Comment j’ai appris à sortir sans maquillage

Il y a quelques années, Virginie ne pouvait pas sortir acheter du pain sans maquillage. Aujourd'hui, elle n'en porte presque plus, mais le chemin fut long et parfois douloureux.

Comment j’ai appris à sortir sans maquillage

— Publié le 9 juin 2016

Pour beaucoup de gens, se maquiller fait partie des petits plaisirs du quotidien, comme déguster sa pâtisserie préférée ou prendre une bonne douche après une séance de sport matinale.

Malheureusement, pour d’autres, c’est le reflet d’une souffrance intérieure due à un manque cruel de confiance en soi. C’était mon cas, avant que je ne me prenne gentiment par la main.

Le maquillage, du plaisir au besoin quotidien

Si ma mémoire ne me trahit pas, je crois que j’ai commencé à me maquiller en troisième. D’abord les lèvres, avec un gloss roll-on Debby plutôt discret, puis les yeux, avec un mascara waterproof et un crayon bleu ciel de chez Nivea.

Peu de temps plus tard, l’acné ayant gentiment pris ses quartiers sur mon visage d’adolescente, j’ai découvert l’effet Photoshop du fond de teint, du correcteur et de la poudre libre. À quinze ans, je portais déjà un « full face make up », et je me levais une demi-heure plus tôt que mes copines pour enfiler mon masque de fards.

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Pour être honnête, j’adorais ça : gommer mes cernes et tenter de nouvelles associations de couleurs sur mes paupières est vite devenu mon activité préférée du matin. Moi qui détestais ma peau, j’arrivais à l’accepter à grands coups de correcteur et de blush satiné. Vraiment, je prenais du plaisir à transformer mon visage, à mettre en valeur mes atouts et à tenter de faire oublier ce qui me plaisait moins…

Moi qui détestais ma peau, j’arrivais à l’accepter à grands coups de correcteur et de blush satiné.

Au fil du temps, me maquiller était devenu tellement essentiel que je ne pouvais plus sortir de chez moi sans correcteur ou rouge à lèvres, même pour aller chercher du pain à deux mètres de la maison.

Lorsque je dormais chez une copine, je ne me démaquillais pas avant d’aller me coucher. Même chose, quelques années plus tard, lorsque je passais la nuit chez un garçon : je préférais encrasser ma peau en dormant maquillée que lui montrer mon visage nu.

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Moi quand le mec revenait dans sa chambre après un petit pipi

Sans que je m’en rende compte, le maquillage prenait de plus en plus de place dans ma vie. En quelques années, de pur plaisir, il était devenu une nécessité.

J’avais souvent plusieurs fonds de teint d’avance dans ma salle de bain, afin d’éviter de me retrouver dans une situation presque cornélienne : choisir entre sortir boutons au vent ou feindre un mal de ventre pour rester à la maison, la tête dans l’oreiller.

Une prise de conscience… mouillée

Avant chaque soirée ou événement un peu important, j’avais l’habitude de consacrer deux bonnes heures à ma « préparation physique » : quinze minutes pour le shampouinage, quinze minutes pour l’habillage et une bonne heure et demie pour le maquillage.

Les avant/après étaient souvent assez impressionnants, et j’étais plutôt fière du personnage que j’arrivais à créer tout en faisant croire que cette transformation digne d’un épisode de Nouveau look pour une nouvelle vie ne m’avait pris que quelques secondes.

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Salagadou, la menchikabou, la bibidi babidi bou

Plus le temps passait, plus j’empilais les couches sur mon visage : en première année de fac, je pratiquais déjà le contouring (déso Kim, j’étais first) et le smoky eye n’avait aucun secret pour moi.

La tonne de maquillage que j’appliquais consciencieusement tous les matins était proportionnelle à mon manque de confiance en moi.

Aujourd’hui, je me rends compte que la tonne de maquillage que j’appliquais consciencieusement tous les matins, et parfois plusieurs fois par jour, était proportionnelle à mon manque de confiance en moi. Je ne m’aimais pas et tentais de me cacher sous des couches de cosmétiques de plusieurs centimètres d’épaisseur, comme d’autres se cachent derrière leurs cheveux ou dans des vêtements trop grands.

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J’ai pris conscience que j’allais peut-être un peu loin après avoir passé une demi-heure à travailler mon teint pour aller faire quelques brasses à la piscine municipale… tout ça pour finir par enfoncer bien profondément mon bonnet et mes lunettes de plongée sur ma tête avant de sauter dans l’eau !

J’ai eu envie de pleurer tellement la situation était ridicule. J’avais même prévu quelques feuilles de papier matifiant, gentiment posées sur ma serviette, pour éponger mon sébum entre deux longueurs ! Bref, j’avais besoin de prendre un peu de recul.

Une détox longue et salvatrice

J’ai profité d’une petite semaine de vacances mère-fille à la campagne pour démarrer un processus de désintoxication inspiré par les techniques de mes potes fumeurs pour diminuer la clope : chaque premier jour du mois, j’éliminais un produit de ma routine maquillage habituelle.

Le premier mois, j’ai retiré le mascara. Le deuxième mois, je m’arrêtais juste avant le blush… et ainsi de suite jusqu’à finir le visage presque nu, légèrement unifié par une lichette de BB crème.

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« Parfois, je me fatigue tellement que j’ai envie de pleurer »

Les deux étapes les plus difficiles ont été de me passer de mascara et de correcteur. C’est dingue, l’effet que ces produits peuvent avoir sur le visage !

Au début, j’avais du mal à regarder les gens dans les yeux et je me cachais le plus possible dans mon écharpe ou derrière mes longueurs (moi qui porte souvent une queue de cheval, je n’ai jamais autant lâché mes cheveux qu’à ce moment-là !).

Mon œil s’est habitué à me voir sans maquillage, et ce qui m’empêchait de sortir sans ne me choquait plus vraiment.

J’ai même plusieurs fois éclaté en sanglots lorsque je devais m’exposer aux yeux de tous en pleine crise d’acné inflammatoire. Et puis, au fur et à mesure, mon œil s’est habitué, et ce qui m’empêchait de sortir sans maquillage quelques mois plus tôt (un bouton blanc, des cernes très marqués…) ne me choquait plus vraiment.

À force d’alléger ma routine make up, j’ai redécouvert le grain de ma peau, la couleur de ma bouche et la courbure naturelle de mes cils. En quelques mois, je suis passée de la sophistication extrême au lâcher-prise total. J’ai apprivoisé mon propre regard et ai appris à être indulgente envers moi-même.

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Aujourd’hui, je ne me maquille que si j’en ai envie. Je le fais pour moi, pas pour me transformer ni pour cacher quoi que ce soit, mais parce que ça me fait plaisir. Pour être honnête, ça me fait toujours un peu bizarre de m’apercevoir sans fards dans les vitres du métro, mais je finis généralement par hausser les sourcils d’un air triomphant.

Mes névroses se sont atténuées au moment même ou ma confiance en moi s’est développée, et rien que pour ça, si j’avais le choix de remonter le temps, je voudrais absolument revivre cette expérience pour tout le bien qu’elle m’a fait.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • KiaraAyu
    KiaraAyu, Le 5 décembre 2016 à 15h31

    Je me retrouve beaucoup dans cet article. Sauf que moi, même en étant obsédée par le maquillage et horrifiée par l'idée de sortir sans fond de teint, je n'ai jamais été douée pour me maquiller :rire:. Et je n'étais même pas sujette à de l'acné sévère. J'avais une peau grasse, mais sèche et avec une tendance à la couperose sur les joues et les ailes du nez. Et quelques boutons de temps en temps sur le menton.
    Je voulais tester toutes sortes de produits. J'étais animée par l'espoir de trouver le produit miracle qui s'applique facilement sur mon visage en camouflant tout dès la première couche. Je ne vous raconte pas le fiasco des retouches, quand j'essayais maintes fois dans la journée de camoufler ce vilain gros bouton en le badigeonnant de correcteur. A la fin, ça faisait un gros pâté XD.
    Mon "sevrage" s'est fait graduellement, au fur et à mesure que je prenais confiance en moi. Pas après une prise de conscience, plutôt une évolution naturelle de ma personnalité. Je suis également passée au naturel il y a un peu plus d'un an maintenant, ça m'a changé la vie, je passe matin et soir un coton imbibé d'hydrolat de rose musquées et de quelques gouttes d'huile de jojoba et ça suffit. Ma peau respire. Aujourd'hui, je me contente d'un stick correcteur pour camoufler mes rougeurs sur les joues - surtout en hiver - et mes poches sous les yeux. Avec un peu de poudre matifiante pour éviter de briller trop dans la journée.
    Quand j'ai la flemme, je sors également sans aucun maquillage. Au départ, ça faisait bizarre, mais maintenant j'y pense de moins en moins, et ça fait un bien fou de se montrer telle que l'on est vraiment, sans aucun artifice.

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