ne les affecte pas, c'est faire un gros fuck au cerveau humain, à la psychologie et à la complexité des êtres.
Pour extrapoler un peu, c'est quoi la différence avec l'esclavage? (je me demande vraiment). Certains esclaves étaient bien traités, logés, nourris en l'échange de services. Certains pouvaient refuser ou non certaines tâches, selon leur proximité avec la famille. Certains mêmes étaient contre l'abolition de l'esclavage et aimaient leur maîtres, qui les protégeaient.
Mais pour autant est-ce qu'on veut être dans une société ou l'humain peut être une marchandise?
Le 15 septembre 2012 à 12:02
Comme je l'ai dit dans mon post, mes questions étaient volontairement naïves… (par exemple, je sais bien que personne ne m'a attendue pour mettre un prix sur toute la panoplies des actes sexuels, et que le marché fonctionne sans qu'on se pose la question du comment…) ça avait plutôt valeur d'interpellation.Mais toutes les réponses apportées ne me satisfont pas (même si je ne remet pas en compte leur pertinence hein!
Ce qu'il y a, c'est que je trouve impossible de considérer la prostitution comme un "service". Comme le dit Sabrinalafraise, trop de psyché entre en compte: un acte sexuel n'est pas anodin, ne le sera jamais. Lors d'une relation sexuelle, le corps dit quelque chose, il entre tout entier en action jusqu'au moindre battement de coeur… et le cerveau entre tout autant en jeu, d'ailleurs ce n'est pas pour rien que l'excitation passe principalement par le mental.
Les liens entre corps et esprit sont très finement entrelacés, c'est aussi pour cela que le corps peut tomber malade si l'esprit ne va pas bien, sans parfois même que l'on s'en aperçoive (phénomène de somatisation, tout ça…). Mais effectivement, corps et esprit sont aussi séparables, et alors on parle de phénomène de décorporalisation… ce qui est effectivement une des "conditions" pour "bien" vivre la prostitution. Mais la décorporalisation est en elle-même une violence inouïe, il est extrêmement difficile de retrouver l'intégrité de son être après un tel phénomène. Si certains arrivent à le vivre sereinement et à s'en sortir indemne, grand bien leur fasse… Mais vouloir à tout prix revendiquer qu'il s'agit d'un métier, c'est juste impossible : la décorporalisation n'est pas une faculté que l'on apprend comme on apprend à faire les pointes si l'on est danseuse ou pétrir la pâte si l'on est boulanger, c'est le seul réflexe de défense que peut produire le corps fasse à ce qui lui est infligé. AUCUN autre métier ne repose sur une telle violence faite au corps, aucun.
Il est intéressant de noter que parmi tous les types d'agressions faites au corps, l'agression sexuelle est celle dont l'être humain à le plus de mal à se remettre et qui laisse le plus de séquelles: justement parce que, contrairement aux animaux pour qui le sexe a principalement une fonction reproductive et se produit à une période donnée dans le but de perpétuer l'espèce, chez l'être humain le sexe est une construction complexe qui comprend autant de communication que d'excitation.
Lorsqu'un corps subit un acte sexuel sans désir, le cerveau vit cela comme un nonsens, il n'offre que les protections dont il est capable. Si un petit nombre de femmes et d'hommes peuvent ranger tout cela au rang de service et sont satisfaits de vivre cette situation, tant mieux pour eux (il vaut mieux le vivre bien que mal ça c'est sûr!), mais demander à la société d'accepter cet état de fait quand pour la majorité la prostitution est le berceau d'une vie de violence et de misère… Je pense que ça ne serait qu'un pas de plus vers l'irrespect et la déshumanisation.
Et je réitère ce que j'ai dit dans mon précédent post : la prostitution façonne la manière dont les hommes perçoivent toutes les femmes dans leur ensemble. J'avais lu un article intéressant sur l'un des états américains ayant légalisé la prostitution et les bordels, le nombre d'agression verbales faites aux femmes n'avait fait que croître depuis la légalisation!
Notre société repose sur le patriarcat, la prostitution en est un des fruits… lorsqu'une partie de la population se sent privilégiée au point de pouvoir se payer l'intimité physique d'autrui avec aussi peu d'impunité, je crois qu'il y a un sérieux problème quelque part.