La saga Harry Potter de J.K Rowling

Pondu par Sixtine. le 3 septembre 2010  

« L’âge mûr devient sot et négligent lorsqu’il sous-estime la jeunesse. » [Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé - Chapitre 2]

Il est temps d’abandonner un peu nos âmes adultes pour assumer (ou non) la lecture de sept livres – 4057 pages connues de tous mais parfois tues à l’évocation du mot « Littérature » ou au déplaisant souvenir d’un âge toujours plus grandissant.

Une fois le livre en mains, il y aura toujours les irréductibles et les têtes hautes pour ne pas trembler face à la mention étroitement connotée « À partir de 10 ans » et autres « Folio Junior » ou « Gallimard Jeunesse ».
Et il y aura ceux qui conservent le tout entre deux planches bien fermes, les porteurs de coups d’oeils dérobés passés maîtres dans l’art du joli catimini nostalgique mais résolument solitaire – ou feu d’une période assurément trépassée mais impossible à jeter.

La saga Harry Potter de J.K Rowling harry potter livres

Lorsque j’ai découvert la chose, elle se trouvait emballée dans l’étroitesse colorée des jolis papiers cadeaux de l’enfance. Je n’avais rien demandé mais lisais beaucoup et de tout, et mon monde ne savait s’animer que par ça. J’étais la fille du placard sous l’escalier, encombrée, enfermée, les joues roses, la petite fille aux lunettes sur le nez et finalement, un brin stéréotypée.

A la réception du cadeau, il y eut tout d’abord le dubitatif et l’air de rien. Et puis… Ce fut comme une jolie musique aux premières pages, le prélude d’un nouveau monde riche en détails et coloré, balafré de coups d’éclairs et jets de sorts, singulièrement plus prometteur que le nôtre mille fois réel. The Opening.
J’avais 11 ans, tout comme Harry.

Je ne prétendrai pas l’heptalogie potterienne novatrice dans le fond, car elle aborde en soi de nombreux thèmes déjà lus, découverts et disséqués : la lutte de clans ennemis, le Bien et Mal, le noir et blanc. Les choses bien tranchées, au sens propre, comme au figuré.
Mais derrière tout ceci subsiste le beau de la sensation Colomb, l’impérieuse certitude d’avoir découvert là un nouveau monde. Tout y est riche en détails et sans borne, incommensurable jusqu’aux fins de syllabes. Et tout y est magique, surtout.

La magie. Derrière ce petit mot pas très beau se cache effectivement un tout surprenant. Celui des possibilités multiples, de l’imagination, des chimères et de ce qui – communément – n’existe pas. Soyons sérieux. Or lorsque nous, et le monde, changeons sans trop savoir y faire, l’existence vient soudain s’attribuer un réalisme froid, presque guindé, des contours douloureux un peu durs à pousser. Les couleurs se fanent, le pouvoir s’étiole et les proportions adoptent alors des airs de monstre prêt à rugir.

« Les conséquences de nos actions sont toujours si complexes, si diverses, que prévoir l’avenir est une entreprise bien difficile. » [Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban - Chapitre 22]

Quelques plis de réflexion naissent sur le front. Et là est l’âge adulte.

Pourtant, certaines petites choses nous rattachent parfois au beau de l’ancien monde, et pour beaucoup, HP fait partie de celles-ci. Pages après pages, l’histoire nous substitue ainsi quelques déplaisants bouts d’années et nous enrobe dans un cocon certes orageux mais jamais purement morne. Puis viennent à mesure deux-trois taches de rouge aux joues et cinq-six balafres de chocolat. Or qui serions-nous pour ne pas accepter cela ?

Si j’ai décidé d’écrire sur ce grand récit, c’est aussi et surtout – pur paradoxe – parce qu’entre les éclats feutrés de ce qui n’est décemment pas réel, la Mort pointe et s’apprend. S’impose. Se déclare par « prends garde ». Car parmi les multiples pastilles colorées proposées, les joies amicales et les bienfaits d’aimer, tout et tous – animaux, personnages, entre-deux – y sont parfaitement et simplement susceptibles d‘expirer. In Noctem.

« Pour un esprit équilibré, la mort n’est qu’une grande aventure de plus. » [Harry Potter à l’École des Sorciers - Chapitre 17]

L’heptalogie n’est certes pas tendre envers ceux qu’elle a faits naître. Certains se sont vus voués à mourir ou disparaître, ne laisser à nous autres attachés que la dure pédagogie de la perte, le pénible apprentissage du grand noir. Grandir, grandir avec ce que cela comporte de saumâtre et d’acide, évoluer avec la sensation du fil brisé et l’effet Damoclès.
Car ici, tout-n’est-à-pas-prononcer. Ici, sans magie et sans fard, trop-de-choses-peuvent-tuer.

Voici pourquoi certaines œuvres nous promettent encore quelques petits éclats fous, pourquoi il nous faut continuer de rêver entre tout. Nous sommes adultes et qu’importe ? L’illusion a du bon, elle préserve aisément de ce qui est trop décent, bien trop droit et tranchant. Sans baguette, sans grimoire, sans potions et selon notre piètre condition de moldus, il nous faut alors chercher et trouver encore dans les recoins nos propres miettes de sorcellerie. And the story begins.

Aujourd’hui, j’ai 21 ans. Je ne porte plus de lunettes et j’ai finalement abandonné mon placard sous l’escalier.
Lorsque force a été de constater que dans cette réalité, je ne recevrai pas de lettre, le temps qui m’était imparti avait coulé depuis longtemps. Aussi ai-je décidé que si une place de sang-mêlé avait été dévolue à ceux des livres, une place de tête-fendue pouvait être destinée à ceux comme moi.

Finalement, je ne suis guère encore Quasi-Sans-Tête, et c’est un bien. Cependant, une large part de cet esprit candide que l’on réserve habituellement aux souvenirs et aux poussières reste occupée par un ailleurs autrement plus magique, et d’autres mondes, en d’autres livres.

« Ça ne fait pas grand bien de s’installer dans les rêves en oubliant de vivre. » [Harry Potter à l’École des Sorciers - Chapitre 12]

L’un et l’autre ne sont pas inévitablement incompatibles, voilà pourquoi sur ce point, Dumbledore, permettez-moi enfin de ne pas être d’accord.

Ca vous a plu ? Faites tourner !

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Les 10 dernières réactions à cet article

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  1. Le 05/09/2010 à 09h34

    Citation:
    Posté par Iaoranamoana Voir le message
    Perso je bénissais J.K Rowling d'avoir inventé la famille Weasley et j'aurai vendu ma petite soeur pour rencontrer un des jumeaux, qu'on tombe amoureux et qu'on parte sur nos balais volants faire pleins de farces
    J'avais un peu le même rêve secret.
  2. Le 05/09/2010 à 12h43

    Et voilà, j'écoute la B.O du film, chose que je ne fais presque jamais, parce qu'elle est chargée de trop d'émotions, et que ça me donne invariablement envie de pleurer.

    Harry Potter, c'est toute ma vie, je crois.
  3. Le 05/09/2010 à 13h24

    Mais est-ce que certaines d'entre-vous ont vraiment cru en ce monde ?
    J'ai une amie (je ne la connaissais pas à l'époque, mais elle m'a raconté) qui y croyait dur comme fer, et elle était vraiment persuadée qu'elle recevrait un hibou qui lui donnerait l'ordre d'admission à Poudlard et qu'elle n'irait pas en 6°. La pauvre est tombée de haut !
    Je trouve ça mignon, je crois que j'aurai bien aimé y croire (même si ça fait mal).
  4. Le 05/09/2010 à 14h17

    Citation:
    Posté par Lavana Voir le message
    Mais est-ce que certaines d'entre-vous ont vraiment cru en ce monde ?
    J'ai une amie (je ne la connaissais pas à l'époque, mais elle m'a raconté) qui y croyait dur comme fer, et elle était vraiment persuadée qu'elle recevrait un hibou qui lui donnerait l'ordre d'admission à Poudlard et qu'elle n'irait pas en 6°. La pauvre est tombée de haut !
    Je trouve ça mignon, je crois que j'aurai bien aimé y croire (même si ça fait mal).
    Bah moi le jour de mes 11 ans, j'espérais un peu (en plus vu que je suis née début septembre, c'était la période idéale ) mais je savais bien que ce monde n'était pas réel.
    Après, quand on lit un livre, c'est normal de s'imaginer que ça existe même si au fond, on sait très bien que ce n'est pas le cas.
    Ca me rappelle la partie à King's Cross dans le 7 avec Dumbledore qui dit à Harry : "Of course it is happening inside your head, Harry, but why on earth should that mean that it is not real?" (je suis désolée, j'ai uniquement mon exemplaire en anglais à côté de moi, je ne peux pas trouver la citation en français )

    EDIT : "Bien sûr que ça se passe dans ta tête, Harry, mais pourquoi donc faudrait-il en conclure que ce n'est pas réel ?"
    (je trouve HP très bien traduit en français, d'ailleurs)
  5. Le 05/09/2010 à 22h16

    Citation:
    Posté par Lavana Voir le message
    Mais est-ce que certaines d'entre-vous ont vraiment cru en ce monde ?
    J'ai une amie (je ne la connaissais pas à l'époque, mais elle m'a raconté) qui y croyait dur comme fer, et elle était vraiment persuadée qu'elle recevrait un hibou qui lui donnerait l'ordre d'admission à Poudlard et qu'elle n'irait pas en 6°. La pauvre est tombée de haut !
    Je trouve ça mignon, je crois que j'aurai bien aimé y croire (même si ça fait mal).
    Ah moi j'y ai vraiment cru. J'étais persuadée que ma lettre allait arriver et que j'allais être élève à Poudlard. Bon, faut dire aussi que jétais un peu naive..
  6. Le 05/09/2010 à 23h23

    J'aime beaucoup cet article. Pour moi comme pour beaucoup d'autres, Harry Potter c'est toute mon enfance, des souvenirs en pagailles et un vide incommensurable à la fin de la saga...

    Tout a commencé il y a plus de 10 ans maintenant. Ma mère avait acheté le tome 1 après avoir entendu parler de son succès et ça m'intriguait beaucoup de voir sur sa table de nuit ce livre pour enfants ! Finalement elle n'a pas accroché et je me suis précipitée dessus. C'était mon premier "vrai" livre finalement, j'avais toujours beaucoup lu mais à 7 ans Harry Potter représentait quand même pour moi un autre monde... Et quel autre monde ! Je ne croyais pas si bien dire. Pourtant j'ai eu un peu de mal au début, surtout avec les noms : je prononçais ( dans ma tête ) RON au lieu de 'Ronne', je lisais Dim-Ble-Dore à la place de Dum-Beul-Dore, et en petite française encore ignorante de l'anglais, le Mrs Weasley ( et pas Mme! ) parlait forcément d'un homme ! Mais j'ai dévoré les deux premiers livres, ainsi que le troisième que j'ai avalé d'une traite en une journée.

    Et puis l'attente a commencé. J'étais alors en primaire et je me souviens que j'avais un amoureux : malgré ça, dans mon journal intime, je précisai bien que ce n'était pas lui que j'aimais mais Harry ! Le tome 4 est arrivé et je l'ai adoré, comme toujours. Peu à peu, Harry Potter devenait bien plus qu'un livre, c'était un monde merveilleux, magique et à la fois très familial : je me serais bien vu passer un Noël à Poudlard, recevant mon pull tricoté par Mrs Weasley ! Dès lors je n'ai plus rien lu d'autres, moi qui avait habitué mon monde à réclamer sans cesse de nouveaux livres et à emprunter des livres à la bibliothèque.
    La 'sanction' n'a pas tardé à tomber : ma mère a caché les Harry Potter afin que j'arrête de les lire sans cesse ! Ca a été dur et heureusement, un soir, j'ai eu la brillante idée de rechercher mes cadeaux de Noël avant l'heure. A l'assaut du garage, je n'ai rien trouvé, mais j'ai remis la main sur mes livres fétiches ! Je suis partie avec en courant dans ma chambre où je les ai cachés sous mon matelas. Durant les nuits, je savourais à nouveau le plaisir de lire Harry Potter, cachée sous ma couette et avec une lampe de poche. J'avais l'impression de faire quelque chose d'illégal et ça me rapprochait encore plus d'Harry, qui durant l'été se cachait pour faire ses devoirs de rentrée...

    Et puis je suis entrée au collège et les tomes ont continués à sortir. Toujours la même joie, le même plaisir de retrouver ces "vieux copains" d'enfance que les personnages de la saga étaient devenus. En grandissant, j'ai pu apprécier de nouvelles choses : l'humour de Fred et Georges, la qualité qu'à JK Rowling d'écrire certaines scènes banales avec une plume si légère ! Les films sortaient en parallèle et malgré une décéption souvent, dû à une fidélité imparfaite par rapport aux livres, je les ai adorés. Je sais bien que "en vrai" je devrais les trouver "nuls" ou autre mais c'est just impossible finalement !

    Lorsque je suis entrée en seconde, c'est un peu comme si j'entrais à Poudlard : un nouveau monde s'offrait à moi. C'était l'année de sortie du dernier tome... J'étais à la fois impatiente qu'il arrive et triste de songer que ce serait la toute dernière fois que j'attendrais un livre avec tant d'impatience. La veille de sa sortie en France, ma mère est allée à la librairie acheter un journal et elle a vu le stock d'Harry Potter qui venait d'être livré. Et ô ! miracle ! Il a accepté de lui en vendre un immédiatement 'à contition qu'elle ne le dise à personne puisque c'était interdit' ! Je l'ai, une fois n'est pas coutume, A-DO-REE. J'ai été très triste à la lecture de certains et une sensation de nostalgie me parcourait forcément, mais il a fallu faire avec.

    Depuis le temps a passé, cet été encore j'en ai relu un et j'ai prévu de me refaire toute la saga l'été prochain, histoire de retrouver mes bonnes vieilles habitudes après l'année que je vais passer en Lettres modernes où j'aurais forcément moins de temps pour mes lectures personnelles. Finalement je ne pourrais même pas dire "Harry Potter est mon livre préféré" car c'est bien plus fort que ça, bien plus puissant ! Je ne sais pas pourquoi mais pour moi ce n'est pas vraiment un livre au même titre que les autres ; d'ailleurs si on me demandait de classer tous les écrits ce ne serait pas par genre ( romans, poèmes... ) mais Harry Potter et le reste. Au passage, pour certaines personnes qui disent que Harry Potter, c'est nul, c'est commercial et c'est pas de la littérature, je trouve cela vraiment dommage. Pour moi non plus ce n'est pas de la littérature, c'est des souvenirs, des émotions, un bien être même en le lisant, enfin c'est tout un tas de choses différentes et merveilleuses à la fois.

    Et puis je reste subjuguée par le talent de JK Rowling pour composer son scénario : certains détails insignifiants des tomes 1, 2 ou 3 se révèleront porteurs de sens dans le dernier tome par exemple.

    Je vais arrêter là car ça commence à faire vraiment long mais l'essentiel est dit, je crois, bien que je pourrais en parler encore des heures !
  7. Le 06/09/2010 à 01h59

    En lisant le topic, je réécoute la BO sur Deezer, ça me colle un sourire niais sur le visage....

    Je suis plus que toquée de la série Harry Potter, comme beaucoup, j'ai lu les trois premiers tomes à 11 ans, puis j'ai guetté les suivants.... j'ai lu les trois derniers en anglais puis en français, je dois à Harry Potter ma fluidité de lecture en anglais on ne peut plus utile dans mes études.
    Il était tout bonnement inimaginable d'attendre la sortie du livre en français pour savoir ce qui allait se passer. D'ailleurs, j'ai toujours été voir ce qui se passait à la fin avant de tout lire depuis le début. Notamment, dans le 7è tome, le "All was well" qui est la toute dernière phrase m'a immédiatement rassurée. Et aussi le fait qu'Hermione ne meurt pas, je sais que je suis ridicule mais vraiment ça m'aurait démoralisée qu'elle meure.

    Hermione est mon personnage préféré depuis le premier tome, je me reconnaissais dans son aspect "première de classe" isolée.
    J'ai également pieusement vu tous les films à leur sortie, je n'arrive pas à les critiquer, je trouve que l'esprit est bien rendu, je suis juste heureuse et béate sur mon siège à voir se dérouler les images de mes livres favoris.

    Aujourd'hui, tout le monde sait ce qu'est un Wingardium Leviosa (avec le mouvement du poignet^^), un Alohomora, un Stupéfix... c'est aussi ce qui fait la magie d'Harry Potter, son universalité, son esprit. Au-delà de la réussite financière et de la célébrité, je dirais que JK Rowling a véritalement réussi sa vie en apportant une grosse bulle de bonheur et un code commun à des millions de gens. C'est phénoménal, extraordinaire!

    Je précise que je ne lis pas que ça, mais Harry Potter a une place très particulière dans le panthéon de mes lectures personnelles.:coeurquiba t:
  8. Le 06/09/2010 à 10h10

    Attention aux spoilers les filles! Si vous avez pour la plupart terminé cette saga depuis longtemps ce n'est pas le cas de toutes les madz.

    On peut s'intéresser à cette revue et lire les commentaires sans vouloir qu'on nous révèle une partie de l'histoire.... (exemple de Zinzoline avec [SPOILER]la mort de Sirius[/SPOILER]) et de Butterbeer avec [SPOILER]celle de Dumbledore!!![/SPOILER])
  9. Le 06/09/2010 à 14h30

    Citation:
    Posté par Jullian Voir le message
    Pour moi non plus ce n'est pas de la littérature, c'est des souvenirs, des émotions, un bien être même en le lisant, enfin c'est tout un tas de choses différentes et merveilleuses à la fois.
    Je trouve au contraire que ce serait une belle définition de la littérature

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