Je ressemble (de plus en plus) à ma mère

Presque un an s'est écoulé depuis son Bonjour j'ai 23 ans et je suis déjà vieille, et Émilie Laystary est obligée de se rendre à l'évidence : plus le temps passe, plus elle se comporte comme sa mère. État des lieux.

Je ressemble (de plus en plus) à ma mère

Quand la femme qui m’a enfanté (coucou Maman, oui c’est nous, moi et mes formules grandiloquentes) se plaint d’avoir des maux de dos et accuse la vieillesse, j’ai pour habitude de lui faire les gros yeux. Je lui dis « Maman, la vieillesse, c’est d’abord dans la tête, hein ». Et elle me répond, en riant, « Oui oui, ça va, je disais ça comme ça ». D’abord, parce qu’on sait toutes les deux qu’elle m’a eu jeune, et qu’étant moi-même encore dans la fleur de l’âge, ma mère ne peut pas être bien vieille (bon, j’arrête le mystère, elle a 45 ans) et que ses maux de dos lui viennent surtout de ses anciens pogos (ma mère est une ancienne hippie abonnée aux concerts) et de sa manie de ne pas s’accroupir pour porter les packs d’eau.

(J'ai trouvé cette photo dans Google Images, cette femme n'est donc pas ma mère)

Mais si ma mère est effectivement loin d’être grabataire, ce qui a changé, c’est son discours. Depuis que je ne vis plus chez mes parents chéris et qu’elle n’a plus l’ascendant direct sur moi (qui allait de « T’es pas en cours ce matin ? » à « Tu as mangé quoi ce soir ? »), ma mère me voit comme un « brin de jeune femme », allons jusqu’à dire « une jeune adulte ». Et moi qui pensais qu’en prenant mon indépendance, mes pires instincts de fêtarde invétérée ressortiraient, je dois vous avouer une chose : plus ça va, et plus j’ai l’impression de perdre mon statut d’ado attardée.

1. Point vieux : Je fais des listes de courses « compartimentées »

Avant, je remplissais mon frigo comme une fillette peut avoir un coeur d’artichaut : j’avais des papillons dans le ventre, je tombais amoureuse à chaque rayon, mes yeux s’écarquillaient et mes mains devenaient moites à la vue de jolies choses sucrées.

Aujourd’hui, ma passion des listes s’est élargie : je n’énumère plus seulement mes projets de vacances, mes disques à écouter, mes idées de piges et mes films à voir – JE FAIS AUSSI DES LISTES DE COURSES COMPARTIMENTÉES. Oui oui, vous avez bien compris : mes listes ont des sous-parties (« légumes, apéro dinatoire, recettes à venir, dessert, vins »), ce qui me permet de rentabiliser mon temps passé au supermarché.

Point jeune : j’ai encore ce tic de morveux qui accompagne ses parents à Auchan, consistant à s’amuser à « ranger » les courses sur le tapis

Soirée buuuurgers

2. Point vieux : j’achète moins de fringues, mais elles sont de meilleure qualité.

Il fut une époque où je préférais 5 robes H&M qui se déteignent et perdent en couleur au bout de 3 lavages à une très jolie pièce. J’avais 18 ans, je buvais des Corona, j’écoutais Lene Marlin et j’avais un « crew » de potes avec qui « squatter » après le « bahut ».

Et puis, un soir où je devais accompagner mes parents à un dîner important, j’ai réalisé que je n’avais même pas l’ombre d’une petite robe « sobre et élégante » dans mon armoire. Vous savez, la fameuse petite robe noire, classique et essentielle, dont tous les magazines féminins nous font chaque année une sélection. Voilà. Bah moi j’avais que des tee-shirts à rayure, des shorts avec des têtes de mort, des hoodies de toutes les couleurs, des baggys et des casquettes hyper déconne. Tristesse.

Je crois que c’est plus ou moins à partir de là que j’ai commencé à me raisonner et à également investir dans « des pièces phares », bien coupées et de meilleure qualité. Je privilégie aujourd’hui la qualité à la quantité, sur la base du raisonnement « une belle côte à l’os préparée avec amour vaut plus que 2 boîtes de conserves de boulettes de viande hachée ». Je suis sûre que vous voyez de quoi je parle.

Point jeune : OK, je porte des pyjamas dans la rue.

3.  Point vieux : je fais le ménage chez moi de façon presque organisée.

Avant, j’avais un aspirateur et des éponges dans mon appart, et ça me suffisait à faire le ménage. Et il était toujours très agréable et surprenant de tomber par hasard sur une clope écrasée en dessous du meuble de la cuisine et une canette de bière à moitié pleine derrière mon canapé. Vivre dans mon appart était une belle aventure, pleine de surprises et de rebondissements.

Aujourd’hui, j’ai une petite armoire dévolue aux produits d’entretien. On y trouve de quoi cirer le parquet, détartrer le pommeau de douche, refaire les joints de la salle de bain, faire briller les vitres, dégraisser les plaques de cuisson… Et une fois le grand ménage de printemps terminé, il n’est pas rare que j’empoigne un bouquin, me prépare une limonade, m’installe dans le canapé, les orteils en éventail devant la fenêtre et m’exclame « T’as fait du bon boulot ! » en me souriant à moi-même dans le miroir de mon salon (bonne ambiance).

Prendre un air satisfait et se parler tout seul, y’a pas plus cadre-sup chiant ? Au secours.

Point jeune : il m’arrive d’aller me commander un truc à emporter jusque parce que j’ai la flemme de faire la vaisselle.

4. Point vieux : je privilégie le vélo dans Paris au combo « bus + métro », dès que je peux.

Si je devais me souvenir d’un dimanche typique de mon enfance, alors sans aucun doute, cette image me viendrait : moi dans le salon, en train de regarder pour la énième fois un épisode de Princesse Sarah (j’avais toute la série en coffret vidéo) et mes parents, riant dans la cuisine autour de tasses de café, tout en essayant de se mettre d’accord sur un parcours de randonnée à vélo.

Après avoir passé mon adolescence de citadine à n’emprunter que le bus et le métro, je me mets aujourd’hui au vélo. Dans ma tête, la petite voix de ma mère me murmure que ça me fait faire un peu d’exercice, que ça me permet de découvrir la ville plus en profondeur (comment aller d’un quartier à un autre, par exemple), tomber sur de nouveaux coins et prendre l’air. ET CETTE PETITE VOIX A RAISON.

Point jeune : quand je vais boire un coup à vélo et que j’ai l’estomac un peu trop rempli de houblon pour conduire comme il faut, je ne fais pas l’imbécile : je rentre en Noctilien.

5. Point vieux : J’ai déjà sonné chez des voisins pour leur demander de baisser la musique.

Avant, je considérais que la tapage nocturne de mes voisins n’était que le juste retour de bâton de ce que je leur avais fait subir le week-end d’avant.

Maintenant : quand je fais une soirée, je suis polie – je colle un mot dans le hall de mon immeuble. Par ailleurs, je suis également devenue une adepte de l’expression « quand c’est trop, c’est trop ». Et clairement, si parfois je choisis de ne pas sortir pour être en forme le lendemain et bosser, ce n’est pas pour que la fête vienne à moi ! Alors j’enfile un peignoir et mes chaussons molletonnés, et je vais gueuler un bon coup chez mes voisins. Sur le moment, j’ai l’impression d’être la pire des rabat-joies, mais au moins : 1. s’ils baissent le son, je peux effectivement m’endormir paisiblement, 2. s’ils ne le baissent pas, ça me fait une excuse pour les faire chier le week-end d’après.

Allez maintenant, à votre tour de me parler de vos mamans et de l’influence qu’elles ont sur vous !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Gochugaru
    Gochugaru, Le 24 mai 2012 à 18h36

    En fait j'ai déjà fait quasiment tous les trucs de l'article depuis que je suis partie de chez mes parents :shifty: Je suis née vieille je crois :cretin:

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