4 romans féministes qui m’ont fait réfléchir

Esther a lu au cours de l'année des livres qu'elle a érigé au Panthéon de ses classiques. Elle te dévoile quatre d'entre eux, qui partagent le point commun d'avoir des héroïnes féministes avant l'heure.

4 romans féministes qui m’ont fait réfléchir

Si tu as de la chance, tu peux peut-être profiter de ces premiers jours d’hiver sous ta couette, savourant la vue du ciel gris en même temps que tes vacances. À défaut, tu peux sans doute te délecter d’un jour férié aujourd’hui !

Une sélection de livres féministes à dévorer au chaud sous ton plaid

Personnellement, la perspective d’avoir une journée complète rien que pour moi me donne envie de me pelotonner dans un plaid, un chocolat chaud dans une main, et un livre dans l’autre.

Vraiment, l’aube de l’hiver me ramène à mes désirs de fillette, lorsque je pouvais m’installer confortablement dans le fauteuil, devant la cheminée de mes parents, chacun de mes 14 jours de vacances.

Bien avant le binge-watching, j’ai pratiqué le binge-reading avec assiduité. Et bien que le temps ait passé, j’aime me replonger dans cet état d’esprit régulièrement.

Récemment, j’ai lu plusieurs ouvrages qui m’ont fait passer des quasi nuits blanches tant je ne pouvais me détacher des pages, et j’ai eu envie de partager avec toi mes coups de cœur.

Tu vas voir, ils ont tous quelques points communs : ce ne sont pas des nouveautés, certains frôlent ou sont carrément des classiques, et surtout… j’ai choisi ceux-là car ils ont tous des héroïnes badass !

Sans plus attendre, je t’emmène faire un tour sur ma table de chevet.

Le goût du bonheur, Marie Laberge

Je commence par celui que je ne quitte pas en ce moment : Le goût du bonheur, par Marie Laberge.

En réalité il s’agit d’une trilogie. Après avoir repoussé longuement le moment de m’y mettre alors que deux de mes meilleures amies m’y enjoignaient depuis des mois (des années ?), je m’en suis saisie.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que je n’ai pas été déçue : j’ai terminé le tome 1 il y a deux jours, et je suis déjà plongée dans le 2.

J’essaie autant que je peux de me protéger de ce que contient la suite, mais je peux tout de même te dire après avoir fini le premier opus qu’il s’agit de la vie d’une famille bourgeoise du Québec du début du XXème siècle.

Gabrielle, une jeune femme folle amoureuse de son mari Edward, leurs enfants, la famille élargie… Toutes les mœurs de l’époque se mêlent à une fresque historique entraînante.

Ce livre, c’est se laisser bercer par les joies et les peines de la haute société québécoise, se réveiller pour une joute verbale au sujet du droit de vote des femmes, s’attendrir devant des amitiés que rien ne semble pouvoir abîmer, s’enhardir avec des personnages féminins qui défient les convenances de leur temps.

Je ne te cache pas qu’il m’a fait verser quelques larmes. Ce midi encore, j’étais émue en entamant ce tome 2. Et c’est à mes yeux un argument de plus pour que tu fonces le chercher en librairie !

Le goût du Bonheur, Gabrielle – Tome 1, de Marie Laberge chez Amazon, sur la Fnac, ou Place des Libraires

Une si longue lettre, par Mariama Bâ

Une si longue lettre est un classique de la littérature sénégalaise. Je l’ai emprunté à une amie lorsque je suis partie en reportage à Dakar.

J’ai été frappée car l’action se déroule pendant le XXème siècle… et pourtant j’avais le sentiment de tourner les pages d’une radiographie de la société sénégalaise qui reste en grande partie valable encore aujourd’hui.

On s’embarque dans la longue épopée que fut la vie de Ramatoulaye, au travers de longues lettres adressées à sa meilleure amie, au lendemain du décès de son mari.

La place des femmes y est particulièrement explorée : mariage forcé, polygamie, et tant d’autres sujets explorés à travers les yeux d’une femme qui n’a pas pu éviter tous les coups que le patriarcat lui a porté malgré sa nature engagée, combative.

Je l’ai dévoré sur une plage de Dakar, avec un sentiment mitigé d’admiration et d’envie de revanche.

Que tu connaisses le Sénégal ou pas, je suis persuadée que l’histoire peut te parler car malgré ses traits spécifiques à cette société, elle demeure relativement universelle.

PS : l’écrivaine Mariama Bâ a donné son nom au lycée de jeunes filles de l’île de Gorée, dont je t’ai parlé dans ce reportage !

Une si longue lettre, de Mariama Bâ, chez Amazon, sur la Fnac ou Place des libraires

Le jour où Nina Simone a cessé de chanter, par Darina Al Joundi et Mohamed Kacimi El Hassani

Encore un livre que j’ai lu pendant mes récents voyages. Celui-ci au Liban. Et c’est une grande tranche de l’histoire contemporaine de ce petit territoire qui se retrouve concentrée dans la vie de Noun, l’héroïne.

Cette jeune femme a été élevée par un père hors des carcans religieux dont la société libanaise est pourtant percluse.

C’est d’ailleurs contre une guerre qui prend certaines de ses racines dans des différences religieuses que vont se fracasser leurs idéaux mutuels.

Comment être athée dans un monde divisé entre chrétiens, musulmans, groupes qui se déchirent au nom d’un Dieu que l’on n’a soit même jamais réellement connu ?

Comment se défaire des injonctions sociales, explorer ses propres frontières, exprimer ses idées de femme libre dans un monde qui ne tolère aucune excentricité d’ordre moral, sentimental, sexuel ?

Le récit est cru, violent parfois, mais surtout vrai.

Il m’a fermement secouée et le refermer m’a procuré l’étrange sensation d’atterrir violemment dans un monde que j’avais délaissé le temps de ma lecture… et qui porte pourtant encore des traces bien réelles de ce passé.

Le jour où Nina Simone a cessé de chanter, de Darina Al Joundi et Mohamed Kacimi, chez Amazon, sur la Fnac ou Place des Libraires

L’art de la joie, par Goliarda Sapienza

Je tiens à te parler de celui-ci, que j’ai déjà évoqué dans le podcast anniversaire réalisé pour les 13 ans de madmoiZelle. C’est peut-être même pour te parler de celui-ci en particulier que cette sélection a vu le jour.

Sache que d’ordinaire, je ne relis pas ce que j’ai déjà lu. Je ne me replonge pas dans les pages d’un ouvrage en guise de plaisir nostalgique.

Je n’ai jamais été du genre à avoir un livre de chevet que j’ouvrirai régulièrement à la recherche de réponses sur le sens de la vie, je fuis tout ce qui s’apparente à une Bible au sens propre comme au figuré.

Tout ça en réalité, c’était avant de découvrir L’art de la joie.

Il trône désormais fièrement à la place de chef d’œuvre ultime dans mon cœur. Son héroïne Modesta a quant à elle raflé tous les prix que mon admiration pouvait décerner, y compris celui du personnage fictif dont j’aurais le plus aimé faire la rencontre autrement qu’en rêves.

Modesta, l’héroïne qui est devenue mon modèle

Tu souhaites peut-être que je te parle du contenu, plutôt que de t’en venter les louanges en m’appuyant sur du vent. L’Art de la joie donc, c’est l’histoire de Modesta.

Née en 1900, on va suivre le quotidien de cette femme sicilienne à partir de sa toute petite enfance – affreuse soit dit en passant mais ne laisse par ces premières pages te décourager.

En dépit de tout ce qu’aurait pu être la vie de cette enfant née dans la pauvreté extrême, Modesta va s’élever, poussée en avant par sa soif de liberté qui ne connaît aucune limite.

Nullement esclave, pas même de ses propres passions, Modesta repousse les frontières morales de la Sicile du XXème siècle. Érudite, entêtée, artiste, amoureuse, passionnée, engagée…

Je ne peux pas faire la liste de toutes les raisons qui me poussent à l’admirer, car elles sont trop innombrables, mais sache que désormais elle est mon référentiel lorsque je fais face à un dilemme.

La liberté comme valeur cardinale et le pragmatisme comme mode d’action : c’est d’ailleurs les caractéristiques qui ont repoussé le succès de l’ouvrage, jugé trop scandaleux à l’époque où Goliarda Sapienza l’a écrit.

Il a fallu attendre une décennie pour qu’il soit publié – à titre posthume – chez un tout petit éditeur italien d’abord. Ce livre doit finalement son statut de classique de la littérature italienne à sa redécouverte par un éditeur français dans les années 2000.

Quel gâchis ç’aurait été.

L’art de la joie, de Goliarda Sapienza chez Amazon, la Fnac ou Place des libraires

Une sélection de livres aux héroïnes féministes avant l’heure

Cette sélection s’achève sur ces mots, et je m’aperçois que ces ouvrages ont bien plus de points communs que ceux que je leur prêtais au départ.

Tous sont l’œuvre de femmes.

À chaque fois, l’action prend place au XXème siècle, dans un monde où les femmes jouissent encore de bien peu de droits comparé à ceux que l’on peut exercer aujourd’hui – en France en tous cas.

Leurs héroïnes sont toutes éprises de liberté, des féministes avant l’heure parfois sans le savoir.

Elles représentent le travail accompli par celles qui nous ont précédées. Celles qui presque sans s’en apercevoir, se sont battues contre les carcans d’une époque, finalement pas si immuables que ça.

Elles me donnent envie de suivre leur chemin, de ne rien attendre de personne. Et j’espère que c’est cette soif d’avenir qu’elles sauront te transmettre à ton tour !

À lire aussi : Cinq classiques de la littérature féministe

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Esther

Esther est tombée dans la marmite de madmoiZelle quand elle était petite. Elle n’a pas grandi, mais elle a depuis développé de fortes convictions féministes. Au croisement de la rubrique actu et de la rubrique témoignages, elle passe de temps en temps une tête à l’étranger pour tendre son micro aux madmoiZelles du monde entier !

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Commentaires
  • Grenouilleau
    Grenouilleau, Le 7 novembre 2018 à 23h19

    Les premiers qui me viennent : Zadie Smith, De la beauté, surtout pour Kiki et Zora, et l'ultra célèbre trilogie (je ne compte pas dans le tas les suites au 3e tome, trop commerciales) Millenium, pour Erika Berger, Rosa Figuerola et Salander

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