Lettre ouverte aux mecs pour qui « je ne suis pas de celles à qui on fait la cour »

Cette madmoiZelle en a assez. Assez de ces mecs, de ces potes, qui couchent avec elle puis oublient leur amitié. Assez d'être périssable, jetable. Assez de souffrir. Voici sa lettre ouverte.

Lettre ouverte aux mecs pour qui « je ne suis pas de celles à qui on fait la cour »

La rage au bide. La bile à la gorge et cet effort monstrueux pour ne pas émettre ce son rauque, pour ne pas déverser sa haine. Ça brûle. Ça me fait mal, vous savez. C’est pile ce moment où le ras-le-bol atteint son apogée et qu’on sait que l’on va crier. Alors quitte à crier ma douleur, autant la partager avec des personnes qui auraient peut-être envie de crier avec moi.

Disons que dans notre charmante société patriarcale, il y a d’un côté les femmes respectables, qui font l’amour en couple monogame, exclusif et hétéro, et les autres. Pas de nuance, pas d’entre-deux.

Les filles bien mettent un genou au sol, les mauvaises filles se cambrent

Moi, je suis la putain. Toujours. Je n’ai jamais été la fille que l’on qualifie de « bien », celle avec qui on veut se mettre en couple, à qui on fait la cour ou pour qui on a des égards. « Vous veniez chez moi mais dès le lendemain vous refusiez en public de me tenir la main » — ou l’histoire de ma vie.

Encore que, malgré mon grand romantisme, j’ai pas toujours envie de me mettre en couple avec ces types. Pas souvent, même. Et puis parfois, parfois je me fous bien qu’ils me snobent et coupent tout contact. Je n’aime pas perdre mon temps avec des cons.

Mais voilà, il arrive que ces cons soient mes amis ou mes potes. Et ça, c’est terrible. Je voudrais leur dire que je les aime beaucoup, certes mais que je ne demande rien. Je n’exige rien. À part le respect. J’ai envie de leur dire…

Respectez-moi. Respectez nos souvenirs, nos fous rires, nos moments tendres et nos baises crapuleuses. Respectez ma sensibilité. Oui je sais, je m’attache trop, trop vite, trop fort. J’aime ou j’aime pas mais l’excès est ma marque de fabrique.

Pourtant je ne cherche pas à prendre de la place dans votre vie, je me fais volontiers toute petite, vous savez, les gars. J’veux pas votre amour, j’veux pas l’exclusivité. Je voudrais juste que vous soyez capable de concilier amitié et sexe. Je voudrais que vous arrêtiez de me voir comme la fille désirable, la jolie pote sur laquelle on fantasme mais avec qui on n’a plus envie d’aller au ciné ou de sortir voir une expo une fois qu’on a couché avec.

Vous savez quoi ? Le sexe, je m’en fous, en fait. Oui c’est bon, oui c’est une de meilleures choses au monde avec les pâtes au beurre. Mais moi, je m’en moque bien d’être désirée, d’être excitante, d’être bonne. J’ai pas de complexes là-dessus. Je suis jolie et je plais, pas besoin de me rassurer.

Par contre, à cause de votre lâcheté, de votre mépris, je ne sais pas si je suis intéressante. Si je suis drôle. Si ma conversation est enrichissante. J’ai toujours l’impression d’être bête à manger du foin, vous savez. Pourquoi elles, elles sont vos amies ? Pourquoi pas moi ? J’ai fait quoi de mal ? Faut me le dire.

Bien sûr que parfois je suis trop collée à vous. Mais pas parce que j’ai besoin de vous, non. J’ai juste besoin que vous vouliez être avec moi. J’en peux plus de réclamer. Je veux être demandée, je veux que vous alliez vers moi pour tout, pas que du sexe.

Je veux que ce soit vous qui envoyiez les SMS, qui me proposiez de sortir. Je veux que l’on continue à parler comme des potes de chambrée. Je ne veux plus que vous vous arrêtiez de vous confier à moi. Je veux plus vous voir changer. Ça me tue, vous savez. Je veux plus pleurer dans les draps de mon amie comme hier soir. Ne me faites plus pleurer, les gars.

Si vous n’êtes pas capables de m’estimer et de m’assumer, ne baisez pas avec moi. Ne me draguez pas. Restons-en là, à notre état de copain-copine. J’ai plus besoin d’amis que d’amants. J’en peux plus d’être cet objet de convoitise dont on se lasse.

J’ai pas l’impression de demander des montagnes. Je ne veux même pas être votre copine. Juste votre amie. Mais vous n’en êtes pas capables. Vous êtes trop jeunes, peut-être. Trop formatés. Je vous gêne. Je braille trop, je suis trop exaltée. Ça vous fait peur d’entendre que je vous aime. Pourtant, ce devrait être beau, non ?

Mais je ne leur dis pas ça. Parce qu’ils ne comprennent pas.

Faudrait peut-être que j’arrête de fréquenter des cons, vous allez me dire. Peut-être. Mais j’ai souvent l’impression qu’ils ne sont cons qu’avec moi. Et c’est rude. Et je ris, je mens en disant que c’est pas grave tu sais, je m’en remets. Joli leurre. Comme si on pouvait se remettre de ça.

Peut-être que je me mens encore en disant que je ne veux pas être en couple avec eux, je ne sais pas. Ce qui est rassurant dans le couple, c’est le sentiment d’être aimé-e pour plus que son physique. Je crois que c’est ça que je recherche. Je m’en fous qu’on me dise que je suis belle. Être belle et malheureuse, est-ce vraiment enviable ? Quelle blague.

Je rêve d’une relation sereine. Je rêve de pouvoir faire l’amour avec un ami le matin et regarder des vidéos le soir, chez lui, en boule sous la couette, sans qu’il ne me trouve trop présente. Je n’en peux plus de les embarrasser, ces types. Je suis comme ces gosses trop bruyants dont les parents ont honte. Je ne pensais pas que c’était mal de trop aimer.

Fauve dit « On fait l’amour comme on s’essuie » et je ne peux qu’approuver, certaines fois. On efface les traces vite vite. Non, ça n’a jamais existé, non. Pas de sentimentalisme. Rêve ou baise mais t’auras pas tes beaux sentiments de bluette.

Je rencontre des types formidables parfois. Et eux n’ont pas peur, ne me rejettent pas. Du coup je comprends encore moins mes amis qui le font.

Et ne me dites pas que c’est parce que je suis « facile » et qu’il faut que je jouer ma diva pour les intéresser. J’aime être facile. Pourquoi devrais-je « résister » à quelqu’un qui me plaît ? Je suis trop spontanée. Et j’ai pas envie de faire semblant pour que l’on s’intéresse à moi.

Vous savez, c’est terrible de constater que sur tous les types avec qui on a fait l’amour, même pas un tiers est encore en contact avec nous. C’est triste, non ? Parfois c’est pas grave, c’était une nuit. Mais quand c’est un ami, c’est une double peine.

Alors les gars, je vous en conjure : ne me faites plus de mal. J’ai beau être révoltée, je suis vulnérable. J’aimerais faire croire que je me fous de vous mais je vous aime tous. À ma façon, avec mes excès et mes élans du coeur. Sans jalousie, sans orgueil et sans attentes.

Je vous aime même si j’ai toutes les raisons de vous mépriser. Mais je suis fragile, c’est comme ça. J’ai beau être la féministe gueularde qui parle trop fort et trop grand, une fois que j’ai été dans vos bras, je suis à votre merci. N’en profitez pas pour me malmener. Si vous n’avez pas le courage de m’aimer, partez. Cassez-vous avant de me manquer de respect. Amicalement vôtre.

Je dédie mon témoignage à toi qui ne m’as pas parlé pendant 6 mois. À toi qui as refusé de me masser les épaules ou de me faire un câlin quand ça allait mal. À toi qui as refusé que l’on danse alors qu’il y a un an tu m’entraînais de force pour qu’on tangue comme des cons. À toi qui ne m’as jamais rappelée. À toi qui ne me parles plus et qui laisses ta copine me dénigrer. À toi qui m’as bouleversée et qui es parti car « je m’attachais trop ». Je vous dédie mes peurs, mes rancoeurs, mon mal-être, ma frustration, mon espoir fébrile et incertain.

À vous tous. Allez vous faire foutre, je vous aime.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Abesses
    Abesses, Le 3 juillet 2016 à 14h30

    L'histoire de ma vie ...
    Ce changement de comportement de la part d'amis peut etre dur parfois...
    Mais c'est comme tout ça passe, faut garder le cap^^

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